mardi 8 décembre 2020

Scène, telling et worldbuilding

J'avais promis un billet plus concret sur le découpage de scène, alors le voici. 

Bon, premièrement, je dois vous mettre en garde : ces exemples découlent de ma manière de planifier mes histoires. Évidemment, si vous écrivez au fil de la plume, en vous racontant l'histoire à mesure, ça ne vous sera pas utile... en tout cas, pas avant le retravail (ouais, je veux pas vous décourager, mais selon mon expérience, moins on planifie, plus on réécrit...)

Deuxièmement, non, c'est de la physique quantique, c'est de la base, que vous connaissez et appliquez sans doute intuitivement. Mais si ça peut faire s'exclamer "Ah mais oui mais bien sûr!" à quelqu'un, ben tant mieux. 

Alors, disons que mon héroïne, appelons-la Annie, va vivre des péripéties lors d'un entretien d'embauche (dans un édifice qui se révélera hanté). Je vais planifier le début de mon histoire ainsi : 

1- Annie se prépare, renverse sa tasse de café sur ses vêtements, doit se changer en vitesse et n'a plus de café ensuite

2 - Elle s'arrête en chemin pour s'acheter un café

3 - Elle entre dans l'édifice et a une impression bizarre

Et là je vais me demander pour chaque action qu'est-ce qui est important et structurer des scènes en conséquence. 

L'action 1 va donner une scène qui va me permettre d'établir la personnalité d'Annie. A-t-elle prévu amplement de temps pour parer aux imprévus (comme de devoir se changer) ou est-elle à la dernière minute et déjà serrée dans le temps, avant même le dégât de café?

L'action 2 pourrait être une scène montrant Annie en train d'interagir avec la caissière ou d'entendre des rumeurs à propos de la mauvaise réputation de l'édifice ou de se faire passer un commentaire désobligeant sur sa tenue, bref elle pourrait placer le décor et la personnalité de mon personnage. Sauf que si je veux faire court, je peux aussi la passer en telling (Annie s'est acheté un café).

L'action 3 est importante et va devoir être racontée lors d'une scène détaillée et sensorielle. Je veux établir tout de suite ce que l'édifice aura d'étrange et perturbant. 

Je pourrais donc écrire quelque chose du genre...

***

Au moment de prendre sa première gorgée de café, Annie le renverse sur sa blouse. La tenue préparée pour son entrevue est gâchée! Et c'était sa dernière capsule de café! Elle jette un coup d'oeil nerveux à sa montre. Ce qu'elle voit la rassure : non seulement elle s'était prévu une bonne marge de manoeuvre, mais elle s'est réveillée avant son cadran. Elle peut se changer en vitesse, s'arrêter en route pour se procurer un café et être tout de même à l'heure à son entrevue. 

Quarante minutes plus tard, la voilà au pied de l'édifice où elle est attendue, chic gobelet de café en main. Sa deuxième meilleure blouse la gêne un peu aux entournures, mais elle pourra y survivre une petite heure. Avant de pousser les portes de l'immeuble, Annie lève la tête et observe les étages supérieurs de la tour vitrée. Les bâtiments voisins s'y reflètent et le soleil y allume des lueurs orangées. On dirait presque que le quartier est en feu. Annie se secoue. Voyons, ce n'est pas le moment de rêvasser. Elle pousse la porte. Le courant d'air chaud qui s'échappe de l'immeuble sent le brûlé. Étrange. Cela s'explique rapidement : le comptoir d'accueil est recouvert de chandelles. Une vraie chapelle ardente...

(etc)

***

Bon, c'est pas le prochain Solaris, mais vous comprenez le principe. 

Comme vous pouvez voir, j'ai laissé tomber la description de l'action 2, parce que je n'en avais pas besoin. On commençait déjà à connaître Annie et on sait tous comment ça se passe quand on achète un café au centre-ville. 

Par contre, si j'avais voulu faire du worldbuiling (construction d'arrière-monde), si mon histoire se passait non pas dans Montréal aujourd'hui, mais dans une version SF ou steampunk, là j'aurais structuré une scène autour de mon action 2. Le café serait devenu un prétexte pour nous faire entrapercevoir l'univers. 

Comme...

