jeudi 31 mai 2012

Le verbe faire

Le verbe "faire", est la bête noire de bien des directeurs littéraires. C'est pourquoi, dans bien des manuels de conseil sur l'écriture, on vous conseille de l'éviter.

Mais faut pas le remplacer par n'importe quoi!

Je suis récemment tombée sur un texte où l'auteur avait remplacé (à la va-vite) tous les verbes faire par des synonymes : effectuer, exécuter, produire... Ce qui nous donnait des expressions comme "effectuer l'amour", "produire un geste", "exécuter la guerre"...

D'autres écrivains (et j'en ai fait partie) vont argumenter que, souvent, "faire" est utilisé dans une expression consacrée : faire partie, faire l'amour, faire la guerre... Ben oui. Et c'est tout à fait correct d'utiliser ces expressions lorsqu'on parle (ou lorsque vous écrivez un billet de blogue à la va-vite... je ne veux même pas savoir le nombre de verbes "faire" que j'ai utilisés depuis l'ouverture de ce blogue!). Mais quand on écrit un texte, c'est le moment de réfléchir deux minutes aux structures de phrases et aux termes disponibles pour remplacer les expressions courantes.

Au lieu de faire la guerre, on guerroie.

Au lieu de faire partie, on est partie prenante, on compte au nombre de...

Et au lieu de faire l'amour, dépendamment des circonstances on peut s'étreindre, assouvrir son désir, se culbuter, baiser... C'est plus précis et ça donne moins l'impression d'une scène de sexe style année 80 où tout est gentiment cadré en haut des épaules des protagonistes! Hihihihi! :p

mercredi 30 mai 2012

Chronologie du Chasseur

En 2008, j'ai écrit une longue nouvelle de fantastique qui tournait autour d'une sous-culture méconnue et décriée pour sa violence (même dans certains dojos) : les arts martiaux mixtes. Georges St-Pierre faisait son premier passage à Tout le monde en parle. Les Cages aux sports commençaient à diffuser les galas de la UFC, devant des salles vides.

En 2009, les Six Brumes ont accepté de soumettre le texte à leur comité de lecture. Georges St-Pierre avait regagné son titre et les Cages aux sports se remplissaient les soirs de gala de la UFC, mais on manquait parfois les premiers combats de la soirée si la partie de hockey s'éternisait.

En 2010, j'ai retravaillé le texte suite aux commentaires du comité de lecture des Six Brumes. Georges St-Pierre était repassé à Tout le monde en parle et on voyait fréquemment des combats d'arts martiaux mixtes à RDS. On a commencé à devoir réserver nos places dans les bars les soirs de gala de la UFC, mais en contrepartie on nous passait désormais les combats d'ouverture sur certains écrans.

En 2011, on a fait la direction littéraire. La face de Georges a commencé à orner les dedans d'abri-bus et les tshirts Affliction ont arrêté d'être associés juste aux douchebags d'Occupation Double.

Et, finalement, en 2012, la novella Le Chasseur verra enfin le jour. Ouf! Je commençais à avoir peur que le bouquin paraisse après que les arts martiaux mixtes soient passés de mode! Hihihihi ;) Mais non, on a réussi notre coup : j'ai l'honneur de publier le premier bouquin québécois qui tournera un peu autour de l'univers du MMA (que je me promets d'explorer à nouveau, sans aspect fantastique). Vous pouvez déjà en lire un extrait ici, ou parcourir la quatrième de couverture par là. La couverture elle-même est à venir. :)

mardi 29 mai 2012

La valeur d'un diplôme en histoire

J'ai un bac et une maîtrise en histoire. Et je trouve ça très drôle quand j'entends dire que les diplômés universitaires gagneront plus chers que les non diplômés et que, donc, leurs études représentent un investissement.

Voyez-vous, ça rapporte pas une cenne des études en histoire, à moins de faire partie des rares chanceux qui se trouvent un poste de prof au cégep (et "chanceux", faut le dire vite : ils ont probablement dû déménager 3 ou 4 fois et endurer 5 à 6 ans de précarité totale avant d'avoir enfin la promesse de faire deux sessions de suite dans le même cégep, le tout à l'âge où, si vous êtes une femme, votre biologie réclame que vous vous construisiez un nid pour élever votre famille). Sinon, les historiens finissent guide de musée, chercheurs universitaires... ou, dans mon cas, secrétaire. Je me plains pas : le secrétariat est plus payant que le guidage de touristes ou la recherche en sciences humaines. Mais c'est une job à laquelle vous pouvez accéder avec un DEP.

