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mercredi 17 octobre 2012

Extrait - China-man versus le Troglodyte du Réso

Ici Luc Dagenais, l'archiviste SBF (sans blogue fixe). Vous trouverez ci-dessous un extrait de la nouvelle que je publie dans le numéro 134 de la revue Moebius. Pour l'anecdote, ce numéro, placé sous le thème des arts martiaux, pouvait présenter ceux-ci sous un jour artistique, spirituel, philosophique, voire humoristique, mais ils devaient être dépourvus de toute violence martiale; « pas question d’aller couper des têtes ou de blesser qui que ce soit », dit l’éditorial... raison pour laquelle Gen est absente du sommaire! Elle me prête quand même son blogue, comme quoi c'est pas parce qu'on apprécie les affrontements physiques qu'on est rancunière...

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China-man versus le Troglodyte du Réso

Pleine page sur l’agora du complexe Desjardins, vue d’ensemble en plongée. Là où se trouve habituellement la fontaine, un décor hyperréaliste d’entrepôt portuaire glauque. Au centre, assis sur une caisse de “Farine de tapioca Cheng spécial importation grade A”, China-Man, le superhéros du Chinatown de Montréal. Tout autour, des journalistes, des photographes et des fans, beaucoup de fans, jeunes et moins jeunes, asiatiques et moins asiatiques...

... China-Man. Son armure rouge et blanche arborant un dragon doré (aux couleurs de la compagnie Bubulles thé Cheng de Montréal inc., propriété de son oncle adoptif Wen) scintille de mille feux sous les flashs. Sous l’oeil des caméras, il impose le respect, respire le calme et l’assurance...

... Nouvelle page, cartouche : “Pendant ce temps, au sud du Chinatown…” Arrivant d’on ne sait trop où, un monstre sous-humain : teint blafard, muscles effilés, yeux injectés de sang, lèvre inférieure pendante laissant couler un épais filet de bave, tignasse hirsute (qui ferait l’envie de Rasta-Man, le superhéros jamaïcain oeuvrant aux abords du métro Plamondon) tombant en bataille sur ses épaules. Le tout vêtu de loques couvrant stratégiquement les hanches. Il avance dans un couloir anonyme, aiguisant ses griffes sur la brique. Screeech! C’est une légende, un mythe, il s’agit de cet ouvrier qui, s’étant perdu dans les couloirs de la Place-Ville-Marie lors de sa construction dans les années soixante, n’est jamais parvenu à ressortir, depuis, du labyrinthe qu’est le Montréal souterrain. C’est… Caractères rouges en gras et perspective s’éloignant vers la droite : le Troglodyte du Réso! Doum Doum Dooouuummm! Il a faim, il a la haine, et il se dirige vers…

lundi 18 juin 2012

L'Archiviste - Les Dieux pure laine - Extrait

Ici Luc Dagenais, dit l'Archiviste. Le numéro 183 de Solaris sortira prochainement, et je vais enfin — remarquez, c’est de ma faute, je n’écris vraiment pas vite — y publier à nouveau. À preuve, cette prochaine nouvelle est née, en quelque sorte, à l’été 2009 lorsque j’ai pondu un titre cool pour lequel je n’avais pas d’histoire. Il m’a fallu un an (et un flash qui m’est venu à la suite de la lecture d’un commentaire de Gen sur son blogue) pour trouver ce que je voulais en faire. Et l’écriture s’est ensuite étalée de 2010 à 2011... Parlant de Gen, je tiens à la remercier de me permettre de squatter son blogue (une fois de plus ;o) pour en présenter un extrait.

