mercredi 2 avril 2025

Analyse féministe de la situation géopolitique

S’il y a une chose que les penseuses féministes m’ont appris, c’est de réfléchir aux diverses situations sous l’angle des rapports de pouvoir.

Bon, dans la société, on en vient vite à une conclusion : les hommes sont au pouvoir. Le système est fait par eux, pour eux, avec les femmes à leur service. (Si on veut détailler, les hommes blancs sont au sommet de la pyramide, mais chez les couples racisés, la même exploitation des femmes est présente). Et dès que cette situation privilégiée est menacée (par exemple par le droit à l’éducation que les femmes ont gagné de haute lutte et qui leur permet d’avoir accès à des emplois payants donnant l'indépendance financière ou alors par le droit au divorce et la diminution du stigma social qui y est relié ou même par les identités trans et non-binaires qui brouillent les catégories), on voit le pouvoir exercer sa violence (cyberintimidation, discours masculinismes prônant le retour à la sujétion féminine, discours anti-théorie du genre, féminicide). 

Mais j’aimerais attirer votre attention sur le fait que, géopolitiquement, la structure de pouvoir suit la même hiérarchie. Au sommet, il y a les grandes puissances, appelons-les des états « mâles » toxiques, qui peuvent s’imposer par la violence : Russie, Chine, États-Unis. 

(Je m'excuse ici pour les clichés binaires et genrés que je vais utiliser, mais comme lesdits états toxiques pensent de cette manière, ils sont appropriés à la démonstration.)

Autour d’eux, il y a les états gentils et doux qui les soutiennent, à l'image d'épouses traditionnelles : l’Urkraine, la Biélorussie, le Canada, le Mexique… (J’ose pas m’avancer pour les états assujettis entourant la Chine, mes connaissances en géopolitique orientales datant du 15e siècle). Et de temps en temps, l’état-mâle-toxique trouve que l’une de ses épouses-tradwifes en mène trop large : elle parle de divorcer pour se joindre à l’OTAN, elle ne veut pas donner une partie de ses revenus à son homme, elle est tannée des rôles stéréotypés dans lesquels on veut l'enfermer…

Alors la violence commence : on l’insulte, on parle pour elle en débitant des mensonges (l’attitude de Trump, qui balaie de la main une rectification des faits avec un sourire condescendant, puis répète son mensonge, c’est un comportement connu de toutes les femmes qui ont eu des relations toxiques), on lui impose des violences économiques (la forcer à dépenser son argent là où ça nous plaît, lui arracher de force une partie de ses revenus), on se pose en victime (si on commet des gestes violents, c’est parce que l’autre a commencé… en voulant diminuer les privilèges de l’État toxique) et on laisse planer un recours à la force dont la tradwife ne se relèvera pas.

Nos politiciens devraient se réveiller : messieurs (puisque c'est surtout des messieurs, d'ailleurs Mélanie Joly, elle, semble avoir vite compris la dynamique en place), vous êtes dans une situation de violence conjugale! Faites venir des intervenantes spécialisées dans ce domaine, elles vont pouvoir vous aider. Je devine déjà ce qu’elles vont vous dire… 

Quand on vous insulte, vous devez mettre fin à la conversation. On vous appelle « Gouverneur »? Vous corrigez immédiatement votre titre. Et vous ne dites rien d’autre. Tant que l’autre ne vous respectera pas, vous ne discutez pas avec lui. (Carney semble avoir bien commencé de ce côté.) 

On vous impose des violences économiques? Faites comme si cela ne vous importait pas. N'essayez pas de négocier : ça ne fonctionnera pas ou le répit sera temporaire. Rétorquez, mais sans faire de grande annonce. Ou en faisant comme si c’était un hasard si, tout d’un coup, l’électricité vendue aux USA était plus chère. Comme si l’argent rendu disponible pour les entreprises, il n’était pas lié aux difficultés que l'état-toxique leur fait vivre. L'état-toxique ne veut pas négocier, il veut gagner. Et sa parole donnée ne vaut rien. Alors ignorez-le. 

