samedi 2 mai 2026

Changer une bonbonne de propane, théorie et pratique

Allez, ce blogue est rendu ben trop sérieux, ça fait longtemps que je vous avais fait le coup d'un billet "théorie et pratique" (sans doute parce que dans ma nouvelle vie, j'ai pas de maison à entretenir...). Pour ceux qui n'ont pas connu les classiques, je vous invite à aller lire mes aventures de sapin de Noël, de lave-vaisselle, de fenêtres et d'arbres à planter (notez que le chum de ces aventures était mon ex-mari, n'allez pas accuser Luc de ses tares :p ).  

Pour les autres, voici un nouvel épisode. 

Alors, cette semaine, Luc et moi avons constaté que la bonbonne de propane de notre barbecue était vide. Juste au moment où s'annonce - enfin - la saison des grillades. Malheur!

Qu'à cela ne tienne, c'est pas compliqué changer une bonbonne, on l'a fait souvent. Il suffit de : 

1- Avoir accès à une voiture;

2- Débrancher la bonbonne du barbecue;

3- Aller au Canac, Canadian Tire ou autre Rona le plus proche pour faire remplir la bonbonne;

4- La rapporter;

5- La rebrancher.

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Ça a l'air simple, hein? Mais bon, évidemment, pour nous, il faut ajouter de petites étapes : 

1- Avoir accès à une voiture implique...

1.1 - Décider si on va louer une Communauto pour ça ou soudoyer une connaissance avec une promesse d'un souper de grillades pour qu'elle nous donne un lift ; 

1.2 - Ayant opté pour le chantage gastronomique, choisir la victime, euh, pardon, le chauffeur; 

1.3 - Communiquer avec cette personne et la convaincre (vu les talents de Luc en cuisine, c'est pas trop dur); 

1.4 - Faire coïncider les horaires de tout le monde pour obtenir ledit lift (jusque là, tout va bien); 

2- Débrancher la bonbonne du barbecue... c'est ici que ça se gâte!

2.1 - Chercher la clé du cadenas qui empêche, vu notre terrasse en rez-de-chaussée, qu'on se fasse voler notre barbecue et/ou la bonbonne qui l'alimente; 

2.2 - Constater que la serrure du cadenas est recouverte de rouille, au point où on ne voit plus la fente pour la clef!;

2.3 - Après avoir gratté la serrure et abondamment arrosé le cadenas de Gig-a-loo, constater qu'on a retrouvé le trou de serrure, mais que quelque est pogné dans la serrure;

2.4 - Conclure que notre cadenas a rempli son office : quelqu'un a bien tenté de nous voler et n'y est pas parvenu, youhou!; 

2.5 - Constat corolaire : même après avoir retiré le morceau intrus et avec la bonne clef, la serrure est brisée et le cadenas n'ouvre plus, et on finit même pas péter la clef dedans, ostie!;

2.6 - Sacrer pendant que la personne qui s'est portée volontaire pour donner le lift fait une sieste sur votre sofa; 

2.7 - Essayer 4-5 méthodes pour faire levier et briser le cadenas;

2.8 - Admettre que ça va prendre des cutters, des gros; 

2.9 - Réveiller votre lift et demander à votre lift d'aller à la quincaillerie précédemment ciblée pour y remplir votre bonbonne, mais sans la bonbonne; 

2.10 - Acheter les plus gros cutters disponibles;

2.11 - Pis un nouveau cadenas et une nouvelle chaîne, parce que ceux actuellement en service ne survivront pas à la suite de la journée;

2.12 - Rentrer chez vous;

2.13 - Vous excuser à votre lift, lui assurer que ça sera pas long;

2.14 - Couper le cr**** de cadenas;

2.15 - Libérer la bonbonne;

2.16 - Attacher le barbecue avec le nouveau cadenas, histoire qu'il se sauve pas pendant votre absence; 

2.17 - Vous excuser à votre lift, le remercier de sa patience; 

3- Aller au Canac, Canadian Tire ou autre Rona le plus proche pour faire remplir la bonbonne et en profiter pour

3.1 - Apprendre à votre lift qu'on doit d'abord aller payer à l'intérieur;

3.2 - Puis trouver la zone de service à l'auto; 

3.3 - Au passage, faire découvrir à votre lift les méandres de la zone de service à l'auto où on est jamais trop sûr d'être à la bonne place entre les palettes de roche et les poches de terreau;

4- Rapporter la bonbonne sans problème (miracle!)

