vendredi 24 mai 2013

Le latrec de Cicéron

Par désœuvrement, je révisais l'autre les notes que j'ai prises il y a longtemps (juste après avoir terminé ma maîtrise) pour une nouvelle qui mettra, peut-être bientôt, Cicéron en scène.

Mes notes étaient difficiles à lire. Je bûchais un peu. Évidemment, en terminant ma maîtrise, je n'avais pas pensé que, six ans plus tard, je pourrais avoir un peu oublié mon alphabet grec et mes déclinaisons latines. Et donc que les passages de la correspondance de Cicéron soigneusement recopiés pourraient m'être devenus obscurs.

Heureusement, j'ai fini par déchiffrer mes propres notes (et par les annoter de nouveau, en français cette fois!). Et par constater un élément amusant : Cicéron, souvent vu par les écrivains latins postérieurs comme une grande "plume" classique, se faisait accuser, à son époque, d'helléniser (de Hellène, nom que se donnaient les Grecs) le latin, parce qu'il lui arrivait, de temps à autres, d'y glisser des mots grecs ou d'utiliser des tournures de phrase propre au grec.

Hé oui, Cicéron parlait latrec comme nous (ou, en tout cas, moi) parlons franglais!

La constatation est d'autant plus drôle que plusieurs néologisme grécisants inventés par Cicéron (et décriés à l'époque par des gens qui trouvaient qu'on devait parler soit grec, soit latin, pas les deux à la fois) passeront dans l'usage et contribueront à enrichir le latin et à lui conférer d'avantage de nuances, faisant de lui la langue du savoir mondial pour un ptit millénaire.

In your face comme qu'on dit! ;)

jeudi 23 mai 2013

Des rêves et des réalités

Depuis que j'ai commencé à triper MMA et à publier, j'avais un rêve secret, complètement, honteusement, ridicule, mais pas bien méchant... Vous savez le genre de rêve en couleurs qui nous vient de temps en temps?

Bon, le mien, ce sera sans doute pas une surprise, c'était d'être un jour engagée par Georges St-Pierre pour écrire sa biographie. Je me disais que j'avais le temps de me faire un nom. Peut-être même de prendre de l'expérience comme ghostwriter. Qu'un moment donné, avec toutes mes histoires d'arts martiaux, je serais un choix envisageable, sinon logique. Après tout, la plupart des combattants attendent leur retraite pour sortir un livre... (Bon, sauf Forrest Griffin, mais c'est un cas particulier dans tout ce qu'il fait.)

Chamboulant toutes mes rêveries, St-Pierre vient de publier un bouquin (s'il faut qu'il soit en signature au SLM, on va souffrir du bain de foule les amis!). Et je vais vous avouer que j'étais un peu fâchée quand j'ai appris que son ghostwriter n'était même pas un écrivain, mais un publiciste. Après ça on se demande pourquoi c'est dur de vivre de sa plume au Québec...

Enfin, voilà mon rêve en couleurs qui ternissait. Bon, c'était pas une grosse surprise qu'il ne se réalise, pas, mais il y avait quand même un petit atome de moi qui était déçue...

Jusqu'à ce que je lise le billet de Carl. Et que je me souvienne de mes propres angoisses.

Ghostwriter pour une BIOGRAPHIE?!? J'haïs déjà ça écrire ma propre biographie!

Voulez-vous ben me dire quelle crampe de cervelle avait suscité en moi ce rêve débile?!? O_o

mercredi 22 mai 2013

La prévente n'est pas finie

Allez, je m'offre une petite journée de blogue paresseux, au profit des copains!

Je vous signale donc que la prévente du catalogue 2013 des Six Brumes est toujours en cours.

Et pour ceux qui n'auraient pas encore acheté Le Chasseur (prix Aurora-Boréal 2013 de la meilleure nouvelle, quand même! ;), il fait partie des combinaisons que vous pouvez commander. Bon, l'ensemble est pas donné, c'est celui à 50$, mais vous aurez droit à l'édition spéciale du Chasseur, avec la couverture en braille, ainsi qu'aux trois romans de 2013 signés par les auteurs, plus des affiches de tous les romans (juste celle du recueil d'Ariane Gélinas vaudra son pesant d'or! ...comme si le contenu du recueil, écrit par notre récipiendaire 2013 des prix Jacques-Brossard, Clément-Morin et Aurora-Boréal du meilleur roman était pas déjà un argument de vente à lui tout seul!!!).

