jeudi 21 janvier 2021

L'arrière-monde, de la nouvelle au roman

Voilà quelques fois qu'on me demande, en atelier, à quel point l'arrière-monde d'une nouvelle peut être simplifié par rapport à celui d'un roman. À chaque fois, ma réponse surprend : il ne peut pas vraiment l'être. 

Nouvelle ou roman, vous devez situer une histoire et des personnages dans un univers. Cet univers doit donc être, pour vous, parfaitement clair et détaillé. 

Évidemment, contrairement à ce qui pourrait se passer durant un roman, la nouvelle ne vous donnera sans doute pas le temps de visiter tous les recoins de votre monde. Vous n'avez donc pas à en placer déjà toutes les villes et les sous-cultures au niveau micro. Mais il faut que les grandes lignes sociales, historiques, psychologiques, philosophiques, culturelles, religieuses, politiques, économiques, magiques (et/ou scientifiques) soient établies. Bref qu'au niveau global, macro, vous ayez créé votre univers. 

C'est uniquement de cette manière que vous pourrez donner, dans votre nouvelle, une impression de réalité cohérente et invitante.

Qu'est-ce que je veux dire par là? Évidemment, en 5000 mots, vous n'allez pas nous expliquer votre arrière-monde. Mais il suffit que votre personnage crache au sol en entendant le nom du roi d'Ebba, ce royaume rival situé derrière les montagnes, pour que le lecteur comprenne beaucoup. 

Si vous ne faites pas cet exercice (qui vaut autant pour la nouvelle que pour le roman), si vous ne prenez pas le temps de réfléchir à la globalité de votre monde, vous risquez d'écrire, au fil de la plume, des éléments qui ne s'articulent pas les uns aux autres. Comme des lois interdisant l'héritage des titres et des fortunes, mais un traité mariant la fille aînée du roi au chef du royaume voisin. Or, quelle valeur les mariages arrangés auraient-ils dans un monde où on n'hérite rien de ses parents?

Plus les années passent, plus j'en suis venue à penser que cette obligation de développer suffisamment l'arrière-monde explique pourquoi il s'écrit si peu de nouvelles de fantasy. En fantastique, vous partez de notre monde et vous ajoutez du surnaturel, dont vous établissez les règles. En science-fiction, vous partez de notre monde, vous avancez dans le temps et vous ajoutez une super-science dont vous établissez les règles. En fantasy, vous établissez un nouveau présent, vous le dotez d'un passé ET vous ajoutez du surnaturel, avec les règles associées. La somme de travail est phénoménale. Une fois que vous l'avez abattue, se contenter d'écrire une nouvelle dans cette univers-là peut sembler un gaspillage d'effort (sans compter la frustration de ne pas pouvoir expliquer tout votre univers en une seule histoire). 

Ma solution personnelle est d'écrire plusieurs histoires dotées du même arrière-monde, mais bon, j'avoue que c'est un peu de la triche! ;) (Et c'est pas payant, je devrais me mettre au roman! lol!)

Une fois votre arrière-monde bien détaillé, comment pourrez-vous l'évoquer dans vos histoires sans noyer le lecteur sous les info-dumps? J'ai déjà donné mes trucs pour vous aider à ce sujet-là. ;) 

... Dites, je me casse trop la tête ou ça se tient ce que je raconte?

dimanche 10 janvier 2021

Retour à la normale, disais-je...

 Dans mon idée d'une nouvelle normalité, j'avais présupposé, sans oser le dire, que je me remettrais à faire des billets de blogue plus réguliers. 

... 

Hum, ouais, bon, ma fille est même pas encore de retour à l'école, j'vais me donner une chance :p 

Déjà, j'ai donné un genre de structure à mes semaines. 

Notamment, j'ai arrêté de penser en terme de "semaine" et plutôt en cycle de 14 jours, puisque c'est sur ce rythme-là qu'on a basé la garde de la puce. L'an dernier, je prenais congé, comme tout le monde, les fins de semaine, que ma fille soit avec moi ou pas. Le problème? J'avais aussi tendance à prendre congé les mercredis, soit la journée où je n'avais pas à me lever pour m'occuper d'elle. Six jours de congé sur 14, c'était bien côté repos, mais pas très productif pour le boulot. (Avantage de travailleuse autonome : y'a juste mon compte de banque qui s'en plaignait).  