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Les Dieux pure laine

Toujours habité de sa saine colère d’homme de chantier, Raoul arrivait chez Mémère. La vieille se trouvait au milieu de nulle part, un nowhere trop grand pour qu’on en voie les limites ; le regard s’y perdait dans toutes les directions sans jamais rencontrer rien d’autre que le vide. Assise sur un vieux tabouret de bois au vernis usé et craquelé, elle ressemblait à la Sagouine, seule sur une scène de théâtre. Une ceinture fléchée, la fabrique du temps et du destin, dont le Québec n’était qu’un fil, s’étirait au sol devant elle à perte de vue. De ses mains noueuses et vieilles comme le monde, elle tissait sans relâche, sans erreur, sans hésitation, encore et encore ; un fil dessus, un fil dessous, un fil dessus, un fil dessous. De temps à autre, elle avançait son petit bâton pour sauver son ouvrage. Les fils non tissés, qui constitueraient la ceinture, reposaient en balles ou en tas, à même le sol derrière elle.

— Mémère ! l’interpella Raoul, mais la vieille ne réagit pas.

— Mémère ! Mémère !

Cette fois, Raoul avait crié le plus fort qu’il pouvait, à pleins poumons, à faire trembler le sol. Le tonnerre roula sur la forêt boréale, un vent de mousson fouetta le sous-continent indien. Il toussa, se racla la gorge et cracha un gros morceau de vieillesse qui venait de se déloger de ses poumons. Mémère cessa alors de dodeliner de la tête. Elle se tourna dans une direction, choisit au hasard, leva ses yeux voilés de cataractes et dit :

— Y as-tu quelqu’un ? Si oui, je vous entends pas et je vous vois pas. Ça sert à rien d’essayer de me parler.

Pendant qu’elle parlait, ses doigts s’activaient sans relâche, sans ralentir ni accélérer : un fil dessus, un fil dessous, un fil dessus, un fil dessous, et elle avançait son petit bâton pour sauver son ouvrage.

— Mémère ! C’est moi, Raoul, vous souvenez-vous de moé ? Je suis la drave, je suis le bûcheronnage. Je suis celui qui tenait tête au foreman. J’étais le Québec, quand le Québec avait du cœur. J’avais ben du front pis je me tenais drette steady. Mais là, je suis rendu vieux pis faible, Mémère, et c’est tout le Québec qui s’en ressent. Vous pouvez pas faire quelque chose pour moé, Mémère ?

vendredi 14 octobre 2011

L'archiviste - Être archiviste, c'est du sérieux

Note : une version longue de ce texte a déjà été publiée dans "La chronique" le bulletin mensuel de l’Association des Archivistes du Québec. C'est évidemment l'oeuvre de Luc.

Il y a quelques semaines, j’ai reçu au travail un costume à archiver. Il s’agissait de Béco, la mascotte de la Fondation de bienfaisance des employés de BMO, qui prenait sa retraite. Après dix ans de loyaux services et sa relève assurée par l’Ours BMO, Béco pouvait se reposer tranquille.

Comme Béco avait été la première mascotte dont la Banque de Montréal s’était dotée et qu’elle témoignait des activités caritatives de celle-ci, il fallait bien en conserver la trace. Nous avions déjà quelques photos d’elle (une, entre autres, avec Youppi!, l’idole, le modèle, le mentor de toutes les mascottes québécoises), mais quoi de mieux que de conserver l’original?

En ouvrant le sac contenant ce costume, il m’est venu une envie… Une envie irrépressible, venue tout droit de mon cœur d’enfant, une envie bien innocente et qui pourtant m’a fait sentir vaguement coupable. Comme quand, âgé de cinq ou six ans, je me retrouvais devant un plat de bonbons ou un pot de biscuits et qu’il n’y avait aucune grande personne aux alentours. Vous voyez de quoi je parle? Une promesse de pur bonheur devant une occasion qui, croyais-je alors, ne repasserait sans doute jamais.