En plus du recueil de nouvelles d'Ariane, le catalogue 2013 offre une version remaniée de La Légende de McNeil de Jonathan Reynolds et Madluck de Gilbert Thiffault, une novella qui s'annonce comme une rencontre entre Indiana Jones et Chtulhu. J'suis déjà vendue!

Allez, laissez-vous tenter vous aussi! ;)

mardi 21 mai 2013

Dissection d'une fin de semaine de trois jours

Ah, les fins de semaine de trois jours! On les espère longtemps d'avance. On les planifie, mais pas trop, parce qu'on se dit toujours qu'on va en profiter pour se reposer, écrire deux romans, effectuer les tâches qu'on remet toujours à plus tard, voir tous les amis perdus de vue depuis le secondaire... Bref, dans notre tête, ce congé de trois jours semble durer trois mois.

Ce qui finit par donner l'horaire suivant :

Vendredi
Bière de la victoire en couple ou entre amis: à nous le long congé!

Samedi
Lever plein d'enthousiasme : on a trois jours devant nous!
Journée passée à accomplir les tâches ménagères habituelles.
Souper bien arrosé avec famille ou amis.

Dimanche
Grasse matinée causée par la gueule de bois.
Journée paresseuse composée de lecture, films et/ou jeux vidéos (selon préférences).
Procrastination des tâches restantes : on les fera lundi.
Motif de la paresse : bah, on a encore une journée pour s'activer.
Second souper bien arrosé avec famille ou amis, puisqu'on n'a pas à se lever tôt le lendemain.

Lundi
Séparation difficile des éléments "corps" et "matelas".
Analyse des tâches procrastinées la veille.
Conclusion : elles peuvent attendre la fin de semaine prochaine.
Motif : elles attendent déjà depuis plusieurs semaines.
Journée passée à écrire, développer un jeu vidéo et/ou autre occupation créative.
Satisfaction créative, mais dépression croissante en fin de journée : le congé est déjà fini.

Mardi
Retour au boulot.
Déprime.
Consultation du calendrier : la prochaine longue fin de semaine est dans un mois.
Soupir!

vendredi 17 mai 2013

Le tapon du mois

Quand on fait du service à la clientèle, on finit par s'habituer au fait qu'on tombe tôt ou tard sur un individu moins allumé que les autres (ou, j'accorde le bénéfice du doute, juste en manque aigu de caféine au moment où il vous parle). Appelons-les familièrement les tapons.

Avec mes collègues, on s'amuse parfois à élire l'un de ces tapons le "tapon du mois" en prenant le pari que l'énormité qu'il vient de proférer ne pourra pas être égalée. Or, ce mois-ci, j'ai fait mentir toutes les prédictions de mes collègues (qui avaient déjà élu notre tapon du mois) en recevant l'appel suivant :

Moi - Service à la clientèle, bonjour! Comment puis-je vous aider?

(En passant, si jamais vous m'appelez à la maison, ça se peut que je réponde ça. À chaque job, j'acquière un nouveau réflexe pavlovien relié à la sonnerie du téléphone. Après ça les gens se demandent pourquoi j'ai pas de cellulaire. J'entends sonner suffisamment souvent entre 9 et 5!)

Client - Bonjour, je suis client chez vous.

Moi (tout en me disant que c'est rare que les non-clients appellent le service à la clientèle) - Oui?

Client - Je viens de recevoir une lettre de vous.

Moi (toujours patiente, mais en me disant que s'il me donne autant de détails à la fois on est pas sortis du bois, parce qu'on envoie quelques centaines de lettres par jour) - Oui?

Client - Il y a deux pages. La première, c'est mon certificat d'assurance.

Moi (qui ne sait toujours pas ce que le client peut vouloir) - C'est normal, on vient d'envoyer les preuves de renouvellement.

Client - Ah bon.

(Longue pause)

Client - Sur la deuxième page, c'est écrit "reçu". Est-ce que c'est mon reçu?

Je me repasse ce que je viens d'entendre. Est-ce que c'est une farce?

Moi (perplexe) - Oui, bien sûr.

Client (semblant sincèrement content de ma réponse) - Ah! Alors la feuille écrit "reçu", c'est mon reçu?

Moi (en grave danger de me mettre à rire dans les oreilles du client) - Oui!

Client (sur un ton soulagé) - Ah! Merci beaucoup madame.

