lundi 25 mai 2020

Indescriptible bordel

Je suis déménagée...

Avec l'aide de mon père et de ma soeur, dans un condo imprégné à en donner mal au coeur de l'odeur de cigarette de l'ancien occupant.

Je le savais (j'avais d'ailleurs failli ne pas acheter juste à cause de la puanteur) alors pour essayer de m'en défaire, après avoir tout lavé au vinaigre, je fais repeindre et changer les planchers.

Ça signifie que je suis encore dans les boîtes et le chaos.

Et maman solo 9 jours sur 14.

Pour laisser de l'espace aux ouvriers, je me suis empilée avec ma fille, ses jouets, nos vêtements, le nécessaire d'école à la maison et mon ordinateur dans la petite chambre fraîchement repeinte en mauve qui sera bientôt son domaine.



Ça résume bien ma vie depuis août dernier : un indescriptible bordel dans lequel je me taille du mieux possible un espace utilisable sinon confortable.

Les travaux dureront encore deux semaine.

Mes meubles (table de cuisine, sofa et lit) n'arriveront pas avant la mi-juillet. O.o Encore un mois et demi à dormir sur un matelas gonflable et à manger sur la petite table à bricolage de ma puce. Au moins elle trouve ça drôle, alors ça lui fera des souvenirs impérissables! :p

Ma puce ne retournera pas à l'école avant septembre. Encore 14 semaines à trouver comment l'occuper à temps plein, sans possibilité d'aller voir des amis ou même de jouer dans les modules du parc, alors que je n'ai plus de cour arrière ni de sous-sol. Dire qu'en janvier dernier je me demandais comment je survivrais à 8 semaines de vacances estivales sans écrire! O.o J'en suis à 12 et... d'accord, je suis en train de venir folle, mais ça aurait pu être pire.

L'amoureux est toujours loin et ça nous déprime beaucoup tous les deux, mais 14 jours après la fin des travaux, quand je serai sûre que ni mes déménageurs ni mes ouvriers ne m'ont contaminée (et que j'aurai eu le temps de dépoussiérer un peu le condo), il pourra venir me voir! On compte les jours avec impatience. En espérant que son emménagement précipité causé par les circonstances ne nous nuira pas à long terme.

Sur un mode plus léger : le premier item de ma liste de trucs à acheter, c'était un ruban à mesurer. Ma liste comprenait donc aussi une "poubelle max une coudée carrée par un genou de haut" et une "étagère une paume de profonde sur deux de haut". Faut plus qu'une absence d'outils modernes pour embêter une historienne! ;)

Et vous, ça va?

jeudi 14 mai 2020

Déménagement en cours!

Alors, après 63 jours de confinement avec Vincent (qui est désormais officiellement mon ex, puisque nous avons signé le contrat de séparation hier), voici le moment aussi attendu que redouté : demain, je déménage!

J'espère que je ne serai pas contaminée par mes déménageurs et que mes nerfs tiendront le coup malgré le stress, quelques jours sans Internet, les travaux qui devront être effectués dans le condo et... au fait de ne pas avoir de lave-vaisselle pendant deux ou trois semaines! O_o  

De retour... quand je pourrai!

lundi 4 mai 2020

L'école et la logique

Habitant dans la grande région de Montréal (en Montérérie plus précisément, cinquième région la plus touchée), l'école reprendra le 19 mai pour ma puce... si Vincent et moi faisons le choix de l'y envoyer.

Au chapitre des raisons en faveur, il y a :
- un peu de contacts sociaux avec des enfants de son âge (elle a joué dans un parc à la cachette avec des fillettes en fin de semaine, en respectant bien le 2 mètres, et elle riait comme je ne l'avais pas entendue rire depuis 6 semaines)
 - le fait de revoir sa professeure (qui m'a confirmé qu'elle serait là et que ma puce, qui a vécu assez de changement cette année, serait dans son groupe)
 - lui faire reprendre une discipline de travail (parce qu'à la maison, la motivation est en baisse)
- et m'offrir un répit post-déménagement (alors que le condo sera en travaux).

Au chapitre des arguments contre un retour en classe :
- les risques pour la santé (qu'on nous dit négligeables pour elle, mais moi et Vincent? si on risque de pogner le virus tôt ou tard, vaut-il mieux prendre le risque pendant que les hôpitaux ont encore de la place ou espérer être épargnés d'ici à ce qu'il y ait des traitements...)
- le danger de la dégoûter de l'école (rester toujours à 2 mètres des amis? pas d'éducation physique? toute la journée dans le même local? ouille! sauf que ce sera pas mieux en septembre...)
- le fait que je ne suis pas obligée de l'envoyer (ma carrière s'est déjà pété la gueule avec le confinement, alors une couple de mois de plus ou de moins rendue là... mais étant monoparentale à présent, je ne peux pas me permettre de ne pas avoir de revenus...)
- et l'idée que si je repousse, ça m'évite de devoir attendre la fin des classes, plus quatorze jours de quarantaine pour revoir mon amoureux (mais ça c'est mes priorités à moi, à ne pas mélanger avec les besoins de ma puce...).

