mardi 28 juillet 2026

L'Odyssée : grand déploiement, petite déception

J'ai finalement vu l'Odyssée. Et bon, c'était bien, on s'ennuie pas (pour un film de cette longueur, ça passe même très vite), mais en tant qu'historienne antiquisante, j'ai été déçue. (Avertissement: y'a ptêt des trucs qui seront vus comme des spoilers dans ce qui suit.)

Par le visuel? Non, rien à dire! Y'a même plusieurs éléments matériels (la grande salle avec la rigole d'eau courante au centre, les braseros avec réflecteurs de bronze, etc) que j'avais rarement vus représentés. Et certaines scènes sont juste époustouflantes! (Les géants, notamment, ou les transformations par Circée, mais je déconseille de manger en les regardant.) L'équipe a fait une bonne job pour mélanger la matérialité grandiose des palais de la civilisation mycénienne (époque où l'histoire est supposée se dérouler) avec les coutumes beaucoup plus modestes des siècles obscurs (époque où les épisodes ont été composés et qui les a influencés, notamment avec l'idée qu'un étranger pouvait se retrouver à la table du roi de Sparte).

Par le casting "woke"? Ben non! Les Grecs avaient des liens commerciaux avec tout le pourtour méditerranéen, donc les teints de peau diversifiés, c'est pas dérangeant. Et au milieu de femmes pâlottes, est-ce vraiment dur de croire qu'une beauté plus exotique soit celle remarquée? (Oh et Elliot Page joue mieux que la majorité des rôles secondaires qui sont un peu plats.)

Par le rôle donné à Pénéloppe? Non plus. C'est probablement même là où Nolan est resté le plus près de l'esprit du texte quoiqu'il la fasse parler davantage: Pénéloppe, c'était une femme forte et rusée. 

Ce qui m'a décue, c'est la relecture du personnage d'Ulysse. L'Odyssée, voyez-vous, c'est un mythe fondateur de la culture grecque parce que son héros représente tout ce que cette civilisation admirait : la ruse, l'intelligence, le mensonge brillant, la compétition remportée... bref la capacité de gagner contre plus gros et plus fort que soit tout en respectant la lettre des règles, notamment celles de l'hospitalité, mais en profitant des failles. L'Odyssée, c'est, traditionnellement, l'histoire d'un homme qui s'est mis le dieu Poséidon à dos, mais qui réussit quand même, à force de machinations, charmes et admirables tromperies (dont des histoires de monstres qui ne sont peut-être pas vraies puisqu'il en est le narrateur, potentiellement non fiable), à revenir chez lui. Et reprendre son trône.

Le projet de Nolan a plutôt été de nous montrer un Ulysse détruit par les horreurs de la guerre et qui craint de rentrer chez lui, parce qu'avec la ruse du cheval, il considère avoir brisé les règles entourant les offrandes de paix (c'est pas le cas dans le texte original) et encouragé d'autres hommes à briser d'autres règles sacrées et à provoquer la fin de la civilisation (la destruction des palais mycéniens étant parfois attribuée à de mystérieux Peuples de la Mer, c'est assez ingénieux de faire passer des Grecs revenant de Troie et se livrant au pillage pour ces fameux Peuples). Bref, Ulysse avait peur que son royaume ait été détruit en son absence et/ou d'y ramener avec lui la destruction et/ou de ne plus savoir y vivre, donc il a facilement été détourné de son objectif (et ne proteste pas quand ses hommes ne l'écoutent pas, même s'il est le roi). Dans le cadre du film, l'idée se tient. Le projet est accompli.

Mais un gars hanté et traumatisé et qui réagit au lieu d'anticiper et planifier, ça fait un héros assez drabe. Et quand on aurait pu avoir un charmant roublard à la place, ça laisse une historienne sur sa faim. 

En plus, comme Luc a très justement remarqué, cette relecture moderne laisse planer l'idée que faut surtout pas défier les dieux parce que la civilisation va s'effondrer, pis y'a juste les héros qui s'en sortiront. (On parle des dieux ou des GAFAM?)

(PS : Tout en saluant avec soulagement l'absence de viol montré, je peux pas m'empêcher de noter que le visuel du film est très puritain.) 

lundi 20 juillet 2026

Ma fille a poussé dans les dunes

De retour d'une semaine de repos à Tadoussac avec lecture, déconnexion, baleines, dunes et bruit des vagues, je constate que... ma fille est désormais moins petite que moi! (J'allais écrire "plus grande" mais j'vais être réaliste.)









vendredi 5 juin 2026

La fin des liens échouera

Les algorithmes nous ont poussé à nous polariser. 

L'IA veut nous pousser à consommer du contenu générique, sans humanité. 

En gros, on recherche la fin des liens humains. Pourquoi? Parce qu'isolés, malheureux, préoccupés seulement par notre survie jusqu'au lendemain, on est plus faciles à exploiter, à manipuler...

Mais l'humain, c'est un être social, qui recherche les connexions, soit en personne, soit via l'art. Parce que créer, c'est communiquer, c'est inviter l'autre dans notre tête. 

Le jour où tous les romans vendus seront écrits par IA, où toute la musique sera générée par IA et où toutes les images et films seront faits par IA, eh bien ce jour-là...

L'industrie du divertissement va s'effondrer. Les gens vont préférer sortir dehors, se réunir sur un coin de rue avec des tambours improvisés, chanter un peu faux, raconter des histoires maladroites, peindre de leurs mains des fresques naïves... bref, créer. D'eux-mêmes. 

De la même façon que de plus en plus de gens réapprennent le tricot ou la broderie, même si des productions industrielles peuvent faire pareil plus vite et "mieux". 

Les machines n'aiment pas créer. Nous, si.

Quand même, c'est rassurant. Un peu. 

samedi 2 mai 2026

Changer une bonbonne de propane, théorie et pratique

Allez, ce blogue est rendu ben trop sérieux, ça fait longtemps que je vous avais fait le coup d'un billet "théorie et pratique" (sans doute parce que dans ma nouvelle vie, j'ai pas de maison à entretenir...). Pour ceux qui n'ont pas connu les classiques, je vous invite à aller lire mes aventures de sapin de Noël, de lave-vaisselle, de fenêtres et d'arbres à planter (notez que le chum de ces aventures était mon ex-mari, n'allez pas accuser Luc de ses tares :p ).  

Pour les autres, voici un nouvel épisode. 

Alors, cette semaine, Luc et moi avons constaté que la bonbonne de propane de notre barbecue était vide. Juste au moment où s'annonce - enfin - la saison des grillades. Malheur!

Qu'à cela ne tienne, c'est pas compliqué changer une bonbonne, on l'a fait souvent. Il suffit de : 

1- Avoir accès à une voiture;

2- Débrancher la bonbonne du barbecue;

3- Aller au Canac, Canadian Tire ou autre Rona le plus proche pour faire remplir la bonbonne;

4- La rapporter;

5- La rebrancher.

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Ça a l'air simple, hein? Mais bon, évidemment, pour nous, il faut ajouter de petites étapes : 

1- Avoir accès à une voiture implique...

1.1 - Décider si on va louer une Communauto pour ça ou soudoyer une connaissance avec une promesse d'un souper de grillades pour qu'elle nous donne un lift ; 

1.2 - Ayant opté pour le chantage gastronomique, choisir la victime, euh, pardon, le chauffeur; 

1.3 - Communiquer avec cette personne et la convaincre (vu les talents de Luc en cuisine, c'est pas trop dur); 

1.4 - Faire coïncider les horaires de tout le monde pour obtenir ledit lift (jusque là, tout va bien); 

2- Débrancher la bonbonne du barbecue... c'est ici que ça se gâte!