Là j'essaie une nouvelle formule : je me donne congé les mercredis, MAIS la fin de semaine où j'ai pas ma fille, je travaille. 

D'où ce billet de blogue un dimanche. 

Étape suivante : effectuer du travail payé. :p 

***

Parlant de travail payé : si vous êtes auteur.es aller lire le mémoire d'Annie Bacon sur les tarifs (misérables) de Culture à l'école, puis écrivez-lui pour le signer aussi! 

jeudi 31 décembre 2020

Objectif 2021 : créer une normalité

Je relis mon billet de "résolutions" de janvier 2020 et... je sais pas trop si je dois rire ou pleurer. Je savais que je m'enlignais pour une année de boulversements, de changements de vie. Je savais que mon mariage était fini, mais je ne savais pas où j'allais vivre, comment je me débrouillerais avec ma puce, si j'aurais un amoureux, comment je gagnerais ma vie, si j'arriverais à écrire un peu... 

J'avais donc résolu de "voir venir et m'adapter". 

Une pandémie plus tard, mettons que je vais me donner tous les points possibles pis un petit bonus pour cette résolution-là. O.o 

J'avais aussi décidé de "me remettre au yoga quotidien". 

Pwahahaha! Bon, ce ne fut pas un échec total et il y a eu bien des moments où la séance de yoga matinale a sauvé ma santé mentale, mais disons que la discipline n'est pas ce qui a caractérisé mon année. Entre les confinements, les déconfinements, les journées pédagogiques de la puce, l'horaire un peu bizarre de la garde partagée, la présence d'une troisième personne avec ses habitudes et son rythme, j'ai eu du mal à donner une structure à mes journées. 

Je voulais aussi "soigner mon réseau social et mes amitiés". 

Euh, ouais, bon... 2020 m'aura permis de constater que si je peux passer 4 heures à jaser autour d'un repas et d'une bière, après 1h de Zoom je suis pu capable. Heureusement que les messages textes m'auront permis de garder le contact. Plus le temps passe, plus je me rends compte que quitte à voir quelqu'un juste sur écran, j'aime mieux prendre mon mal en patience et rester dans mon coin avec mes livres. ... Bon jusqu'à ce que je me peuve pu d'attendre et là le Zoom est mieux que rien! ;) 

Je me disais que je continuerais "d'appliquer les préceptes du minimalisme". 

Quand on diminue sa surface habitable de 75%, on a pas trop le choix. Quand on est confiné non plus. Et quand on invite une autre personne (et ses bibliothèques) à partager notre confinement, mettons que le minimalisme devient essentiel. Alors mission accomplie! Hihihihi! Toutes les possessions auxquelles nous tenons sont entrées dans le condo. Les bibliothèques sont pleines à ras-bord et y'a des caisses de livres dans les garde-robes, mais c'est pas grave. Il restera à organiser tout ça et à voir, avec le temps, ce qui servira vraiment. En attendant, on s'est créé un milieu de vie simple et aéré et lumineux où il fait bon lire un livre en sirotant un café. 

Hé ben, j'ai commencé à rédiger ce billet en me disant que j'avais lamentablement échoué dans mes résolutions pour 2020, parce que je les avais pris dans un monde qui savait pas c'était quoi une pandémie, mais... finalement c'est pas si mal. Faut croire que j'étais dans le bon état d'esprit pour survivre à 2020!

Reste que, comme je l'ai mentionné, ma vie semble avoir perdu toute structure. Alors, pour 2021, je veux me créer une nouvelle normalité. Reprendre une certaine routine dans mes journées et mes semaines, histoire de manger mieux, de boire moins, de faire de l'exercice et d'être un peu plus productive au travail. Bref, vous savez toutes ces résolutions plates qu'on prenait en janvier pré-pandémie? Cette année, je les fais toutes miennes... mais sans la culpabilité qui va avec. Je veux juste prendre soin de mon corps et de mon esprit tout en retrouvant le contrôle sur ma vie. 

Savez-vous quoi? Je vous souhaite à tous que 2021 vous offre la possibilité de faire pareil. De retrouver le contrôle sur vos existences et d'en profiter pour prendre soin de vous. On le mérite!

Bonne année!

mercredi 16 décembre 2020

Joyeuses Fêtes, livres, thé et doudou pour tout le monde!