Moi (avec de la misère à parler parce que je braille de rire) - De rien, bonne journée!

J'ai réussi à raccrocher avant d'éclater. Devant mon hilarité, mes collègues sont venues me poser des questions. Et elles ont dû convenir qu'on venait de détrôner le tapon du mois.

(Que ceux qui savent avec quelle clientèle je traite s'abstiennent de donner des détails dans les commentaires! Pour ceux qui savent pas... laissez-moi vous dire qu'il y a des gens qui poussent à s'interroger sur le sérieux de certains diplômes! O_o)

jeudi 16 mai 2013

Regarde-moi de Natasha Beaulieu

Je viens de terminer "Regarde-moi" de Natasha Beaulieu, acheté au Congrès Boréal. Et... je dois dire que le bouquin m'a laissée un peu perplexe.

C'était une lecture intéressante, y'a pas de doute. Je suis d'accord avec Ariane et Prospéryne : l'écriture est précise et les personnages sont forts. Leur système de pensée et de valeurs, surtout sexuelles, nous est bien décrit, parfaitement intégré au récit. L'influence du roman Crash! de Ballard et de toute la sous-culture associée se fait sentir, mais sous un aspect moins morbide que dans l'oeuvre originale. Et il faut saluer l'audace de Natasha, d'avoir écrit un roman où l'érotisme hors normes est le moteur et l'objet du récit (ainsi que l'audace d'Alire, qui l'a publié).

Mais...

Mais je sais pas pourquoi, mis à part les scènes entourant Hélèna et celles mettant Rachel et John en présence l'un de l'autre, l'ensemble m'a laissé une impression de distance. Comme si je voyais l'action plus que je ne la ressentais. Or, l'intérêt d'un roman érotique me semble justement de pouvoir partager les sentiments et sensations des personnages...

Manque d'ambiance dans l'écriture ou incapacité de la lectrice à se glisser dans la peau de gens ayant des fantasmes aussi différents des siens? Mystère.

En tout cas, une chose est sûre : c'est à mettre dans les mains des gens qui pensent que Fifty Shades of Grey, c'est ce qu'on peut faire de plus déviant et capoté! ;) Pis après ça, vous leur donnerez Amaranthe d'Ariane Gélinas (publié dans l'anthologie Agonies de la Maison des Viscères)! ;)

mercredi 15 mai 2013

Science-fiction, fantastique, fantasy et styles littéraires

On le sait tous, pour l'avoir entendu répéter ad nauseam, le principal reproche qui est fait aux littératures dites "de l'imaginaire" (science-fiction, fantastique, fantasy ou SFFF pour les intimes), c'est qu'elles ne sont pas de la "vraie" littérature, qu'elles manquent de sérieux et de style.

Or, s'il y a une chose que j'ai réalisé dernièrement, c'est qu'il est, à mon sens, beaucoup plus facile de faire des expérimentations stylistiques en SFFF qu'en littérature réaliste.

D'ailleurs, si je regarde les textes de SFFF que j'ai écrit, ce sont tous des exercices de style : avec Le Chasseur, je raconte une histoire sans faire de référence visuelle; dans Ce qui reste de l'ange, j'emprunte le point de vue d'un personnage qui vit plusieurs époques en même temps; L'enrouleur de temps est "montée" à l'envers, artifice expliqué par un machin technologique; dans La Maillarde, je reprends le ton oral des contes médiévaux... exercice poussé encore plus loin avec De dragonis gesta! Finalement, dans Trou noir de mémoire, que vous lirez bientôt, j'utilise la magie comme excuse pour un autre exercice stylistique...

Et je me souviens très bien que le premier livre dont j'ai remarqué le style, c'était Chroniques du pays des Mères d'Élisabeth Vonarburg. En effet, dans ce monde où les hommes ont pratiquement disparu, le masculin ne l'emportait plus, grammaticalement, sur le féminin.

Évidemment, tous ces exercices de style seraient également possibles en littérature générale, mais ils seraient difficilement justifiables (le style du Pays des Mères prendrait soudain un aspect de féminisme un peu extrême). Cependant, puisque, en SFFF, on modifie déjà la réalité, il est très facile de tordre un peu la langue, ne serait-ce qu'au moyen de néologismes, pour lui faire refléter de nouveaux concepts, des ambiances exotiques, des sociétés étranges...

Et c'est un jeu dont je ne me lasse pas, autant comme lectrice que comme écrivaine! :)