mercredi 17 septembre 2014

Des samouraïs aux policiers

Pour ceux qui jettent un coup d'œil de temps en temps dans la section "projet" à la droite du blogue, non, vous n'avez pas la berlue : Hanaken III n'est plus listé dans les projets en cours.

La réécriture est terminé et le roman est donc dans les mains de mon éditrice!!! :)  :)  :)

Sortie malheureusement prévue seulement en 2015.

Pas grave, entretemps je vais travailler sur mon roman policier.

Le plan est fait, le scène-à-scène est ébauché, reste juste à l'écrire.

Pis faut que je me dépêche : Vincent vient de me donner de super idées pour une série d'histoires policières qui me tentent en maudit. Mais bon, un projet à la fois... ;)

J'arrive à trouver un peu de temps chaque jour pour écrire (vive le porte-bébé), mais les journées me semblent s'enchaîner à un rythme fou. Le matin, le temps qu'on se lève, qu'on nourrisse bébé, qu'on la change, que je tire mon lait, que je déjeune, que Vincent déjeune, qu'on prenne nos douches et qu'on s'habille, il est temps de nourrir bébé à nouveau et de dîner! Faut dire qu'Éliane ne supporte pas d'être déposée quelque part, alors une chance qu'on est deux, parce qu'elle nous occupe les mains! Heureusement, les après-midi sont plus relax (encore merci au porte-bébé!).

Allez, je vous laisse sur une photo (fais longtemps que j'en ai pas mise ;)

Moment de douceur mère-fille

lundi 15 septembre 2014

De la valeur d'un texte et de son concept

Des fois, tu lis un texte d'un écrivain et tu le trouves puissant, parce que très noir.

En lisant tu te dis : "Oh boy, c'est misogyne en maudit comme histoire et la vision de la justice est assez œil pour œil, dent pour dent. L'écrivain a dû remuer ben des trucs sombres en lui pour se plonger dans un tel pessimiste et pondre un concept pareil."

Puis tu rencontres l'écrivain. Tu jases avec.

Et tu en arrives à conclusion que non, finalement, l'écrivain n'a pas remué grand chose de sombre en lui pour inventer son concept. Il n'était pas pessimiste dans son texte.

Il EST un redneck misogyne qui croit que les femmes devraient porter des enfants en silence, qu'elles les veuillent ou non, et que tous les criminels devraient être pendus, sans procès de préférence.

Du coup, la valeur du texte et de son concept se retrouve, à mes yeux, plutôt diminuée. Et je n'arrive plus à relire l'œuvre que j'avais appréciée tant que je la pensais pure fiction, parce que là tout ce que j'entends c'est le programme politique de cet écrivain.

Est-ce que je suis la seule à réagir de même? Ou j'ai juste l'esprit de contradiction?

(Non, je ne vais pas nommer l'écrivain... Pas ici en tout cas. On en jasera de vive voix un moment donné! ;)

jeudi 11 septembre 2014

Le dit du Musè (21)

La puce nous réveille. Alors que je commence à lui retirer son pyjama, mon chéri, les yeux encore collés de sommeil, me lance :

Lui - J'ai rêvé qu'il ne fallait pas mettre les maisons au micro-onde, sinon ça faisait pop pop pop pis on obtenait des condos.

L'image m'a fait rire. Je voyais le gigantesque micro-onde où on enfournait des bungalows qui éclataient en petits condos comme du popcorn...

Ouaip, à trois heures du matin, après avoir dormi un maximum de deux heures d'affilées, un rien nous amuse! ;)

mercredi 10 septembre 2014

Les 10, ou plutôt 11, bouquins qui m'ont définie

C'est la rage présente sur Facebook : demander aux gens d'énumérer les 10 livres qui les ont le plus marqués. Mais personne ne m'a tagguée pour que je fasse ma propre liste. Soit tous mes contacts Facebook respectent mon statut de nouvelle maman, soit personne ne voulait savoir quels livres m'ont marquée.

