Ce qui m’a étonnée dans cet article, c’est que les propos de cette écrivaine nous soient rapportés sans commentaire, sans remise en question. Or, pour dire de telles choses à propos des dystopies, il me semble qu’il faut méconnaître solidement l’histoire littéraire.
Prenons les dystopies les plus connues (toutes mentionnées dans l'article d'ailleurs). Brave New World/Le Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley a été écrit autour de 1931, par un homme qui avait vu la Première Guerre et qui, en tant que fils et frère de biologiste, constatait de première main le progrès déshumanisé de la science et les dangers de dérive des théories de supériorité raciale. Pas exactement une position confortable.
1984, a été écrit en 1948, au lendemain de la Deuxième Guerre par George Orwell, un soldat. Blessé à de multiples reprises lors de divers conflits. Et que décrit-il? Une société en guerre permanente. Hum...
Fahrenheit 451 de Ray Bradbury est écrit et publié en 1953, en plein milieu de la chasse aux sorcières du maccarthysme, alors que la censure fait rage aux États-Unis. Et de quoi est-ce qu’on parle dans ce bouquin? De gens qui brûlent des livres. Et de la télévision qui abruti les gens.
Finalement, The Giver/Le Passeur de Lowry (autre dystopie mentionnée dans l’article) a été écrit et publié, en effet, durant une époque tranquille : 1993. Sauf que l’auteure est une femme née en 1937, qui a vu le monde changer lentement et qui s’inquiète pour l’avenir de ses petits-enfants. On repasse pour le confort heureux...
Selon moi, on se leurre complètement lorsqu’on parle de la mode des dystopies comme d’une mode issue d’un monde agréable et stable qui aime bien imaginer le pire. Je ne crois pas que les adolescents sont friands de dystopies parce qu’elles leur offrent le petit frisson d’inquiétude dont leur vraie vie est dépourvue. Si c'était ce qu'ils recherchaient, ce sont des romans d'horreur qui seraient au sommet des palmarès mondiaux, non?
Pour ma part, j'ai l'impression que les adolescents modernes sont nés au milieu de préoccupations écologiques et éthiques, de conflits multiculturels, d'inégalités sociales. Depuis leur plus jeune âge, ils entendent ces questions être sans cesse ressassées, sans que rien ne change. Alors ils se plongent dans des histoires de mondes où les problèmes n’ont jamais été réglés. En espérant peut-être, inconsciemment, que la réalité ne sera jamais aussi sombre que la fiction. Comme on espère, en lisant un roman policier bien sanglant, que le bon policier va triompher et que les tueurs psychopathe n'existent pas pour vrai.
D'après vous, je suis trop pessimiste ou alors j’ai raison de penser que certaines personnes font de l’aveuglement volontaire?
En passant, je me donne congé demain : y'aura pas de nouveau billet.
En passant, je me donne congé demain : y'aura pas de nouveau billet.