***

Mettant son plan à exécution, Annie remplace sa blouse tachée par une tunique à col brodé et sort de chez elle. L'air est doux, le soleil levant promet une journée pimpante. Dans le ciel, dirigeables postaux et oiseaux migrateurs se croient en un élégant balais. La cloche du tramway tinte. Il est juste à l'heure. Annie y saute et reste agrippée à la barre, sur la passerelle extérieure, là où les places sont gratuites. Elle n'a pas les moyens d'entrer sous l'auvent aujourd'hui et, de toute manière, elle descend dans deux pâtés de maison. Voilà le coin de rue avec le café. Le tramway ralentit sans arrêter, Annie en descend d'un bond souple, comme tous les habitués. 

Elle gagne le guichet de service du café. "Un grand crème à la réglisse" demande-t-elle au vieux barista tout en glissant les pièces de cuivre appropriée dans la fente de paiement. "N'oubliez pas le dépôt pour la tasse", lui lance celui-ci par-dessus le sifflement de la vapeur de son percolateur vénitien. Et Annie verse une pièce de plus. 

Quelques minutes plus tard, la voilà au pied... 

***

Encore une fois, ce n'est pas transcendant comme scène, mais ça permet de joindre l'utile à l'utile : le personnage doit s'acheter un café ET on doit montrer un peu l'organisation matérielle de la vie quotidienne, alors on condense les deux dans une seule scène. Ça évite de faire une longue info dump pour nous expliquer qu'on a maîtrisé la technologie des dirigeables et que les tramways sont le moyen de transport le plus courant. 

En matière de worldbuilding, le mettre en scène est souvent beaucoup plus efficace que l'expliquer (eh oui, show don't tell là aussi). Par exemple, dans Hanaken 3, je voulais parler des jardins zen (les jardins de pierre japonais), mais je ne voyais pas trop où les mentionner... J'ai profité d'une conversation qui devait avoir lieu entre deux personnages (dans un lieu qui n'avait pas été déterminé) pour tenir celle-ci au bord d'un jardin zen plutôt que dans une chambre ou autour d'une table. Ça m'a permis de faire d'une pierre deux coups. C'est souvent le secret pour créer des scènes vivantes et différentes les unes des autres. 

Pensez aux fameuses "walking scene" des séries américaines où les personnages se parlent en marchant. Eh bien c'est une formule qui gagne à être utilisé dans les textes littéraires... à condition de bien entrecouper le dialogue d'indications narratives permettant de situer les personnages et leur décor et ce qui se déroule autour d'eux. Qui sait, vos personnages pourraient traverser un marché ou un port ou un hangar de navettes spatiales ou une école ou des jardins, etc. ;) 

lundi 30 novembre 2020

Prix Boréal de la meilleure nouvelle!

Eh bien... Au nombre de nouvelles que je publie chaque année, il m'est quand même arrivé souvent d'être finaliste au prix Boréal de la meilleure nouvelle. Cependant, depuis "Le Chasseur" en 2013, je ne l'avais pas remporté. 

C'est donc avec grand plaisir que je vous annonce que "Oikos cherche cuisinière" (parue dans le #210 de la revue Solaris) vient de recevoir le prix Boréal de la meilleure nouvelle!!!

Ça tombe bien : je suis particulièrement fière de ce texte. Il contient à la fois l'amour d'une mère pour sa fille, le souvenir d'une mamie au grand coeur et les germes d'une organisation sociale différente, pas toujours facile, mais imprégnée de chaleur humaine. 

La chaleur qui me manque tant depuis mars...

(Pour l'anecdote, ce texte a été présenté au prix Solaris l'année où Luc Dagenais est arrivé avec "La déferlante des mères" aussi connu comme "Les plus belles pages jamais écrites sur le fait d'être mère pis le texte qui a remporté tous les prix possibles cette année-là, incluant le GPI de la meilleure nouvelle qui n'avait jamais été gagné par un Québécois!"... bref, mon oikos avait aucune chance! hihihihi! Une chance que j'aime Luc ;)

Les autres gagnants des prix Boréal de cette année sont :

Meilleur roman - Patrick Senécal : Ceux de là-bas (Éditions Alire)

Meilleure bande dessinée - Axelle Lenoir : Si on était T.1 (Front Froid)

Meilleur ouvrage connexe - Brins d’éternité 52-54

Création artistique visuelle - Émilie Léger

Et finalement, catégorie Fanédition, c'est le blogue de Mariane Cayer aka Prospéryne qui emporte les honneurs bien mérités!

jeudi 26 novembre 2020

Découper les scènes

 Annie se réveille dans sa chambre jaune, se lève, s'étire, s'habille chic parce qu'elle a une entrevue aujourd'hui. Puis elle se rend dans la cuisine et se sert son déjeuner habituel : bagel et café. Au moment de prendre sa première journée de café, elle le renverse sur sa blouse... *suit une série d'événements qui découlent de ce dégât*

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Au moment de prendre sa première gorgée de café, Annie le renverse sur sa blouse. La tenue préparée pour son entrevue est gâchée! *suit une série d'événements qui découlent de ce dégât*

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Est-ce que vous remarquez une différence entre ces deux bouts de texte? Aucun des deux n'est digne d'un prix littéraire, mais lequel vous semble le plus efficace? Et pourquoi?