Ben tant pis, je vous les énumère pareil! ;) En passant, toutes ces lectures peuvent avoir l'air de lectures d'adulte, mais j'ai lu la majorité de ces bouquins entre la fin de mon primaire et ma deuxième année du secondaire. À la même époque, je lisais aussi les livres québécois publiés chez Médiaspaul, mais à la vitesse à laquelle je les dévorais, ils n'avaient pas tellement le temps de me marquer.

1- Le Seigneur des anneaux de JRR Tolkien

Il me faut rendre à César ce qui lui revient et placer Tolkien au premier rang. Durant mon adolescence, je lisais le Seigneur des Anneaux au moins une fois par an. C'est le livre qui m'a fait tomber en amour avec la fantasy... avant que les innombrables copies et histoires dérivées ne finissent par m'en dégoûter.

2- Les Trois mousquetaires d'Alexandre Dumas

Avant de lire Dumas, je ne savais pas qu'on pouvait faire d'aussi longues phrases. Je ne savais pas non plus qu'on pouvait écrire un roman "historique" avec des personnages qui n'ont jamais existé. Les Trois mousquetaires ont donc été à l'origine de mes objectifs de carrière : devenir écrivaine et publier des romans historiques. (Et pour ceux qui se rappellent que ma vocation m'est venue très tôt, je ne suis pas embrouillée dans ma chronologie : lors de ma première lecture de Dumas, je devais avoir neuf ans).

3- Yoko Tsuno, série de bandes dessinées, par Roger Leloup

Mon amour pour le Japon et les arts martiaux s'est développé grâce à ces bandes dessinées. Je ne sais pas si mon père, en me les offrant, espérait que je devienne une "scientifique" comme Yoko (qui est électronicienne). Le personnage de Miuri, ma policière nippo-québécoise, a sans doute été fortement inspirée de Yoko, même si ce n'était pas conscient au moment où je l'ai créée.

4- La Nuit du renard de Mary Higgins Clark

Ce fut mon premier contact avec le roman policier pour adulte, le roman à suspense, ainsi que mon premier "page turner". Je crois que c'est la première fois que la mécanique d'un roman et de son intrigue m'a fascinée. J'm'en suis jamais complètement remise, même si je préfère maintenant mes romans policiers en version plus noire.

5- Les Dames du lac et Les Brumes d'Avalon de Marion Zimmer Bradley.

En commençant ces livres, je croyais lire un truc de fantasy médiévale comme un autre. Or, tout m'a marquée dans ces bouquins. La légende arthurienne, le celtisme, le paganisme, les éléments fantastiques, les personnages féminins mis au premier plan... Suite à cette lecture, j'ai eu une passe wicca-druidique-girl power. Puis j'ai réalisé que c'était une œuvre de fiction, que je n'avais pas la Double Vue, et je me suis calmée! ;) Mais ces deux romans ont été à l'origine de mon intérêt pour le Haut Moyen Âge, l'Antiquité tardive, les religions pré-chrétiennes, ainsi que l'histoire et la culture Celte en général.

6- Les Rois Maudits de Maurice Druon

Contrairement à mes autres lectures du genre, ce roman n'était pas seulement "à saveur historique", mais il s'agissait d'un monument de recherche et de documentation, où tous les personnages avaient réellement existé... et pourtant le récit ne manquait ni d'action, ni de rebondissement, ni de protagonistes hauts en couleur. Un jour, j'en écrirai un comme ça moi aussi! ;)

7- L'affaire Charles Dexter Ward de HP Lovecraft

Comme beaucoup de gens, c'est par ce récit que j'ai fait la rencontre avec Lovecraft, l'horreur, le mythe de Cthulhu... Difficile de ne pas en être marquée quand on le lit à un jeune âge. Adulte, on réalise que Lovecraft écrivait à une époque pré-atomique, où l'horreur ultime viendrait de l'extérieur du monde connu. Depuis, l'humain a découvert plein de façon de s'annihiler lui-même.

