mardi 19 mars 2019

Ce qu'on ne peut pas écrire en 2019

Alors, pour résumer, un écrivain québécois et son éditeur sont présentement mis en accusation pour production et distribution de pornographie juvénile. (Je ne mets pas les noms ici, parce que je veux éviter les armées de troll des deux camps, mais googlez si vous savez pas de qui je parle.) Ce à quoi la plupart des écrivains réagissent avec étonnement:  "Quoi? Un écrivain de fiction peut être arrêté à cause de ses mots?!?" Tandis que d'autres s'indignent : "C'est ça, hein, on est rendus là, on peut pu rien écrire asteure!" Et quelques-uns s'inquiètent : "Ce sera qui le prochain? J'ai tué trois personnes dans mon dernier roman, est-ce qu'on va m'accuser de meurtre?"

N'étant pas épargnée par ces inquiétudes (même si je suis moins surprise que beaucoup par la tournure des événements), j'ai décidé de puiser dans mon double passé d'historienne et de secrétaire juridique et de me livrer à quelques recherches pour essayer de faire le tour de la question. Ce qui m'intéressait : qu'est-ce qu'on ne peut vraiment pas écrire en 2019? J'ai structuré le billet autour des arguments que j'entends le plus souvent ces jours-ci (et auxquels j'ai répondu à la pièce sur Facebook et ailleurs). Prière de lire en entier avant de commenter, histoire de ne pas les répéter.

Note d'usage : je ne suis pas avocate. Ceci ne représente pas un avis juridique. Juste un résumé, au meilleur de mes capacités de lecture et de raisonnement. 

Cette histoire est une attaque à notre liberté créative!

Désolée. J'ai cherché, mais légalement parlant, la liberté de création, ça n'a pas l'air d'exister au Canada. C'est plutôt un sous-produit de la liberté d'expression (garantie par l'Article 2 de la Charte canadienne des droits et libertés).

C'est de la censure!

Oui, au sens où on veut interdire la diffusion de quelque chose... et non, car ce n'est pas une décision arbitraire, mais juridique, basée sur une loi bien définie.

En fait, il n'y a plus d'organisme de censure au Canada, ni au Québec (depuis les années 50 environ). Plus personne ne surveille tout ce qui se publie (alors que ça s'est fait jadis). Pour les films, on les surveille, mais seulement pour les classer par catégorie, pas pour les interdire. Dans tous les cas, le pouvoir de faire appliquer les limites légales à la liberté d'expression revient à l'appareil judiciaire, qui n'ouvre une enquête que lorsqu'il y a des plaintes et si la plainte est fondée en droit. (C'est-à-dire qu'il y a une loi pour soutenir la plainte.) En théorie, ça veut dire que vous pourriez écrire quelque chose qui brise des lois, mais si personne ne se plaint, vous ne serez jamais inquiété.

C'est une attaque à notre liberté d'expression d'abord!

Pas vraiment. Comme j'ai dit plus haut, il y a des limites légales, la liberté d'expression n'est pas absolue. Elle est limitée par d'autres droits, dont celui à la vie privée, à l'image, à la réputation ou à la sécurité. 

Quand on écrit de la fiction, on devrait pouvoir faire ce qu'on veut!

Et on le peut... presque. (On est le 18e pays le mieux classé au monde au sujet de la liberté de la presse et les écrivains sont toujours plus libres que les journalistes.)

Franchement, faut faire pas mal exprès pour enfreindre le droit à la vie privée, à la réputation ou à la sécurité des gens dans nos romans! Faudrait utiliser les vrais noms des gens, leurs vraies descriptions, raconter des vrais faits à leur sujet, puis les mêler avec des fausses histoires destinées à leur nuire (ça serait une atteinte à la réputation) ou alors donner leur adresse (atteinte à la vie privée) ou raconter dans le détail comment on les tuerait (ils pourraient craindre pour leur sécurité). Pis faudrait aussi omettre l'avertissement d'usage au début du livre qui dit "Tous les personnages représentés ici sont fictifs ou utilisés fictivement..."

Cependant, il y a deux manières d'enfreindre le droit à la sécurité qui sont bien connues et sanctionnées par le Code criminel : l'appel à la haine (envers un groupe de personnes) et l'obscénité (ce qui recouvre la pornographie juvénile).

Encore une fois, tant qu'à moi, pour être accusé d'avoir appelé à la haine dans un texte de fiction, faut pas mal le chercher. Il ne suffit pas de mettre les mots dans la bouche d'un personnage à quelques occasions. Il faudrait, à ce que je comprends, avoir l'air d'accord avec ce personnage et interpeller le lecteur afin qu'il agisse en conséquence.

L'obscénité, ça c'est large et subjectif! Ça ne devrait pas s'appliquer à l'art. Surtout aux trucs d'horreur. Rémy Couture a été accusé de ça et acquitté

En effet, l'obscénité, c'est large et subjectif. C'est pour ça que des modifications relativement récentes au Code criminel (je crois que ça date justement d'après l'affaire Rémy Couture) pointent vers l'idée que, dans le cas de l'obscénité, il faut prouver qu'il y a eu dommage au bien du public pour porter des accusations.

Donc si c'est de l'art, de la fiction, et que personne n'est blessé, c'est ok?

À ce que je comprends, oui.

Bon, ben alors cette accusation de pornographie juvénile, c'est n'importe quoi! Aucun enfant n'a été molesté pour faire le roman.

