mercredi 11 juillet 2012

Public difficile à satisfaire

J’ai une collègue de travail que je ne croise pas souvent, mais qui me demande chaque fois de lui parler des histoires sur lesquelles je travaille ou même des idées auxquelles j’ai pensé dernièrement. Or, je ne sais pas pourquoi elle est si curieuse, puisque nos conversations finissent habituellement par ressembler à ceci :

- Je travaille sur une histoire qui se passe dans une école de magie.

- Pourquoi t’écris des affaires qui se peuvent pas?

Ou alors :

- Depuis trois jours, j’écris une nouvelle policière.

- Basée sur un fait divers réel?

- Non, mais presque. Ça se passe dans une ville de banlieue fictive et…

- Pourquoi t’écris des trucs qui existent pas?

Dernièrement, je me suis dit que je prendrais pas de chance. En prévision de notre conversation suivante, j’avais préparé un scénario de nouvelle complètement plausible et terre-à-terre. Bon, je n’ai aucune intention d’écrire ce texte, parce qu’il serait plate en maudit, mais pour une fois je m’étais dit que j’allais faire plaisir à ma collègue. Quand elle m’a demandé sur quoi je travaillais, j’ai donc pu répondre :

- Sur les aventures d’un avocat qui reste tard au bureau.

- Ah, c’est bon ça!

- Il veut imprimer un document, mais l’imprimante n’a plus de papier.

- Classique!

- Alors il se penche pour en prendre dans le meuble de rangement et…

- Pourquoi t’écris toujours des affaires invraisemblables?

*Soupir*

mardi 10 juillet 2012

Alibis #42

Comme je rattrappe lentement mon retard dans mes lectures (après des mois à délaisser les livres des autres au profit de mes samouraïs), je viens de lire le numéro 42 d'Alibis. Et j'y ai appris que, à partir de cette année, les gagnants du prix Alibis vont recevoir un trophée. Zut, j'suis jalouse! ;)

Claude Lalumière ouvrait le numéro avec Elle le regarde nager, histoire dont la noirceur réside dans sa simplicité: une femme regarde son compagnon nager et nous suivons son monologue intérieur, le train de ses pensées dont les arrêts de sont pas toujours jolis-jolis. Jusqu'à ce que...

Pour sa part, Paul Scadera nous convie, dans Procès-verbal, aux assemblées d'une coopérative d'habitation qui doit régler des problèmes un peu plus lourd qu'un toit qui coule. En planifiant soigneusement, les administratices de la coopérative commettront-elles le crime parfait? Les personnages multiples se mélangent un peu au début, mais le texte demeure fort intéressant. Et l'un des personnages est une professeure de kickboxing nommée Gen. Comment ne pas aimer? ;)

La page rouge de Raphaëlle B. Adam nous présente un écrivain soudainement pris de l'envie de tuer, qui erre dans la ville en tentant de décider s'il cédera ou non à sa pulsion. Bon, le coup du personnage écrivain manipulé par une "force inconnue", c'est-à-dire le véritable écrivain, on nous l'a déjà fait souvent, mais étant donné le jeune âge de l'auteure (22 ans! j'suis jalouse!) et la justesse de la chute, moi j'lui pardonne.

Yves-Daniel Crouzet livre le texte le plus long du numéro, je crois, avec La victime et son bourreau. Huis clos entre un voleur et un vieil homme qu'il torture pour lui faire avouer la cachette de son magot. Mais le magot existe-t-il? Le voleur est-il une simple crapule? Le vieil homme est-il une victime innocente? Pas mauvais, développement fort intéressant, mais je ne me suis jamais attachée aux personnages et la chute m'a paru un peu invraisemblable. Je dois par contre souligner que Crouzet est sans contredit le Français dont j'apprécie le plus la plume : pas trop verbieuse, juste assez marquée par l'argot pour avoir un petit côté exotique.

Y'a une certaine Geneviève Blouin qui présente ensuite Comme une poupée brisée, la suite des aventures de la policière Miuri Sauvé-Mishima. Cette fois, même si l'enquête n'a rien à voir avec les origines japonaises de Miuri, on en apprend quand même un peu plus sur la policière. La poupée brisée n'est pas nécessairement celle que l'on pense... (en tout cas, pas dans la tête de l'auteure ;)

La section des fictions se termine avec La mort a son prix de Bernard Duchesne... Ah ben, finalement, j'suis plus jalouse de ceux qui vont recevoir un prix. Jolie petite auto-fiction de la part de Bernard! :) J'aurais voulu que mon C'est comme le Québec, sauf que... (le compte-rendu de mes aventures à Toulouse) soit aussi bon!