8- Entretien avec un vampire d'Anne Rice

En s'inspirant du parfum sulfureux qui entourait le mythe victorien du vampire, Anne Rice a recréé le genre... et m'a appris le pouvoir des descriptions sensuelles et des ambiances bien campées. J'ai fini par me lasser de son univers, mais ça a été long. ;)

9- Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand

Cette pièce marque ma rencontre tout à la fois avec la poésie et le théâtre. Plus j'apprends à jouer avec les mots, plus je suis impressionnée par le tour de force que constituent ces alexandrins morcelés, au rythme rapide et précis. Contrairement à d'autres livres de cette liste (auxquels mes yeux de lectrice exercée trouvent désormais des défauts), je peux encore relire celui-ci et y trouver le même plaisir qu'avant.

10- Les robots d'Isaac Asimov

J'ai rencontré la science-fiction grâce à Asimov. Et je crois qu'avec le petit côté ludique et léger qu'il insufflait souvent à ses récits, il m'a donné des mauvais plis. Depuis, j'ai du mal avec la SF qui se prend trop au sérieux.

Je triche et je rajoute un dernier livre :

11- La série La Tour Sombre de Stephen King

Je place volontairement King en dernier. Je l'ai lu assez tôt dans ma vie, mais même si je trouvais ses bouquins divertissants (ou délicieusement effrayants), rien de ce qu'il a écrit ne m'a particulièrement marquée avant que mon chum ne me fasse découvrir la série de la Tour Sombre. Après, j'ai repris les récits de King et j'y ai vu une nouvelle dimension. King a non seulement créé sa mythologie personnelle (notamment avec le sorcier Flagg qu'on rencontre dans "Les yeux du dragon"), mais il sait aussi créer comme personne des personnages véritables "plébéiens".

lundi 8 septembre 2014

Où en est l'écriture?

Bon, alors, après la série de billets détaillant les hauts et les bas de mon accouchement et de ses suites, et si je vous faisais un petit bilan côté écriture?

Ma puce ayant la gentillesse de dormir comme un charme dans son porte-bébé (en fait, faut même qu'on se limite : je pense qu'elle pourrait y passer la journée si on la laissait faire!), j'arrive à écrire quelques heures par jour. Bon, pas longtemps, mais c'est plus que ce que j'espérais à ce stade-ci! :) (En fait, le principal obstacle pour bien profiter de ce temps, c'est le manque de sommeil. Avec le cerveau en compote, c'est plus facile de traîner sur Facebook ou d'écrire un billet de blogue que de travailler sur des projets sérieux!)

Ça m'a permis de réviser la courte nouvelle "Sentence incarnée" qui paraîtra dans le prochain numéro de Solaris, de continuer d'avancer la réécriture d'Hanaken III (oui, oui, ça s'en vient!) et d'écrire un texte pour les 1000 mots (pas eu le temps de finir le deuxième par contre).

Entretemps, le troisième épisode des aventures de Marie-l'agente-du-SCRS (l'héroïne de "Trois coups l'annoncent" et "Comme on se retrouve") a été accepté par Alibis. Il paraîtra bientôt, sous le titre "N'en déplaise à James Bond".

À part ça, je planifie une apparition au méga lancement des Six Brumes et de Brins d'éternité, le 11 octobre prochain. Dépendamment de comment les choses vont évoluer avec la puce, elle sera peut-être de la partie.

C'est pas mal tout pour le moment. Et vous, ça va? ;)

vendredi 5 septembre 2014

La première aventure d’Éliane - Épilogue - Maudite balance

La première demi-journée à la maison avec la puce s’est super bien passée. Elle buvait bien et dormait entre les boires. La nuit a aussi été relativement facile. Enfin, pour moi. Pour mon chum qui expérimentait pour la première fois le sommeil fractionné, ça a été plus dur. Par contre, c’était bizarre : ma montée de lait, vigoureuse la veille, semblait être moins remarquable. Je n’avais jamais les seins engorgés ou durs ou douloureux... Bah, c’était peut-être juste parce que la puce tétait bien...