Si vous avez répondu le deuxième et "parce qu'il commence plus près de l'action importante", vous partagez mon interprétation des choses. Je dirais que vous êtes, comme moi, sensible au découpage de l'action, aux scènes d'un récit. 

C'est quoi une scène? Laissez-moi faire un détour par ce qui m'a servi d'école de narratologie : les jeux de rôle. 

Dans les jeux de la compagnie White Wolf (Vampire the Mascarade et Mage the Ascension entre autres), une scène était définie comme un moment où le joueur devait soit jouer minutieusement son personnage (par exemple lors d'un dialogue avec un autre personnage) soit effectuer des lancers de dés en rapport avec ses capacités physiques ou pouvoirs surnaturels. Bref, une scène, c'était le moment où il se passait de quoi. Où on se contentait pas, en tant que joueur, d'écouter le maître de jeu nous raconter qu'on se baladait en voiture à travers la ville endormie. 

Cette unité narrative se transpose parfaitement en termes littéraires : une scène, ça peut être un chapitre ou une section de chapitre (ou une section de nouvelle si vous travaillez le texte court). C'est dans tous les cas, le moment d'une histoire où il se passe quelque chose d'important. Un personnage apprend une information, prononce une parole, pose un geste, subit un événement ou vit une émotion qui seront significatifs dans le dévoilement de leur personnalité ou l'avancement du récit. 

J'ai lu récemment plusieurs romans où les scènes n'étaient pas découpées. Un personnage se levait, déjeunait en jasant avec ses parents, puis allait se balader, regardait un jardin bien paysagé, se faisait attaquer par un voleur et se défendait, puis s'enfuyait... et toutes ces actions semblaient aussi importantes les unes que les autres. L'attaque, le combat, la fuite, ça ne ressortait pas du texte, ça n'avait pas l'air d'un moment fort, car ça occupait autant d'espace que le déjeuner où il ne se passait rien d'important. 

Oui, raconter tous les moments comme s'ils avaient la même importance, ça peut donner, parfois, un "effet de réel"... mais la plupart du temps, ça va juste ennuyer le lecteur, diminuer la tension. 

Un exemple : en règle générale, si votre personnage doit sortir de son bureau et gagner celui de son collègue, le lecteur n'a pas besoin de savoir que, pour ce faire, votre personnage doit tourner à gauche, passer devant la salle de bain, tourner à droite, puis... Il se lève et gagne le bureau de son collègue, point. On raconte ensuite la conversation. Si le trajet jusqu'au bureau est important parce qu'il servira plus tard (par exemple parce qu'un zombi sera en embuscade dans la salle de bain) alors oui, vous devez le décrire. Cependant, si vous voulez que votre lecteur y porte attention, il faudrait éviter d'avoir aussi décrit le trajet entre la chambre et la salle de bain, la maison et le café du coin, le café du coin et le travail, alouette! Quelques détails superflus dans un texte, c'est comme une musique en bruit de fond durant un souper: ça met de l'ambiance et de la vie, mais si vous poussez trop le volume, on ne s'entend bientôt plus penser et on perd la conversation principale. En cas de doute, coupez le son, vous le remonterez plus tard, à petites touches. 

Mon truc personnel pour savoir si j'ai bien découpé mes scènes : si je me retrouve en train d'écrire un passage fastidieux, un bout que je trouve moi-même plate, les chances sont que j'ai mal cadré ma scène. Que je suis en train de raconter des trucs qui devraient se produire dans l'ellipse, dans les blancs entre deux chapitres. Qui se résumeraient aisément en une phrase de flashback. Parce qu'ils servent simplement à faire le pont entre deux scènes. 

Dans ce temps-là, je prends un pas de recul. J'observe mon texte (ou je retourne à mon plan). Je me demande ce que je dois raconter ensuite... et je m'y mets. Sans finir le bout de texte (plate) qui pendouille. Souvent, en écrivant cette nouvelle scène, je trouve les manières de combler les blancs, d'inclure en résumé les informations que j'allais raconter au long. Alors, je retourne en arrière et je coupe les bouts de texte inutiles. Comme on rognerait le décor d'une photo mal cadrée. 