2.1 - Chercher la clé du cadenas qui empêche, vu notre terrasse en rez-de-chaussée, qu'on se fasse voler notre barbecue et/ou la bonbonne qui l'alimente; 

2.2 - Constater que la serrure du cadenas est recouverte de rouille, au point où on ne voit plus la fente pour la clef!;

2.3 - Après avoir gratté la serrure et abondamment arrosé le cadenas de Gig-a-loo, constater qu'on a retrouvé le trou de serrure, mais que quelque chose est pogné dans la serrure;

2.4 - Conclure que notre cadenas a rempli son office : quelqu'un a bien tenté de nous voler et n'y est pas parvenu, youhou!; 

2.5 - Constat corolaire : même après avoir retiré le morceau intrus et avec la bonne clef, la serrure est brisée et le cadenas n'ouvre plus, et on finit même par péter la clef dedans, ostie!;

2.6 - Sacrer pendant que la personne qui s'est portée volontaire pour donner le lift fait une sieste sur votre sofa; 

2.7 - Essayer 4-5 méthodes pour faire levier et briser le cadenas;

2.8 - Admettre que ça va prendre des cutters, des gros; 

2.9 - Réveiller votre lift et lui demander d'aller avec vous à la quincaillerie précédemment ciblée pour y remplir votre bonbonne, mais sans la bonbonne; 

2.10 - Acheter les plus gros cutters disponibles;

2.11 - Pis un nouveau cadenas et une nouvelle chaîne, parce que ceux actuellement en service ne survivront pas à la suite de la journée;

2.12 - Rentrer chez vous;

2.13 - Vous excuser à votre lift, lui assurer que ça sera pas long;

2.14 - Couper le cr**** de cadenas;

2.15 - Libérer la bonbonne;

2.16 - Attacher le barbecue avec le nouveau cadenas, histoire qu'il se sauve pas pendant votre absence; 

2.17 - Vous excuser à votre lift, le remercier de sa patience; 

3- Aller au Canac, Canadian Tire ou autre Rona le plus proche pour faire remplir la bonbonne et en profiter pour

3.1 - Apprendre à votre lift qu'on doit d'abord aller payer à l'intérieur;

3.2 - Puis trouver la zone de service à l'auto; 

3.3 - Au passage, faire découvrir à votre lift les méandres de la zone de service à l'auto où on est jamais trop sûr d'être à la bonne place entre les palettes de roche et les poches de terreau;

4- Rapporter la bonbonne sans problème (miracle!)

5- Rebrancher la bonbonne assez aisément aussi 

5.1 - Et la recadenasser

5.2 - Mais en prenant soin que le cadenas se retrouve sous la housse du barbecue cette fois et donc à l'abri des intempéries; 

5.3 - Ranger les nouveaux cutters, parce qu'on les garde au cas où;

5.4 - Mettre le lift à la porte parce qu'il est tard, mais promis, on se rappelle pour les grillades. 

6 - Écrire un billet de blogue sur la question et conclure avec : Merci Pascale! hihihih!

samedi 7 mars 2026

Toujours l'écriture

On m'a demandé récemment si j'avais toujours voulu écrire. J'ai répondu que oui. Que je rêve d'écrire depuis que j'ai découvert la lecture, depuis que j'ai compris que les livres qui me faisaient rêver était l'oeuvre de quelqu'un, que je pouvais, moi aussi, coucher sur papier les histoires qui m'habitaient...

Mais si ça a commencé comme ça, c'est devenu beaucoup plus. Peut-être parce que c'est arrivé si tôt dans ma vie.

L'écriture, plus les années passent et plus je constate que ce n'est pas quelque chose que je fais, c'est ce que je suis. 

Il n'y a jamais eu un moment de ma vie où je n'écrivais pas. Je n'ai pas toujours montré ce que j'écrivais, mais j'ai toujours couché des histoires sur la page. 

Parce que j'en ai besoin. Parce que c'est de cette manière que j'arrive à comprendre le monde, à lui donner un sens. Je projette sur des personnages mes joies, mes peines, mes questionnements, mes rages, mes rêves, mes cauchemars et je les regarde prendre forme. Plus jeune, c'étaient les notions scolaires que je réinvestissais dans mes écrits, m'assurant ainsi de bien les enregistrer... 

En fait, c'est le même processus qui se poursuit : je réutilise ce que j'ai appris, mais je suis passées des savoirs scolaires aux expériences vécues. 

Parfois, aussi, en relisant ce que je viens d'écrire, en regardant mes personnages interagir, je comprends des éléments du réel que j'avais sous les yeux, que je sentais sans pouvoir articuler. Dans le texte, ces éléments jouant avec la vie de quelqu'un d'autre, je les discerne enfin. 

Il y a bien des éléments de ma personnalité qui ont changé avec les années. C'est normal et sain... Dans la mesure où les changements sont venus de moi, de la maturité. Mais il y a des aspects de moi que des personnes - ou seulement "la société" dans son ensemble anonymement violent - m'ont forcée à abandonner, en dénigrant mes goûts, mes réflexes, en me gaslightant jusqu'à ce que ne sache plus trop quelles étaient mes émotions, mes idées propres, en me poussant à intérioriser patriarcat et misogynie et grossophobie et capacitisme et sans doute d'autres trucs que je ne vois pas encore... Le processus pour m'appartenir de nouveau n'est pas terminé, même si j'ai atteint un certain équilibre. 

Cependant, chaque fois qu'on a voulu toucher à l'écriture, m'empêcher d'écrire, me dire de faire autre chose, d'abandonner, ou simplement contrôler ce que j'écrivais, je me suis rebellée. Ça, ça m'appartenait. Ça, personne n'y toucherait. J'écrirais. Mes histoires à moi. Peut-être pour mes yeux seuls, mais j'écrirais. 

Il y a eu des moments dans ma vie où j'ai eu l'impression que le fait d'écrire était le seul élément qui faisait encore de moi une personne distincte, pas juste une mère-épouse générique. Le seul élément qui me permettait à moi-même de me reconnaître. La chose seule qui me motivait à continuer.

Je vivais pour écrire. 

Et je le fais encore, même si c'est moins un acte désespéré, davantage un plaisir cultivé. 

Plaisir qui s'était fait rare ces temps-ci (même le blogue était plus silencieux que jamais), mais qui revient avec le printemps. Alors avant de me plonger dans mes manuscrits, je souhaite à tout le monde un bon printemps! ;) 

vendredi 16 janvier 2026

Constats divers de janvier

Constats divers de janvier : 

1. Il suffit de publier un peu tôt en décembre un "bilan d'une année difficile" marquée par "des petits bobos, mais rien de grave" pour que la vie se venge en cassant le bras de ton chum le 26 décembre. Tsé, histoire que 2026 commence avec un vrai gros bobo à gérer. 

2. C'est quand ton chum se retrouve incapable participer aux tâches ménagères que tu mesures à quel point, d'habitude, il prend des trucs en charge! Et que, décidément, faire la vaisselle ne te manquait pas.

3. Avoir ton chum comme collègue de travail, c'est merveilleux la majorité du temps... mais lorsqu'il se pète un bras et ne peut plus travailler, ça ajoute une petite pression. (J'entends la slush pile s'élever d'heure en heure...)

4. La planète entière est en train d'apprendre ce que beaucoup de femmes savent : lorsqu'un narcissique toxique décide d'en faire à sa tête, les lois, les ententes et les paroles données ne comptent plus.

5. Tu trouves adorablement naïve la toi de vingt ans qui a décidé de peu étudier la Deuxième Guerre Mondiale, parce que "on sera quand même pas assez épais pour remettre ça". (J'avoue que c'était aussi parce que l'Antiquité me semblait beaucoup plus intéressante.)   

6. Quoi, le yoga? (Dites, j'en ai fait quatre fois depuis Noël, vu la situation, c'est un exploit.)

vendredi 19 décembre 2025

Bilan d'une année difficile

L'an dernier, à pareille date, j'étais fatiguée, mais sereine. Je venais de compléter ma première année comme éditrice, j'avais publié et écrit et je me disais que pour l'année à venir, je me consacrerais à mes projets longs, que j'avancerais enfin mes romans, malgré la crainte que j'avais à me relancer dans une entreprise de longue haleine...