Le lendemain, la puce était un peu plus plaignarde. Elle chignait entre les boires et était difficile à rendormir. Mais bon, c’est ça aussi avoir un bébé, on le savait, alors malgré notre fatigue intense, on s’est relayés pour la bercer. C’est là qu’on a découvert que j’avais vraiment eu une bonne idée en demandant un porte-bébé « Maman Kangourou » comme cadeau. Une fois enroulée dans l’écharpe et bien serrée contre nous, notre fille dormait comme un charme.

Cette nuit-là a été difficile. La puce refusait de dormir après les boires. À l’hôpital, lors du suivi, on a découvert qu’elle avait encore perdu du poids. À un rythme alarmant. Maudite balance! Ma puce n’avait même pas deux semaines que déjà elle en subissait la tyrannie. On m’a dit de tirer mon lait après le boire et d’essayer de lui donner au gobelet. Peut-être qu’elle ne tétait pas efficacement... On nous a donné un rendez-vous pour le lendemain.

Je n’ai pas pu essayer leur histoire de gobelet : dès le retour à la maison, ma fille s’est mise à pleurer et à hurler presque sans discontinuer. La seule chose qui la calmait, c’était lorsque je la mettais au sein. Je me suis donc retrouvée à allaiter pendant presque 18 sur les 24 heures suivantes. Au moins, me suis-je dit, elle prendrait du poids avec toutes ces tétées...

Hé bien non. Le verdict est tombé à l’hôpital : elle avait encore maigri. Elle s’était épuisée à téter. Soit je n’avais pas assez de lait, soit elle n’arrivait pas à aller chercher le lait le plus nutritif. On nous a donné des biberons de lait pour prématuré, à donner à la puce après le boire au sein, histoire d’essayer de lui faire prendre de l’énergie et des calories. Et on devait retourner à l’hôpital le lendemain matin. La méthode, crève cœur pour moi car je ne voulais pas que la puce prenne l’habitude du biberon, a fonctionné : 24 heures plus tard, elle avait repris un peu de poids. On m’a prescrit un médicament pour augmenter ma production de lait, puisque je leur ai dit que je n’avais jamais les seins engorgés. Peut-être que c’était ça le problème. On m’a aussi dit de tirer mon lait après chaque boire et de lui donner au biberon.

J’ai cru voir une amélioration de ma production de lait. La puce semblait dormir un peu mieux. On s’est déplacés à l’hôpital tous les matins pendant trois autres jours. La puce engraissait enfin, quoique vraiment lentement. On a diminué la quantité de lait pour prématuré qu'on lui donnait et on a compensé avec le lait que je tirais entre deux boires. L’hôpital a passé la main au CLSC pour assurer le suivi. On a eu des nuits un peu plus faciles. Pas beaucoup plus faciles, mais un peu.

L’infirmière du CLSC est venue peser la puce... Et, merde, elle avait à peine engraissé! J’étais découragée. Je pleurais. L’infirmière m’a examinée et a constaté que ma montée laiteuse ne semblait pas s’être vraiment installée, malgré le médicament. Elle nous a donné un horaire à respecter : toutes les trois heures, je devais mettre la puce au sein, puis la changer de couche, puis la remettre au sein, puis lui donner à boire du lait que j’avais préalablement tiré, puis tirer du lait (en prévision du boire suivant), tandis que mon chum essayait d’endormir la puce. L’infirmière a dit qu’elle reviendrait 48 heures plus tard pour faire un contrôle.

On s’est lancés dans cette nouvelle routine. En tout, il nous fallait entre une heure trente et deux heures pour la compléter, car la puce tétait longtemps, puis pleurait et refusait de dormir. Et le cycle se répétait toutes les 3 heures. Ça nous laissait une heure pour dormir entre les boires. Quand l’infirmière est revenue, on était épuisés, physiquement et moralement.