Vous l’aurez deviné, je brûlais d’envie d’enfiler le costume et de faire quelques steppettes dans mon centre d’archives! Je lui devais bien ça... Je trouvais trop triste d’archiver cette mascotte sans d’abord lui redonner vie une dernière fois. Béco qui, inlassablement depuis dix ans, avait aidé à amasser des fonds dans des centaines de campagnes de financement. Béco qui avait fait la joie des petits et des grands, hiver comme été. Béco qui, une fois mes tâches de « naturaliste » documentaire achevées, dormirait pour bien longtemps

J’ai bien essayé de résister, mais, voyez-vous, être archiviste, c’est du sérieux : je devais m’assurer que tous les morceaux étaient bien là et constater leur état de conservation; il fallait également que je sache comment enfiler ce truc (aucune instruction n’accompagnant le costume), ne serait-ce que pour remplir adéquatement ma base de données. Et puis…

Bah, au diable les justifications! Revêtir un costume de mascotte, combien de fois ça risquait d’arriver dans ma vie?

Ouf! Enfiler les pantalons, le maillot à cerceau, le torse, les souliers, la camisole et, enfin, la tête, pour un archiviste, c’était du sport, mais pouvoir danser encore une fois, ce fut un pur bonheur, parole de Béco!

mercredi 12 octobre 2011

L'archiviste - Et le gagnant est…

Luc est toujours en contrôle du blogue pendant que Gen poursuit des vacances... pas très relaxantes... elle va vous raconter tout ça lundi.

Une des premières choses que l’on apprend lorsque l’on devient archiviste, c’est comment manipuler les documents et artefacts de façon sécuritaire pour éviter de les endommager ou d’accélérer leur dégradation en faisant notre travail. En effet, les particules qu’on peut avoir sur les mains - saleté, résidus de savon, sécrétion naturelle de la peau - peuvent endommager bien des médiums, comme le papier, les photographies ou certains métaux. La façon la plus universelle, et la plus efficace, c’est d’y aller avec des gants blancs, littéralement.


Après la base de données, ces gants de coton sont nos outils de travail les plus importants. Sauf que parfois, on se sent un peu obsessifs avec nos réflexes hyperprécautionneux. Je vous donne un exemple :

C’était en 2007, et je travaillais avec le cinéaste Frédéric Back au montage d’une exposition portant sur ses œuvres et sa vie. J’avais devant moi un Oscar (THE Oscar comme on dit à Hollywood) qu’il avait remporté au cours de sa carrière. Je regardais la statuette avec, probablement, les yeux ronds et brillants d’envie, m’imaginant au Kodak Theatre devant une salle comble en liesse, en train de la lever victorieusement à bout de bras, sourire triomphant aux lèvres. Frédéric, qui malgré ses 83 ans avait gardé son espièglerie d’enfance, lut dans mes pensées. Il prit la statuette doucement de ses deux mains, nues, pour me la donner, m’encourageant amicalement à la brandir au-dessus de ma tête.

L’horreur archivistique!

Bon, c’était sa statuette, il avait bien le droit d’y toucher tant qu’il voulait. Quand il l’avait reçu à Hollywood, il avait probablement les mains moites d’un cinéaste couronné dont le pouls battait à cent soixante à l’heure; il l’avait sûrement embrassée avant de renverser du champagne dessus et de la passer ensuite à ses collaborateurs, qui l’avaient pris dans leurs mains, l’avaient embrassée à leur tour, avant d’y renverser d’autre champagne, peut-être. Et de retour à Montréal, ça avait été ensuite le tour de la famille et des amis. L’Oscar était pourtant en parfait état de conservation, bien brillant, doré, sans bosses ni égratignures.

Malgré tout le ridicule de mon geste, tel un robot programmé pour conserver, j’ai tout de même enfilé mes gants de coton avant de prendre la statuette et de la soulever à bout de bras! Pas étonnant qu’il y ait peu d’archivistes sur les tapis rouges.

L'archiviste

lundi 10 octobre 2011

L'archiviste - Mon palmarès

Rappel aux étourdis : Gen est en vacances, ce billet est écrit par Luc dit L'archiviste.