Préparez votre défense, mais discrètement (alertez l’armée). Mettez de l’argent de côté (oui, augmentez les impôts, montez les tarifs, mais sans laisser voir que c’est en réaction). Encouragez les industries locales (encore là, comme si c’était un hasard). Ou les boycotts (j'en avais jamais vu un rencontrer un tel succès!). Et, surtout, assurez la sécurité (physique et économique) des citoyens/enfants dont vous avez la garde. Vous avez peur de perdre la bataille de l’opinion publique? En campagne électorale, ce sera le temps de dire, sans jamais utiliser le mot « riposte », ce que vous avez fait et pourquoi. 

Contrairement aux conjoints victimes de violence, un pays ne peut pas aller se mettre à l’abri dans un refuge. Mais le temps joue pour lui. Les dictateurs ne sont pas immortels. Et les citoyens des états-toxiques vont finir par se lasser. 

mardi 11 mars 2025

Printemps magique

Étant donné la réalité glauque, je me suis lancée à fond dans le travail. Ça tombe bien, parce que mes responsabilités d'éditrice s'accumulent. En plus de mon rôle chez Alire, j'ajoute maintenant une participation au comité éditorial de Solaris! Amenez-en des textes à lire et des directions littéraires à faire! (J'ai tellement de fun, faut encore que je me pince quand je me rends compte qu'on me paye pour faire ça!)

En parallèle, j'écris... enfin, quand je trouve le temps. 

J'essaie de broder aussi, mais mes mains ne collaborent pas toujours (l'arthrose familiale commence à me rattraper et tous les mouvements minutieux doivent être faits à petite dose). 

Cela dit, notre quotidien à tous aurait bien besoin d'embellissement, de magie... et justement, l'un de mes derniers projets d'écriture a été la participation à une anthologie vraiment magique : le recueil de nouvelles de fantasy Territoires enchantés, royaume ensorcelés, qui est présentement en prévente aux éditions des Six Brumes. 

En attendant mon propre recueil de nouvelles de fantasy (qui s'en vient, me dit-on), je crois que cette dose de magie nous fera du bien!

Après tout, vous n'avez pas tous une dragonnette pour ensoleiller votre quotidien! ;) 

vendredi 31 janvier 2025

Corollaire à la vie, l’univers et tout le reste

J’ai eu 42 ans cette année. Chiffre emblématique de la série du "Guide du routard galactique" de Douglas Adam.

Y’a une autre phrase célèbre accolée à cette série : "Don’t panic".

Je me la répète comme mantra, en boucle, depuis le 20 janvier et l'apparition du "King in Orange".

Toutes les facettes de ma personnalité sont affectées par ce qui se passe :

L’historienne n’est revient pas de voir qu’on n’a rien appris du passé. Elle ne tenait pas du tout à assister en direct à l’établissement d’une dictature.

La mère, l’amie et l’amoureuse sont malades de peur pour leurs proches lgbtq+ ou immigrants ou en situation de handicap.

L’écrivaine voudrait pouvoir refermer ce mauvais roman.

Mais si c’était un roman, l’éditrice ne saurait même par où en commencer la direction littéraire tellement c’est grossier, mauvais, exagéré, cliché…

Et pourtant c’est vrai. D’où le mantra.

Qui me pousse à tendre la main, à prendre soin de mes proches, à boycotter tout ce que je peux... et à écrire des futurs où non seulement on survit à tout ça, mais où on rebâtira mieux.

mercredi 18 décembre 2024

Bilan d'une année étourdissante

J'ai commencé ce bilan un peu par obligation, parce que j'en fais un à chaque année, en me disant que je n'avais pas grand chose à dire. Qu'en 2024, j'ai complété ma première année depuis longtemps comme employée et que c'est pas mal tout et que je ne comprends pas pourquoi je suis aussi fatiguée, aussi pressée d'arriver aux vacances des Fêtes... 

Puis j'ai regardé en arrière et j'ai constaté qu'en fait cette année fut... étourdissante. Je m'étais promis, en décembre passé, de prendre soin. Soin de moi, de ma famille, mais aussi de mon écriture, de mon énergie, de mes rêves... Je crois que j'ai un peu trop bien réussi! (Bon, sauf pour ce qui est de l'énergie.)