Évidemment, c'était sans compter la vie qui s'ingénie parfois (souvent) à nous faire des jambettes inattendues. Au lieu d'avancer mes romans, j'ai passé la première moitié de l'année à écrire frénétiquement des nouvelles pour des collectifs : une histoire de fantasy pour Territoires enchantés et royaumes ensorcellés, les aventures d'une sorcière-psychologue pour Au bûcher (tous deux publiés aux Six Brumes), une traduction fortement remaniée d'une de mes nouvelles pour l'anthologie Unréal des éditions Flame Arrow, et puis un texte (ou deux selon comme vous verrez ça) pour un projet secret qui sera annoncé bientôt. 

Ah et à travers tout ça, il m'a bien fallu veiller sur mes Magies des temps brodés! Il m'aura demandé bien des efforts pour voir le jour ce recueil-là. Les astres n'étaient pas tellement alignés. Mais bon, il existe enfin, c'est l'essentiel. En espérant qu'il trouve ses lecteurices! Mais je suis encouragée : après la table-ronde à laquelle j'ai participé au Salon de Montréal, j'ai eu une file devant ma table : cinq personnes! D'un seul coup!! Devant une table de distributeur reléguée dans un coin perdu du salon!!! (Si vous connaissez la rareté du phénomène, vous comprenez les points d'exclamation hihihihi!) 

Ma frénésie d'écriture s'est terminée à la fin août et depuis ce temps-là... rien. Oh, pas que je n'aie pas envie d'écrire ou que je manque d'idées, absolument pas! Mais c'est le temps qui a fait défaut. 

Voyez-vous, sur le plan personnel, ça a été une année difficile. Rien de grave, rassurez-vous : mon amoureux est toujours un partenaire extraordinaire et mon boulot me comble! Cependant, lorsqu'on est une famille à faibles revenus qui dépend du transport en commun et des systèmes de santé et d'éducation publics (et qu'un des membres de la famille doit littéralement sa survie à la RAMQ), et qu'on compte plusieurs personnes queer ou racisées dans son entourage, la montée générale de l'extrême-droite, les programmes des Conservateurs et les histoires de 51e état, ça n'aide pas à bien dormir la nuit. 

Après avoir eu autant de plaisir à New York l'an dernier, sentir que nos convictions de gauchistes féministes pro-choix et inclusifs nous en exile pour les années à venir, ça nous a aussi donné un coup dur au moral. On avait planifié y retourner avec la puce. Mais il est hors de question de placer notre sécurité dans les mains de cette administration. 

Ajoutez à ça un été de feux de forêt qui nous a gardés cloîtrés, puis le stress des examens d'entrée au secondaire pour ma cocotte, des petits bobos pour mon chum ou moi (des maux de dos ou d'épaule, des rhumes, etc) qui ne sont jamais tombés en même temps (ce qui faisait que l'un de nous était toujours un peu à plat), beaucoup d'anxiété devant les changements à venir pour ma puce, quelques événements littéraires, puis une abondance de travail dans laquelle je me suis garrochée parce que j'aime parfois trop ma job pour mon propre bien... 

En novembre, une rencontre de hasard a ouvert, dans ma mémoire, des portes qui étaient closes depuis si longtemps que je les avais oubliées... et des souvenirs douloureux ont déboulé. C'est pas plus mal : je n'avais jamais pris le temps de reconsidérer cette époque de ma vie avec mes capacités émotionnelles "d'adulte écrivaine informée sur la psychologie et qui a fait une thérapie". J'en ressors plus zen, en me comprenant mieux... mais le processus n'a pas été des plus reposant!  

Et là, début décembre, la grippe m'est tombée dessus, malgré tous les vaccins et précautions pour l'éviter. 

Bref, l'année a usé mes nerfs, qui sont restés fragiles depuis la pandémie. Malgré une semaine de vacances passée au bord d'un lac à lire les pieds dans l'eau (meilleure manière de recharger les batteries à plat), toutes les routines et les bonnes habitudes ont foutu le camp dès la rentrée : j'ai voulu compenser le temps perdu en rendez-vous divers et en réassurances de ma puce en éliminant les séances de yoga, en mettant l'écriture sur pause et en prenant un p'tit verre de plus de temps en temps pour me gâter et relaxer... 

Je savais en faisant ça que c'était une mauvaise idée. Hier, ma super-infirmière m'a chicanée. Rien de grave, m'a-t-elle rassurée, mais rien de trop bon non plus.  

Ma résolution 2026 est donc simple : reprendre le yoga quotidien. Parce que ça me sert à la fois d'exercice et de méditation, que ça m'ouvre l'esprit pour écrire et que sans l'écriture, je ne suis jamais tout à fait calme et centrée. 

C'est fou comme notre équilibre tient parfois à peu de chose. Pour 2026, j'vous souhaite de trouver le vôtre... et de le conserver! ;)  

vendredi 5 décembre 2025

Les techniques de rhétorique toxique

Quelqu'une (allo Claude!) m'a fait remarquer que je vous ai balancé un tas de mots anglais dans mon dernier billet. Il s'agissait de termes référant à des techniques de rhétorique toxique utilisées abondamment sur les réseaux sociaux. Surtout par les hommes, mais pas seulement. Et (ça c'est intéressant) elles ne sont même pas toujours utilisées consciemment! (Les sophistes de l'Antiquité grecque seraient impressionnés : leurs techniques fallacieuses sont passées dans l'usage courant!)

En passant, les termes sont en anglais, parce que les réseaux sociaux sont majoritairement anglophones et que la rhétorique toxique y fleurit, donc c'est aussi en anglais qu'on l'étudie. Je vais donner les traductions quand je les connais. 

Voyez-vous, ces techniques sont tellement passées dans l'usage, on les subit tellement souvent (tant de la part de gens qu'on rencontre en ligne que de politiciens ou de personnes bornées croisées dans nos vies quotidiennes) qu'on en vient à ne plus les voir! Alors mettons-les bien à plat pour savoir les repérer. (Et, comme écrivain, pour pouvoir les utiliser dans nos textes!)

AVERTISSEMENT : la lecture de la suite de ce billet pourrait vous faire perdre du respect pour beaucoup de gens... qui ne le méritaient déjà pas. 

Voyons donc ce que veux dire...

Trolling [Troller]: On commence avec une facile. Ça veut dire "faire le troll" ou passer des commentaires juste pour faire réagir. La version polie s'appelle "jouer à l'avocat du diable", mais dans tous les cas, c'est une tactique destinée à faire fâcher l'interlocuteur en lui sortant des énormités et des clichés. Le trolling peut sembler bénin, mais lorsque plusieurs s'organisent en réseaux ou font appel à des faux comptes (automatisés ou non), ça peut créer un effet de meute paniquant pour la personne qui reçoit le tout. La parade? La fonction "bloquer". 

Doxing ou Doxxing : Action de dévoiler en ligne les informations personnelles de quelqu'un, par exemple son lieu de travail ou de domicile. Au Canada, surtout si ça s'accompagne d'encouragement à aller déranger la personne "en vrai", ça peut être considéré comme une atteinte à la vie privée, du harcèlement, de l'incitation à la haine ou de la mise en danger d'autrui et donc déboucher sur des accusations criminelles. Bref, si on vous doxx, dénoncez à la police!

Mansplaining [Mecsplication] : C'est le gars qui vous explique (à vous, femmes de tout âge ou rarement jeunes hommes), souvent sur un ton docte, paternaliste et avec moulte grands mots savants (parfois erronément), un truc au sujet duquel la personne qui reçoit l'explication est plus qualifiée et informée que le mecspliqueur. Mon exemple préféré, c'est le gars - devenu meme - qui était pas d'accord avec Margaret Atwood sur l'interprétation à donner à Handmaid's Tale et qui lui a dit de lire le livre au lieu de se fier à la série télé... Un autre exemple courant, c'est les hommes qui viennent expliquer que non, non, ce n'est pas du mansplaining, c'est juste une manière de discuter... avec un peu de (mal)chance, on en aura un en commentaire de ce billet. :p La parade? Rire, ignorer ou, si vous y tenez, répondre avec un lien vers vos diplômes/thèses/articles qui prouvent que le monsieur n'est pas l'expert qu'il croit être.   