La plupart du temps, lorsque j’annonce à quelqu’un que je suis archiviste, j’ai droit à des regards d’ennui («Archiviste? BoOoring!»), de pitié («Archiviste? Mes sympathies et merci de te sacrifier pour nous») ou d’effroi («Archiviste? Ai-je quelque chose à me reprocher? Tout d’un coup qu’il serait ici pour m’annoncer une punition administrative celui-là? Nooonnnn! Je ne veux pas finir ma carrière aux archives dans le sous-sol!»)

Ces réactions sont bien meilleures que celles que j’obtenais quand j’étais agent d’assurance de dommages (je vous laisse imaginer), mais être archiviste c’est tout sauf ennuyeux. Pour vous le prouver, je vous fais ici mon palmarès des documents et artefacts fascinants ou inusités que j’ai été appelé à manipuler et à archiver au cours de ma carrière.

10. Puisque je suis un peu geek, je vais mettre en 10e position tous les vieux documents «technologiques» ou informatiques auxquels j’ai eu affaire : disquettes 5 ¼, logiciels sur cartes perforées, vieux laptop du début des années 90, manuel d’ordinateur IBM de la fin des années 50, etc.

9. Travailler à l’endroit même où jadis Marcel Talon essayait de réussir le coup du siècle. OK, ce n’est pas un document à proprement parler, mais c’est trippant pareil, bon !

8. Des chroniques d’époque relatant la fuite des amérindiens Pieds-Noirs à la suite des guerres indiennes.

7. Une corde de pendu (ayant servi).

6. Des documents du XVIIe (certains signés par Frontenac, d’autres par De Maisonneuve et LeMoyne).

5. Des faux seins (pas des prothèses de silicone, de « vrais » faux seins, ronds, couleur chair, avec mamelons bien dessinés).

4. Un morceau de marqueterie d’un mur du bunker d’Hitler.

3. De l’uranium (non raffiné, quand même!).

2. Un Oscar (je vous en parlerai plus en détail mercredi).

1. Un costume de mascotte ! (Woohoo ! Ça aussi je vous en reparlerai).

Avouez, être archiviste c’est plus rock’n roll que vous ne le pensiez. En plus, sachez qu’on n’est pas méchant et qu’on emprisonne rarement nos collègues dans les sous-sols humides et poussiéreux (question de sécurité, on évite d’y entreposer là les archives de toute façon) pour faire notre boulot à notre place…

L'archiviste

jeudi 6 octobre 2011

Ceci n’est pas Geneviève

Non, ceci n'est pas une défaillance de votre fournisseur internet, n’essayez donc pas de régler la connexion. Nous avons le contrôle total du blogue: nous maîtrisons, à présent, toute publication. Nous pouvons vous noyer sous un millier d’hyperliens, vous donner des images JPEG de piètre qualité, aussi bien qu'une vidéo pure comme le cristal. Nous pouvons modeler votre vision et lui fournir tout ce que votre imagination peut concevoir, et même au-delà…

Pour la semaine qui vient, asseyez-vous tranquillement. Nous contrôlerons tout ce que vous allez voir et lire. Vous allez participer à une petite aventure et faire l'expérience de l’inconnu avec « Les anecdotes de l’archiviste ».

Hum… OK trêve de science-fiction rétro. C’est Luc Dagenais au clavier. Comme vous le savez, Geneviève sera en France pour quelques jours. Comme elle n’a pas l’habitude de laisser ses lecteurs sans billets pendant si longtemps, elle m’a demandé de vous tenir compagnie de façon périodique jusqu’au 17 octobre. J’ai accepté son invitation avec un immense plaisir.

Pour ceux qui ne me connaissent pas, j’ai une formation d’historien de l’art, j’écris (mais avec une seule nouvelle publiée, je ne m’étendrai pas sur le sujet, on aurait tôt fait le tour), je pratique des arts martiaux et... je suis archiviste de profession. 8o)

À lundi,

L’archiviste