Malheureusement, l'argument "c'est de la fiction" n'est pas valable quand on parle de la pornographie (juvénile ou pas). Parce que la pornographie, par essence, est du domaine du fantasme, c'est fictif, c'est arrangé. (Désolée de péter la bulle de certains ici, mais même dans un film porno où vous voyez tout en gros plan, ça reste de la fiction, parce que y'a ben des chances que l'actrice soit pas vraiment en train de jouir. Et on parlera pas de la probabilité, pour qui que ce soit, de répondre à la porte en petite tenue...)

En d'autres mots, meurtre signifie "tuer quelqu'un". Le meurtre fictif ne tue personne alors ce n'est plus un meurtre et donc ce n'est pas un crime. Pornographique signifie "apte à provoquer une excitation sexuelle". Alors fictive ou pas, si ça reste potentiellement excitant pour ceux dont c'est les goûts, c'est de la porno. La pornographie normale, on l'a légalisée, alors ce n'est plus un problème. Mais la pornographie juvénile demeure interdite. Sous toutes ses formes, même à l'écrit, c'est spécifié dans le Code criminel.

Mais les passages en cause ne m'excitent pas, ils m'écoeurent. 

À moins que vous soyez pédophile, j'ai l'impression que cet argument n'est pas vraiment recevable. La pornographie lesbiennes ne m'excite pas, mais ça veut juste dire que je ne suis pas lesbienne! (Imaginez, si on acceptait cette défense-là, un photographe non-pédophile pourrait créer des images de porno juvénile et les vendre, sous prétexte que lui, ça l'excite pas. On prend en compte l'intention de la personne, mais aussi le contenu et son impact potentiel sur d'autres personnes.)

(MISE À JOUR 5) Mais le photographe ou le réalisateur de film utiliserait des vrais enfants.

Pas nécessairement, de nos jours. Avec ce qu'on arrive à faire en animation 3D, on pourrait faire des scènes de porno juvénile 100% de synthèse et extrêmement réalistes. Et, à ce que je comprends, même en étant 100% artificielles et fictives, ces images resteraient illégales.

Pourquoi on n'a pas légalisé la pornographie juvénile fictive si elle ne fait de mal à personne?

Parce que le système judiciaire considère qu'en laissant de la pornographie juvénile (même fictive) circuler, il y a un risque d'alimenter les fantasmes des pédophiles, de leur donner une légitimité sociale. (On a vu avec les tueries en Nouvelle-Zélande que lorsque les gens ne se sentent plus seuls dans leurs opinions déviantes, ça augmente les chances qu'ils passent aux actes). En plus, cela risque de compliquer le travail des policiers, qui devront essayer de démêler faits et fictions. Donc toute porno juvénile est considérée comme un danger pour la sécurité des enfants et du bien public.

Mais un roman ne rendra pas les gens pédophiles! Et si ça nourrit vraiment leurs fantasmes, pourquoi ça ne nous dérange pas de mettre des tueurs en série en scène dans des romans? Leurs fantasmes à eux, on n'a pas peur de les nourrir?

Je me suis posé la question... Et un petit tour sur le site de Statistiques Canada m'a donné une piste platement statistique : il y a eu 660 homicides au Canada en 2017 et aucun attribuable (pour le moment) à un tueur en série (ou 6 si on compte le massacre de la mosquée de Québec). La même année, il y a eu 8046 infractions sexuelles contre les enfants. Sachant que les agressions sexuelles sur les enfants sont parmi les crimes les moins dénoncés, il y a clairement plus de pédophiles potentiels dans notre société que de meurtriers potentiels. De là l'intérêt de ne pas nourrir leurs fantasmes avec des textes aisément accessibles.

J'ai lu/vu bien pire que ce qui est écrit dans ce bouquin là!

Franchement, ça m'étonnerait (ou bien c'était pas légal non plus!). J'ai lu la majorité des exemples donnés comme "pires" et aucun ne l'était (même pas Sade ou Kristof, quoiqu'ils soient ex-aequo par moment). À ce que je comprends de mes diverses lectures récentes et de la jurisprudence (pas juste de l'article de loi) il faut rencontrer trois critères pour qu'un passage soit considéré comme de la pornographie juvénile.
1- Il faut mettre en scène un mineur (qui n'a pas consenti ou n'a pas l'âge de consentir) et un adulte
2- Qui se livrent à une activité sexuelle
3- De manière très explicite (avec description des gestes et/ou organes génitaux)
Bref, faut pas juste évoquer, il faut décrire en détails.

(MISE À JOUR 3) Tes critères pour déterminer ce qui est de la porno ne sont pas bons. Il faut que l'objet principal du texte, son intention, soit sexuel. Là c'est juste une page. 

La question de l'objet principal, c'est ce que je lis dans la loi moi aussi. Mais ce n'est pas cité dans tous les textes de vulgarisation (dont celui d'Éducaloi, que je cite plus haut). Pourquoi? Je vous avoue mon ignorance (et ma perplexité). Sans doute parce qu'il y a eu de la jurisprudence à cet effet. Pensez-y : on n'accepterait pas une scène hyper graphique d'une minute dans un film, même si ce n'était pas le but général du film. Et si on n'accepte pas une minute dans un film, ça se peut qu'on n'accepte pas une page dans un livre... Surtout que selon mes souvenirs du livre (j'ai lu le passage en cause et j'ai survolé le reste très vite) il n'y a pas seulement un seul abus d'enfant. Mais dans tous les cas, je ne dis pas que ceux qui poursuivent ont raison. Je dis qu'ils pourraient (noter le conditionnel) avoir des assises légales. Une chose m'apparaît sûre : si les personnages avaient été majeurs, il n'y en aurait pas eu.