Whataboutism [Qu'en-est-ilisme] : Ceci est une manière de détourner une conversation. Vous vous inquiétez du sort des vaches? On vous fait remarquer que vous vous foutez des poulets. Vous parler d'un génocide en Israël, on vous répond que vous vous accommodez de celui au Soudan. Si vous faites l'erreur de répondre, vous voilà parti loin de votre sujet. La parade? Répondre "ce n'est pas mon sujet aujourd'hui". 

Cherry picking [Picorage/Picossage] : Vous avez fait un long post très argumenté et la personne vous reprend sur un détail qui n'était peut-être pas aussi parfaitement nuancé qu'il aurait dû? Ou alors quelqu'un présente juste les chiffres et les preuves qui soutiennent sa position et non l'ensemble des données? Dans les deux cas, vous êtes en présence de cherry picking, soit une sélection malhonnête des données à mettre en lumière, dans le but de faire perdre la vue d'ensemble du sujet. La solution? Signaler que la personne picosse et recadrer le sujet.

Ad hominem et/ou Ad personam : Il y a une légère nuance entre les deux termes, nuances qui varie si on est anglophone ou francophone (tsé histoire de faire simple), mais dans tous les cas, on s'en prend à la cohérence des propos de la personne (ex: ah tiens, t'es pour la censure maintenant, pourtant l'autre jour...) ou leur expression (ex : quand tu sauras écrire...) ou à la crédibilité de la personne (ex : on sait ben, tu travailles pour...), bref c'est l'individu qui s'exprime qui est attaqué, on ne répond pas à ses propos. Il ne sert pas à grand chose d'argumenter avec les gens qui utilisent ce genre de procédé. J'aime bien leur répondre "ad hominem" et terminer l'échange là-dessus. Ça les force à googler. :p 

Tone policing [Police du ton] : C'est une variante de l'Ad hominem/personam où on s'en prend au ton de la personne, qu'on accuse d'être trop émotif, trop agressif, trop extrême, pas assez poli, etc. Comme si toute émotion empêchait de réfléchir. C'est très souvent utilisé contre les femmes. (Exemple récent : Magali Picard à qui on demande "baisser le ton".) La parade? Répondre une variante de : "Avoir des émotions est humain et n'empêche pas ma matière grise de fonctionner. Au lieu d'attaquer mon ton, répondez à mes arguments." 

Sealioning : La personne a l'air bien intentionnée, même si on se demande sous quelle roche elle a vécu depuis 20 ans pour découvrir tout juste le sujet (de l'identité de genre, du patriarcat, des féminicides, etc). Elle pose des questions ouvertes, vous demande vos preuves, semble vous écouter, revient avec d'autres questions, veut d'autres preuves... mais il n'y a pas moyen de la convaincre, vous avez l'impression de parler dans le vide et... et vous perdez votre temps. C'est le but ultime de la tactique : vous faire perdre un temps fou, vous épuiser, vous donner envie de ne plus jamais aborder ce sujet publiquement, parce que c'est trop long de gérer ensuite ce genre de réaction. La parade? Inviter (plus ou moins poliment) la personne à googler (ou à lire vos anciens billets/posts/articles) pour s'éduquer.

Moving the goal post [Déplacer l'objectif] : La personne vous demande de lui présenter des preuves de A. Vous vous exécutez. La personne dit que d'accord, mais il faut aussi prouver B. Vous le faites. Mais là, ça prouve pas C... Un peu comme le sealioning, la technique n'a pas de fin et vise surtout à vous épuiser ou à vous faire sentir inadéquat. Ce genre de comportement existe aussi en dehors des simples discussions, par exemple si votre patron vous demande de terminer tel dossier pour telle date et une fois que vous l'avez fait, il vous dit qu'il aurait aussi voulu tel autre dossier... Ou alors quand un gouvernement annule un programme de voie rapide pour la résidence permanente au mépris des gens qui comptaient dessus. La parade? Faire remarquer que les exigences changent constamment et que ce n'est pas votre problème. Ou répondre "Moving the goal post" à la seconde demande et laisser la personne googler. 

Gaslighting [Détournement cognitif] : C'est une forme de manipulation où on vous fait douter de vos perceptions. Pour que ça fonctionne, il faut que vous ayez confiance dans la personne qui tente de détourner vos perceptions. La forme la plus banale (mais quand même problématique) de gaslighting qu'on peut rencontrer, c'est un parent qui dit à un enfant "mais non, ça fait pas mal, t'as pas à pleurer pour ça". La forme courante sur les réseaux sociaux, c'est de se faire dire que notre perception des choses est biaisée par notre "chambre d'écho" et que tel expert, lui, dit le contraire. Une autre forme courante de gaslighting, ces temps-ci, ce sont les politiciens et les journalistes qui insistent pour dire que notre pouvoir d'achat s'améliore - en se basant sur des médianes et des moyennes - tandis qu'un tiers des locataires sont en insécurité alimentaire. Ou qui prétendent que tous les maux viennent de l'immigration, alors qu'on sait que plein de services allaient déjà mal avant. 
Le problème avec le gaslighting c'est que ce sont les gens de bonne foi, ceux qui se remettent constamment en question, qui sont empathiques et ouverts à considérer le point de vue des autres qui y sont les plus vulnérables. À force de se faire répéter sans cesse des trucs qu'on croit faux, on en vient à se demander si ce sont nos croyances qui sont problématiques, puis à ne plus se fier à nos perceptions ni à nos souvenirs (qui seront remis en doute ou niés) ni même à nos émotions (parce qu'on nous dit que, mais non, t'es pas en colère, t'as pas de raison de l'être). Être exposés à long terme au gaslighting dans une relation intime (souvent un couple) ou même dans la société, cela peut mener à des troubles anxieux, de la dépression et une estime de soi à zéro. (Ne me demandez pas comment je sais.)  La parade? Trouver des validations externes à nos perceptions et émotions. L'arme préférée de ceux qui gaslight, c'est l'isolement de la victime. 

Dog whistle/ Dogwhistling [Dilogie ou sous-discours]: Il s'agit de l'art d'énoncer des propos qui semblent innocents, mais qui contiennent un message codé, une insulte ou une menace voilée envers certaines personnes. Surtout connue pour ses utilisations en politique (comme quand on parle de "Canadiens de souche" ou de "Canadiens traditionnels" pour exclure les gens issus de l'immigration ou le fameux "Stand back and stand by" de Trump à l'intention des Proud Boys), la tactique existe aussi dans des contextes plus banal (pensons à un homme qui dirait à sa mère, durant un souper de famille, "ah, tu réussis tellement bien tes tartes, toi, maman" avec un regard en coin à sa conjointe, qu'il n'a pas accusée ouvertement de brûler les siennes, mais qui se sentira sans doute humiliée). Couplée au gaslighting ("mais non voyons, c'est pas ça que je voulais dire, pourquoi tu sur-réagis?"), cette tactique peut être d'une violence psychologique assez intense. La parade? Nommer ce qui est impliqué dans le message pour mettre en lumière les intentions. 

Voilà, ça fait le tour des principales tactiques de rhétorique toxique qu'on rencontre sur les réseaux sociaux ou dans notre vie quotidienne. Ce qui est intéressant, c'est qu'une fois qu'on s'exerce à les voir, on ne peut plus les manquer et on sait avec qui éviter à l'avenir de discuter, alors... bon ménage dans vos contacts! ;)  

PS : Si j'en ai oubliées, lâchez-vous lousse dans les commentaires! 

mardi 4 novembre 2025

Journal extime

J'ai fait trois découvertes ces derniers jours. 