J'aurais pu étudier autre chose, sauf que c'est l'histoire qui me faisait tripper, alors c'est vers ça que je suis allée et je n'ai pas de regrets... probablement parce que j'ai obtenu mes diplômes sans m'endetter, en vivant dans un taudis pendant la durée de mes études (pour vous donner une idée, la porte-patio était tellement pourrie que le matin fallait prendre un bon cinq minutes pour écraser les bibittes qui s'étaient infiltrées dans l'appartement pendant la nuit). Si j'entrais à l'université aujourd'hui je devrais faire d'autres choix. À l'époque, ma session me coûtait environ 2500$, incluant les frais afférents et les livres. Présentement, une session, c'est au bas mot 3000$. Avec la hausse, on approchera du 5000$ (parce que journaux et politiciens oublient commodément de parler des frais afférents). À ce prix-là, taudis ou pas, faire une maîtrise en histoire, ça relève du suicide économique.

Quand j'explique ma situation, je me fais dire par plusieurs personnes que si les diplômes d'histoire ne rapportent pas d'argent, c'est qu'ils ne valent rien et que c'est peut-être pas grave s'ils deviennent moins accessibles. Après tout, qui a besoin d'historiens?

C'est vrai que ça vaut rien en espèces sonnantes et trébuchantes les diplômes d'histoire. Mais ça permet d'écrire ça ou ça plus d'un mois avant que les journalistes ne réalisent ça.

Cela dit, je suppose que, aux yeux des politiciens, cette valeur-là du diplôme en histoire (ou des autres sciences humaines), c'est plutôt un problème. Et qu'ils ne verseront pas de larmes si les nantis deviennent les seuls à pouvoir se payer ces formations qui enseignent essentiellement l'art de réfléchir. 

lundi 28 mai 2012

UFC 146 - Heavyweights

Parce qu'il y a énormément d'amateurs qui ont un faible pour les poids lourds (je soupçonne que c'est parce que certains d'entre-eux trimballent une bedaine semblable à celle de leurs fans), le UFC avait décidé d'organiser une carte principale 100% poids lourds.

En vedette, Junior Dos Santos, le champion des poids lourds, défendait son titre contre Frank Mir, un ancien champion. Dos Santos est un cogneur, un excellent boxeur. Mir, lui, est sans contredit le poids lourd le plus agile en combat au sol et il a remporté énormément de victoires par soumission (en fait, il a déjà soumis un adversaire alors qu'il était lui-même quasiment KO, preuve qu'il peut littéralement faire du jiu-jitsu dans son sommeil! lol!). Il n'est pas mauvais non plus en combat debout, mais il a un gros problème : comme on dit dans le milieu, il n'a "plus de menton". Ça veut dire qu'il est maintenant très facile de le mettre KO, parce qu'il a reçu trop de coups au cours de sa carrière.

C'est triste. Parce que, voyez-vous, Mir est un combattant que je suis depuis longtemps et le gars n'a pas été gâté par le destin. À 25 ans, après avoir tout juste remporté le titre de champion des poids lourds, il s'était fait rentrer dedans par une voiture alors qu'il circulait à moto. Il lui a fallu des années pour s'en remettre. Pendant longtemps, tout le monde croyait qu'il ne pourrait plus combattre. Mais il s'est entraîné, il a enduré de nombreuses chirurgies et il a réussi à se remettre en forme et à revenir dans le haut des classements. Il y a quelques années, à l'issu d'un match contre un adversaire très redouté, il est devenu le champion par interim, car le champion en titre était blessé. Mais il a perdu le match qui lui aurait permis de regagner le titre. Il s'est donc battu pour remonter encore dans les classements, pour avoir à nouveau une chance d'aller au titre. Samedi soir, il remplaçait, avec un préavis de quelques semaines, un gars interdit de combat pour avoir pris des stéroïdes.