C'était une année pivot, où j'ai troqué les multiples contrats de travailleuse autonome pour m'installer de plein pied dans mes tâches d'éditrice adjointe. Travailler chez Alire, c'est tout aussi prenant que le travail autonome, mais au moins je n'ai plus à envoyer des rappels de facture et à courir après le travail, car (constat doux-amer) la slush pile sera toujours là pour moi, hihihi! Ça m'a permis de mesurer tout le stress que je traînais depuis quelques années, à m'inquiéter continuellement de manquer d'ouvrage. Ne plus avoir à m'en soucier est tout un baume pour mes nerfs.

Ce fut aussi une année où j'ai pris soin de ma carrière littéraire en remettant pas mal de textes, pour préparer deux collectifs aux Six Brumes et mon recueil de fantasy. Oh et parce que, surprise imprévue, j'ai participé à un super projet de prospective. Avec quatre collèges écrivains de SF, je me suis retrouvée à imaginer de quoi pourrait avoir l'air le Québec en 2040. On m'a confié le scénario le plus hopepunk. J'espère qu'on y parviendra un jour. (Pour lire les résultats, faut demander le ebook ici.) 

J'ai aussi fait le ménage dans mes projets de roman, définitivement mis de côté un manuscrit qui ne me disait plus rien, reparti le roman fantastique sur de nouvelles bases, commencé à rédiger un fantasy, avancé la recherche pour la suite du policier... Et j'ai découvert que j'étais intimidée par l'idée de me lancer pour vrai dans un nouveau roman. Mine de rien, ça fait des années que je n'ai pas fait ça. (Faut juste que je me rappelle que j'en suis capable et ça ira... j'espère!)

Je me disais aussi que l'année avait été tranquille côté publications, mais non, en fait, ce fut assez occupé : trois nouvelles dans Solaris, une traduction dans Ellery Queen Mystery Magazine et une nouvelle dans le collectif Automnales des Six Brumes! Je continue à entretenir ma plume de nouvelliste... d'autant plus sereinement que je n'ai plus autant à me préoccuper du fait que ce n'est pas payant. 

À travers tout ça, j'ai vu l'adaptation de ma nouvelle La Barque, prendre forme. J'ai assisté à une partie du tournage, puis à des projections et maintenant le film poursuit son chemin, d'un festival à l'autre. Mon histoire voyage plus que je ne le ferai jamais, je pense... et c'est extraordinaire! 

Côté personnel, j'ai fêté mes 42 ans cette année et j'ai décidé de m'offrir deux choses que je repoussais depuis longtemps, parce que ce n'était pas essentiel, parce que la logistique était compliquée, etc. J'ai d'abord participé à un atelier de danse-écriture d'une semaine qui m'a tellement sortie de ma zone de confort que j'ai mis un moment à la retrouver! Puis Luc et moi nous sommes offert un voyage à New York, sans la puce. Quelques jours d'insouciance, pour prendre soin de nous deux, pour se rappeler à quel point il y a des beaux coins chez nos voisins du Sud, à quel point la culture et l'art peuvent y vibrer.

Ce seront des souvenirs à chérir, car le triste résultat des élections américaines risque de nous porter à l'oublier par moment dans les prochaines années. Ces élections ont d'ailleurs participé à mon sentiment d'étourdissement général. Connaître tant d'espoir et tout voir s'effondrer en une soirée... Ce fut dur sur le moral. Il est difficile de détourner le regard de ce qui se passe de l'autre côté de la frontière, des gens (femmes et personnes lgbtq+ en particulier) qui y souffrent et meurt... Mais il faut que je me concentre sur ce qui se passe près de nous. Que je travaille comme je le peux à éviter que ces idées déshumanisantes se rendent chez nous. Faire barrage, un texte à la fois. 

J'ai pas eu le choix, de toute manière. On a dû resserrer le cocon familial autour de la puce, le temps qu'elle se mue en dragonnette préado. Le processus n'est pas tout à fait achevé. Elle a par moment des éclairs de maturité qui me rendent très fière de l'adulte qu'on devine en elle... et à d'autres moments elle m'appelle en panique parce qu'elle a entendu un bruit étrange dans le noir. La parentalité est un paradoxe. Ça m'a guérie d'une bonne partie de mes impatiences en tout cas! Hihihihi!