Stephen King, Patrick Senécal et GRRR Martin font bien pire. 

Non, ils ne décrivent jamais en détails. Ils évoquent, c'est parfois pire pour notre imagination, mais ils ne décrivent pas.

Sade doit se retourner dans sa tombe. 

Je suis sûre que l'auteur présentement accusé est heureux d'être comparé à un homme qui a réellement fait l'apologie de la pédophilie. O.o

Y'a pas une exception dans la loi qui dit que c'est ok si c'est de l'art?

Oui. C'est pour ça qu'on a encore des textes de Sade. Et c'est pour ça que j'ai été étonnée moi aussi de voir l'auteur accusé. Par contre, à ce que je comprends, même pour des raisons artistiques, il y a une certaine dose de pornographie qui est tolérée. Il faut que cela soutienne l'oeuvre, que ce soit nécessaire... Il pourrait être jugé que l'auteur a dépassé les limites tolérées pour des raisons artistiques (ici, oui, c'est vrai, on tombe dans le jugement de "bon goût") ou alors l'appareil judiciaire se servira de ce cas pour tracer une ligne et rappeler aux artistes que la limite, elle est là. (J'espère qu'ils feront ça sans détruire la vie de l'auteur!)

Ouais, pauvre auteur, il ne voulait pas faire de quoi d'illégal.

J'en doute pas! Malheureusement, selon notre système légal, nul ne doit ignorer la loi. Les autoroutes sont parsemées de panneaux nous rappelant la limite à ne pas dépasser... Peut-être qu'il faudrait un avertissement au sujet des limites de la liberté d'expression intégré à nos traitements de texte... (C'est un peu pour pallier ce manque que j'écris cet interminable billet de blogue!)

Je trouve qu'on infantilise les gens en leur disant que lire ci ou ça c'est mal. 

J'suis pas tout à fait en désaccord... Mais d'autres personnes trouvent qu'on les infantilise en leur demandant d'enregistrer leurs armes à feu ou de ne pas rouler trop vite sur telle ou telle rue. La vie en société vient avec des règles et des lois. Des affaires comme celle qui nous préoccupe sont une occasion de voir si ces règles et lois sont encore actuelles ou si elles doivent être modifiées. (Cela dit, je suis bien contente de ne pas être la personne mise en accusation pendant qu'on étudie la question!)

Pourquoi est-ce qu'on hiérarchise un crime par rapport à un autre? Pourquoi on décide que la porno c'est ok, mais la porno juvénile, non?

Parce que le Code criminel moderne passe son temps à hiérarchiser les crimes. On n'est pas condamné pour le même nombre d'années si on tue quelqu'un par accident ou délibérément. On devrait s'en réjouir. Y'a eu des époques où quasiment tous les crimes étaient punis de mort! De nos jours, les crimes touchant les enfants sont considérés les pires, pour des raisons morales... mais aussi de survie de l'espèce humaine.

Les livres qui viennent d'ailleurs ont des passe-droits, ils peuvent écrire ce qu'ils veulent et ensuite le vendre ici. 

Sachant que 162 pays sur 180 ont des lois plus sévères que les nôtres au sujet de ce qu'on peut y imprimer, non, les auteurs étrangers n'ont pas de passe-droits. En plus, les douanes empêchent parfois l'entrée au pays de livres qui contreviennent à nos lois. (C'est rare et controversé et ça concerne principalement le Canada anglais, mais ça arrive.) Et puis, dans tous les cas, l'important si vous vivez et écrivez ici, c'est les lois d'ici, non?

Donc si je tue des gens dans mes livres, même en les torturant atrocement, j'suis ok?

Oui.

Mais non, je suis pas ok : les écoles veulent pas de mes livres! Et y'a des gens qui se plaignent que je ne devrais pas être imprimé!

Ah là, c'est pas le même débat. Ce n'est pas, techniquement, de la censure : personne ne vous a empêché d'écrire ce que vous vouliez et de le publier. Par contre, pour des raisons de goût et de morale personnelle, des gens ont le droit de décider qu'ils ne veulent pas diffuser vos livres ou les acheter pour eux ou leurs enfants. Ils ont même le droit d'encourager les gens à vous boycotter ou votre éditeur à vous abandonner (mais ils ne peuvent rien forcer).

De la même manière, des afro-descendants avaient le droit de crier à l'appropriation culturelle et de protester pour que le spectacle SLAV soit annulé. Qu'ils aient raison ou tort, Robert Lepage n'a jamais été menacé de prison, on est restés hors des questions juridiques et criminelles, parce que Lepage n'avait pas enfreint les limites de la liberté d'expression. (Notez que si les protestataires avaient écrit des menaces de mort à Lepage, c'est eux qui auraient été passibles de poursuite criminelles, car leur liberté d'expression aurait empiété sur le droit à la sécurité de Lepage.)

Cette histoire ouvre quand même une porte à d'autres plaintes du genre. 