Et la puce, bien qu’elle ne montre aucun signe de déshydratation, n’avait pas pris un gramme. Et mes seins produisaient plus, mais ne devenaient toujours pas engorgés. C’est alors qu’on a fini par mettre le doigt sur le problème. Mon lait maternel, une fois réfrigéré, aurait dû se déphaser en une bonne couche de gras (jaunâtre chez la plupart des femmes) et du lait (blanc ou bleuté) à haute teneur en eau. Le mien, même après deux jours de réfrigération, restait blanc et clair, comme du lait 1%. Ma montée laiteuse s’était faite à moitié, sans doute à cause de l’épuisement de mon séjour à l’hôpital (ainsi que de l'absence de contact peau à peau précoce avec ma puce, et du fait qu'elle n'a pas vraiment été allaitée à la demande dans ses premiers jours de vie, et peut-être aussi parce que j'ai été mal coachée puisqu'on aurait dû me dire que des tétées de deux heures c'était pas normal...). Enfin, bref, mon corps n’avait pas reçu les bons signaux et ne produisait pas de lait nutritif.

L’infirmière, pourtant plutôt du genre « nazi de l’allaitement » comme il y en a tant dans les hôpitaux et les CLSC, m’a alors dit : « Tu as fait tout ce que tu pouvais, c’est le temps de passer au biberon ».

Je pense que j’ai braillé toutes les larmes de mon corps. Je voulais tellement allaiter! Je n’avais pas réalisé à quel point c’était important pour moi avant qu’on me dise que je ne le pouvais plus. Je n’avais pas pensé que j’aurais des problèmes pour ça aussi. Nourrir son enfant au sein, c’est un contact magique, chargé d’émotions. En plus, pendant les premiers jours de la vie de ma fille, ça avait été notre seul contact. Je ne voulais pas le sacrifier. Dans les cours prénataux on nous avait chanté sur tous les tons que l’allaitement était toujours possible, que c’était une question de volonté, de discipline, deux trucs dont je manque pas d'habitude! Depuis la naissance de ma puce, j’avais fait tout ce que je pouvais pour sauvegarder mon allaitement et lui donner tous les bienfaits du lait maternel... Et là j’apprenais qu’en faisant tout ça, je lui avais nuit. Je pense que je n’ai jamais eu aussi mal de ma vie. J’aurais repassé immédiatement à travers trois accouchements juste pour ne pas vivre cette sensation-là.

Quand j’ai réussi à penser à nouveau clairement et logiquement, Vincent et moi, avec l'aide de l'infirmière, avons établi une nouvelle marche à suivre. Je donnerais le sein à ma puce quelques minutes au début de chaque boire, puis on lui servirait le lait commercial au biberon. Ensuite, si elle voulait encore du réconfort, je la remettrais au sein un peu. Et tandis que mon chum la bercerait pour l’endormir, j’irais tirer mon lait, histoire d’en faire des réserves et de pouvoir, lorsque ma production se sera tarie (ce qui arrivera plus tôt que tard en limitant ainsi les moments où c’est bébé qui tète), mêler un peu de lait maternel à la préparation commerciale. Parce que même s’il n’est pas nutritif, mon lait contient des anticorps qui seront bénéfiques à ma puce tout au long de sa croissance.

On suit cette méthode depuis une semaine. La routine du boire est passée d’une heure trente toutes les trois heures à environ quarante-cinq minutes toutes les trois heures et demi ou même quatre heures. Notre fille va mieux : elle pleure moins, dort plus profondément, sourit davantage. Elle s'est arrondie sous nos yeux et, à la visite de contrôle au CLSC il y a trois jours, elle avait enfin engraissé notablement. Ouf!

Par contre, l'infirmière du CLSC, pas au courant des détails du dossier, a essayé de me pousser à reprendre l'allaitement exclusif. Pas question. Je ne vais pas jouer avec la santé de ma puce. 

C'est dur, mais je fais tranquillement mon deuil de l’allaitement. J’essaie de voir le bon côté des choses : avec le biberon, mon chum peut s’impliquer davantage. Ce sera plus facile de faire garder notre fille.

Même si, pour le moment, tout ce que j’ai envie de faire, c’est de la garder serrée contre moi.

Est-ce que la maternité c’est ce que j’espérais? Quand, comme en ce moment, ma puce dort dans le porte-bébé, oui, tout à fait.

