mercredi 9 novembre 2011

Utiliser la mythologie (2) - Positivisme et Compilation

L'école d'interprétation dite du "positivisme" est la plus ancienne et la plus connue. Au fond, ce n'est pas une école d'interprétation, mais tout simplement le fait de prendre les mythes au pied de la lettre.

Cette école est rencontrée chez les adeptes peu éduqués des diverses civilisations antiques (et chez certains de nos contemporains qui habitent l'Ouest Canadien! hihihi), ainsi que chez les universitaires condescendants qui ont propagé, pendant un temps, l'idée que les Grecs croyaient vraiment que leurs dieux vivaient sur le sommet de l'Olympe ou que c'était un type nommé Zeus qui lançait les éclairs lors des orages.

En littérature, présenter un peuple qui interprète ses mythes de façon positiviste veut dire mettre en scène une belle gang de naïfs, un monde hyper magique ou encore de sinistres fanatiques religieux constamment confirmés dans leur foi! En variant les mythes et les interprétations au pied de la lettre, on peut donc arriver tant à des effets cocasses qu'horribles.

Question quizz pour vous garder réveillés : avez-vous des exemples de roman utilisant cette approche de la mythologie?

Les positivistes rencontrent souvent un gros problème dans leur interprétation de la mythologie et il s'agit du fait que les versions d'une même histoire varient fréquemment et substanciellement. D'ailleurs, dès l'Antiquité, des compilateurs se sont acharnés à tenter de repérer toutes les versions d'une même histoire et de les fondre tant bien que mal en une seule (au grand bonheur des positivistes).

Cependant, ce qui est intéressant (pour l'historien) avec les compilations des versions d'un même mythe, ce n'est pas d'arriver à un résultat final cohérent, mais bien d'essayer de comprendre d'où viennent les variations dans le récit et ce qui les explique... mais pour ça, faut souvent faire appel à d'autres méthodes d'interprétation de la mythologie (qui seront abordées dans de prochains billets ;)

En attendant, (puisqu'on est entre écrivain) rien ne nous empêche d'imaginer nos propres mythes, nos propres variations et cos propres explications!

mardi 8 novembre 2011

Utiliser la mythologie (1)

Pour faire suite à mes deux billets sur Le Silence de la Cité et Chroniques du Pays des Mères d'Élisabeth Vonarburg, j'ai décidé de vous faire une série de billets pour parler un peu de mythologie. Ou plutôt, de vous jaser d'une notion chère aux historiens : les écoles d'interprétation de la mythologie.

(Veuillez noter que j'entends "mythologie" dans son sens le plus large, celui d'ensemble d'histoires qui se veulent des réponses aux "grandes questions" de l'humain : d'où vient-il, où va-t-il et pourquoi? Cette utilisation du terme "mythologie" empiète donc un peu sur le terrain de la légende et est peuplée de dieux, demi-dieux, héros, personnifications diverses et monstres.)

Dans la plupart des bouquins de SFFF, on présente des mythologies alternatives, très solides, très claires, très structurées, reconnues comme véridiques par les populations... Bref, des mythologies qui puent l'intervention de l'auteur à plein nez! (en tout cas, pour un historien)

Voyez-vous, selon les textes qui nous sont parvenus, il semblerait qu'à partir du moment où une civilisation atteint le niveau technique nécessaire pour coucher ses mythes et légendes par écrit, cette civilisation commence déjà à moins croire à eux. À remettre sa mythologie en question. Et à tenter de l'interpréter afin d'en tirer tout de même des enseignements...

Alors histoire de vous donner des idées pour développer vos sociétés dans vos prochaines histoires de SFFF (et afin de mettre au propre mes notes de cours qui datent déjà de quelques années), je vais vous présenter dans les prochains jours quelques écoles d'interprétation des mythologies. Et lancer un million de pistes sur la façon de les utiliser! (Ça a l'air gentil de ma part, mais en fait c'est parce que je vous utilise comme public pendant que je réfléchis à des avenues possibles pour un projet qui mijote, héhéhéhé).

J'ai l'intention de prendre pour matériel les mythes gréco-romains, alors est-ce qu'il y en a que vous connaissez bien et/ou préférez? (Comme ça je saurai dans quel matériel puisez mes exemples)

lundi 7 novembre 2011

Du mérite d'un conseil

En fin de semaine, je m'entraînais au jiu-jitsu avec mon chum (1 pied plus grand que moi, environ 40 livres de plus) et son frère (11 pouces de plus de moi, minimum 60 livres de plus). Au programme : travail sur la position dite "de garde". Principe de la position : la personne qui tente de se défendre est couchée sur le dos et enroule ses jambes autour de la taille ou des hanches de son adversaire, pour contrôler sa liberté de mouvement. (Si vous tentez d'imaginer la pose et que ça vous semble une image franchement tendancieuse, vous avez compris le principe...)