Je n'en ai pas l'impression. La loi sur la pornographie juvénile existe depuis longtemps et n'a à peu près jamais servi pour des textes littéraires. Fallait quand même un texte extrême, dans une collection dédiée à l'extrême pour enfreindre les critères d'une des rares lois criminelles qui balisent la liberté d'expression. (Si ça se trouve, les policiers reçoivent souvent des plaintes de gens qui trouvent que des textes vont trop loin, mais on en entend jamais parler parce qu'aucune loi n'est enfreinte et ça revient juste à une question de goût.)

N'empêche... On est rendus là!

Ce qui me fascine avec cette affirmation "On est rendus là", c'est que les gens qui l'écrivent veulent dire "On est rendus tellement bien pensants qu'on arrête un écrivain qui a décrit explicitement des viols d'enfant dans son roman". Alors que moi, historienne, je lis "On est rendus tellement libres de créer ce qu'on veut que des gens ont pensé qu'on pouvait décrire explicitement un viol d'enfant et s'en tirer sans problème."

Remarquez, du point de vue de la liberté de création, c'est magnifique d'être rendus à croire qu'aucune loi ne s'applique au contenu de la fiction ou, en tout cas, qu'aucune loi ne devrait s'appliquer. Je suis heureuse de vivre à cette époque-ci!

Malheureusement, et cette affaire-ci nous le rappelle brutalement, c'est faux. Nous devons encore éviter les atteintes à la réputation, les appels à la haine... et la pornographie juvénile. La suite de l'histoire nous indiquera si ce troisième interdit sera, à l'avenir, maintenu ou abandonné ou plus nettement encadré.

MISE À JOUR : J'ai oublié un autre truc interdit : (parlez-moi de l'éléphant au milieu du salon!) le plagiat. Vous n'avez pas le droit d'écrire une fiction qui est la copie de celle d'un autre auteur. Mais bon,j'pense que cet interdit-là, depuis l'affaire Robinson, on était au courant. 

MISE À JOUR 2 : Je ne suis même pas sûre que j'ai le droit de citer ceci, n'étant pas avocate, mais quand je parle de jurisprudence (à une occasion plus haut dans le texte), c'est à ce jugement que je fais référence. Il m'a été mis sous les yeux par quelqu'un qui semblait mieux connaître le sujet que moi. Il ne concerne cependant pas la littérature et vous verrez que la question des intentions de "l'artiste" est prise en compte par certains juges et non par d'autres. Et l'article du Code criminel est là. À part ça, j'ai lu des articles de vulgarisation. Je n'ai pas fait une recherche exhaustive de la jurisprudence, parce que je ne suis pas formée pour le faire... Pis j'ai un roman à écrire! (Maintenant que je sais ce que je peux y mettre...)

MISE À JOUR 4 : Vous vous demandez qui a écrit ce texte? Réponse ici

MISE À JOUR 6 : Les commentaires de ce billet ne sont pas fermés, mais je me réserve le droit de ne pas publier ceux qui répéteraient des commentaires déjà faits ou m'obligeraient à répondre en répétant le contenu du billet. Si je ne vous ai pas convaincus, c'est sans doute parce que je n'essayais pas (j'essayais de me rassurer moi-même au sujet des impacts de cette affaire). Et puis, un moment donné, j'ai des romans à écrire! ;) 

46 commentaires:

Sébastien Chartrand a dit…

Un billet intelligent et hautement pertinent.
Merci d'y avoir consacré le temps, cela permet de se faire une idée éclairée sur des faits, et non de colporter des jugements à l'emporte-pièce.

Gen a dit…

@Sébastien : Hé, longtemps qu'on t'avait pas vu par ici. Merci pour les bons mots. :) J'avais fait la recherche pour des raisons personnelles au début, mais finalement j'me suis dit que tant qu'à faire, je partagerais! (Pis ça me permettra d'y revenir et, éventuellement, de mettre à jour)

Prospéryne a dit…

Très intéressant billet, complet et qui fait le tour de la question au-delà de l'émotion. Merci beaucoup Gen d'avoir pris le temps de faire les recherches et de l'écrire!

Gabriel Veilleux a dit…

Très intéressant Geneviève.
Merci

Gen a dit…

@Prospéryne : Disons que j'essaie d'y répondre à tous les arguments qui viennent sous le coup de l'émotion. Tant mieux si ce fut apprécié.

@Gabriel : Merci!

Julie lit au lit a dit…

Merci pour ce texte très éclairant. J'ajoute un lien vers ton texte dans mon propre texte sur le sujet.

Unknown a dit…

Wow. Merci, Geneviève, je vais garder le lien vers ce billet dans mes favoris pour mieux pouvoir le partager lors de discussions futures sur la question. Limpide réflexion, nuancée, documentée et pertinente!

Gen a dit…

@Julie lit au lit : Merci! (C'est drôle, j'écrivais ce billet en lisant ton texte hier)

@Unknown : De rien! J'ai essayé de faire le tour de la question.

Daniel Sernine a dit…

Ce que je lis ce matin en glanant ci et là, c'est que la scène en question occupe une page sur environ deux cents. Si ç'a été écrit pour «exciter», c'est un bien bref effort.
J'irais bien à la source, mais il y a belle lurette qu'AdA ne nous envoie plus de services de presse, à Lurelu, pour cause de critiques dévastatrices. Car, faut bien le dire, ce qu'ils publient est généralement assez poche... Mais il n'y a pas de censure contre ça, ce qui est fort heureux...
Cela dit, ça fait longtemps qu'il y a des matantes dans le corps enseignant, et dans le milieu scolaire en général, pour veilleur aux bonnes mœurs... On peut remonter quarante ans en arrière, autour de La courte échelle... (c'est dire!)