Mais je souhaite que les prochains mois comportent moins d’inquiétudes et de larmes, davantage de sourires. Que les prochaines aventures d’Éliane soient des comédies plutôt que des drames.

J’haïs ça les drames! :p

jeudi 4 septembre 2014

La première aventure d’Éliane - Épisode 4 - Encore l’hôpital qui rend fou

Durant les deux jours suivants sa naissance, ma puce est restée dans la pouponnière, branchée à un soluté, un moniteur cardiaque, un moniteur de température, un capteur de saturation d’oxygène sanguin, etc. Vincent a pu la prendre dans ses bras deux fois, gantés et vêtus de pied en cap. Moi, je pouvais la prendre contre ma poitrine pour l’allaiter. On m’appelait dans ma chambre, je me rendais à la pouponnière et je donnais le sein à ma puce, sous les yeux de l’équipe d’infirmières. Il y en avait toujours une pour me donner un truc ou un autre. Bientôt, je suis devenue assez experte.

Mais j’avais l’impression d’apprendre ma job de maman d’une drôle de manière. Ma puce avait 48 heures, je n’avais toujours pas changé sa couche, personne ne lui avait donné de bain, je ne savais pas reconnaître ses signaux de faim : on m’appelait pour me prévenir lorsqu’elle voulait téter. Je savais comment la mettre au sein dans trois positions différentes, comment ouvrir et refermer son incubateur, comment recoller les maudits capteurs de rythme cardiaque qui passaient leur temps à se défaire... Disons que ce n’était pas vraiment l’expérience que j’avais imaginé.

Pour mon chum, c’était pire : il n’avait rien d’autre à faire que de tourner en rond dans la chambre pendant les allaitements, puis me prendre dans ses bras et tenter de me consoler quand je revenais en pleurant. Parce que les tests de laboratoire arrivaient au compte-goutte et dressaient des hypothèses fort sombres : la puce avait peut-être un Step B, peut-être une méningite, peut-être une autre infection... Après un bout de temps, Vincent a pris l’habitude de venir m’aider à m’installer pour allaiter dans la pouponnière. Cela déchargeait les infirmières, lui permettait de toucher la puce pendant quelques secondes et de recevoir les nouvelles en même temps que moi. Parce que dans les pavillons de naissance, on a découvert assez vite que les pères sont plutôt négligés.

Un matin, Vincent a croisé mon médecin en se rendant à la pouponnière. Celui-ci lui a demandé des nouvelles du bébé et l’a accompagné à la pouponnière où le pédiatre était justement en train de faire sa visite. Alors que mon chum, ébahi, pensait que mon médecin faisait enfin preuve d’humanité et s’impliquait dans mon dossier, ce dernier s’est lancé dans une grande conversation avec le pédiatre... en espagnol. Conversation qui s’est terminée un bon dix minutes plus tard et que mon médecin a résumée ainsi à mon chum « Ça va bien aller ». Puis il est parti. Un cyborg, on vous dit. Le pédiatre, lui, a heureusement pris la peine de donner clairement les dernières nouvelles. Qui se résumaient ainsi : on ne savait pas exactement ce que la puce avait eu, à part que c'était une infection aux poumons.

Jeudi soir, on m’a informée que j’avais mon congé de l’hôpital. Mes quelques points de suture guérissaient bien, ma tension était redevenue normale, ma glycémie semblait correcte également, même mon ventre était en train de disparaître, parce que les allaitements provoquaient en moi de fortes contractions inverses qui faisaient se rétracter mon utérus à grande vitesse. J’étais catastrophée : je ne pouvais pas partir et laisser ma puce toute seule à la pouponnière! Je ne me voyais pas rentrer chez moi, contempler le parc, la chambre rose, les pyjamas soigneusement alignés... On m’a rassurée : nous pourrions garder la chambre tant que le pavillon ne serait pas trop plein.