Premièrement, j'ai appris que ce blogue (oui, oui, celui que vous lisez) avait été étudié dans une perspective sociolittéraire tout à fait académique et sérieuse! (Je sais pas si je dois être surprise, flattée ou gênée.) Les résultats sont ici, disponibles gratuitement en pdf si ça vous tente

Deuxièmement, j'ai découvert dans cet article un nouveau terme : "journal extime". C'est-à-dire un journal qui a conscience d'exposer la vie privée aux regards et qui tente donc de la rendre amusante et divertissante. J'aime toujours quand j'apprends les mots pour désigner ce que je faisais "à l'instinct"! Hihihihi!

C'est très juste comme terme, parce qu'en effet, c'est pas mal ce que j'ai toujours essayé de faire avec le blogue : raconter ma vie privée, en restant consciente que je l'exposais. Au départ, c'était plutôt sous l'angle de l'exercice d'écriture : je me disais que si j'arrivais à tirer quelque chose d'intéressant de ma routine plate d'employée de bureau banlieusarde qui tentait d'écrire dans ses temps libres, je venais de m'équiper pour être capable de trouver un angle d'attaque pour n'importe quel sujet! (Et puis, lors des journées grises, être capable de trouver de quoi rire de ma vie, de mes doutes et de mes difficultés, ben ça m'aidait moi-même à dédramatiser!)

Le blogue était aussi une manière d'entrer en contact avec une communauté, de socialiser sans quitter ma maison (et l'autrice de l'article l'a très bien vu!). J'aime parler avec les gens (au cas où vous le sauriez pas déjà), j'aime découvrir la vie des autres, leurs manières de penser, leurs opinions... J'aime les débats, les vrais, ceux où on part de faits avérés pour exposer les divers points de vue, en écoutant l'autre, en essayant de se mettre à sa place, sans essayer de "gagner" la discussion (même s'il m'est arrivé de commettre cette erreur, mais bon, j'ai appris et je continue d'évoluer). Des discussions où on réfléchit en groupe et où, des fois, on arrive à des justes milieux fructueux. 

Ces échanges et débats étaient très présents aux débuts de l'ère des blogues. Puis Facebook est devenu plus populaire, les textes se sont raccourcis, les trolls sont arrivés, les techniques rhétoriques malveillantes se sont popularisées (cherry picking, ad hominem, sealioning, moving the goal post, etc) et les faits alternatifs et le mépris de la science ont tué ce qui restait d'espaces de discussion. 

L'autrice de l'article - Maryline Brick que je ne connais pas mais que je remercie de m'avoir lue si attentivement - note que le blogue a perdu de la vitesse à partir du moment où les commentaires se sont raréfiés. Elle a tout à fait raison : c'est le moment à partir duquel je me suis dit que tant qu'à écrire des textes qui ne susciteraient pas de réactions immédiates, j'étais sans doute mieux de me consacrer à mes fictions. (Je m'en sers aussi pour entrer en relation avec les gens, mais c'est moins directement "moi" et c'est plutôt à sens unique.)

L'autre aspect - qu'elle ne pouvait pas deviner - c'est que depuis 2020, j'ai dû énormément me censurer. Plusieurs anecdotes de mon quotidien auraient fait de très bons billets (où sans doute d'autres divorcées se seraient reconnues)... mais elles étaient liées à mon divorce (ou à mes prises de conscience sur mon ex-relation de couple) et donc elles auraient souvent fait mal paraître mon ex et il n'aimait déjà pas, quand nous étions ensemble, que je le dépeigne autrement que sous son meilleur jour, alors post-divorce, sachant qu'il surveillait sans doute ce que je publiais, ouf, j'ai décidé de m'épargner ses réactions. (Je me suis plutôt servi de tout ça en fiction. ;) J'ai aussi beaucoup moins de temps d'écriture qu'avant, mais ça c'est un autre dossier. 

Troisièmement, j'ai (re)découvert, en plongeant dans mes archives, à quel point j'ai évolué, tant personnellement que professionnellement depuis 2009. Je la trouve parfois d'une telle naïveté la petite Gen des débuts! (Faut dire qu'elle était solidement gaslightée pis subissait une bonne dose de misogynie internalisée.) Mais bon, elle avait 27 ans, j'en ai 43. La tentation est grande par moment de la faire disparaître, d'expurger les billets gênants. Cependant, je me retiens. Parce son(mon) parcours est valide. Le blogue montre qu'on peut évoluer comme personne et comme écrivaine. Qu'on peut même finir par gagner sa vie avec l'écriture au Québec, même si on ne devient jamais connue.

J'vais d'ailleurs essayer de voir si je ne pourrais pas reprendre un peu le fil du blogue. Maintenant qu'on n'ose plus dire quoique ce soit d'un peu dérangeant sur FB et que beaucoup d'écrivains s'ouvrent des substacks, peut-être que je pourrais reprendre l'habitude des textes longs, réflexifs ou informatifs (ex : "comment ne pas soumettre un manuscrit") dans cet espace qui est certes public, mais tout de même un peu secret... Par contre, y aura-t-il des gens pour les lire?

On verra, hein? 

lundi 20 octobre 2025

Fractale citrouille 2025

 


L'automne se sera fait attendre cette année, longtemps déguisé en été. Mais voici enfin le temps gris, les arbres flamboyants... et le retour des citrouilles fractales!

Si vous ne connaissez pas la tradition, c'est par ici!

Si vous la connaissez, j'attends vos offrandes, vos historiettes d’Halloween en 31 mots, ni plus ni moins… Trente et un mots, pour nous faire rire, frissonner, grimacer, sur le thème de la peur, de l'étrange, de l'horreur... bref, c'est l'Halloween, amusez-vous!

(Comme d'habitude, les commentaires du blogue resterons ouverts jusqu'au 1er novembre)

vendredi 19 septembre 2025

Constats suite à une expérience d'IA

Je suis contre les IA génératives. (Vous pouvez lire pourquoi ici et ici.) Non seulement, elles pillent les œuvres des artistes et génèrent une pollution monstre (dix fois plus qu'une recherche classique pour les requêtes simple, jusqu'à 60 fois plus pour les images), mais on commence à voir une dégradation des capacités cognitives de ses utilisateurs. 

Cela dit, je ne suis pas dogmatique : quand on me dit que "l'IA est bon pour ci ou ça", avant de me braquer, je vérifie. (Ce qui me permet de me tenir à jour technologiquement... même si, pour une fille qui a connu les ordinateurs pré-Windows et qui bidouille parfois ses clefs de registre, toute techno récente est assez facile à prendre en main.)

C'est ainsi que, ayant appris que plusieurs jeunes auteurs utilisaient l'IA comme bêta-lectrice, j'ai décidé d'expérimenter. 

Évidemment, comme j'ai pas envie de donner encore de mes textes à la machine (elle m'en a déjà volé plusieurs), j'ai utilisé une de mes nouvelles qui est disponible en ligne - donc déjà pillée - et dont je n'ai aucun doute sur la qualité (précisément "Certaines oublieront leurs boucles d'oreille" jadis finaliste au prix de la nouvelle de Radio-Canada). 

J'ai demandé à l'IA d'analyser le texte (thèmes, narration, style, rythme, personnages). 

Au début de ma lecture de l'analyse, j'ai été impressionnée, presqu'effrayée : wow, c'était au-dessus de ce que je pensais recevoir... Puis je me suis attardée aux détails. Hum... Côté thèmes, on reprenait beaucoup les mots du texte, sans vraiment les utiliser dans le bon contexte. Par exemple, l'IA me parlait de sororité des femmes (alors qu'il n'y a aucun lien entre les femmes de ce texte, au contraire, on parle du parallélisme des expériences), de narratrice au ton intime (alors que c'est une narration chorale), etc. Comme avec les images générées par IA, le premier coup d'oeil avait eu l'air très bien, mais dès qu'on examinait de plus près, les incohérences apparaissaient. La machine a identifié un style lyrique (je ne saurais pas faire ça même si ma vie en dépendait), disait que le texte avait un "rythme rapide" (alors que non, vraiment pas : il est juste court) et tentait de créer des personnages en fusionnant des expériences appartenant pourtant clairement à des femmes distinctes. 

Puis j'ai demandé à la machine comment "améliorer le texte pour le rendre plus littéraire". Et là... 