5- Rebrancher la bonbonne assez aisément aussi 

5.1 - Et la recadenasser

5.2 - Mais en prenant soin que le cadenas se retrouve sous la housse du barbecue cette fois et donc à l'abri des intempéries; 

5.3 - Ranger les nouveaux cutters, parce qu'on les garde au cas où;

5.4 - Mettre le lift à la porte parce qu'il est tard, mais promis, on se rappelle pour les grillades. 

6 - Écrire un billet de blogue sur la question et conclure avec : Merci Pascale! hihihih!

samedi 7 mars 2026

Toujours l'écriture

On m'a demandé récemment si j'avais toujours voulu écrire. J'ai répondu que oui. Que je rêve d'écrire depuis que j'ai découvert la lecture, depuis que j'ai compris que les livres qui me faisaient rêver était l'oeuvre de quelqu'un, que je pouvais, moi aussi, coucher sur papier les histoires qui m'habitaient...

Mais si ça a commencé comme ça, c'est devenu beaucoup plus. Peut-être parce que c'est arrivé si tôt dans ma vie.

L'écriture, plus les années passent et plus je constate que ce n'est pas quelque chose que je fais, c'est ce que je suis. 

Il n'y a jamais eu un moment de ma vie où je n'écrivais pas. Je n'ai pas toujours montré ce que j'écrivais, mais j'ai toujours couché des histoires sur la page. 

Parce que j'en ai besoin. Parce que c'est de cette manière que j'arrive à comprendre le monde, à lui donner un sens. Je projette sur des personnages mes joies, mes peines, mes questionnements, mes rages, mes rêves, mes cauchemars et je les regarde prendre forme. Plus jeune, c'étaient les notions scolaires que je réinvestissais dans mes écrits, m'assurant ainsi de bien les enregistrer... 

En fait, c'est le même processus qui se poursuit : je réutilise ce que j'ai appris, mais je suis passées des savoirs scolaires aux expériences vécues. 

Parfois, aussi, en relisant ce que je viens d'écrire, en regardant mes personnages interagir, je comprends des éléments du réel que j'avais sous les yeux, que je sentais sans pouvoir articuler. Dans le texte, ces éléments jouant avec la vie de quelqu'un d'autre, je les discerne enfin. 

Il y a bien des éléments de ma personnalité qui ont changé avec les années. C'est normal et sain... Dans la mesure où les changements sont venus de moi, de la maturité. Mais il y a des aspects de moi que des personnes - ou seulement "la société" dans son ensemble anonymement violent - m'ont forcée à abandonner, en dénigrant mes goûts, mes réflexes, en me gaslightant jusqu'à ce que ne sache plus trop quelles étaient mes émotions, mes idées propres, en me poussant à intérioriser patriarcat et misogynie et grossophobie et capacitisme et sans doute d'autres trucs que je ne vois pas encore... Le processus pour m'appartenir de nouveau n'est pas terminé, même si j'ai atteint un certain équilibre. 

Cependant, chaque fois qu'on a voulu toucher à l'écriture, m'empêcher d'écrire, me dire de faire autre chose, d'abandonner, ou simplement contrôler ce que j'écrivais, je me suis rebellée. Ça, ça m'appartenait. Ça, personne n'y toucherait. J'écrirais. Mes histoires à moi. Peut-être pour mes yeux seuls, mais j'écrirais. 

Il y a eu des moments dans ma vie où j'ai eu l'impression que le fait d'écrire était le seul élément qui faisait encore de moi une personne distincte, pas juste une mère-épouse générique. Le seul élément qui me permettait à moi-même de me reconnaître. La chose seule qui me motivait à continuer.