Étant donné qu'à partir de demain et jusqu'au 11 janvier je vais devoir jongler à nouveau entre ma puce et ma vie professionnelle, je crois que je vais mettre le blogue en pause pour les Fêtes (de concert avec le reste de la province). De toute manière, c'est pas comme s'il avait été full animé cette année. (Blâmez Facebook, comme tout le monde, j'y ai passé trop de temps, histoire de faire un minimum de social). 

Normalement, avant de prendre la pause des Fêtes, je dresse un bilan de mon année... Cette année, j'ai franchement peur d'en oublier, mais essayons...

En janvier, fraîchement séparée, mon meilleur ami est devenu mon chum et je me suis dit qu'avec les amis que j'avais, je ne serais jamais esseulée. 

En février, j'ai lancé "Le Chasseur et autres noirceurs" et vendu ma maison et j'ai brunché avec des amis, sans savoir que ce serait pour la dernière fois avant longtemps.  

En mars, j'ai fait mon dernier événement en présentiel, puis la pandémie a frappé et j'ai été confinée avec mon ex et ma puce et j'ai dû marcher dans toutes les petites rues de ma ville de soir, histoire de m'aérer l'esprit et de jaser avec mon chum. 

En avril, mon chum a dû déménager à l'autre bout de la province et sans pouvoir voir mes amis ou ma famille, je me suis sentie plus esseulée que je l'aurais cru possible.

En mai, j'ai déménagé et j'ai vécu vraiment en solo avec ma puce pendant les rénovations de mon condo. 

En juin, j'ai attendu mes meubles et j'ai continué à apprendre à être une maman monoparentale et j'ai donné un atelier virtuel et j'ai fait des 5 à 7 distancés sur ma terrasse.

En juillet, j'ai nagé dans la piscine du condo, j'ai pique-niqué avec ma famille, j'ai enfin reçu mes meubles et je suis devenue officiellement co-directrice de collection pour VLB. 

En août, mon chum a aménagé avec moi, on a appris à vivre à trois avec la puce et j'ai découvert que ça pouvait être incroyablement facile de partager les tâches avec quelqu'un. 

En septembre, la puce a commencé l'école et on a dû l'aider à gérer le stress causé par la séparation et les déménagements et la garde partagée et l'absence de son papa parti en voyage et le foutu virus qui plane, puis on a dû se faire dépister toutes les deux pour la Covid.  

En octobre, j'ai réécrit mon roman policier pour la enième fois et fait des tables-rondes et un autre atelier virtuel et ma fille a pogné un second rhume qu'elle a gardé pour elle cette fois. 

En novembre, je me suis rendue compte que j'avais publié dans trois Solaris cette année et j'ai participé à d'autres table-ronde et j'ai gagné un prix Boréal pour une de mes nouvelles. 

En décembre, c'est maintenant et je suis fatiguée en maudit et j'ai le nez qui coule et j'ai pas écrit grand chose de valable de toute l'année, donc le roman non terminé au début de l'année ne l'est toujours pas.

Mais... Voilà, je savais que ce serait une année de bouleversements et ce fut pire que tout ce que j'avais imaginé, mais... Je suis passée au travers. 

Je suis bien dans ma nouvelle vie. Mon condo est magnifique, pratique, (#)juste de la bonne grosseur pour nous trois, garni de livres, de bonne bouffe, de bonne bouteilles et d'un stock inépuisable de rires et de câlins. 

Entre les pertes de contrat causées par la Covid et l'argent bienvenu de la PCU, je n'ai toujours aucune idée si je pourrai vivre uniquement de ma plume maintenant que je suis monoparentale, mais... j'ai de plus en plus confiance d'y parvenir. 

J'attends donc 2021 avec espoir. Et je vous souhaite, chers lecteurs, des Fêtes toutes en douceurs. Livres, thé et doudou pour tout le monde!

Ah tiens, y'a une étoile en origami dans mon sapin. :p 

mardi 8 décembre 2020

Scène, telling et worldbuilding

J'avais promis un billet plus concret sur le découpage de scène, alors le voici. 

Bon, premièrement, je dois vous mettre en garde : ces exemples découlent de ma manière de planifier mes histoires. Évidemment, si vous écrivez au fil de la plume, en vous racontant l'histoire à mesure, ça ne vous sera pas utile... en tout cas, pas avant le retravail (ouais, je veux pas vous décourager, mais selon mon expérience, moins on planifie, plus on réécrit...)