Là j'ai ri. Les suggestions de reformulations prenaient des phrases intéressantes, avec un rythme et une musicalité agréable et en faisait... des phrases plates, banales. L'IA me disait que c'était pour "varier le rythme" mais en fait l'application de ses suggestions aurait uniformisé la longueur des phrases (les textes par IA ont souvent ce défaut d'ailleurs). 

De la même manière, l'IA me suggérait d'utiliser davantage de métaphores, ce qui n'est pas un mauvais conseil en théorie, mais en pratique les exemples suggérés étaient ultra convenus. Les appliquer aurait rendu le texte à la fois difficile à comprendre (puisqu'il est déjà chargé) et banal. 

Finalement, la machine voulait que je creuse davantage les personnages (dans un texte fait pour être un collage d'instants), peut-être via des dialogues... Et puis, pour l'exemple, elle me mettait en scène un dialogue expositoire style série télé entre deux personnages qui, selon le texte, étaient dans deux chambres distinctes (je suppose qu'elles se parlaient à travers les murs). 

J'ai aussi soumis à l'IA un autre texte, volontairement écrit tout croche (un rescapé de mes participations aux maltraitements de texte du Boréal). Là, la machine a mieux performé comme aide à la réécriture. Le résultat est passé de "horriblement mauvais" à "correct, banal". 

On m'opposera que j'ai testé une seule IA, que vous ne savez pas comment j'ai formulé mes prompts exactement, etc, mais en fait, sachant comment l'IA fonctionne, comment elle se base sur tout ce qui a été fait et sur ce que vous semblez attendre d'elle pour vous proposer des trucs, il est assez évident qu'elle va toujours arriver à un résultat "attendu", "banal" ou "convenu". 

Bref, l'IA peut effectivement prendre un mauvais texte et en faire un texte correct. Le problème, c'est qu'elle risque aussi de prendre un bon texte et d'en faire un texte... correct. Pendant ce temps-là, les éditeurs n'ont rien à faire du correct, ils ne cherchent même pas du "bon" : ils veulent du "wow". 

Alors à la place des jeunes auteurs, je resterais loin loin loin des bêta-lectrices artificielles.

mercredi 20 août 2025

Léguer de la soie

Il y a quelques années, mon amie Valérie Harvey, qui se préparait à partir pour le Japon, m'avait demandé si je voulais qu'elle me rapporte quelque chose. "Un haori" avais-je répondu. En fait, je rêvais d'un kimono ou d'un yukata, mais sur ma silhouette sablier hyper marquée, je savais que ça n'irait pas. Le haori, cependant, je pourrais le porter comme veste...

Valérie m'avait donc ramené un superbe haori corail trouvé pour trois fois rien (50$ si ça vous intéresse) dans l'équivalent japonais d'une vente de garage. (D'habitude j'ai un certain dégoût des vêtements de seconde main, mais entre la propreté légendaire des Japonais et le fait qu'un haori n'est pas porté à même la peau, ça a bien passé.) Je l'ai porté dans presque tous les salons pendant trois ou quatre ans. Puis Valérie est repartie au Japon. Je lui ai fait la même demande. Un haori bleu ciel s'est ajouté à ma garde-robe. 

Je précise que l'haori corail, lui, était toujours aussi beau! Et qu'il s'inscrit sans mal dans ma démarche, commencée il y a plusieurs années, d'avoir une garde-robe minimaliste de vêtements durables. 

Et puis un jour, par hasard, sur Etsy, je suis tombée sur des revendeurs japonais de vêtements vintage. Des haoris. Au bout de mes doigts! Bon, avec les frais d'expédition, ils coûtaient trois fois le prix de ceux rapportés par Valérie, mais cette fois je pouvais les choisir moi-même et ne pas attendre les hasards des voyages de mes amis!

Et puis, 150$ pour une pièce de pure soie, un petit bout du passé japonais que je pourrais porter, c'était... bon c'était pas rien, mais c'était pas si cher. 

J'ai réussi à me modérer. Je n'ai cédé que deux fois aux sirènes d'Etsy. Ça me fait quand même désormais quatre haoris. Un pour chaque saison. (Je ne promets pas de m'arrêter là, mais je ne veux pas en acheter trop non plus. Non seulement j'essaie d'être minimalisme, mais vertu mise à part, je compose avec les limitations d'un quatre et demi!)

À ma fille qui me demandait si je lui en achèterais un éventuellement, je lui ai dit que je pouvais lui prêter les miens. Et même, qu'elle en hériterait sans doute. 

En cette ère d'ultra-fast-fashion, j'adore cette idée : je léguerai à ma fille des vêtements de soie brodée.  

lundi 4 août 2025

Où est passé juillet?

Où est donc passé juillet?

Je l'ai égaré, je crois, entre le souper qui fêtait mes 43 ans et le chant du huard qui venait saluer la brunante sur le lac près duquel on a pris nos vacances. 

Ou peut-être dans les pages des livres dévorés avec abandon. 

Peu importe, voici août, et le retour à la normale. 

Je vais m'ennuyer de mes baignades matinales.




lundi 16 juin 2025

Magies des temps brodés... enfin en prévente!

Je suis une autrice de fantasy. Ma bibliographie (avec ses romans historiques et policiers et ses nouvelle éparpillées dans tous les genres) pourrait vous laisser croire le contraire, mais non : comme autrice et comme lectrice c'est, depuis toujours, dans la magie que je m'évade. 

C'est pourquoi je travaille depuis plusieurs années, avec les Six Brumes, à un recueil regroupant mes nouvelles de fantasy, éditées comme inédites.

En fait, au moment où on a commencé à y travailler, un tel recueil n'existait pas vraiment sur le marché québécois... Bon, depuis, j'ai participé au collectif "Territoires enchantés, royaumes ensorcelés", mais la fantasy reste tout de même rare sous forme courte. 

Et pourtant, c'est un genre qui se prête très bien aux idées suggérées, aux arrières-mondes esquissés et aux métaphores sociétales... Ou même parfois à l'exploitation de clichés détournés, comme les épées intelligentes... hum, enfin, disons "pensantes". 

Dans ce recueil, je vous en fait la démonstration treize fois plutôt qu'une, en humour comme sur le mode sérieux, en m'inspirant tantôt du Moyen Âge (évidemment), mais aussi de la Mésopotamie, de l'Égypte ancienne et du Montréal contemporain. 

Pour découvrir mes Magies des temps brodés avant tout le monde, c'est par ici

Et si jamais vous aviez envie de vous retrouver dans une de mes histoires en tant que personnage - ou d'y transposer un membre de votre entourage - je vous en offre la possibilité! (Les modalités exactes seront à discuter! ;)

vendredi 9 mai 2025

Remettre le dentifrice dans le tube

L'autre soir, à moitié endormie et distraite, j'ai pris le tube dentifrice de ma fille au lieu de celui que mon chum et moi utilisons. L'odeur m'a frappée dès que j'ai approché la brosse à dents de ma bouche : un mélange de sucre artificiel et de gomme balloune. Ouache! Pas question de me brosser les dents avec ça! 

Mais, évidemment, comme le veux l'adage populaire, on ne peut pas remettre le dentifrice dans le tube. 

On nous sort cette maxime souvent dernièrement. Surtout au sujet de l'intelligence artificielle. Ça complique la job des profs? Ça rend les élèves encore plus paresseux? Ça répand des faussetés parce que la machine hallucine? Ça vole les créateurs? Ça inonde les réseaux sociaux de contenu de piètre qualité? Ça facilite la désinformation?  Et tout ça en consommant une quantité effroyable d'énergie et en contribuant au réchauffement climatique?

On peut pas remettre le dentifrice dans le tube, voyons! Faut s'adapter! Il y a des domaines où c'est super utile, notamment pour les recherches en santé ou en statistique...

Ok... alors pourquoi est-ce qu'on ne réserverait pas l'intelligence artificielle à ces domaines-là? Pourquoi est-ce qu'on la rend aussi facilement accessible - et gratuitement - à tous? (Parfois même de force comme les IA maintenant intégrées à Google et Windows et Meta...)