Est-ce que vous comprenez ce que je veux dire?

vendredi 6 novembre 2020

Un semblant de normalité

Mon amoureux est installé chez moi depuis août. On s'est trouvé une routine pas mal agréable (je mens : c'est le paradis!) et il s'acclimate bien à la vie de famille (traduction : avoir Passe-Partout en bruit de fond pendant le souper ne le dérange pas). 

La puce est de retour à l'école. Et l'école semble vouloir rester ouverte. Mon ex étant revenu de voyage, on alterne la garde et les répits me font du bien, même si j'ai tendance à m'ennuyer après quelques heures (il arrive aussi que j'oublie qu'elle n'est pas avec moi le soir et j'suis surprise de trouver sa porte de chambre ouverte alors qu'elle devrait dormir). 

J'ai retrouvé une certaine routine de travail. Mes journées, calquées sur l'horaire scolaire de ma fille, ne sont pas longues (parce que j'ai toujours pas retrouvé l'énergie de vraiment travailler le soir), mais au moins mes trucs avancent un peu. 

Je viens de terminer une autre ronde de révision de mon roman policier. Il partira chez l'éditeur demain. 

Un contrat de direction littéraire devrait démarrer sous peu. 

J'ai deux critiques à écrire. 

On m'a demandé de faire partie d'un jury, alors j'attends les livres associés. 

Il y aura peut-être des activités en virtuel dans un futur proche. 

Bref, la vie reprend peu à peu. Retrouve un semblant de normalité. Mon quotidien est fait de douceur. J'ai pas envie d'être bousculée, stressée, essoufflée. Il y a eu une époque où ça me faisait me sentir vivante. Maintenant, ça m'épuiserait. Est-ce l'effet du divorce, du déménagement, du nouveau couple, de la pandémie? Mystère. Peu importe. Je me donne le temps qu'il me faut. 

Et j'écris. Enfin!

mercredi 28 octobre 2020

Fractale citrouille 2020

 


Ah là là! Cette année bizarre me fait perdre la notion du temps! Et je cherchais partout mes citrouilles fractales, en oubliant que j'en suis désormais la gardienne!

C'est quoi cette histoire? L'explication longue est ici

L'explication courte est que vous avez 31 mots, pas un de pluspas un de moins pour nous faire rire, frissonner, grimacer, sur le thème de la peur, de l'étrange, de l'horreur... bref, c'est l'Halloween, amusez-vous! Et excusez mon retard! (Les commentaires de ce billet resteront ouverts jusqu'au 1er novembre.)

mardi 27 octobre 2020

Ce qu'on ne peut pas écrire en 2020

 Alors, finalement, l'écrivain qui a été accusé de production de pornographie juvénile (cas que j'évoquais dans mon billet "Ce qu'on ne peut pas écrire en 2019") a été acquitté, ainsi que son éditeur. (Et le délai pour faire appel est dépassé, donc on est bien sortis de cette histoire!)

Ouf! C'est un soulagement, on ne se le cachera pas. (Bravo à l'écrivain de s'être accroché. Je le nomme pas pour m'éviter des hordes de troll, mais je lui lève mon chapeau, parce qu'il a traversé des heures crissement sombres alors que le rouleau compresseur de notre système de justice lui passait sur le corps.) On va se poser moins de questions en prenant la plume désormais! 

Suite à ça, qu'est-ce qu'on peut ou ne peut pas écrire en 2020?

J'ai lu le jugement (vous pouvez m'imiter si vous voulez, ou lire un résumé ici) et, à ce que j'en comprends, en gros, avant 2005, un écrit (même artistique) était jugé pédopornographique s'il conseillait ou préconisait les activités sexuelles avec des mineurs. Après 2005, la loi a été modifiée et il suffisait de les décrire. Le juge a trouvé qu'enlever les mots "conseille ou préconise" rendait l'article trop large, portait une trop grande atteinte à la liberté d'expression en fonction du but visé (protéger les enfants en interdisant la porno juvénile) et donc était anticonstitutionnel. (À noter, la nuance entre "décrire" ou "évoquer" n'a jamais été abordée.)

Donc, le juge a suspendu l'application de cet article de loi et, dès lors, il a pu prononcer un acquittement bienvenu. 

