vendredi 2 octobre 2026

Nettoyer son entrée au boyau d'arrosage

Il est interdit dans la plupart des villes de nettoyer son entrée de garage au boyau d'arrosage. Si vous tenez à avoir une allée toute propre devant chez vous, un balais fait le travail avec moins de gaspillage. 

Alors pourquoi est-il permis (et même parfois encouragé, voire forcé) de recourir à l'IA pour la plus petite recherche web, là où un moteur de recherche fait parfaitement le travail à coût environnemental moindre? Ou de générer à l'envie et gratuitement des distillats de plagiat artistique alors que l'artiste moyen dépense pas mal moins d'eau et d'électricité pour arriver à un meilleur résultat? (Ou mettons "au même résultat", si vous y tenez...)

Ça fait des années que la SF met en garde contre les IA. Les experts ne lisant pas autant de SF qu'ils le devraient, ils viennent de tirer la sonnette d'alarme : l'IA constitue une menace, disent-ils, pour la civilisation humaine. Les scénarios évoqués sont dignes de films catastrophes : des IA qui déclenchent des bombes, détruisent des systèmes technologiques vitaux, etc... 

Mais on ne parle pas assez du danger que l'IA nous détruise d'une manière beaucoup plus sournoise, de l'intérieur, en attaquant ce qui nous rend humain : notre empathie et notre pensée abstraite/artistique. 

(Petite parenthèse ici : quand on étudie les premiers hominidés plusieurs jalons de notre marche vers l'humanité sont relevés. On parle parfois des outils perfectionnés ou de la maîtrise du feu, mais le plus souvent, on considère que nous sommes devenus des humains quand nous avons commencé à enterrer nos morts avec des rituels montrant une empathie pour eux et une pensée abstraite, une croyance en l'au-delà. On mentionne aussi des squelettes portant des traces de blessures qui auraient rendu l'individu incapable de survivre sans des soins apportés par le groupe. D'autres notent plutôt l'apparition des dessins, d'une recherche esthétique qui dépasse la simple utilité. Bref, l'humain, c'est cet animal qui a de l'empathie pour ses semblables et une pensée créative qui dépasse le concrètement utilitaire.)

On sait que les techno-fascistes propriétaires des compagnies d'IA considèrent l'empathie comme une faiblesse et les artistes comme des nuisances non rentables;

On sait que fréquenter des oeuvres d'art, surtout les livres, développe l'empathie car c'est une manière d'entrer en contact avec la pensée et le vécu des artistes ou encore une excuse pour partager nos impressions avec d'autres amateurs;

On sait que développer sa créativité, affiner ses talents et créer avec ses mains, son cerveau, son savoir-faire diminue le stress, consolide les apprentissages et rend heureux; 

Sachant cela, l'IA (qu'on veut nous encourager à utiliser pour obtenir des produits de divertissement sur mesure, soit des images, des films, des livres qui ne nous confronteront jamais à une autre manière de voir) attaque bel et bien les fondements de notre humanité.

À l'heure où certains disent "bon, bah, puisqu'elle est disponible, autant s'en servir pour créer", je crois qu'au contraire, il faut lui résister.

"Lors même qu'on n'est pas le chêne ou le tilleul/
Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul."

À moins, bien sûr, que vous trouviez que le nettoyage au boyau d'arrosage, c'est vraiment ça le futur.