Vendredi matin, on nous a dit que notre puce, en plus du reste, faisait une jaunisse. Une lampe UV s’est ajoutée à son incubateur. Et on lui a mis de petites lunettes pour protéger ses yeux. Le traitement de photothérapie, nous a-t-on assurés, serait de courte durée. En plus, comme elle était sous antibiotiques depuis plus de 48 heures, il était possible qu’on puisse bientôt la sortir d’isolement. Il restait juste à recevoir les résultats d’un dernier test de labo. Si l’isolement se terminait, on pourrait enfin cohabiter avec elle.

Alors qu’on ressortait de la pouponnière, le cœur attendri à l’idée de pouvoir enfin ramener la puce dans notre chambre et la câliner à mains nues, on nous a informés que l’aile des naissances était pleine. Nous ne pouvions plus garder notre chambre.

Quoi? Mais qu’est-ce que c’était que cette histoire? D’un côté on nous donnait espoir de pouvoir commencer à jouer enfin notre rôle de parent et de l’autre on nous mettait dehors? Comment est-ce que j’allais allaiter ma fille si je ne pouvais pas rester à l’hôpital? La porteuse de mauvaise nouvelle a essayé de me rassurer : on allait me donner un lit dans une chambre de débordement à trois places. Mon chum ne pourrait pas rester avec moi pour la nuit, mais moi j’aurais un endroit où dormir entre les boires.

Mais... Et si la puce pouvait enfin sortir de la pouponnière? Oh, il n’y avait pas de problème m’a répondu la dame : elle pourrait cohabiter avec moi dans cette chambre de débordement. Je ne devais pas m’en faire, la chambre était parfois occupée dans la journée (par exemple pour des suivis de tension artérielle comme j’en avais eu quelques-uns), mais elle était presque toujours vide la nuit. Je l’aurais à moi toute seule.

Moi toute seule. Comme dans « moi, nouvelle maman, toute seule avec nouveau bébé, sans papa pour aider ». La perspective ne me rassurait pas. Mais bon, la puce n’était pas encore sortie d’isolement...

Mon chéri et moi avons trié les affaires apportées à l’hôpital. On a essayé de réduire ce que je garderais avec moi au strict minimum. Comme Vincent devrait désormais retourner dormir à la maison (à trente minutes de voiture de l’hôpital), il en profiterait pour se ravitailler en bouffe, m’apporter des vêtements propres, etc. On s’est installés dans ma nouvelle « chambre ». Je disposais d’un lit étroit, une table de chevet, une table pouvant glisser au-dessus du lit et un beau rideau orange pour m’isoler du reste de la salle. Salle de bain partagée, douche dans le corridor. Entre mon lit et le rideau fermant la « chambre » suivante, un petit espace qui serait juste assez large pour y glisser éventuellement un lit de bébé standard d’hôpital.

Quelques heures après nous être installés, d’autres personnes se sont mises à arriver dans la salle. Bientôt, les trois lits de la chambre de débordement étaient occupés. On est sortis prendre un peu d’air. À notre retour, les infirmières de la pouponnière nous attendaient avec une bonne nouvelle. Tous les tests étaient revenus négatifs : la puce n’avait ni le Step B, ni une méningite. Son infection pulmonaire restait non identifiée, mais était faible et n’était probablement pas contagieuse. Elle devrait rester sous antibiotiques pour encore 4 jours, et sous lampe UV pour encore 24 heures, mais elle était désormais hors de danger et pourrait cohabiter avec moi.

L’incubateur ne pouvant pas loger entre mon lit et le rideau du lit voisin, il a été installé au pied de mon lit, ce qui m’obligeait à garder mon rideau ouvert pour voir ma puce. Quand est venue l’heure du boire suivant, mon chum et moi avons eu l’impression de faire quelque chose de presque illégal en prenant notre puce à mains nues. Mes dieux que sa peau était douce sous nos doigts! On n’a pas pu la câliner très longtemps, elle devait retourner dès que possible sous sa lampe de photothérapie, mais Vincent l’a bercée un instant, encombré par le fil du soluté.

La journée a passé. On s’est occupé des boires. On a changé quelques couches. Puis le soir est venu. Vincent est parti, le cœur gros, inquiet pour nous deux. Et j’ai entamé ma première nuit de maman.