Maintenant, mes connaissances de ce genre de cas sont trop floues pour que je puisse vous dire si l'article est invalidé durablement au complet (ce serait étonnant et ça aurait motivé un appel du jugement) ou si c'est juste la modification de 2005 qui est suspendue. Prenez pas de chance, considérez que c'est juste la modification. (Moi c'est ce que je vais faire!)

Alors, suite à la conclusion de cette affaire, qu'est-ce que vous ne pouvez pas écrire en 2020?

- Des incitations à la haine.

- Des atteintes à la réputation, à la vie privée ou à la sécurité des gens.

- Des plagiats.

- Des scènes de sexe avec mineur qui conseillent ou préconisent la pédophilie. 

- Des histoires de pandémie parce qu'on est écoeurés en maudit. (Ah non, ça c'est pas dans la loi! lolol! Mais on pourra exercer notre droit de lecteur de ne pas vous lire! :p ) 

Maintenant, à vos claviers tout le monde!

PS : En passant, ça ne sert à rien de m'écrire pour me dire - en termes plus ou moins injurieux - à quel point j'étais dans le champ avec mon analyse première. 1- J'suis pas juriste, c'était mon exercice de réflexion, pour mes besoins personnels d'écrivaine qui avait pas le goût d'être la prochaine accusée. 2- J'avais analysé les lois qui étaient en vigueur et qui avaient permis l'accusation. Comme ça a pris une suspension d'articles de loi pour prononcer l'acquittement pis que je possède pas exactement cette autorité-là, j'pense que j'étais pas trop perdue! O.o 

mardi 13 octobre 2020

Animations réelles vs virtuelles

Répondant à l'appel de nos instances gouvernementales, je me suis adaptée et mise, comme tous les artistes, en mode virtuel. Animations scolaires virtuelles, ateliers virtuels, table-rondes virtuelles, réunions de travail virtuelles... 

Teams, Zoom, Messenger, Slack, parfois le téléphone, tous les moyens sont bons. 

Mon laptop conçu pour faire du traitement de texte souffre et gèle et lag, mais bon, j'arrive à donner des performances minimales. 

Et c'est là qu'une amie qui fait du télétravail pour sa job de bureau m'a dit "Quand même, ça doit tellement te faciliter la vie et te sauver du temps de ne pas avoir à te déplacer". 

Savez-vous quoi? Non, pantoute. 

Lors d'une journée d'animation, congrès ou d'atelier normale, je me levais le matin, je me préparais (ça incluait de m'habiller un peu chic), puis je partais avec mon matériel et un livre. En chemin, je lisais dans le transport en commun, je me ramassais un café et un déjeuner, j'avais ptêt prévu un dîner avec des amis ou avec les profs de l'école, j'arrivais sur place en me sentant très "artiste les cheveux aux vents qui gagne sa vie avec ce qu'elle aime" et je livrais ma journée de travail. Puis je rentrais chez moi, le coeur léger, le corps fatigué, mais inspirée par les échanges, les questions. Je lisais encore un peu dans l'autobus de retour, ça me faisait une transition vers chez moi et j'arrivais, prête à reprendre ma vie domestique. 

Maintenant... maintenant c'est très différent. 

Le matin, je dois me préparer... Je peux pas tellement m'habiller chic, ça fait un an que j'ai pas magasiné, tout mon linge est usé, mais bon, je prends un haut qui paraîtra bien sur un écran. Par contre, je dois ensuite préparer l'arrière-plan (mettre un paravent et/ou organiser les traîneries). Puis faut tester la technologie utilisée ce jour-là. Prévoir un back up au cas où. Faire mon déjeuner. Préparer ou manger un ou deux repas en pensant à ma présentation, en essayant de me préparer mentalement, tout en vaquant à mes tâches ménagères habituelles, à endosser mon statut d'écrivaine. Ensuite mon cellulaire sonne pour me rappeler que c'est l'heure, je démarre le truc, j'essaie de me sentir "dans l'ambiance", de créer des interactions. Ça manque de chaleur humaine et de spontanéité, c'est jamais parfaitement fluide, les échanges, retours et réactions sont moins nombreuses, ça plante parfois ou quelqu'un sonne à la porte... Ouf, enfin, c'est fini, on coupe le truc. Pas de transition, bang, on est de retour dans la domesticité qu'on n'a jamais quittée. J'me sens pas inspirée, j'suis juste fatiguée. 

Mais c'est ça ou changer de métier alors... on continue. 

En ayant hâte au vaccin.

(PS : C'est dans ces circonstances qu'on vient d'accomplir l'atelier court édition 2020. Ce fut amusant de constater que sur 8 textes proposés, on avait 6 huis clos!)