mardi 13 octobre 2026

Sous-texte vs message vs pamphlet

Je me suis peinturée dans le coin durant une table-ronde au dernier Congrès Boréal. Une table que j'animais moi-même. (Faut le faire!)

Pourquoi est-ce que je dis que je me suis peinturée dans le coin? Parce que je voulais parler avec mes invités du sous-texte d'un récit vs un message. 

Pour moi, le sous-texte, c'est tout ce qui n'est pas dit en toutes lettres, mais que le texte porte. C'est quand on parle d'autre chose que ce qui semble le propos principal, mais de manière discrète, grâce à plein de techniques littéraires (connotation des mots, construction allégorique du monde, interactions entre les personnages, etc). Ça veut dire qu'à la lecture, même si on ne peut pas mettre le doigt exactement dessus (à moins de s'arrêter pour faire une analyse littéraire en règle), on sent qu'il y a "quelque chose" de plus dans le texte, un aspect profondément humain et universel, un propos plus large que, par exemple, les aléas de la vie d'un chef de clan dans un peuple où les femmes sont des escargots géants.

Pour mes invités, le sous-texte, c'était plutôt des sous-textes et il s'agissait de plusieurs mécanismes qui servent en fait à mettre en lumière... le message. 

Ouh, le vilain mot : "Message". Jamais j'oserais l'utiliser. Ça fait des années que je parle plutôt de sous-texte, voire d'intention. Mais de "message"? Jamais. On m'a assez dit que c'était mal de faire des textes à message!

Mais voilà que j'avais des invités - à la solide réputation littéraire - qui s'en réclamaient sans gêne. Qui appelaient "des sous-textes" ce que je voyais comme des "techniques pour mettre le sous-texte et les thèmes en valeur" et qui appelaient "message" mon cher "sous-texte". 

Merde. 

Quand y'a 40 personnes dans la salle qui vous regardent, c'est pas toujours évident de se revirer sur un dix cennes et de repérer les questions qu'il faudrait reformuler asteure qu'on vous a démoli votre vocabulaire! 

J'ai donc passé à côté de deux questions importantes que j'aurais voulu poser : 

1- Pourquoi c'est important d'avoir un message/sous-texte?

2- Quand est-ce que c'est pas bien alors, les textes à message? Pourquoi on m'a mise en garde contre eux?

Pour la question 1, je n'avais pas vraiment besoin que mes invités me confirment ce que j'en pense (je sais qu'on aurait tous été d'accord), mais j'aurais voulu que la salle entende leur réponse. 

Parce que le message (ou sous-texte), c'est ce qui va vous motiver à écrire. C'est parce que vous avez quelque chose à dire qui dépasse le texte que, certains jours, vous allez revenir vers votre clavier. C'est aussi ce qui va vous aider, à plusieurs moments de votre écriture et réécriture, à faire des choix. Par exemple : "Est-ce que je veux que ma personnage principale et l'élu de son coeur finissent ensemble?" Si mon message/sous-texte c'est "Y'a pas que le couple dans la vie", ben je vais ptêt arrêter l'histoire avant la mise en couple. 

Le message, c'est aussi, souvent, ce qui va vous permettre de vous démarquer auprès des éditeurs et lecteurs. De prendre une histoire au schéma classique et de dire autre chose avec... À condition, bien sûr, que votre sous-texte vienne vraiment de vous, de vos trippes, de votre vécu, de votre unicité intrinsèque, pas d'un livre de croissance personnelle lambda ("aimez-vous les uns les autres", ça risque de ne pas suffire à réchapper votre trilogie de fantasy avec des elfes et des nains). 

Mais sur la question 2, pourquoi on m'a mise en garde à ce point au sujet des messages, là j'aurais voulu entendre mes invités. J'aurais voulu, surtout, que la salle les entende. Évidemment, j'ai une bonne idée de la réponse (c'est pas la première fois que j'y réfléchis), mais je suis déçue de ne pas avoir eu l'occasion d'en discuter en gang. 

Je sais, qu'en gros, on aurait conclu que les histoires "à message" sont problématiques lorsqu'elles ne nous laissent pas oublier le message. Lorsqu'il n'est pas sous-jacent, mais dans notre face à tous les tournants, impossible à ignorer, lorsque l'histoire ne sert pas à nous divertir, mais qu'elle est toute entière conçue pour taper sur le clou, pour marteler l'idée. Bref, lorsqu'on n'a plus une histoire porteuse d'un message, mais un pamphlet éducatif, presque un outil de propagande. 

J'aurais aimé qu'on discute de comment trouver l'équilibre entre message et pamphlet. Ma méthode préférée est d'intégrer le message à l'univers même de mon texte (comme en créant des femmes escargots qui portent leur famille sur leur dos) puis de l'oublier. De laisser ensuite l'intrigue me porter.

Mais les autres, ils font comment? Et vous?

Va falloir refaire une table sur le sujet... 

1 commentaire:

Yves Meynard a dit…

Il faudra que tu m'y invites, moi qui n'aime justement pas le Messâââge mais qui essaie d'avoir un sous-texte quand même (mais j'ai l'impression de souvent le laisser à mon subconscient).