Selon le gouvernement, j'ai pas assez de jugement pour savoir si je peux aller visiter des gens, on me donnera une amende si on m'y prend, mais je devrais être capable de décider d'envoyer ou pas ma fille à l'école. O.o Savez-vous quoi? Tant qu'à me faire infantiliser, j'apprécierais que la job soit faite jusqu'au bout.

Complètement perdue, j'ai demandé à ma puce ce qu'elle en pensait. Voulait-elle retourner à l'école voir des amis - de loin - et leur parler?

"J'aimerais mieux voir juste une amie. Si elle est pas malade, elle pourrait venir jouer à la maison et on ferait de l'école ensemble."

Quand même ton enfant de 5 ans trouve que la solution logique fait pas partie des choix de réponse, ça va mal. :(

On doit se décider d'ici dimanche. Joie.

vendredi 1 mai 2020

Abnégation maternelle ordinaire (2)

Jouer à un jeu de société.

S'arranger pour donner des chances à la puce.

Perdre.

Acquérir la réputation qu'on est très mauvaise aux jeux de société.

Entendre la puce jaser avec une cousine.

Semblerait que toutes les mères sont mauvaises aux jeux de société.

Hum... Pourquoi est-ce toujours les mamans qui donnent les chances?

(Oui, je sais, ma puce doit apprendre à perdre aussi, mais pour le moment suivre les règles et attendre son tour c'est pas encore acquis, alors une chose à la fois, si elle perd toujours elle ne voudra plus jouer.)

mercredi 29 avril 2020

Et si l'oikos était la solution?

Le verdict est tombé : les jeunes enfants vont retourner à l'école. Mais les familles resteront confinées. Et si les parents ou les enfants sont considérés vulnérables au virus, on leur conseille de rester chez eux.

On vient donc de créer, plus que jamais, deux classes de citoyens : les vulnérables (et leurs descendants) et les bien portants. 

Les biens portants sont invités à risquer d'attraper le virus, à envoyer leurs enfants à l'école et à retourner au travail. Mais pas à visiter leurs amis ou leur famille, même si elle est bien portante. Non, on travaille, on étudie. C'est tout. 

Les vulnérables, eux, peuvent continuer à moisir dans leur solitude et/ou à s'arracher les cheveux pour concilier télétravail et école à la maison des enfants. 

Je ne peux pas m'empêcher de trouver que ce n'est pas une solution. (Pis là je veux pas jouer la gérante d'estrade ou l'experte auto-proclamée, j'essaie juste de réfléchir à une alternative.)

Premièrement, la réouverture des écoles, ça place bien des gens dans le même dilemme que moi : qui est-ce que je pénalise? Ma fille esseulée ou mon chum vulnérable? 

Deuxièmement, ça empêche encore le retour au travail d'une grande partie de la population. Parce que tous les gens vulnérables ne vivent pas en CHSLD! Les asthmatiques, les diabétiques, les greffés, les cardiaques... Beaucoup travaillent. 

Et si la solution au problème actuel - faudrait s'occuper des enfants pour que les parents puissent travailler - était ailleurs? Et si elle s'appelait "Oikos"?

Oikos, c'est pas seulement une marque de yogourt. À l'origine, c'est un mot de grec ancien qui veut dire "maisonnée". 

C'est aussi un système économique que j'ai imaginé (ou plutôt actualisé) pour une nouvelle d'anticipation intitulée "Oikos cherche cuisinière". (Publiée dans le numéro 210 de la revue Solaris, c'est ici pour l'acheter si ça vous intéresse! ;)

En gros, plusieurs familles s'y regroupaient pour survivre, se partageant les tâches : l'une éduquait les enfants, un autre jardinait, un troisième travaillait à l'extérieur... 

Dans mon histoire, tout le monde s'entassait dans la même maison, pour des raisons financières. Avec les règles actuelles de distanciation sociale, il faudrait sans doute faire ça aussi et ça créerait autant de problème que ça en réglerait.