C'est impossible de revenir en arrière une fois la technologie disponible?

Savez-vous que lorsque le four à micro-ondes a été popularisé, les gens ont essayé de s'en servir pour cuisiner absolument tout? Parce que c'était l'avenir! Que c'était simple! Rapide! Nouveau! Et c'était... souvent immangeable. 

Peu à peu, le micro-ondes a pris sa juste place : il peut décongeler des aliments, réchauffer vos lunchs, faire quelques trucs simples (je m'en sers notamment pour la cuisson du riz), mais, en gros, il n'a pas détrôné la cuisinière traditionnelle. 

Oh! Aurait-on... remis le dentifrice dans le tube?!?

Non. Mais on a décidé que ça ne valait pas la peine de l'utiliser si ce n'était pas approprié. Comme moi, l'autre soir, qui a balancé la pâte à dents à la gomme balloune dans la poubelle, rincé ma brosse et utilisé mon bon vieux dentifrice à la menthe.

Puis j'ai écrit ce billet moi-même, lettre par lettre, à la plume trempée dans l'encre... Ah non : j'ai rédigé à l'ordinateur. Parce que c'est la technologie appropriée pour cet exercice. ;) 

mercredi 2 avril 2025

Analyse féministe de la situation géopolitique

S’il y a une chose que les penseuses féministes m’ont appris, c’est de réfléchir aux diverses situations sous l’angle des rapports de pouvoir.

Bon, dans la société, on en vient vite à une conclusion : les hommes sont au pouvoir. Le système est fait par eux, pour eux, avec les femmes à leur service. (Si on veut détailler, les hommes blancs sont au sommet de la pyramide, mais chez les couples racisés, la même exploitation des femmes est présente). Et dès que cette situation privilégiée est menacée (par exemple par le droit à l’éducation que les femmes ont gagné de haute lutte et qui leur permet d’avoir accès à des emplois payants donnant l'indépendance financière ou alors par le droit au divorce et la diminution du stigma social qui y est relié ou même par les identités trans et non-binaires qui brouillent les catégories), on voit le pouvoir exercer sa violence (cyberintimidation, discours masculinismes prônant le retour à la sujétion féminine, discours anti-théorie du genre, féminicide). 

Mais j’aimerais attirer votre attention sur le fait que, géopolitiquement, la structure de pouvoir suit la même hiérarchie. Au sommet, il y a les grandes puissances, appelons-les des états « mâles » toxiques, qui peuvent s’imposer par la violence : Russie, Chine, États-Unis. 

(Je m'excuse ici pour les clichés binaires et genrés que je vais utiliser, mais comme lesdits états toxiques pensent de cette manière, ils sont appropriés à la démonstration.)

Autour d’eux, il y a les états gentils et doux qui les soutiennent, à l'image d'épouses traditionnelles : l’Urkraine, la Biélorussie, le Canada, le Mexique… (J’ose pas m’avancer pour les états assujettis entourant la Chine, mes connaissances en géopolitique orientales datant du 15e siècle). Et de temps en temps, l’état-mâle-toxique trouve que l’une de ses épouses-tradwifes en mène trop large : elle parle de divorcer pour se joindre à l’OTAN, elle ne veut pas donner une partie de ses revenus à son homme, elle est tannée des rôles stéréotypés dans lesquels on veut l'enfermer…

Alors la violence commence : on l’insulte, on parle pour elle en débitant des mensonges (l’attitude de Trump, qui balaie de la main une rectification des faits avec un sourire condescendant, puis répète son mensonge, c’est un comportement connu de toutes les femmes qui ont eu des relations toxiques), on lui impose des violences économiques (la forcer à dépenser son argent là où ça nous plaît, lui arracher de force une partie de ses revenus), on se pose en victime (si on commet des gestes violents, c’est parce que l’autre a commencé… en voulant diminuer les privilèges de l’État toxique) et on laisse planer un recours à la force dont la tradwife ne se relèvera pas.

Nos politiciens devraient se réveiller : messieurs (puisque c'est surtout des messieurs, d'ailleurs Mélanie Joly, elle, semble avoir vite compris la dynamique en place), vous êtes dans une situation de violence conjugale! Faites venir des intervenantes spécialisées dans ce domaine, elles vont pouvoir vous aider. Je devine déjà ce qu’elles vont vous dire… 

Quand on vous insulte, vous devez mettre fin à la conversation. On vous appelle « Gouverneur »? Vous corrigez immédiatement votre titre. Et vous ne dites rien d’autre. Tant que l’autre ne vous respectera pas, vous ne discutez pas avec lui. (Carney semble avoir bien commencé de ce côté.) 

On vous impose des violences économiques? Faites comme si cela ne vous importait pas. N'essayez pas de négocier : ça ne fonctionnera pas ou le répit sera temporaire. Rétorquez, mais sans faire de grande annonce. Ou en faisant comme si c’était un hasard si, tout d’un coup, l’électricité vendue aux USA était plus chère. Comme si l’argent rendu disponible pour les entreprises, il n’était pas lié aux difficultés que l'état-toxique leur fait vivre. L'état-toxique ne veut pas négocier, il veut gagner. Et sa parole donnée ne vaut rien. Alors ignorez-le. 

Préparez votre défense, mais discrètement (alertez l’armée). Mettez de l’argent de côté (oui, augmentez les impôts, montez les tarifs, mais sans laisser voir que c’est en réaction). Encouragez les industries locales (encore là, comme si c’était un hasard). Ou les boycotts (j'en avais jamais vu un rencontrer un tel succès!). Et, surtout, assurez la sécurité (physique et économique) des citoyens/enfants dont vous avez la garde. Vous avez peur de perdre la bataille de l’opinion publique? En campagne électorale, ce sera le temps de dire, sans jamais utiliser le mot « riposte », ce que vous avez fait et pourquoi. 

Contrairement aux conjoints victimes de violence, un pays ne peut pas aller se mettre à l’abri dans un refuge. Mais le temps joue pour lui. Les dictateurs ne sont pas immortels. Et les citoyens des états-toxiques vont finir par se lasser. 

mardi 11 mars 2025

Printemps magique

Étant donné la réalité glauque, je me suis lancée à fond dans le travail. Ça tombe bien, parce que mes responsabilités d'éditrice s'accumulent. En plus de mon rôle chez Alire, j'ajoute maintenant une participation au comité éditorial de Solaris! Amenez-en des textes à lire et des directions littéraires à faire! (J'ai tellement de fun, faut encore que je me pince quand je me rends compte qu'on me paye pour faire ça!)

En parallèle, j'écris... enfin, quand je trouve le temps. 

J'essaie de broder aussi, mais mes mains ne collaborent pas toujours (l'arthrose familiale commence à me rattraper et tous les mouvements minutieux doivent être faits à petite dose). 

Cela dit, notre quotidien à tous aurait bien besoin d'embellissement, de magie... et justement, l'un de mes derniers projets d'écriture a été la participation à une anthologie vraiment magique : le recueil de nouvelles de fantasy Territoires enchantés, royaume ensorcelés, qui est présentement en prévente aux éditions des Six Brumes. 

En attendant mon propre recueil de nouvelles de fantasy (qui s'en vient, me dit-on), je crois que cette dose de magie nous fera du bien!

Après tout, vous n'avez pas tous une dragonnette pour ensoleiller votre quotidien! ;) 

vendredi 31 janvier 2025

Corollaire à la vie, l’univers et tout le reste

J’ai eu 42 ans cette année. Chiffre emblématique de la série du "Guide du routard galactique" de Douglas Adam.

Y’a une autre phrase célèbre accolée à cette série : "Don’t panic".

Je me la répète comme mantra, en boucle, depuis le 20 janvier et l'apparition du "King in Orange".

Toutes les facettes de ma personnalité sont affectées par ce qui se passe :

L’historienne n’est revient pas de voir qu’on n’a rien appris du passé. Elle ne tenait pas du tout à assister en direct à l’établissement d’une dictature.