Gen a dit…

@Daniel : J'avais lu le passage et survolé le reste du bouquin au moment des premières accusations. J'ai un malaise avec l'insistance sur le fait que c'est une seule page qui est en cause, pour deux raisons : 1- si c'était une seule minute dans un film de 2 heures, ça passerait pas non plus et 2- il me semble me souvenir que c'est pas le seul viol d'enfant du livre (mais ma mémoire pourrait me jouer des tours, comme je dis, j'ai lu rapidement). Cela dit, une plainte de matante, ça motive pas un procès au criminel. Normalement, à la limite, ça nous sort des bibliothèques scolaires (Hanaken n'est d'ailleurs pas dans la plupart des écoles primaires... et ça me choque pas!)

Alain a dit…

Très bon billet!

L'effet pervers de la discussion actuelle sur la "censure" dans cette affaire-là est que ça vient occulter un autre aspect très important: la notion de responsabilité de l'éditeur. Un écrit peut ne pas être illégal, mais tout de même inapproprié à la publication!

Gen a dit…

@Alain : Meh... Tant qu'à moi, si on dit "Un écrit peut ne pas être illégal, mais tout de même inapproprié à la publication!", on tombe dans des notions de bon goût. Par contre, je t'accorde que d'habitude je compte sur mes éditeurs pour me prévenir si j'ai l'air d'attaquer une réputation ou de plagier ou de faire l'apologie du suicide, etc... J'me dis qu'il doit connaître les règles plus que moi et qu'il a un jugement critique sur mon texte...

Démie Lecompte a dit…

Wow Gen, chapeau!
Quand il y a des exemples d'actualité sur la liberté d'expression, j'ai toujours un malaise, parce que j'ai toujours pensé que la liberté d'expression ne peut pas être "à l'infini", elle s'arrête nécessairement devait les droits et liberté des autres. Mais je manque terriblement d'arguments sur le sujet, j'ai juste cette petite pensée intuitive.

J'ai l'impression que tu mets en long et en large et en MOTS ce que cette petite intuition aurait voulu dire, si elle avait été logique, et "grande/mature" lol
Dans tous les cas, bravo et, respect! :)

Gen a dit…

@Démie : Merci! Ton intuition s'appuyait sans doute sur ce qu'on apprend enfant : la liberté des uns se termine quand elle entre en conflit avec celle des autres. Ici, les arguments se porteront sur "ok, mais le droit des enfants à la liberté est-il brimé ou pas?" Et je n'ai pas la réponse à ça.

Alain a dit…

Publier un livre qui traite de viol d'enfants exige davantage de responsabilité qu'un livre sur la culture des bégonias. Dans cette affaire, j'ai surtout l'impression que la maison d'édition n'avait aucune conscience de ce qu'ils publiaient... alors qu'ils auraient dû scruter l'ouvrage à la loupe avant de mettre sous presse.

Daniel Sernine a dit…

Alain, ça semble quand même être une collection axée sur des versions crues, ou trash, des contes traditionnels (qui, à l'origine, étaient assez cruels eux-mêmes). De Michel Brûlé, on aurait pu croire qu'il n'avait pas lu les manuscrits, mais ça m'étonnerait que cet éditeur-ci (Doucette, si je lis bien?) n'était pas conscient d'à quel point son auteur «poussait le bouchon» (c'est drôle, en anglais ils «poussent l'enveloppe»). Après tout, c'était son quatrième (ou troisième?) roman écrit avec cette approche...

Gen a dit…

@Daniel et Alain : J'aimerais mieux qu'on évite de discuter ici des pratiques de l'éditeur, histoire de pas tomber dans les atteintes à la réputation! :p Mais j'ai moi aussi l'impression que la maison d'édition n'avait pas tout à fait conscience de ce qu'elle publiait. Elle voulait choquer... mais n'avait ptêt pas réalisé qu'en choquant sur ce sujet-là en particulier, elle risquait de verser dans l'illégalité. Comme je dis en conclusion : il semble qu'on en était rendus à croire qu'en fiction tout est permis.

Anonyme a dit…

Ton approche est objective. J'apprécie l'analyse que tu en as fait. Merci

Prospéryne a dit…

@Démie et @Gen, je crois que dans le cas des enfants, on devrait plutôt parler de sécurité plus que de liberté

Gen a dit…

@Anonyme : Merci.

@Prospéryne : Oui, en effet, sécurité. (Pfff! Je vois plus ce que je tape!)

Philippe Roy a dit…

Je crois qu'il manque deux éléments importants à ton analyse. De un, le fait est que le stock de livre est saisi, voire pilonné, sans décision judiciaire. Il y a donc bien une censure appliquée arbitrairement. De deux, la loi stipule qu'une œuvre, pour être considérée comme pornographie juvénile, doit avoir pour objet principal des relations avec des personne mineures dans le but d'exciter. Donc, oui l'intention de l'auteur est légalement en cause, et oui, la longueur du passage (une page sur 270) est déterminante.

Je vais donc maintenir mon «on est rendu là».

Gen a dit…

Le stock est saisi, oui, mais c'est l'éditeur qui a décidé de pilonner. Et comme j'ai dit plus haut, l'argument de la page unique me semble douteux. La question de l'objet principal du texte semble déterminante ici, en effet... Mais n'est pas toujours citée dans la description de ce qui est de la porno juvénile, alors c'est peut-être là le problème.