Je vivais pour écrire. 

Et je le fais encore, même si c'est moins un acte désespéré, davantage un plaisir cultivé. 

Plaisir qui s'était fait rare ces temps-ci (même le blogue était plus silencieux que jamais), mais qui revient avec le printemps. Alors avant de me plonger dans mes manuscrits, je souhaite à tout le monde un bon printemps! ;) 

vendredi 16 janvier 2026

Constats divers de janvier

Constats divers de janvier : 

1. Il suffit de publier un peu tôt en décembre un "bilan d'une année difficile" marquée par "des petits bobos, mais rien de grave" pour que la vie se venge en cassant le bras de ton chum le 26 décembre. Tsé, histoire que 2026 commence avec un vrai gros bobo à gérer. 

2. C'est quand ton chum se retrouve incapable participer aux tâches ménagères que tu mesures à quel point, d'habitude, il prend des trucs en charge! Et que, décidément, faire la vaisselle ne te manquait pas.

3. Avoir ton chum comme collègue de travail, c'est merveilleux la majorité du temps... mais lorsqu'il se pète un bras et ne peut plus travailler, ça ajoute une petite pression. (J'entends la slush pile s'élever d'heure en heure...)

4. La planète entière est en train d'apprendre ce que beaucoup de femmes savent : lorsqu'un narcissique toxique décide d'en faire à sa tête, les lois, les ententes et les paroles données ne comptent plus.

5. Tu trouves adorablement naïve la toi de vingt ans qui a décidé de peu étudier la Deuxième Guerre Mondiale, parce que "on sera quand même pas assez épais pour remettre ça". (J'avoue que c'était aussi parce que l'Antiquité me semblait beaucoup plus intéressante.)   

6. Quoi, le yoga? (Dites, j'en ai fait quatre fois depuis Noël, vu la situation, c'est un exploit.)

vendredi 19 décembre 2025

Bilan d'une année difficile

L'an dernier, à pareille date, j'étais fatiguée, mais sereine. Je venais de compléter ma première année comme éditrice, j'avais publié et écrit et je me disais que pour l'année à venir, je me consacrerais à mes projets longs, que j'avancerais enfin mes romans, malgré la crainte que j'avais à me relancer dans une entreprise de longue haleine...

Évidemment, c'était sans compter la vie qui s'ingénie parfois (souvent) à nous faire des jambettes inattendues. Au lieu d'avancer mes romans, j'ai passé la première moitié de l'année à écrire frénétiquement des nouvelles pour des collectifs : une histoire de fantasy pour Territoires enchantés et royaumes ensorcellés, les aventures d'une sorcière-psychologue pour Au bûcher (tous deux publiés aux Six Brumes), une traduction fortement remaniée d'une de mes nouvelles pour l'anthologie Unréal des éditions Flame Arrow, et puis un texte (ou deux selon comme vous verrez ça) pour un projet secret qui sera annoncé bientôt. 

Ah et à travers tout ça, il m'a bien fallu veiller sur mes Magies des temps brodés! Il m'aura demandé bien des efforts pour voir le jour ce recueil-là. Les astres n'étaient pas tellement alignés. Mais bon, il existe enfin, c'est l'essentiel. En espérant qu'il trouve ses lecteurices! Mais je suis encouragée : après la table-ronde à laquelle j'ai participé au Salon de Montréal, j'ai eu une file devant ma table : cinq personnes! D'un seul coup!! Devant une table de distributeur reléguée dans un coin perdu du salon!!! (Si vous connaissez la rareté du phénomène, vous comprenez les points d'exclamation hihihihi!) 

Ma frénésie d'écriture s'est terminée à la fin août et depuis ce temps-là... rien. Oh, pas que je n'aie pas envie d'écrire ou que je manque d'idées, absolument pas! Mais c'est le temps qui a fait défaut. 