Je n'ai pas participé à beaucoup d'événements littéraires cette année. Faut dire que je suis tombée malade pile au moment où je devais me joindre aux Sans Tavernes. Je me suis donc contentée du Boréal, du lancement collectif d'Alire (pour souligner les 50 ans de la revue Solaris et la nouvelle collection Mitan) et du Salon du Livre de Montréal... mais ce dernier, placé plus près des Fêtes que d'habitude, a sapé ce qui me restait d'énergie.

Me laissant juste ce qu'il fallait pour écrire ce billet! ;) 

Pour la prochaine année, je vais continuer à m'offrir toutes ces choses immatérielles trop longtemps repoussées : du temps pour mes projets à long terme, pour les causes qui me tiennent à cœur et, surtout, pour ceux que j'aime. 

Que les Fêtes vous soient douce. On se revoit en 2025.  

samedi 7 décembre 2024

Abandonner un projet de roman

Depuis 2017, je travaillais sur un roman parlant des deuils, petits et grands, qu'on doit faire dans nos vies : deuil d'un parent, deuil d'un couple, deuil d'ambitions professionnelles, deuil d'une certaine idée de nous-mêmes. 

Le projet a connu plusieurs itérations, je l'avais commencé avant mon divorce, celui-ci a changé ma manière d'en voir certains thèmes, puis j'ai reçu une bourse, j'ai revu la forme et le manuscrit était à demi achevé lorsque la pandémie a frappé... J'y ai retouché pendant les confinements et après, j'ai essayé d'intégrer la Covid à la trame, parce que c'était irréaliste que mes personnages n'y fassent pas référence...

Mais je crois que, finalement, ce projet ne verra jamais le jour. Parce qu'avec le recul, je ne suis plus sûre qu'il soit encore pertinent. Il me parle moins. Ma manière de gérer les deuils a tellement changé, je ne ressens plus les personnages de la même manière. L'intrigue ne tient plus. 

Peut-être qu'un jour j'y reviendrai, mais pour le moment, je vais le rayer de mon espace mental, de mes listes de "projets à terminer". Je vais me concentrer sur autre chose. Comme essayer d'entamer un de mes deux projets les plus sérieux!

Abandonner un projet de roman, ça m'est rarement arrivé, mais des fois c'est nécessaire. Je regrette le temps que j'y ai passé, mais bon... 

C'est un autre deuil à faire. ;) 

mardi 5 novembre 2024

Je préfère l'Histoire terminée

Israël commet un génocide.

Les femmes d'Afghanistan ne peuvent plus parler dans la rue, car leur voix a été décrétée "intime". 

L'Espagne n'a pas fini de retrouver les victimes des inondations causées par une pluie sans précédent et un climat mondial de plus en plus déréglé.

La guerre en Ukraine s'enlise et on n'en parle presque plus.

Si moi-de-2010 vivait au Texas actuellement, elle serait morte de sa grossesse ectopique, car le "coeur" de l'embryon battait encore à l'extérieur de mon utérus, tandis qu'une hémorragie interne remplissait lentement mon abdomen. 

C'est jour d'élection aux États-Unis. 

Je préfère l'Histoire lorsqu'elle est terminée depuis quelques siècles. 

Et je suis fatiguée des dystopies...

------------ (24 heures plus tard) -------------------

Mais malheureusement, on est repartis pour au moins 4 ans. 

Être historienne, des fois c'est espérer très fort... et être déçue jusqu'à la nausée (mais malheureusement pas surprise) de voir les électeurs choisir le gars divertissant qui leur fait croire qu'il va régler miraculeusement le prix de l'épicerie.

Panem et circenses

(Et j'ai peur qu'on fasse pas mieux en 2025...)

vendredi 25 octobre 2024

Fractale citrouille 2024


Clignotement funeste de la diode « online ». Le modem ne donne toujours pas accès à Internet. Le service à la clientèle insiste, depuis cinq jours, que le service reviendra dans vingt-quatre heures. 

C’est donc ma contribution, mon historiette d’Halloween en 31 mots, ni plus ni moins… c’est aussi la raison pour laquelle les citrouilles fractales sont aussi en retard cette année (faut dire que, vu la température, elles ont peut-être hésité à migrer jusqu’à nous). 

Allez, vous connaissez la tradition! Du fond de ma caverne, coupée du monde, j’attends vos propres participations! (J’irai les lire chez Starbucks.)