Gen a dit…

Et si le jugement est en leur faveur, les livres pourront être remis en vente (seuls les stocks européens ont été détruits à ce que je comprends)... Et je gage qu'ils se vendront très bien.

Prospéryne a dit…

@Philippe, à l'époque où j'étais libraire, il y a eu l'affaire de la biographie de Guy Laliberté, qui était un cas de diffamation, et toutes les copies ont été retirées des tablettes. En cas d'affaires juridiques, le retrait des librairies est normal et il ne faut pas en tirer des conclusions.

WikiPA a dit…

@Philippe (et pour appuyer le propos de @Prospéryne) : Et quand Maxime Roussy a été accusé de détournement de mineure, on a immédiatement retiré ses livres des librairies (j'étais déjà libraire à l'époque), même si le procès n'avait pas eu lieu. Est-ce qu'on censurait? Perso, je pense que non, et de toute manière, les bibliothèques scolaires ont suivi le mouvement.

Gen a dit…

@Prospéryne : Ah, merci, je me souvenais qu'il y avait eu des cas récents de retrait (temporaire ou non) des librairies (c'est effectivement la procédure en cas de litige juridique), mais je n'ai pas pensé à regarder du côté des biographies.

Prospéryne a dit…

@WikiPA, dans le cas de Maxime Roussy, je crois que le retrait des livres était dû à sa maison d'édition et non à la poursuite juridique contre lui, parce qu'il n'y avait eu aucune plainte contre le Blogue de Namasté. C'était plutôt une question de gestion des relations publiques. Dans le cas de Guy laliberté, comme dans le cas d'Yvan Godbout, c'est directement le livre publié est est l'objet du litige. C'est donc logique qu'il soit retiré des tablettes le temps que la cause soit entendue. Et je vais dire comme Gen: s'ils gagnent leur cause, ils vont en vendre pas mal...

Gen a dit…

@WipiPA et Prospéryne : Disons que dans les deux cas, il faudrait discuter de la définition exacte de censure. Dans la vision populaire, dès qu'on interdit quelque chose, on le censure. Mais dans son sens premier, la censure parle de l'examen préalable par une autorité qui interdit la diffusion de quelque chose de manière arbitraire et/ou doctrinale. Alors est-ce qu'il y a une censure (au sens large) légale des livres en litige? Oui. Est-ce qu'elle est arbitraire, doctrinale ou a été faite au préalable par une seule autorité? Non. Elle est procédurale et découle de la poursuite juridique basée sur nos lois (qui sont issues du processus démocratique et de la société). On peut être fâchés contre la loi, mais on peut difficilement dire qu'elle est arbitraire.

Camille Bouchard a dit…

Oh, wow, Geneviève! Quelle analyse! Merci infiniment. (Et non seulement à toi, mais à tous les autres qui, par leurs commentaires, t'ont permis de poursuivre la réflexion.)

Tu viens tellement de m'éclairer. Contrairement aux textes juridiques que j'essayais de comprendre, ton billet est clair et infiniment informatif. Il ne me manquerait que de pouvoir lire le roman incriminé pour terminer ma propre réflexion.

Cette histoire m'a interpellé, non seulement parce que je trouve certains parents rapides sur la gâchette censurons-les-sujets/passages-délicats-dans-les-romans-jeunesse, mais parce que je commençais à me demander si ma "Fontaine d'Ambre" ne relevait pas du même risque judiciaire. Mais grâce à ton billet, je me réhabilite 😁.

Gen a dit…

@Camille : Merci pour les bons mots, Camille! Comme toi, je m'interrogeais, parce que oui, nous savons que les parents sont rapides sur la gâchette de la censure. Là je me demandais... Est-ce qu'il suffirait qu'un parent se plaigne à la police plutôt qu'à la commission scolaires pour que je sois dans la merde? (Tsé, dans Hanaken, y'a pas de sexe juvénile, mais y'a des allusions). L'examen des lois est quand même rassurant. On a quand même énormément de marge!

Daniel Sernine a dit…

L'ANEL vient de publier sa réaction officielle. J'imagine que le communiqué se trouve sur son site Web et sa page Facebook. Comme on s'y attendait à juste titre, par la voix de son président, elle s'insurge contre cette criminalisation de l'écriture de fiction.

Gen a dit…

@Daniel : En effet, le communiqué est sur leur site web. Je ne peux pas dire que je suis surprise par le contenu... mais il me semble propager la même peur qu'on lit partout ailleurs, la peur que j'essaie de désamorcer ici. Je comprends que, comme d'autres, ils adoptent une position dure de type "c'est de la fiction, tout devrait être permis" (position avec laquelle je ne suis pas en désaccord, soyons clairs), mais est-il vraiment utile de le faire de cette manière?

Gen a dit…

L'UNEQ a également mis un communiqué en ligne (bien que l'auteur ne soit pas membre). Comme je le fais ici, ils rappellent le contexte juridique (quoique plus brièvement) et déplorent qu'on criminalise l'affaire. Mais ils n'invitent pas les écrivains de polar à perdre le sommeil.