Voyez-vous, sur le plan personnel, ça a été une année difficile. Rien de grave, rassurez-vous : mon amoureux est toujours un partenaire extraordinaire et mon boulot me comble! Cependant, lorsqu'on est une famille à faibles revenus qui dépend du transport en commun et des systèmes de santé et d'éducation publics (et qu'un des membres de la famille doit littéralement sa survie à la RAMQ), et qu'on compte plusieurs personnes queer ou racisées dans son entourage, la montée générale de l'extrême-droite, les programmes des Conservateurs et les histoires de 51e état, ça n'aide pas à bien dormir la nuit. 

Après avoir eu autant de plaisir à New York l'an dernier, sentir que nos convictions de gauchistes féministes pro-choix et inclusifs nous en exile pour les années à venir, ça nous a aussi donné un coup dur au moral. On avait planifié y retourner avec la puce. Mais il est hors de question de placer notre sécurité dans les mains de cette administration. 

Ajoutez à ça un été de feux de forêt qui nous a gardés cloîtrés, puis le stress des examens d'entrée au secondaire pour ma cocotte, des petits bobos pour mon chum ou moi (des maux de dos ou d'épaule, des rhumes, etc) qui ne sont jamais tombés en même temps (ce qui faisait que l'un de nous était toujours un peu à plat), beaucoup d'anxiété devant les changements à venir pour ma puce, quelques événements littéraires, puis une abondance de travail dans laquelle je me suis garrochée parce que j'aime parfois trop ma job pour mon propre bien... 

En novembre, une rencontre de hasard a ouvert, dans ma mémoire, des portes qui étaient closes depuis si longtemps que je les avais oubliées... et des souvenirs douloureux ont déboulé. C'est pas plus mal : je n'avais jamais pris le temps de reconsidérer cette époque de ma vie avec mes capacités émotionnelles "d'adulte écrivaine informée sur la psychologie et qui a fait une thérapie". J'en ressors plus zen, en me comprenant mieux... mais le processus n'a pas été des plus reposant!  

Et là, début décembre, la grippe m'est tombée dessus, malgré tous les vaccins et précautions pour l'éviter. 

Bref, l'année a usé mes nerfs, qui sont restés fragiles depuis la pandémie. Malgré une semaine de vacances passée au bord d'un lac à lire les pieds dans l'eau (meilleure manière de recharger les batteries à plat), toutes les routines et les bonnes habitudes ont foutu le camp dès la rentrée : j'ai voulu compenser le temps perdu en rendez-vous divers et en réassurances de ma puce en éliminant les séances de yoga, en mettant l'écriture sur pause et en prenant un p'tit verre de plus de temps en temps pour me gâter et relaxer... 

Je savais en faisant ça que c'était une mauvaise idée. Hier, ma super-infirmière m'a chicanée. Rien de grave, m'a-t-elle rassurée, mais rien de trop bon non plus.  

Ma résolution 2026 est donc simple : reprendre le yoga quotidien. Parce que ça me sert à la fois d'exercice et de méditation, que ça m'ouvre l'esprit pour écrire et que sans l'écriture, je ne suis jamais tout à fait calme et centrée. 

C'est fou comme notre équilibre tient parfois à peu de chose. Pour 2026, j'vous souhaite de trouver le vôtre... et de le conserver! ;)  

vendredi 5 décembre 2025

Les techniques de rhétorique toxique

Quelqu'une (allo Claude!) m'a fait remarquer que je vous ai balancé un tas de mots anglais dans mon dernier billet. Il s'agissait de termes référant à des techniques de rhétorique toxique utilisées abondamment sur les réseaux sociaux. Surtout par les hommes, mais pas seulement. Et (ça c'est intéressant) elles ne sont même pas toujours utilisées consciemment! (Les sophistes de l'Antiquité grecque seraient impressionnés : leurs techniques fallacieuses sont passées dans l'usage courant!)

En passant, les termes sont en anglais, parce que les réseaux sociaux sont majoritairement anglophones et que la rhétorique toxique y fleurit, donc c'est aussi en anglais qu'on l'étudie. Je vais donner les traductions quand je les connais. 