Deuxièmement, non, c'est de la physique quantique, c'est de la base, que vous connaissez et appliquez sans doute intuitivement. Mais si ça peut faire s'exclamer "Ah mais oui mais bien sûr!" à quelqu'un, ben tant mieux. 

Alors, disons que mon héroïne, appelons-la Annie, va vivre des péripéties lors d'un entretien d'embauche (dans un édifice qui se révélera hanté). Je vais planifier le début de mon histoire ainsi : 

1- Annie se prépare, renverse sa tasse de café sur ses vêtements, doit se changer en vitesse et n'a plus de café ensuite

2 - Elle s'arrête en chemin pour s'acheter un café

3 - Elle entre dans l'édifice et a une impression bizarre

Et là je vais me demander pour chaque action qu'est-ce qui est important et structurer des scènes en conséquence. 

L'action 1 va donner une scène qui va me permettre d'établir la personnalité d'Annie. A-t-elle prévu amplement de temps pour parer aux imprévus (comme de devoir se changer) ou est-elle à la dernière minute et déjà serrée dans le temps, avant même le dégât de café?

L'action 2 pourrait être une scène montrant Annie en train d'interagir avec la caissière ou d'entendre des rumeurs à propos de la mauvaise réputation de l'édifice ou de se faire passer un commentaire désobligeant sur sa tenue, bref elle pourrait placer le décor et la personnalité de mon personnage. Sauf que si je veux faire court, je peux aussi la passer en telling (Annie s'est acheté un café).

L'action 3 est importante et va devoir être racontée lors d'une scène détaillée et sensorielle. Je veux établir tout de suite ce que l'édifice aura d'étrange et perturbant. 

Je pourrais donc écrire quelque chose du genre...

***

Au moment de prendre sa première gorgée de café, Annie le renverse sur sa blouse. La tenue préparée pour son entrevue est gâchée! Et c'était sa dernière capsule de café! Elle jette un coup d'oeil nerveux à sa montre. Ce qu'elle voit la rassure : non seulement elle s'était prévu une bonne marge de manoeuvre, mais elle s'est réveillée avant son cadran. Elle peut se changer en vitesse, s'arrêter en route pour se procurer un café et être tout de même à l'heure à son entrevue. 

Quarante minutes plus tard, la voilà au pied de l'édifice où elle est attendue, chic gobelet de café en main. Sa deuxième meilleure blouse la gêne un peu aux entournures, mais elle pourra y survivre une petite heure. Avant de pousser les portes de l'immeuble, Annie lève la tête et observe les étages supérieurs de la tour vitrée. Les bâtiments voisins s'y reflètent et le soleil y allume des lueurs orangées. On dirait presque que le quartier est en feu. Annie se secoue. Voyons, ce n'est pas le moment de rêvasser. Elle pousse la porte. Le courant d'air chaud qui s'échappe de l'immeuble sent le brûlé. Étrange. Cela s'explique rapidement : le comptoir d'accueil est recouvert de chandelles. Une vraie chapelle ardente...

(etc)

***

Bon, c'est pas le prochain Solaris, mais vous comprenez le principe. 

Comme vous pouvez voir, j'ai laissé tomber la description de l'action 2, parce que je n'en avais pas besoin. On commençait déjà à connaître Annie et on sait tous comment ça se passe quand on achète un café au centre-ville. 

Par contre, si j'avais voulu faire du worldbuiling (construction d'arrière-monde), si mon histoire se passait non pas dans Montréal aujourd'hui, mais dans une version SF ou steampunk, là j'aurais structuré une scène autour de mon action 2. Le café serait devenu un prétexte pour nous faire entrapercevoir l'univers. 

Comme...

***

Mettant son plan à exécution, Annie remplace sa blouse tachée par une tunique à col brodé et sort de chez elle. L'air est doux, le soleil levant promet une journée pimpante. Dans le ciel, dirigeables postaux et oiseaux migrateurs se croient en un élégant balais. La cloche du tramway tinte. Il est juste à l'heure. Annie y saute et reste agrippée à la barre, sur la passerelle extérieure, là où les places sont gratuites. Elle n'a pas les moyens d'entrer sous l'auvent aujourd'hui et, de toute manière, elle descend dans deux pâtés de maison. Voilà le coin de rue avec le café. Le tramway ralentit sans arrêter, Annie en descend d'un bond souple, comme tous les habitués. 