Mais si on assouplissait les règles du confinement, ce ne serait pas nécessaire. Trois ou quatre familles habitant à des adresses différentes pourraient former un oikos décentralisé et s'entraider. On regroupe les enfants dans la même maison, idéalement une demeure avec une cour, où on crée un espace "école". Les parents y alternent. L'un enseigne des maths, un autre du français. Les enfants socialisent. Pas tous du même âge? Peu importe : ils s'entraideront, style "école de rang". Les autres parents peuvent télétravailler pendant ce temps-là. S'il y en a qui doivent aller travailler à l'extérieur, on les installe au même endroit et on limite leurs contacts avec le reste de la gang, mais au moins ils peuvent socialiser entre eux, personne n'est seul avec son anxiété. On fait livrer une gigantesque épicerie à une seule adresse. Bref, on limite les contacts avec l'extérieur, comme maintenant, mais on se permet, à l'intérieur du groupe, de recommencer à vivre, à manger ensemble. Au lieu de rester chacun dans notre petite bulle, on l'agrandit juste un peu. On s'épaule. Et, surtout, on protège, tous ensemble, la santé physique ET mentale des plus vulnérables, on les intègre au groupe, avec des mesures d'hygiène renforcées au besoin, on ne les force pas à un confinement solitaire interminable. 

Oui, ça implique que tout le monde fait confiance à tous les membres du groupe... mais entre vous et moi, je peux facilement penser à 5 ou 6 personnes à qui je ferais confiance aisément. Plus, en tout cas, qu'aux 28 parents inconnus des 14 autres enfants du groupe scolaire dans lequel je devrai bientôt envoyer ma fille. Et puis on peut garder une certaine distanciation sociale dans le groupe. Suffit de pas s'asseoir trop serrés autour de la table pour souper!

"C'est une commune!" me diront certains. Et alors? C'est peut-être la solution au problème présent. Ça n'a pas besoin d'être permanent. Mais il me semble que ça rendrait le temporaire plus tolérable...

Cela dit, pour moi, le temps file trop vite pour que j'organise tout ça, alors ça restera sans doute un rêve... ou ça deviendra un roman. ;) 

lundi 27 avril 2020

46 et 19 et...

C'est mon quarante-sixième jour de confinement.

Quarante-six jours avec à peine deux ou trois heures par jour pour travailler. Le temps de répondre aux courriels et de parer aux urgences, c'est fini, je dois retourner jouer ou faire du lavage ou cuisiner ou laver de la vaisselle. J'commence à en avoir sérieusement mon voyage. Le soir, je pourrais travailler, mais je suis crevée.

Il reste dix-neuf jours avant mon déménagement.

Les déménageurs sont réservés. Les changements d'adresse sont amorcés. Les boîtes que je pouvais faire sont faites. Confinement oblige, pas question d'emballer trop vite la vaisselle et les jouets de la puce. Faut continuer à vivre.

Il reste... je sais pas combien de jours avant de pouvoir revoir mon amoureux.

Avant tout ça, il s'était installé près de chez moi. On se voyait régulièrement. On commençait à prévoir les présentations avec la puce. La cohabitation à moyen terme. Et puis la pandémie est arrivée. Des conflits avec sa propriétaire l'ont forcé à déménager loin de moi. Il reviendra, mais... On attend le plan de retour à l'école des enfants pour savoir comment organiser nos vies dans les prochains mois. Mon amoureux est vulnérable au virus et donc au déconfinement. Ma fille est vulnérable à la dépression et au retard scolaire si elle reste confinée. Dilemme qui n'en est pas un : ma fille passe en premier. Tant pis pour nos coeurs en miettes.

J'essaie de ne pas me fâcher contre les gens qui sont heureux de la pause. Heureux de ralentir, de repenser leur vie, de profiter de leurs enfants... Je les comprends. Pour plusieurs, c'est enfin l'occasion de réfléchir à ce qu'ils veulent vraiment de l'existence.

Pour ma part, ma séparation m'avait déjà forcée à me remettre en question, à m'analyser, à me réinventer, à me prévoir un plan de reconstruction de moi-même... J'y étais arrivée, j'avais hâte de le mettre en action. Le voici taillé en pièces par la pandémie. C'est dur, très dur.

Mais bon... je recommencerai.

mercredi 22 avril 2020

Abnégation maternelle ordinaire (1)

Trouver une recette de biscuits. 

Rassembler les ingrédients. 

Appeler la puce pour qu'elle participe. 

L'aider à mesurer et mélanger les ingrédients. 

Nettoyer les dégâts.

Terminer la recette seule parce que la puce s'est tannée avant. 

Mettre les biscuits à cuire. 

Faire la vaisselle. 

Sortir les biscuits du four. 

Appeler la puce pour qu'elle y goûte. 

Ramasser les miettes éparpillée pendant la dégustation. 

Voir la puce ramasser les deux plus beaux biscuits et aller les porter fièrement à son papa en disant "Sont bon hein papa? Je les ai fait moi toute seule". 

Oh well... Tant qu'elle apprend à aimer cuisiner! :p