Voyez-vous, ces techniques sont tellement passées dans l'usage, on les subit tellement souvent (tant de la part de gens qu'on rencontre en ligne que de politiciens ou de personnes bornées croisées dans nos vies quotidiennes) qu'on en vient à ne plus les voir! Alors mettons-les bien à plat pour savoir les repérer. (Et, comme écrivain, pour pouvoir les utiliser dans nos textes!)

AVERTISSEMENT : la lecture de la suite de ce billet pourrait vous faire perdre du respect pour beaucoup de gens... qui ne le méritaient déjà pas. 

Voyons donc ce que veux dire...

Trolling [Troller]: On commence avec une facile. Ça veut dire "faire le troll" ou passer des commentaires juste pour faire réagir. La version polie s'appelle "jouer à l'avocat du diable", mais dans tous les cas, c'est une tactique destinée à faire fâcher l'interlocuteur en lui sortant des énormités et des clichés. Le trolling peut sembler bénin, mais lorsque plusieurs s'organisent en réseaux ou font appel à des faux comptes (automatisés ou non), ça peut créer un effet de meute paniquant pour la personne qui reçoit le tout. La parade? La fonction "bloquer". 

Doxing ou Doxxing : Action de dévoiler en ligne les informations personnelles de quelqu'un, par exemple son lieu de travail ou de domicile. Au Canada, surtout si ça s'accompagne d'encouragement à aller déranger la personne "en vrai", ça peut être considéré comme une atteinte à la vie privée, du harcèlement, de l'incitation à la haine ou de la mise en danger d'autrui et donc déboucher sur des accusations criminelles. Bref, si on vous doxx, dénoncez à la police!

Mansplaining [Mecsplication] : C'est le gars qui vous explique (à vous, femmes de tout âge ou rarement jeunes hommes), souvent sur un ton docte, paternaliste et avec moulte grands mots savants (parfois erronément), un truc au sujet duquel la personne qui reçoit l'explication est plus qualifiée et informée que le mecspliqueur. Mon exemple préféré, c'est le gars - devenu meme - qui était pas d'accord avec Margaret Atwood sur l'interprétation à donner à Handmaid's Tale et qui lui a dit de lire le livre au lieu de se fier à la série télé... Un autre exemple courant, c'est les hommes qui viennent expliquer que non, non, ce n'est pas du mansplaining, c'est juste une manière de discuter... avec un peu de (mal)chance, on en aura un en commentaire de ce billet. :p La parade? Rire, ignorer ou, si vous y tenez, répondre avec un lien vers vos diplômes/thèses/articles qui prouvent que le monsieur n'est pas l'expert qu'il croit être.   

Whataboutism [Qu'en-est-ilisme] : Ceci est une manière de détourner une conversation. Vous vous inquiétez du sort des vaches? On vous fait remarquer que vous vous foutez des poulets. Vous parler d'un génocide en Israël, on vous répond que vous vous accommodez de celui au Soudan. Si vous faites l'erreur de répondre, vous voilà parti loin de votre sujet. La parade? Répondre "ce n'est pas mon sujet aujourd'hui". 

Cherry picking [Picorage/Picossage] : Vous avez fait un long post très argumenté et la personne vous reprend sur un détail qui n'était peut-être pas aussi parfaitement nuancé qu'il aurait dû? Ou alors quelqu'un présente juste les chiffres et les preuves qui soutiennent sa position et non l'ensemble des données? Dans les deux cas, vous êtes en présence de cherry picking, soit une sélection malhonnête des données à mettre en lumière, dans le but de faire perdre la vue d'ensemble du sujet. La solution? Signaler que la personne picosse et recadrer le sujet.