Elle gagne le guichet de service du café. "Un grand crème à la réglisse" demande-t-elle au vieux barista tout en glissant les pièces de cuivre appropriée dans la fente de paiement. "N'oubliez pas le dépôt pour la tasse", lui lance celui-ci par-dessus le sifflement de la vapeur de son percolateur vénitien. Et Annie verse une pièce de plus. 

Quelques minutes plus tard, la voilà au pied... 

***

Encore une fois, ce n'est pas transcendant comme scène, mais ça permet de joindre l'utile à l'utile : le personnage doit s'acheter un café ET on doit montrer un peu l'organisation matérielle de la vie quotidienne, alors on condense les deux dans une seule scène. Ça évite de faire une longue info dump pour nous expliquer qu'on a maîtrisé la technologie des dirigeables et que les tramways sont le moyen de transport le plus courant. 

En matière de worldbuilding, le mettre en scène est souvent beaucoup plus efficace que l'expliquer (eh oui, show don't tell là aussi). Par exemple, dans Hanaken 3, je voulais parler des jardins zen (les jardins de pierre japonais), mais je ne voyais pas trop où les mentionner... J'ai profité d'une conversation qui devait avoir lieu entre deux personnages (dans un lieu qui n'avait pas été déterminé) pour tenir celle-ci au bord d'un jardin zen plutôt que dans une chambre ou autour d'une table. Ça m'a permis de faire d'une pierre deux coups. C'est souvent le secret pour créer des scènes vivantes et différentes les unes des autres. 

Pensez aux fameuses "walking scene" des séries américaines où les personnages se parlent en marchant. Eh bien c'est une formule qui gagne à être utilisé dans les textes littéraires... à condition de bien entrecouper le dialogue d'indications narratives permettant de situer les personnages et leur décor et ce qui se déroule autour d'eux. Qui sait, vos personnages pourraient traverser un marché ou un port ou un hangar de navettes spatiales ou une école ou des jardins, etc. ;) 

lundi 30 novembre 2020

Prix Boréal de la meilleure nouvelle!

Eh bien... Au nombre de nouvelles que je publie chaque année, il m'est quand même arrivé souvent d'être finaliste au prix Boréal de la meilleure nouvelle. Cependant, depuis "Le Chasseur" en 2013, je ne l'avais pas remporté. 

C'est donc avec grand plaisir que je vous annonce que "Oikos cherche cuisinière" (parue dans le #210 de la revue Solaris) vient de recevoir le prix Boréal de la meilleure nouvelle!!!

Ça tombe bien : je suis particulièrement fière de ce texte. Il contient à la fois l'amour d'une mère pour sa fille, le souvenir d'une mamie au grand coeur et les germes d'une organisation sociale différente, pas toujours facile, mais imprégnée de chaleur humaine. 

La chaleur qui me manque tant depuis mars...

(Pour l'anecdote, ce texte a été présenté au prix Solaris l'année où Luc Dagenais est arrivé avec "La déferlante des mères" aussi connu comme "Les plus belles pages jamais écrites sur le fait d'être mère pis le texte qui a remporté tous les prix possibles cette année-là, incluant le GPI de la meilleure nouvelle qui n'avait jamais été gagné par un Québécois!"... bref, mon oikos avait aucune chance! hihihihi! Une chance que j'aime Luc ;)

Les autres gagnants des prix Boréal de cette année sont :

Meilleur roman - Patrick Senécal : Ceux de là-bas (Éditions Alire)

Meilleure bande dessinée - Axelle Lenoir : Si on était T.1 (Front Froid)

Meilleur ouvrage connexe - Brins d’éternité 52-54

Création artistique visuelle - Émilie Léger

Et finalement, catégorie Fanédition, c'est le blogue de Mariane Cayer aka Prospéryne qui emporte les honneurs bien mérités!

jeudi 26 novembre 2020

Découper les scènes

 Annie se réveille dans sa chambre jaune, se lève, s'étire, s'habille chic parce qu'elle a une entrevue aujourd'hui. Puis elle se rend dans la cuisine et se sert son déjeuner habituel : bagel et café. Au moment de prendre sa première journée de café, elle le renverse sur sa blouse... *suit une série d'événements qui découlent de ce dégât*

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Au moment de prendre sa première gorgée de café, Annie le renverse sur sa blouse. La tenue préparée pour son entrevue est gâchée! *suit une série d'événements qui découlent de ce dégât*

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Est-ce que vous remarquez une différence entre ces deux bouts de texte? Aucun des deux n'est digne d'un prix littéraire, mais lequel vous semble le plus efficace? Et pourquoi?