La mère, l’amie et l’amoureuse sont malades de peur pour leurs proches lgbtq+ ou immigrants ou en situation de handicap.

L’écrivaine voudrait pouvoir refermer ce mauvais roman.

Mais si c’était un roman, l’éditrice ne saurait même par où en commencer la direction littéraire tellement c’est grossier, mauvais, exagéré, cliché…

Et pourtant c’est vrai. D’où le mantra.

Qui me pousse à tendre la main, à prendre soin de mes proches, à boycotter tout ce que je peux... et à écrire des futurs où non seulement on survit à tout ça, mais où on rebâtira mieux.

mercredi 18 décembre 2024

Bilan d'une année étourdissante

J'ai commencé ce bilan un peu par obligation, parce que j'en fais un à chaque année, en me disant que je n'avais pas grand chose à dire. Qu'en 2024, j'ai complété ma première année depuis longtemps comme employée et que c'est pas mal tout et que je ne comprends pas pourquoi je suis aussi fatiguée, aussi pressée d'arriver aux vacances des Fêtes... 

Puis j'ai regardé en arrière et j'ai constaté qu'en fait cette année fut... étourdissante. Je m'étais promis, en décembre passé, de prendre soin. Soin de moi, de ma famille, mais aussi de mon écriture, de mon énergie, de mes rêves... Je crois que j'ai un peu trop bien réussi! (Bon, sauf pour ce qui est de l'énergie.)

C'était une année pivot, où j'ai troqué les multiples contrats de travailleuse autonome pour m'installer de plein pied dans mes tâches d'éditrice adjointe. Travailler chez Alire, c'est tout aussi prenant que le travail autonome, mais au moins je n'ai plus à envoyer des rappels de facture et à courir après le travail, car (constat doux-amer) la slush pile sera toujours là pour moi, hihihi! Ça m'a permis de mesurer tout le stress que je traînais depuis quelques années, à m'inquiéter continuellement de manquer d'ouvrage. Ne plus avoir à m'en soucier est tout un baume pour mes nerfs.

Ce fut aussi une année où j'ai pris soin de ma carrière littéraire en remettant pas mal de textes, pour préparer deux collectifs aux Six Brumes et mon recueil de fantasy. Oh et parce que, surprise imprévue, j'ai participé à un super projet de prospective. Avec quatre collèges écrivains de SF, je me suis retrouvée à imaginer de quoi pourrait avoir l'air le Québec en 2040. On m'a confié le scénario le plus hopepunk. J'espère qu'on y parviendra un jour. (Pour lire les résultats, faut demander le ebook ici.) 

J'ai aussi fait le ménage dans mes projets de roman, définitivement mis de côté un manuscrit qui ne me disait plus rien, reparti le roman fantastique sur de nouvelles bases, commencé à rédiger un fantasy, avancé la recherche pour la suite du policier... Et j'ai découvert que j'étais intimidée par l'idée de me lancer pour vrai dans un nouveau roman. Mine de rien, ça fait des années que je n'ai pas fait ça. (Faut juste que je me rappelle que j'en suis capable et ça ira... j'espère!)

Je me disais aussi que l'année avait été tranquille côté publications, mais non, en fait, ce fut assez occupé : trois nouvelles dans Solaris, une traduction dans Ellery Queen Mystery Magazine et une nouvelle dans le collectif Automnales des Six Brumes! Je continue à entretenir ma plume de nouvelliste... d'autant plus sereinement que je n'ai plus autant à me préoccuper du fait que ce n'est pas payant. 

À travers tout ça, j'ai vu l'adaptation de ma nouvelle La Barque, prendre forme. J'ai assisté à une partie du tournage, puis à des projections et maintenant le film poursuit son chemin, d'un festival à l'autre. Mon histoire voyage plus que je ne le ferai jamais, je pense... et c'est extraordinaire! 

Côté personnel, j'ai fêté mes 42 ans cette année et j'ai décidé de m'offrir deux choses que je repoussais depuis longtemps, parce que ce n'était pas essentiel, parce que la logistique était compliquée, etc. J'ai d'abord participé à un atelier de danse-écriture d'une semaine qui m'a tellement sortie de ma zone de confort que j'ai mis un moment à la retrouver! Puis Luc et moi nous sommes offert un voyage à New York, sans la puce. Quelques jours d'insouciance, pour prendre soin de nous deux, pour se rappeler à quel point il y a des beaux coins chez nos voisins du Sud, à quel point la culture et l'art peuvent y vibrer.

Ce seront des souvenirs à chérir, car le triste résultat des élections américaines risque de nous porter à l'oublier par moment dans les prochaines années. Ces élections ont d'ailleurs participé à mon sentiment d'étourdissement général. Connaître tant d'espoir et tout voir s'effondrer en une soirée... Ce fut dur sur le moral. Il est difficile de détourner le regard de ce qui se passe de l'autre côté de la frontière, des gens (femmes et personnes lgbtq+ en particulier) qui y souffrent et meurt... Mais il faut que je me concentre sur ce qui se passe près de nous. Que je travaille comme je le peux à éviter que ces idées déshumanisantes se rendent chez nous. Faire barrage, un texte à la fois. 

J'ai pas eu le choix, de toute manière. On a dû resserrer le cocon familial autour de la puce, le temps qu'elle se mue en dragonnette préado. Le processus n'est pas tout à fait achevé. Elle a par moment des éclairs de maturité qui me rendent très fière de l'adulte qu'on devine en elle... et à d'autres moments elle m'appelle en panique parce qu'elle a entendu un bruit étrange dans le noir. La parentalité est un paradoxe. Ça m'a guérie d'une bonne partie de mes impatiences en tout cas! Hihihihi!

Je n'ai pas participé à beaucoup d'événements littéraires cette année. Faut dire que je suis tombée malade pile au moment où je devais me joindre aux Sans Tavernes. Je me suis donc contentée du Boréal, du lancement collectif d'Alire (pour souligner les 50 ans de la revue Solaris et la nouvelle collection Mitan) et du Salon du Livre de Montréal... mais ce dernier, placé plus près des Fêtes que d'habitude, a sapé ce qui me restait d'énergie.

Me laissant juste ce qu'il fallait pour écrire ce billet! ;) 

Pour la prochaine année, je vais continuer à m'offrir toutes ces choses immatérielles trop longtemps repoussées : du temps pour mes projets à long terme, pour les causes qui me tiennent à cœur et, surtout, pour ceux que j'aime. 

Que les Fêtes vous soient douce. On se revoit en 2025.  

samedi 7 décembre 2024

Abandonner un projet de roman

Depuis 2017, je travaillais sur un roman parlant des deuils, petits et grands, qu'on doit faire dans nos vies : deuil d'un parent, deuil d'un couple, deuil d'ambitions professionnelles, deuil d'une certaine idée de nous-mêmes. 

Le projet a connu plusieurs itérations, je l'avais commencé avant mon divorce, celui-ci a changé ma manière d'en voir certains thèmes, puis j'ai reçu une bourse, j'ai revu la forme et le manuscrit était à demi achevé lorsque la pandémie a frappé... J'y ai retouché pendant les confinements et après, j'ai essayé d'intégrer la Covid à la trame, parce que c'était irréaliste que mes personnages n'y fassent pas référence...

Mais je crois que, finalement, ce projet ne verra jamais le jour. Parce qu'avec le recul, je ne suis plus sûre qu'il soit encore pertinent. Il me parle moins. Ma manière de gérer les deuils a tellement changé, je ne ressens plus les personnages de la même manière. L'intrigue ne tient plus. 

Peut-être qu'un jour j'y reviendrai, mais pour le moment, je vais le rayer de mon espace mental, de mes listes de "projets à terminer". Je vais me concentrer sur autre chose. Comme essayer d'entamer un de mes deux projets les plus sérieux!

Abandonner un projet de roman, ça m'est rarement arrivé, mais des fois c'est nécessaire. Je regrette le temps que j'y ai passé, mais bon... 

C'est un autre deuil à faire. ;)