Ad hominem et/ou Ad personam : Il y a une légère nuance entre les deux termes, nuances qui varie si on est anglophone ou francophone (tsé histoire de faire simple), mais dans tous les cas, on s'en prend à la cohérence des propos de la personne (ex: ah tiens, t'es pour la censure maintenant, pourtant l'autre jour...) ou leur expression (ex : quand tu sauras écrire...) ou à la crédibilité de la personne (ex : on sait ben, tu travailles pour...), bref c'est l'individu qui s'exprime qui est attaqué, on ne répond pas à ses propos. Il ne sert pas à grand chose d'argumenter avec les gens qui utilisent ce genre de procédé. J'aime bien leur répondre "ad hominem" et terminer l'échange là-dessus. Ça les force à googler. :p 

Tone policing [Police du ton] : C'est une variante de l'Ad hominem/personam où on s'en prend au ton de la personne, qu'on accuse d'être trop émotif, trop agressif, trop extrême, pas assez poli, etc. Comme si toute émotion empêchait de réfléchir. C'est très souvent utilisé contre les femmes. (Exemple récent : Magali Picard à qui on demande "baisser le ton".) La parade? Répondre une variante de : "Avoir des émotions est humain et n'empêche pas ma matière grise de fonctionner. Au lieu d'attaquer mon ton, répondez à mes arguments." 

Sealioning : La personne a l'air bien intentionnée, même si on se demande sous quelle roche elle a vécu depuis 20 ans pour découvrir tout juste le sujet (de l'identité de genre, du patriarcat, des féminicides, etc). Elle pose des questions ouvertes, vous demande vos preuves, semble vous écouter, revient avec d'autres questions, veut d'autres preuves... mais il n'y a pas moyen de la convaincre, vous avez l'impression de parler dans le vide et... et vous perdez votre temps. C'est le but ultime de la tactique : vous faire perdre un temps fou, vous épuiser, vous donner envie de ne plus jamais aborder ce sujet publiquement, parce que c'est trop long de gérer ensuite ce genre de réaction. La parade? Inviter (plus ou moins poliment) la personne à googler (ou à lire vos anciens billets/posts/articles) pour s'éduquer.

Moving the goal post [Déplacer l'objectif] : La personne vous demande de lui présenter des preuves de A. Vous vous exécutez. La personne dit que d'accord, mais il faut aussi prouver B. Vous le faites. Mais là, ça prouve pas C... Un peu comme le sealioning, la technique n'a pas de fin et vise surtout à vous épuiser ou à vous faire sentir inadéquat. Ce genre de comportement existe aussi en dehors des simples discussions, par exemple si votre patron vous demande de terminer tel dossier pour telle date et une fois que vous l'avez fait, il vous dit qu'il aurait aussi voulu tel autre dossier... Ou alors quand un gouvernement annule un programme de voie rapide pour la résidence permanente au mépris des gens qui comptaient dessus. La parade? Faire remarquer que les exigences changent constamment et que ce n'est pas votre problème. Ou répondre "Moving the goal post" à la seconde demande et laisser la personne googler. 

Gaslighting [Détournement cognitif] : C'est une forme de manipulation où on vous fait douter de vos perceptions. Pour que ça fonctionne, il faut que vous ayez confiance dans la personne qui tente de détourner vos perceptions. La forme la plus banale (mais quand même problématique) de gaslighting qu'on peut rencontrer, c'est un parent qui dit à un enfant "mais non, ça fait pas mal, t'as pas à pleurer pour ça". La forme courante sur les réseaux sociaux, c'est de se faire dire que notre perception des choses est biaisée par notre "chambre d'écho" et que tel expert, lui, dit le contraire. Une autre forme courante de gaslighting, ces temps-ci, ce sont les politiciens et les journalistes qui insistent pour dire que notre pouvoir d'achat s'améliore - en se basant sur des médianes et des moyennes - tandis qu'un tiers des locataires sont en insécurité alimentaire. Ou qui prétendent que tous les maux viennent de l'immigration, alors qu'on sait que plein de services allaient déjà mal avant. 
Le problème avec le gaslighting c'est que ce sont les gens de bonne foi, ceux qui se remettent constamment en question, qui sont empathiques et ouverts à considérer le point de vue des autres qui y sont les plus vulnérables. À force de se faire répéter sans cesse des trucs qu'on croit faux, on en vient à se demander si ce sont nos croyances qui sont problématiques, puis à ne plus se fier à nos perceptions ni à nos souvenirs (qui seront remis en doute ou niés) ni même à nos émotions (parce qu'on nous dit que, mais non, t'es pas en colère, t'as pas de raison de l'être). Être exposés à long terme au gaslighting dans une relation intime (souvent un couple) ou même dans la société, cela peut mener à des troubles anxieux, de la dépression et une estime de soi à zéro. (Ne me demandez pas comment je sais.)  La parade? Trouver des validations externes à nos perceptions et émotions. L'arme préférée de ceux qui gaslight, c'est l'isolement de la victime. 