Si vous avez répondu le deuxième et "parce qu'il commence plus près de l'action importante", vous partagez mon interprétation des choses. Je dirais que vous êtes, comme moi, sensible au découpage de l'action, aux scènes d'un récit. 

C'est quoi une scène? Laissez-moi faire un détour par ce qui m'a servi d'école de narratologie : les jeux de rôle. 

Dans les jeux de la compagnie White Wolf (Vampire the Mascarade et Mage the Ascension entre autres), une scène était définie comme un moment où le joueur devait soit jouer minutieusement son personnage (par exemple lors d'un dialogue avec un autre personnage) soit effectuer des lancers de dés en rapport avec ses capacités physiques ou pouvoirs surnaturels. Bref, une scène, c'était le moment où il se passait de quoi. Où on se contentait pas, en tant que joueur, d'écouter le maître de jeu nous raconter qu'on se baladait en voiture à travers la ville endormie. 

Cette unité narrative se transpose parfaitement en termes littéraires : une scène, ça peut être un chapitre ou une section de chapitre (ou une section de nouvelle si vous travaillez le texte court). C'est dans tous les cas, le moment d'une histoire où il se passe quelque chose d'important. Un personnage apprend une information, prononce une parole, pose un geste, subit un événement ou vit une émotion qui seront significatifs dans le dévoilement de leur personnalité ou l'avancement du récit. 

J'ai lu récemment plusieurs romans où les scènes n'étaient pas découpées. Un personnage se levait, déjeunait en jasant avec ses parents, puis allait se balader, regardait un jardin bien paysagé, se faisait attaquer par un voleur et se défendait, puis s'enfuyait... et toutes ces actions semblaient aussi importantes les unes que les autres. L'attaque, le combat, la fuite, ça ne ressortait pas du texte, ça n'avait pas l'air d'un moment fort, car ça occupait autant d'espace que le déjeuner où il ne se passait rien d'important. 

Oui, raconter tous les moments comme s'ils avaient la même importance, ça peut donner, parfois, un "effet de réel"... mais la plupart du temps, ça va juste ennuyer le lecteur, diminuer la tension. 

Un exemple : en règle générale, si votre personnage doit sortir de son bureau et gagner celui de son collègue, le lecteur n'a pas besoin de savoir que, pour ce faire, votre personnage doit tourner à gauche, passer devant la salle de bain, tourner à droite, puis... Il se lève et gagne le bureau de son collègue, point. On raconte ensuite la conversation. Si le trajet jusqu'au bureau est important parce qu'il servira plus tard (par exemple parce qu'un zombi sera en embuscade dans la salle de bain) alors oui, vous devez le décrire. Cependant, si vous voulez que votre lecteur y porte attention, il faudrait éviter d'avoir aussi décrit le trajet entre la chambre et la salle de bain, la maison et le café du coin, le café du coin et le travail, alouette! Quelques détails superflus dans un texte, c'est comme une musique en bruit de fond durant un souper: ça met de l'ambiance et de la vie, mais si vous poussez trop le volume, on ne s'entend bientôt plus penser et on perd la conversation principale. En cas de doute, coupez le son, vous le remonterez plus tard, à petites touches. 

Mon truc personnel pour savoir si j'ai bien découpé mes scènes : si je me retrouve en train d'écrire un passage fastidieux, un bout que je trouve moi-même plate, les chances sont que j'ai mal cadré ma scène. Que je suis en train de raconter des trucs qui devraient se produire dans l'ellipse, dans les blancs entre deux chapitres. Qui se résumeraient aisément en une phrase de flashback. Parce qu'ils servent simplement à faire le pont entre deux scènes. 

Dans ce temps-là, je prends un pas de recul. J'observe mon texte (ou je retourne à mon plan). Je me demande ce que je dois raconter ensuite... et je m'y mets. Sans finir le bout de texte (plate) qui pendouille. Souvent, en écrivant cette nouvelle scène, je trouve les manières de combler les blancs, d'inclure en résumé les informations que j'allais raconter au long. Alors, je retourne en arrière et je coupe les bouts de texte inutiles. Comme on rognerait le décor d'une photo mal cadrée. 

Est-ce que vous comprenez ce que je veux dire?