Comme je lisais cet Alibis avec retard, j'y ai découvert que je venais de manquer un nouveau festival littéraire, les Printemps Meurtriers, consacrés à la littérature policière. Zut, avoir su, j'aurais essayé d'y aller... Quoique si je comprends bien, les activités coûtaient plutôt cher.

Finalement, Sébastien Aubry a interrogé plusieurs membres actifs des services de police québécois pour connaître leur opinion sur les romans policiers. Je crois que la lecture de cet article est fort instructive pour tous ceux qui écrivent ou veulent écrire des histoires policières, alors je vous le recommande si vous l'avez pas encore lu (au passage, je m'accorde une petite tape dans le dos : j'ai bien fait mes recherches quand j'ai créé Miuri : je lui ai donné le bon grade). Si jamais je trouve le temps, faudrait bien que je me livre au même exercice avec une bande d'avocats...

Bref, un bon numéro d'Alibis, que j'aurais gagné à lire plus tôt!

lundi 9 juillet 2012

Qu'est-ce que t'as fait de spécial - MISE À JOUR

La question qu'on me pose depuis vendredi c'est "Qu'est-ce que t'as fait de spécial pour tes 30 ans?" Euh...

Luc est venu me rejoindre à mon Starbuck habituel, vendredi, accompagné de deux verres à shooter et quelques onces d'un excellent rhum cubain, est-ce que ça compte?

Mon père, ma soeur, mon chum et moi avons bu trois bouteilles de bon vin pour souligner ma fête, est-ce que c'est spécial?

J'ai écouté plusieurs heures de télé, collée sur mon chum...

J'suis allée souligner les 90 ans de ma grand-maman maternelle...

J'ai regardé le UFC 148, c'est-à-dire que j'ai vu Patrick Côté perdre un combat parce qu'il a jamais ouvert la vapeur, puis Anderson Silva démolir Chael Sonnen pour lui apprendre à fermer sa gueule...

On a fini la fin de semaine en allant me magasiner mon cadeau de fête : de nouvelles bottes de randonnée et un sac d'expédition...

Je sais pas si quoi que ce soit dans tout ça était spécial, mais c'est ce que j'ai fait pour ma fête... Pis j'aurais pas voulu faire autre chose! J'ai passé une belle fin de semaine. Si toutes les fins de semaine de ma trentaine devaient ressembler à celle-là, je me plaindrai pas! ;)

MISE À JOUR
C'est ce matin que commence la prévente du Chasseur! :) Si jamais vous avez envie de me faire un cadeau de fête tardif, je vous invite à commander votre exemplaire! lol! ;) Non seulement vous aiderez grandement les finances des Six Brumes, mais, en prime, pour quelques sous de plus, vous pourrez obtenir une nouvelle inédite, une page couverture de collection, un tshirt et, bien sûr, une dédicace! :)

vendredi 6 juillet 2012

L'abordage

La veille, à bord du vaisseau, les matelots pieux avaient fait leurs prières, tandis que les autres s'efforçaient de se perdre au fond d'une bouteille de rhum. Alors que l'ennemi s'apprêtait à aborder, une atmosphère de résignation, et de gueule de bois, régnait sur le vaisseau. L'équipage se savait perdu. Personne ne résistait à la redoutable Trentaine lorsqu'elle décidait de se lancer à l'assaut.

Pas un coup de feu ou de canon ne se fit entendre. Des grappins furent lancés, les bateaux amenés bord à bord et l'équipage de flibustiers trentenaires se rendit maître des lieux.

On dit qu'il n'y eu aucun survivant. On dit que le vaisseau pu repartir, à peine allégé de quelques idéaux. On dit qu'il pu repartir, mais vide, changé en vaisseau fantôme. On dit que la Trentaine demanda aux matelots et au capitaine de se joindre à son équipage. On dit que les matelots abordés virent leurs cheveux blanchir, leurs yeux se cerner, leurs dents jaunir et leurs bedaines s'alourdir. On dit que le capitaine perdit sa route. On dit qu'après l'abordage, il navigua mieux que jamais. On dit qu'il y eu une grande fête et que les abordés partagèrent leur réserve de rhum avec leurs assaillants.

Bref, après l'abordage, on ne sait pas trop ce qui arriva et en attendant de le découvrir, on raconte n'importe quoi! ;)

Ouaip, j'ai trente ans aujourd'hui. À date, je survis à l'abordage! ;)

jeudi 5 juillet 2012

Oups!

Oups! Y'aura pas de billet aujourd'hui.

C'est pas que je voulais tester mes nouvelles résolutions et sauter une journée.

Mais on a perdu l'électricité hier soir et on l'a récupérée juste au milieu de la nuit (se faire réveiller par la lumière de la chambre qui se rallume soudainement, c'est désagréable! lol!)

