mardi 19 mars 2024

La Barque - pré-production

J'écris peu ici ces derniers temps, parce que disons que je suis très occupée. Le boulot chez Alire est passionnant... et donc je m'y consacre à fond hihihihi! 

En parallèle, j'écris (il y a trois collectifs en préparation dans lesquels je vais publier des nouvelles et on a terminé mon prochain recueil de nouvelles qui devrait sortir aux Six Brumes début 2025 et puis je publie dans le prochain numéro de Solaris...), je lis et...

Et j'essaie d'aider autant que je peux (sans nuire! lol!) à la pré-production de "La Barque", le court métrage qui sera tiré de "Dans la barque", ma nouvelle gagnante du concours Boréal/ Huis clos (qui a été publiée dans le Solaris #229) par les Productions Montagnes Hallucinées

C'est fascinant de voir comment la réalisatrice Vanessa-Tatjana Beerli a transformé le texte (que j'avais déjà conçu de manière à ce qu'il soit très visuel, sans flashback ni long discours intérieur) pour qu'il puisse être raconté uniquement en image. La fin a été changée un peu, elle en est devenue plus horrifiante, sans enlever aux personnages leur agentivité. 

C'est essoufflant aussi de voir tout ce que ça demande comme logistique un tournage (les lieux, la barque, les comédien.es, faut une autre barque finalement, les costumes, on va-tu finir par en trouver une maudite barque, les accessoires, on a une barque mais faudrait des gens pour la déplacer...). Et tout ça en très peu de temps! Alors que les délais du milieu de l'édition se comptent souvent en années, là on fonctionne avec un calendrier serré. J'ai gagné le prix en octobre, on va filmer en avril et tout sera prêt en août-septembre! O.o Je prends parfois plus de temps que ça pour écrire une nouvelle et je suis toute seule avec mon ordinateur!

Bref, je découvre un nouvel univers tout en continuant à entretenir les miens. Et j'ai bien hâte de voir la transposition de mon texte en images! À suivre... 



vendredi 16 février 2024

Décision émotive ou le privilège d'avoir un toit

Au tournant de 2020, dans la foulée de mon divorce, j'ai fait un choix que mon planificateur financier et mon agent d'immeuble ont qualifié, avec dédain, de "décision émotive" : j'ai investi l'essentiel de mes avoirs (dont ma part de la maison familiale fraîchement vendue et une bonne partie de mes économies de retraite) dans un condo.

Un 4½ assez récent, dans la même ville et le même quartier que mon ancienne maison, ce qui me permettait de ne pas changer ma fille d'école. 

"Vous devriez attendre" m'ont dit les supposés experts. "Vous ne savez pas ce que la vie vous réserve, dans un an ou deux, vous pourriez être à nouveau en couple, vouloir plus d'espace... Vous devriez louer pendant quelques années..."

Mais un 4½, ça me semblait bien assez grand pour un couple éventuel (j'avais raison). Et louer quelques années, ça voulait dire me mettre à la merci des appartements disponibles, des enquêtes de crédit (qui ne seraient pas favorables à une écrivaine-travailleuse-autonome), risquer des reprises de logement, des propriétaires abusifs ou paresseux... Ça voulait dire aussi envisager plusieurs déménagements. Traîner ma puce au milieu des boîtes... 

Je savais que je ne pourrais pas gérer ces stress-là. Je mettais déjà les ruines de moi-même dans des boîtes. Ma maison, qui avait accumulé les pépins depuis des années mais que j'avais toujours réussi à remettre sur pied, dans laquelle j'avais investi beaucoup d'énergie, que j'avais arrangée à peu près à mon goût, ma maison m'était arrachée. Je ne voulais plus jamais revivre ça.

"Prenez une plus grosse hypothèque au moins, m'a-t-on dit. Avec les taux d'intérêt actuels..."

Mais les taux pouvaient monter, les paiements pourraient devenir un stress...

Alors j'ai accepté l'étiquette et le dédain, j'ai affronté les messieurs experts et j'ai acheté (presque) comptant. C'était une décision émotive? Sans doute, mais mes émotions, je devais les respecter, puisque je vivrais avec. Je voulais un toit à moi. Un refuge pour me reconstruire. Que personne ne pourrait m'enlever. 

J'ai signé l'achat de mon condo un mois avant le confinement. Le temps que j'y déménage, j'avais un amoureux (lui aussi dépourvu de logis) et les prix des propriétés avaient tellement explosés que je n'aurais plus été capable de l'acheter (j'en fais parfois des cauchemars). Le prix des loyers aussi était devenu astronomique. Si on avait été obligés de louer durant deux ou trois ans, j'aurais dû soit renoncer au travail autonome, soit grugé mes économies et risqué de ne plus jamais été capable de sortir du marché locatif. 

Bref, je ne me suis jamais autant félicitée d'avoir écouté mes émotions. 

Et ces temps-ci, chaque fois que j'ouvre les journaux et que je lis à propos de la crise du logement, chaque fois que je passe par Montréal et que je vois des itinérants couchés au sol, j'ai les larmes aux yeux, le coeur qui s'émiette et le souffle qui s'étrangle. 

Parce que personne ne devrait vivre cela. 

Parce que j'ai honte tellement je me sens miraculeusement privilégiée d'avoir un toit...

Et j'ai envie de hurler, car ça ne devrait pas être un privilège. 

mardi 30 janvier 2024

Peaufiner le quotidien

Prendre soin, disais-je... et déjà janvier s'achève. 

Mais j'ai gardé mes objectifs en tête. L'écriture avance (j'ai trois nouvelles à remettre d'ici juin, après ça, c'est promis, je le jure, je me concentre sur mes romans!), je trouve mon rythme à travers le travail. J'ai réintégré l'exercice physique quotidien et la méditation pour prendre soin de mon corps. Du temps de lecture est réservé chaque soir avant le coucher de la puce, histoire qu'on prenne du temps pour se coller à trois, pour relaxer ensemble, renforcer nos liens. De petites améliorations sont planifiées pour notre logis, histoire de prendre soin du quotidien. Des trucs aussi niaiseux qu'installer des crochets aux bons endroits, remplacer une corbeille à papier brisée et mettre des cadres sur des murs vides. Des petits riens qui, pourtant, allègent l'ambiance.

Ça m'étonne toujours ce genre de changements minimes qui aident la fonctionnalité ou l'esthétisme. Oui, au bout de quelques mois, ils deviendront invisibles, acquis. Le jeu est donc de ne pas tous les intégrer en même temps, de les laisser faire leur effet. J'avais tendance, dans mon existence précédente, à me faire de longues listes de problèmes à régler, puis à essayer d'acheter tout ce qu'il fallait pour les corriger et ensuite tous les attaquer d'un coup, ce qui demandait énormément d'argent, d'énergie et de temps sur une courte période.

Maintenant, j'y vais un petit pas à la fois. Un crochet ici. Un meuble bancal enfin réparé là-bas. Acheter le matériel qu'il faut une fin de semaine. Attendre un mois avant de l'utiliser pour améliorer le décor. Ne pas me mettre de pression, ne pas m'en vouloir quand tout n'est pas fait immédiatement.

Prendre soin de mon rythme, de mon temps, de mon énergie.  

Peaufiner ma vie comme je peaufine mes textes, quoi, en acceptant que le temps fait partie du processus.