Dans un film, Mir aurait gagné. Il nous aurait sorti une prise de jiu-jitsu qui aurait transformé son adversaire en pretzel. Mais bon, la vie est mal faite des fois. Jeune champion bon boxeur contre vétéran n'ayant plus de menton, le résultat a été sans surprise. J'espère qu'on aura quand même la chance de revoir Mir combattre. Parce que lorsqu'il ne se fait pas mettre KO, il est magnifique.

Le reste de la carte était, malheureusement, tout aussi peu surprenante que le combat principal. Mais bon, l'avantage avec les poids lourds, c'est qu'ils sont peu nombreux à posséder l'endurance cardio-vasculaire nécessaire pour combattre plus de deux rounds, alors les combats se terminent vite et souvent de façon spectaculaire (par KO, soumission, ou bain de sang dû à une vilaine coupure). Par contre, faut pas se lever pour aller se chercher une bière dans le frigo en cours de combat : ça risque d'être fini avant que vous reveniez ! Lol! :p

vendredi 25 mai 2012

Histoire de Ipod

Hier soir, je monte sur ma machine elliptique, démarre mon moniteur cardiaque, place l'étui de mon Ipod autour de mon bras (ouaip, s'entraîner, c'est un truc high tech par chez nous) et là j'hésite...

- Qu'est-ce que j'écouterais bien? dis-je à haute voix en regardant ma liste de morceaux disponibles.

- Du Blur! me lance mon chum.

- Euh, j'en ai pas de ça. Je devrais? Ça a du beat?

Note au lecteur ici : la musique que j'écoute pendant l'entraînement sert, principalement, à couvrir les grincements inévitables des pièces mécaniques en mouvement et, secondairement, à m'aider à maintenir un rythme cardiaque élevé.

Mon chum, découragé, comme souvent, de mon inculture musicale, me répond :

- T'as pas de Blur? T'as-tu quelque chose sur ton Ipod?

- Dans les "B" j'ai Bryan Adams...

- Pfffff!

Éloquent ce "pffff"! J'ai tout de suite compris que ça voulait dire "musique de matante" :p

J'me suis finalement entraînée en écoutant Garbage. Et sans demander à mon chum ce qu'il en pensait!

jeudi 24 mai 2012

Yukonnaise de Mylène Gilbert-Dumas

Bon, parlons d'autre chose un moment... (je vous ai entendus là, ceux qui ont soupiré de soulagement! ;)

Je viens de terminer Yukonnaise, le dernier bouquin de Mylène Gilbert-Dumas, dont j'avais déjà lu L'escapade sans retour de Sophie Parent (ainsi que quelques-uns de ses romans historiques, il y a longtemps). Le résumé est le suivant :

Béatrice, écrivaine en mal d'inspiration, arrive au Yukon avec l'espoir d'y trouver le sujet de son prochain roman. Sur la route qui relie Whitehorse à Dawson City, elle prend une femme en auto-stop et réalise très vite qu'il s'agit d'Isabelle St-Martin, une esthéticienne dont elle a déjà été la cliente. Mais la Yukonnaise qui occupe le siège du passager n'a plus rien de la Québécoise superficielle qu'elle a connue autrefois. Au fil des conversations, Béatrice découvre l'histoire d'une jeune femme que tout le monde croyait fragile et qui pourtant a réussi à s'émanciper des cadres préétablis pour refaire sa vie au Yukon.

Bon, là vous devez sans doute vous dire que le coup de l'écrivain en mal d'inspiration qui raconte ensuite au "je" les aventures d'une personne fascinante qu'il rencontre, on vous l'a déjà fait...

Oui, c'est vrai. Mais.

Mais l'univers où Mylène Gilbert-Dumas nous entraîne avec ce roman, vous ne l'avez probablement jamais visité. En tout cas, moi, je ne l'avais jamais lu auparavant. C'est celui du Nord canadien contemporain, là où des gens vivent encore, par choix, sans eau courante ni électricité, là où le soleil ne brille pas de la journée l'hiver, puis refuse de se coucher l'été. Avec ce roman, Mylène nous emmènent dans un pays d'espaces infinis, où personne ne vous regarde de travers si votre tuque ne va pas avec vos mitaines ou si vous essayez de gagner votre vie avec un art ou un autre. On oublie bien vite le personnage de l'écrivaine, pour n'être que fascinés par Isabelle, cette fille si "normale" qui, à trente ans, a été forcée de changer de vie. Et qui l'a fait de la manière la plus radicale possible, sans amertume.

