On m'a demandé récemment si j'avais toujours voulu écrire. J'ai répondu que oui. Que je rêve d'écrire depuis que j'ai découvert la lecture, depuis que j'ai compris que les livres qui me faisaient rêver était l'oeuvre de quelqu'un, que je pouvais, moi aussi, coucher sur papier les histoires qui m'habitaient...
Mais si ça a commencé comme ça, c'est devenu beaucoup plus. Peut-être parce que c'est arrivé si tôt dans ma vie.
L'écriture, plus les années passent et plus je constate que ce n'est pas quelque chose que je fais, c'est ce que je suis.
Il n'y a jamais eu un moment de ma vie où je n'écrivais pas. Je n'ai pas toujours montré ce que j'écrivais, mais j'ai toujours couché des histoires sur la page.
Parce que j'en ai besoin. Parce que c'est de cette manière que j'arrive à comprendre le monde, à lui donner un sens. Je projette sur des personnages mes joies, mes peines, mes questionnements, mes rages, mes rêves, mes cauchemars et je les regarde prendre forme. Plus jeune, c'étaient les notions scolaires que je réinvestissais dans mes écrits, m'assurant ainsi de bien les enregistrer...
En fait, c'est le même processus qui se poursuit : je réutilise ce que j'ai appris, mais je suis passées des savoirs scolaires aux expériences vécues.
Parfois, aussi, en relisant ce que je viens d'écrire, en regardant mes personnages interagir, je comprends des éléments du réel que j'avais sous les yeux, que je sentais sans pouvoir articuler. Dans le texte, ces éléments jouant avec la vie de quelqu'un d'autre, je les discerne enfin.
Il y a bien des éléments de ma personnalité qui ont changé avec les années. C'est normal et sain... Dans la mesure où les changements sont venus de moi, de la maturité. Mais il y a des aspects de moi que des personnes - ou seulement "la société" dans son ensemble anonymement violent - m'ont forcée à abandonner, en dénigrant mes goûts, mes réflexes, en me gaslightant jusqu'à ce que ne sache plus trop quelles étaient mes émotions, mes idées propres, en me poussant à intérioriser patriarcat et misogynie et grossophobie et capacitisme et sans doute d'autres trucs que je ne vois pas encore... Le processus pour m'appartenir de nouveau n'est pas terminé, même si j'ai atteint un certain équilibre.
Cependant, chaque fois qu'on a voulu toucher à l'écriture, m'empêcher d'écrire, me dire de faire autre chose, d'abandonner, ou simplement contrôler ce que j'écrivais, je me suis rebellée. Ça, ça m'appartenait. Ça, personne n'y toucherait. J'écrirais. Mes histoires à moi. Peut-être pour mes yeux seuls, mais j'écrirais.
Il y a eu des moments dans ma vie où j'ai eu l'impression que le fait d'écrire était le seul élément qui faisait encore de moi une personne distincte, pas juste une mère-épouse générique. Le seul élément qui me permettait à moi-même de me reconnaître. La chose seule qui me motivait à continuer.
Je vivais pour écrire.
Et je le fais encore, même si c'est moins un acte désespéré, davantage un plaisir cultivé.
Plaisir qui s'était fait rare ces temps-ci (même le blogue était plus silencieux que jamais), mais qui revient avec le printemps. Alors avant de me plonger dans mes manuscrits, je souhaite à tout le monde un bon printemps! ;)
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