Danniel Sernine a dit…

L'Uneq à son tour, je m'apprêtais à le signaler, Geneviève.
L'Union marche sur les mêmes œufs que toi, Gen; je ne m'inquiète pas trop pour ces cocos-là... :O/

Marie-Stephanie Proulx a dit…

Merci pour cet article. Je me pose des questions sur ceci depuis la parution de l'histoire dans les médias la semaine dernière. Je dois dire que j'étais plutôt outrée, bien que je n'avais pas lu le roman, que l'on puisse arrêté un auteur pour de la fiction. Mais tes explications du contexte juridique donne une autre lumière à toute cette histoire.

Je suis amateur de littérature d'horreur et fantastique. Les scènes choquantes, j'en ai lu. Comme je disais, je n'ai pas lu ce livre ni aucun autre de la série des Contes interdits. Tu as raison quand tu dis que le caractère explicite joue pour beaucoup. Effectivement, on peut ramener Sade sur le tas, mais bon, je me passe de commentaire sur ce dernier. Mais des auteurs comme Stephen King par exemple, jouent davantage avec le non dit qu'avec la description explicite dans des cas comme ça. Oui, effectivement, ces scènes choquantes ont parfois leur place dans une trame narrative. Par contre, ce n'est pas le caractère explicite de celles-ci qui les rend indispensables à l'histoire.

Gen a dit…

@Marie-Stephanie : Merci pour ton commentaire. Moi aussi, j'étais outrée (et apeurée) au début. Tsé, j'ai participé comme auteure à un collectif appelé "Horrificorama", j'suis pas exactement un petit coeur sensible! :p Je ne voulais même pas ici m'embarquer dans la question de la nécessité ou non d'une scène explicite. Juste m'assurer qu'avec la scène explicite de viol d'enfant, on était bel et bien dans un cas d'exception, qui ne risquait pas de faire boule de neige.

Maurice Tituer a dit…

Dans le cas d’une fiction historique, se déroulant à l’époque victorienne, où une tenancière de bordel offrait des vierges à fort prix à leurs clients nantis (ce qui était pour eux le meilleur moyen de ne pas contracter de mts)*, jusqu’où un auteur peut il aller sans craindre de représailles? (Le protagoniste est témoin de la scène qui indique un homme ayant une relation sexuelle avec une adolescente qui pleure, sans entrer dans les détails, environ 3 ou 4 lignes. L’ouvrage lui-même est un polar historique)
* ceci est basé sur des faits réels et documentés.

Gen a dit…

@Maurice Tituer : Je ne veux pas me lancer dans ce genre d'analyse (je ne suis pas juriste, ceci n'est pas ma spécialité et si j'ai lu le texte en cause, je n'ai pas lu celui que vous évoquez), mais vous l'avez dit : "sans entrer dans les détails". Voilà, vous avez la bonne piste d'après moi. Ce sont les détails obscènes et sexuels qui font la porno (voir : https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/pornographie/62651 ). Pas de détails, pas de problèmes. Si vous êtes dans un roman historique, la question de l'âge de la majorité sexuelle à l'époque ou des moeurs de l'époque pourrait jouer également. Cela dit... Ben ces jours-ci, je ne prendrais pas de risque. On en saura plus après la conclusion de cette affaire.

Raymond Cloutier acteur/auteur a dit…

Bravo et merci pour l’éclairage. Juste pour pousser la réflexion une coche plus loin, qu’en serait-il d’un récit autobiographique où l’auteur/auteure raconterait avec moults détails des agressions subies durant l’enfance? Écartons la diffamation, les noms seraient modifiés.

Gen a dit…

@Raymond Cloutier : Je crois que les mêmes règles s'appliqueraient (ou, entk, ça tomberait sous le coup de la même loi). Je ne suis pas friande de ce genre de littérature, mais selon les exemples que j'ai lu, il me semble que les détails se rapportent rarement aux, disons, emboîtements génitaux des agressions subies, mais plutôt aux impacts psychologiques ou à la douleur ressentie. Et là, on n'est plus dans le pornographique.

Raymond Cloutier acteur/auteur a dit…

D'accord, mais dans l’éventualité où les descriptions seraient à tout le moins cliniques, est-ce que les mêmes critères légaux s'appliqueront?

Gen a dit…

@Raymond Cloutier : Pas "s'appliqueront", car la loi n'est pas nouvelle. À ce que je comprends, les mêmes critères légaux s'appliquent déjà, oui. Mais comme je dis dans le billet, si personne ne se plaint, personne ne fera enquête.

Unknown a dit…

Merci pour toutes ces infos, elles remettent les pendules à l'heure et donne du jus pour se faire une meilleure opinion. Cependant, je ne peux m'empêcher de trouver cela aussi absurde et très inquiétant, surtout en considérant l'ensemble des événements des dernières années, si ça n'est pas des censures (et des fois s'en ai même si on utilise pas le mot officiellement...) ou carrément des arrestations, c'est du moins des jugement moraux, et finalement du contrôle de la pensée, de plus en plus étouffants, particulièrement pour les artistes. Et c'est pas parce que ça vient de la gauche que c'est mieux (Staline tsé...). Pour terminer , ça m'a fait sursauté quand j'ai lu ce passage : "Franchement, ça m'étonnerait (ou bien c'était pas légal non plus!). J'ai lu la majorité des exemples donnés comme "pires" et aucun ne l'était" = avez-vous lu "une semaine de vacances" (entre autres) de Christine Angot vous? On ne peut pas être plus explicite sur une scène de sexe entre un père et sa file mineure. Ce livre a pourtant été un livre salvateur, libérateur et une véritable une révolte pour les victimes d'inceste. "La force terrible de ce texte, superbe récit d’une histoire sordide que nous dévorons le cœur au bord des lèvres, n’est pas qu’il nous fait comprendre l’inceste, sa force est qu’il nous le fait vivre. C’est une lecture physique, indiscutablement, dont nous sortons plus sales (et voyeurs et honteux) que nous ne l’étions. Mais aussi plus intelligents.". Bien sûr, il y a le talent mais ça, c'est une autre histoire...