Je me souviens avoir arrêté de lire les romans historiques de Mylène parce que, malgré la plume toute en douceur de cette écrivaine et ses recherches minutieuses, je les trouvais trop sentimentaux. Or, depuis deux livres, Mylène Gilbert-Dumas a bifurqué de genre : elle est passée à ce qu'on pourrait qualifier de chick lit sérieuse, de romans de remise en question. Et cela lui réussi très bien! Évidemment, ce genre de texte est encore plus efficace quand le lecteur (la lectrice, surtout) s'identifie au personnage. Je n'y était pas arrivée pour Sophie Parent, mais, cette fois-ci, ce fut aisé.

À lire si vous êtes une jeune trentenaire éprise de liberté, dégoûtée de la tyrannie du paraître, de la société de consommation, des hausses de tarifs tout azimut... Ouais, finalement, on parlait peut-être pas vraiment d'autre chose. :p

mercredi 23 mai 2012

Une tite madame

Lors d'une manifestation à laquelle je participais pendant que j'étais étudiante, je me souviens d'avoir vu, un jour, une tite madame quitter les rangs des badauds qui nous observaient et venir marcher parmi nous. Elle avait l'air déplacée, avec ses talons hauts et son tailleur au milieu de nos jeans et de nos espadrilles. Visiblement, elle sortait du boulot et elle prenait le temps de venir nous appuyer. On l'avait applaudie.

Hier, à la sortie du travail, j'ai consulté l'itinéraire de la gigantesque manif en cours. Ils étaient sur René-Lévesque, tout près. Dès que j'ai mis le nez dehors, j'ai entendu les hélicoptères. Qui, à cette distance de la manif, faisaient d'ailleurs plus de bruit que les manifestants. Je me suis dépêchée et j'ai rejoint le cortège.

Quand je me suis glissée parmi la foule qui avançait sur René-Lévesque, bord à bord de la chaussée dans les deux sens, j'ai entendu des cris et des applaudissements. J'ai regardé autour de moi et j'ai vu une dizaine d'étudiantes en jeans qui m'adressaient des bravos, des applaudissements et des grands sourires, pouce levé. C'était à mon tour d'être la tite madame.

Je les ai suivies un temps. Leur pancarte dénonçait la loi 78. Leurs propos aussi. "La loi spéciale on s'en câlisse", c'est pas très recherché comme slogan, mais ça se scande bien. Je les ai quittées quand une odeur suspecte s'est répandue autour d'elles. Pas du gaz de poivre, non, mais plutôt de la bonne vieille marie-jeanne. J'avais pas le goût de sentir le pot dans l'autobus du retour.

J'ai avancé un peu plus vite, pour remonter vers la tête de la manif. Ça m'a permis de croiser un gars habillé en arbitre dont la pancarte donnait une pénalité à Charest pour anti-démocratie, quelques ados qui portaient des masques à l'arrière de leur tête pour faire un pied-de-nez au nouveau règlement, des papas avec leurs bambins sur les épaules...

En tout, j'ai marché à peu près une heure. Je n'ai jamais vu ni le début, ni la fin du cortège. Il y avait vraiment beaucoup de monde. J'ai quitté parce que mes pieds, pas chaussés pour l'occasion, protestaient.

Je vais garder des chaussures de marche dans mon tiroir de bureau désormais. Si l'occasion se représente, je serai parée. Prête à apporter ma pierre à l'édifice.

Je n'aurais pas marché contre la hausse. La hausse, pour moi, n'a toujours été que la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Les étudiants s'y sont opposés un peu par réflexe militant. Mais ils se sont mobilisés mieux que toutes les dernières générations d'étudiants. Ils ont occupés l'espace public, défilé pacifiquement... Et on les a ignorés. Ignorés comme jamais les militants de ma génération ne l'ont été. Ridiculisés, méprisés.

Et, finalement, on a créé une loi spéciale pour les museler. Pour dénoncer cette loi, ça valait la peine que j'aille marcher hier, ne serait-ce qu'une heure. Quitte à être la tite madame d'une nouvelle génération! ;) (Au moins, j'étais pas la seule)