Mettons que ça n’a pas été de tout repos. Entre les boires, les changements de couche, la puce qui a pleuré pendant des heures dans son incubateur (dont je ne devais pas la sortir) et la pompe du soluté qui sonnait à toutes les heures (parce que les infirmières devaient venir s’assurer que le soluté n’était pas infiltré hors de la veine avant de la repartir), et le bébé du lit voisin qui a pleuré beaucoup lui aussi, j’ai dormi à peu près deux heures.

Vincent est arrivé de bonne heure le lendemain matin. Il n’avait pas beaucoup dormi lui non plus, inquiet de savoir comment je m'étais débrouillée pour sortir seule la puce de l'incubateur et l'amener jusqu'à mon lit tout en traînant son soluté. Il m’a relayée pour les soins à notre fille, entre les boires, et il s’est occupé d’appeler les infirmières lorsque la pompe du soluté sonnait. J’ai donc dormi un peu. En fin de journée, la puce a été transférée de son incubateur à un lit normal.

Cette nuit-là, j’ai dormi un peu plus. J’étais seule dans la chambre et je prenais le rythme de la puce. La journée du lendemain a été une répétition de la veille : arrivée de Vincent, siestes pour moi, un peu de visite d’amis et de parents. Va et vient causé par les occupants des autres lits.

La troisième nuit a bien commencé. J’étais seule encore dans la chambre. La puce a dormi presque quatre heures de suite. Malheureusement, après ce long sommeil, l’infirmière qui passait a constaté que le soluté était infiltré. J’ai donc dû accompagner ma fille à la pouponnière pour qu’on lui installe un nouveau cathéter. Les infirmières étant débordées, c’est moi qui devait tenir mon bébé, qui hurlait, tandis qu’on essayait de lui entrer une aiguille dans les veines. J’avais l’impression d’être un bourreau. J’ai pu constater que ma fille avait malheureusement hérité de mes canaux sanguins : il a fallu cinq veines pétées avant d’en trouver une qui acceptait le cathéter.

L’expérience m’a vidée. Ma puce aussi d’ailleurs : elle a refusé de dormir par la suite. Elle pleurait et mes bras, qui jusque là avaient un effet apaisant presque magiques, ne suffisaient plus à la consoler. J’ai eu vraiment hâte que mon chum arrive.

Durant la journée, qui devait être notre avant-dernière si tout se passait bien, j’ai commencé à avoir ma montée de lait. Enfin! Je commençais à m’inquiéter, car on m’avait dit que ça prenait trois jours après la naissance... Ce jour-là, l’aile des naissances a continué à être bondée, si bien qu’en fin de journée, nous étions trois mamans avec bébé dans la chambre de débordement. Ça promettait pour la nuit...

Et ça a tenu ses promesses : entre la pompe du soluté, les pleurs de ma puce, les hurlements des deux autres bébés (confinés à des incubateurs avec lampe UV), ainsi que les cris d’une maman qui accouchait dans une chambre voisine (et qui s’époumonait en disant « ça fait mal », ce qui n’était pas exactement une nouvelle révolutionnaire méritant d’être ainsi ébruitée), j’ai dormi 45 minutes au total dans la nuit. J’peux-tu vous dire qu’entre le manque de sommeil et les hormones, quand mon chum est arrivé au matin, je braillais comme une madeleine? Baby blues vous dites? Dans le tapis, oui!

Ce jour-là, après avoir finalement retiré le soluté de la puce et juste avant d’obtenir notre congé, notre fille a été pesée. Oups, alors qu’elle prenait quelques vingt grammes par jour depuis 3 jours, elle avait perdu un peu de poids cette fois. Bah, pas grave nous a-t-on dit, ça pouvait être une variance journalière normale. Ou alors c’était la conséquence du retrait du soluté, qui la nourrissait quand même un peu par intraveineuse. On a nous a dit de revenir dans deux jours pour un suivi.

Et on est partis avec notre petite fille. J’ai ressenti une impression de délivrance immense. Et, enfin, j'aurais de l'aide pour m'occuper d'elle la nuit!