Dog whistle/ Dogwhistling [Dilogie ou sous-discours]: Il s'agit de l'art d'énoncer des propos qui semblent innocents, mais qui contiennent un message codé, une insulte ou une menace voilée envers certaines personnes. Surtout connue pour ses utilisations en politique (comme quand on parle de "Canadiens de souche" ou de "Canadiens traditionnels" pour exclure les gens issus de l'immigration ou le fameux "Stand back and stand by" de Trump à l'intention des Proud Boys), la tactique existe aussi dans des contextes plus banal (pensons à un homme qui dirait à sa mère, durant un souper de famille, "ah, tu réussis tellement bien tes tartes, toi, maman" avec un regard en coin à sa conjointe, qu'il n'a pas accusée ouvertement de brûler les siennes, mais qui se sentira sans doute humiliée). Couplée au gaslighting ("mais non voyons, c'est pas ça que je voulais dire, pourquoi tu sur-réagis?"), cette tactique peut être d'une violence psychologique assez intense. La parade? Nommer ce qui est impliqué dans le message pour mettre en lumière les intentions. 

Voilà, ça fait le tour des principales tactiques de rhétorique toxique qu'on rencontre sur les réseaux sociaux ou dans notre vie quotidienne. Ce qui est intéressant, c'est qu'une fois qu'on s'exerce à les voir, on ne peut plus les manquer et on sait avec qui éviter à l'avenir de discuter, alors... bon ménage dans vos contacts! ;)  

PS : Si j'en ai oubliées, lâchez-vous lousse dans les commentaires! 

mardi 4 novembre 2025

Journal extime

J'ai fait trois découvertes ces derniers jours. 

Premièrement, j'ai appris que ce blogue (oui, oui, celui que vous lisez) avait été étudié dans une perspective sociolittéraire tout à fait académique et sérieuse! (Je sais pas si je dois être surprise, flattée ou gênée.) Les résultats sont ici, disponibles gratuitement en pdf si ça vous tente

Deuxièmement, j'ai découvert dans cet article un nouveau terme : "journal extime". C'est-à-dire un journal qui a conscience d'exposer la vie privée aux regards et qui tente donc de la rendre amusante et divertissante. J'aime toujours quand j'apprends les mots pour désigner ce que je faisais "à l'instinct"! Hihihihi!

C'est très juste comme terme, parce qu'en effet, c'est pas mal ce que j'ai toujours essayé de faire avec le blogue : raconter ma vie privée, en restant consciente que je l'exposais. Au départ, c'était plutôt sous l'angle de l'exercice d'écriture : je me disais que si j'arrivais à tirer quelque chose d'intéressant de ma routine plate d'employée de bureau banlieusarde qui tentait d'écrire dans ses temps libres, je venais de m'équiper pour être capable de trouver un angle d'attaque pour n'importe quel sujet! (Et puis, lors des journées grises, être capable de trouver de quoi rire de ma vie, de mes doutes et de mes difficultés, ben ça m'aidait moi-même à dédramatiser!)

Le blogue était aussi une manière d'entrer en contact avec une communauté, de socialiser sans quitter ma maison (et l'autrice de l'article l'a très bien vu!). J'aime parler avec les gens (au cas où vous le sauriez pas déjà), j'aime découvrir la vie des autres, leurs manières de penser, leurs opinions... J'aime les débats, les vrais, ceux où on part de faits avérés pour exposer les divers points de vue, en écoutant l'autre, en essayant de se mettre à sa place, sans essayer de "gagner" la discussion (même s'il m'est arrivé de commettre cette erreur, mais bon, j'ai appris et je continue d'évoluer). Des discussions où on réfléchit en groupe et où, des fois, on arrive à des justes milieux fructueux. 