Donc j'ai pas eu le temps de préparer un billet. On se reprend demain! ;)

mercredi 4 juillet 2012

Indécent

Pendant son heure de dîner, une collègue, jeune avocate pétillante, magasinait sur le web.

"Comment tu les trouves?" me dit-elle me montrant une paire de soulier sur l'écran. "J'pense que c'est ceux-là que je vais acheter pour le mariage où je suis invitée en août".

Elle me désigne des talons hauts en velour noir. Magnifiques. Assez hauts pour être sexy, mais avec des lignes pures et harmonieuses qui laissent deviner qu'ils seront tout de même confortables. Je suis loin de partager le fétichisme que certaines filles semblent vouer aux souliers, mais ceux-là sont vraiment beaux. Tomber dessus dans une boutique, je les achèterais sans hésiter.

Mon regard glisse vers le bas de la page. Manolo, dit la légende sous la photo. Ah, tiens, je connais le nom... Soldé à 995$.

Je cligne des yeux. J'ai dû mal lire. Y'a un chiffre de trop, non? Le prix régulier est affiché en dessous : 1345$. Visiblement, c'est pas une erreur. Ces godasses se vendent bien un millier de dollars, en solde!

Ok, même une cruche comme moi côté mode savatière a découvert avec les ans qu'il y a un monde de différence entre une paire de soulier que vous payez 50$ et une qui coûte 150$. Déjà, celle à 150$ dure cinq fois plus longtemps, ce qui fait qu'au final elle vous revient moins cher, et, d'habitude, elle est aussi beaucoup plus confortable, en plus d'être fabriquée au Canada ou dans un pays qui ne paie pas ses ouvriers 5 cennes de la journée. Mais il n'y a aucune chance pour que la délicate sculpture en velours que l'avocate vient de me mettre sous les yeux dure plus longtemps que des souliers à 150$ en cuir véritable, avec doubles coutures et tout et tout...

"Alors, comment tu les trouves?" insiste-t-elle.

"Indécents".

C'est le seul mot qui m'est venu à l'esprit. Encore maintenant, j'arrive pas à en trouver d'autre.

Je suppose que la vocation de ce genre d'objets de luxe outrancier est de faire rêver les jeunes avocates  afin de les garder au boulot 70 heures par semaine... Mais même à ça, me semble qu'elles pourraient faire autre chose avec un millier de dollars d'argent de poche.

Genre, acheter des livres... ou prendre des vacances! (ou une combinaison des deux... ;)

mardi 3 juillet 2012

Cinéma intérieur

Je sais pas comment ça marche pour vous quand vous êtes en mode de création pure, mais moi j'ai souvent droit à des représentations d'un genre de cinéma intérieur où les acteurs attendent que je leur donne leurs répliques et où les caméramans veulent savoir quels cadrages ils doivent utiliser. Ce qui donne parfois des situations cocasses... 

La semaine dernière, je marchais vers le bureau, Ipod sur les oreilles, lorsqu'un caprice de ma liste de lecture m'a donné à entendre le thème du film Casino Royale (un James Bond). Aussitôt, Sean et Marie, mes deux espions de Trois coups l'annoncent me sont venus à l'esprit. Sean, l'air dangereusement satisfait, Marie, survoltée, cellulaire à l'oreille. Une conversation sur le mode de l'engueulade feutrée se déroulait entre les deux.

Remarque de l'un, réplique de l'autre. Eh, c'est une bonne idée! Marie aurait fait ça et Sean serait intervenu... Attention, faut que je traverse la rue. Alors, non, Marie ne dirait pas ça comme ça. Nouvelle réplique. Voilà, c'est mieux. Beurk, une crotte de chien sur le trottoir. Réponse de Sean. Plus menaçante. Un sous-entendu peut-être? Il sourirait, non? Coin de rue, feu rouge, faut que je m'arrête, hors du passage des messagers à vélo. Là, à côté de la femme en robe à fleurs. Réponse de Marie... Quelle expression aurait-elle? On vient de lui dire que... et donc...

Une main sur mon épaule.
- Geneviève?

J'ai sursauté. Le film d'espionnage qui se déroulait sous mes yeux a disparu. J'ai coupé le son de mon Ipod. Salué ma collègue en robe à fleurs que j'avais regardé droit dans les yeux, sans la reconnaître.

- Wow, t'étais dans la lune pour vrai! s'est exclamée ladite collègue. T'articulais sans un son, en fronçant les sourcils, puis en souriant, comme si tu te parlais et te répondais toute seule! Si je te connaissais pas, je t'aurais pensée méchamment dérangée.

Oups! Jamais personne ne m'avait dit que lorsque j'ai des séances de cinéma intérieur, on peut me voir jouer tous les personnages! O_o