Gen a dit…

@Unknown : L'idée que le climat soit de plus en plus étouffant pour les artistes est celle qui, en tant qu'historienne et auteure, me fait particulièrement rire, parce qu'elle est totalement fausse. Comme souvent, les réseaux sociaux nous donnent l'impression que les causes touchant la liberté d'expression se multiplient, mais c'est parce que le moindre incident est monté en épingle et répercuté à l'infini. Quand on sait qu'il y a 50 ans on censurait des livres parce qu'ils contenaient le mot "fuck" ou évoquaient l'adultère sous un jour favorable, disons que je n'ai pas l'impression de créer dans un climat étouffant! lol! Y a-t-il un certain mouvement de balancier qui s'exerce, un appel à la retenue après des années sans aucune restriction, alors qu'on est allé très loin dans la description détaillée? Peut-être. Mais très franchement, je ne la sens pas dans mon quotidien.

Pour ce qui est de Christine Angot, non, je n'ai pas lu ce livre-là de l'auteure. (Et je commence à être fatiguée de cette recherche DU cas "pire" que je n'aurais pas lu. J'ai 36 ans, j'ai beau lire 60 à 90 bouquins par an depuis mes 12 ans, je n'ai évidemment pas assimilé toute la littérature mondiale, mais disons que les exemples qui ont été cités dans les journaux, lettres ouvertes et autres mouvements d'humeur populaires, oui, ceux-là je les ai lus et non, ça n'approchait même pas!).

Toutefois, sachant le passé d'Angot (de mémoire, elle est elle-même victime et survivante d'inceste), ça m'étonnerait qu'elle ait décrit en détail "l'emboîtement" des parties génitales de la victime et de son violeur (c'est ça qu'on retrouve dans le livre en cause présentement, soit dit en passant, et on ne parle pas d'une ou deux phrases percutantes, ou même d'un paragraphe, on parle d'une page entière de détails graphiques, suivies d'autres pages évoquant le même sujet). Si c'était le cas, si Angot avait vraiment décrit avec le même genre de détails, je ne pense pas que ça aurait été salvateur. Ce que j'ai lu d'Angot parlait de l'amour tordu, contre-nature, du violeur et des souffrances psychologiques et physiques que l'acte causait à la victime. Et ça, ce n'est pas de la porno selon les descriptions légales en vigueur.

Unknown a dit…

Vous n'avez pas lu Une semaine de vacances d'Angot, c'est clair. Oui, ça n'est que ça, une description quasi chirurgicale de l'inceste entre un père et sa fille, dans tous les détails et tout le long du livre et oui, ça été salvateur pcq pour la première fois quelqu'un dit, sans concession, ce que c'est, obligeant le lecteur à faire face à toute l'horreur que c'est justement. Plusieurs l'ont qualifié de chef-d'oeuvre, d'autres l'ont mal reçu, mais ça n'a pas effleuré les esprits de passer par la censure. Tout ça pour dire que oui madame, il y a des écrits aussi détaillés. Et je n'ai pas besoin d'être historienne pour constater qu'il y a bel et bien un vent étouffant qui souffle de plus en plus fort sur la liberté de création et d'expression que l'affaire Godbout vient confirmer, par-dessus toutes les histoires d'appropriation culturelle des dernières années. La dernière fois qu'une histoire de censure aussi spectaculaire de mon vivant, c'est avec la pièce "Les fées ont soif". Mais contrairement à aujourd'hui, personne ne s'est écrasé et la pièce n'a pas été censurée. Si vous n'avez pas l'impression de créer dans un climat étouffante, c'est peut-être simplement que vous ne créer rien qui dérange la morale et les bien-pensants.

Gen a dit…

@Unknown : En effet, je l'ai dit, je n'ai pas lu ce roman-là de Angot. Cependant, à ce que vous m'en décrivez (et à ce que j'en lis sur Internet), son propos était clairement de dénoncer l'inceste, dont l'auteure a été victime. On n'est pas dans un roman populaire où le viol d'enfant est utilisé comme un ressort d'intrigue parmis d'autres.

Et, surtout, on n'est pas dans le même pays. Et c'était il y a déjà sept ans. Bien des choses ont changé depuis.

Quant à votre référence à "Les fées ont soif", vous illustrez parfaitement mon propos : si on regarde ce qu'on voulait censurer à l'époque (des propos sur la sexualité adulte!) et ce qu'on censurera peut-être avec l'affaire Godbout (des descriptions détaillées d'abus sexuels sur des enfants), le chemin parcouru saute aux yeux. À l'époque de Les fées ont soif, on n'aurait jamais même pensé à écrire ce que Godbout a écrit.

Pour ce qui est de votre dernière phrase, c'est du ad personam et je vais m'abstenir d'y répondre. Il ne faut cependant pas confondre "être sensible à la morale de son époque" et "s'écraser pour faire plaisir aux matantes".