Ces échanges et débats étaient très présents aux débuts de l'ère des blogues. Puis Facebook est devenu plus populaire, les textes se sont raccourcis, les trolls sont arrivés, les techniques rhétoriques malveillantes se sont popularisées (cherry picking, ad hominem, sealioning, moving the goal post, etc) et les faits alternatifs et le mépris de la science ont tué ce qui restait d'espaces de discussion. 

L'autrice de l'article - Maryline Brick que je ne connais pas mais que je remercie de m'avoir lue si attentivement - note que le blogue a perdu de la vitesse à partir du moment où les commentaires se sont raréfiés. Elle a tout à fait raison : c'est le moment à partir duquel je me suis dit que tant qu'à écrire des textes qui ne susciteraient pas de réactions immédiates, j'étais sans doute mieux de me consacrer à mes fictions. (Je m'en sers aussi pour entrer en relation avec les gens, mais c'est moins directement "moi" et c'est plutôt à sens unique.)

L'autre aspect - qu'elle ne pouvait pas deviner - c'est que depuis 2020, j'ai dû énormément me censurer. Plusieurs anecdotes de mon quotidien auraient fait de très bons billets (où sans doute d'autres divorcées se seraient reconnues)... mais elles étaient liées à mon divorce (ou à mes prises de conscience sur mon ex-relation de couple) et donc elles auraient souvent fait mal paraître mon ex et il n'aimait déjà pas, quand nous étions ensemble, que je le dépeigne autrement que sous son meilleur jour, alors post-divorce, sachant qu'il surveillait sans doute ce que je publiais, ouf, j'ai décidé de m'épargner ses réactions. (Je me suis plutôt servi de tout ça en fiction. ;) J'ai aussi beaucoup moins de temps d'écriture qu'avant, mais ça c'est un autre dossier. 

Troisièmement, j'ai (re)découvert, en plongeant dans mes archives, à quel point j'ai évolué, tant personnellement que professionnellement depuis 2009. Je la trouve parfois d'une telle naïveté la petite Gen des débuts! (Faut dire qu'elle était solidement gaslightée pis subissait une bonne dose de misogynie internalisée.) Mais bon, elle avait 27 ans, j'en ai 43. La tentation est grande par moment de la faire disparaître, d'expurger les billets gênants. Cependant, je me retiens. Parce son(mon) parcours est valide. Le blogue montre qu'on peut évoluer comme personne et comme écrivaine. Qu'on peut même finir par gagner sa vie avec l'écriture au Québec, même si on ne devient jamais connue.

J'vais d'ailleurs essayer de voir si je ne pourrais pas reprendre un peu le fil du blogue. Maintenant qu'on n'ose plus dire quoique ce soit d'un peu dérangeant sur FB et que beaucoup d'écrivains s'ouvrent des substacks, peut-être que je pourrais reprendre l'habitude des textes longs, réflexifs ou informatifs (ex : "comment ne pas soumettre un manuscrit") dans cet espace qui est certes public, mais tout de même un peu secret... Par contre, y aura-t-il des gens pour les lire?

On verra, hein? 

lundi 20 octobre 2025

Fractale citrouille 2025

 


L'automne se sera fait attendre cette année, longtemps déguisé en été. Mais voici enfin le temps gris, les arbres flamboyants... et le retour des citrouilles fractales!

Si vous ne connaissez pas la tradition, c'est par ici!

Si vous la connaissez, j'attends vos offrandes, vos historiettes d’Halloween en 31 mots, ni plus ni moins… Trente et un mots, pour nous faire rire, frissonner, grimacer, sur le thème de la peur, de l'étrange, de l'horreur... bref, c'est l'Halloween, amusez-vous!

(Comme d'habitude, les commentaires du blogue resterons ouverts jusqu'au 1er novembre)