Mon problème dans cette histoire? Je n'ai pas la masse musculaire et l'effet de levier nécessaire pour immobiliser et contrôler des hommes de la carrure de mes partenaires d'entraînement. Voilà des années que je tente de développer des stratégies, des façons de bouger, d'attaquer, de me déplacer pour pallier à la différence de gabarit. Rien à faire. Il y a des positions au jiu-jitsu où être petite m'avantage. Mais dans la position de garde, c'est un méchant inconvénient. Lorsque j'allais régulièrement m'entraîner dans un dojo, c'était pas trop grave : je me trouvais un "petit" partenaire (genre un gars qui faisait à peine 6 pouces et 30 livres de plus que moi) et j'arrivais à me débrouiller. Mais depuis que je m'entraîne principalement chez moi, avec les deux géants qui me servent de chum et de beau-frère, je découvre l'étendue de mon handicap.

Or, en fin de semaine, mon chum a eu une illumination. Il s'était déjà entraîné avec notre prof de jiu-jitsu, qui était très petit. Et il s'est souvenu que le prof, en position de garde, n'essayait pas de contrôler son opposant (ce qui est la stratégie normale), mais appuyait plutôt ses talons sur les hanches de son adversaire et se servait de ses jambes pour accompagner ses mouvements et le déstabiliser. Incapable d'utiliser lui-même les principes dont il venait de se souvenir, mon chum me les a expliqués.

Et ce fut le déclic qui me manquait. Bon, je suis pas parvenue à exploiter immédiatement le plein potentiel de cette stratégie et j'ai quand même perdu la majorité de mes combats, mais c'est pas grave : j'ai donné du fil à retordre à mes adversaires et je sais que je suis sur la bonne voie.

Comme quoi un bon conseil, c'est parfois tout ce qui nous manque, peu importe s'il origine de quelqu'un qui ne l'applique pas lui-même! ;)

vendredi 4 novembre 2011

La machine est relancée

Après tous les hauts et les bas encaissés dernièrement, j'ai eu du mal à me mettre à écrire la suite d'Hanaken. Je tournais en rond, je taponnais mon plan, je saisissais toutes les occasions de faire autre chose. Or, le délai se rapproche (faudrait que je livre une première version au mois de mars) et mon chum commençait à devenir nerveux!

Alors il m'a un peu poussée dans le dos pour que je me mette à écrire. Ce fut pénible. Le chapitre un voulait pas sortir, je trouvais pas le bon ton. Il m'a fallu deux fins de semaine pour le rédiger (alors qu'il fait à peine 1700 mots). Puis j'ai écrit un second chapitre. Tout aussi pénible à coucher sur papier. Et franchement moche à la relecture. J'ai écris la première phrase du troisième chapitre et j'ai tout fermé, découragée.

Le document a macéré quelques jours dans les entrailles informatiques de mes multiples outils de sauvegarde. Et un drôle de phénomène s'est produit : le document s'est mis à m'appeler.

Tellement qu'un midi je l'ai ouvert au bureau. J'ai relu ce que j'avais écrit. Et c'était pas aussi nul que je me le rappelais. J'ai retouché quelques phrases. Ajouté un peu de couleur.

Et réalisé que ça faisait longtemps que j'avais pas écrit durant mon heure de lunch... Depuis que j'avais mis la touche finale au tome I, en fait.

Bon, j'pense que mon chum peut arrêter de s'inquiéter : la machine est relancée!

jeudi 3 novembre 2011

Je voulais parler d'autre chose

Je voulais vous parler de tout autre chose aujourd'hui... Puis je suis tombée sur deux articles qui m'ont touchée et qui m'ont donné d'écrire ce billlet en forme de point d'interrogation...
Tout d'abord, il y a eu l'article de Patrick Lagacé qui dit, en somme, que les homosexuels qui cachent leur orientation se font les alliés involontaires des jeunes qui intimident leurs pairs à cause de leurs airs efféminés ou de leur homosexualité affirmée. Après tout, dit Lagacé, si les adultes cachent leur orientation, ils envoient le message aux jeunes que celle-ci est honteuse, que c'est une différence qu'on doit cacher, une raison valable, donc, d'intimider et de mettre à l'écart les homosexuels qui s'affichent. Lagacé résume le problème à un manque de modèles homosexuels que les jeunes, hétéros ou non, respecteraient et qui leur feraient mieux accepter l'homosexualité. Pour lui, afficher son orientation serait donc un devoir pour toutes les vedettes et personnalités publiques homosexuelles.

Ensuite, j'ai lu l'article d'Yves Boisvert qui répond à celui de Lagacé. Boisvert, en tant que chroniqueur judiciaire, est aux premières loges pour observer le fait que la discrimination, malgré les lois qui la prohibe, n'est pas chose du passé. Qu'un homosexuel qui s'affiche rencontre souvent de nombreuses difficultés tant dans sa vie personnelle que professionnelle. Boisvert soulève aussi l'idée que ce n'est pas tout le monde qui est capable de devenir un modèle, un héros, un porte-étendard. Plusieurs homosexuels ont eu besoin de nombreuses années avant de s'accepter eux-mêmes, en privé. Ils ont connu des adolescences difficiles, se sont fait intimider, rejeter, juger... Souvent, leur famille ne les a pas suivis sur le chemin de leur "sortie de placard". Boisvert trouve injuste qu'on fasse peser sur eux une obligation morale de s'afficher au grand jour.

Voyez-vous, j'avais envie de vous parler de ces deux articles, parce que je trouve qu'ils reflètent bien l'ambivalence que je ressens sur la question de l'affichage ou non de l'orientation sexuelle des gens. Comme Lagacé, je crois que si plus de personnalités publiques affichaient leur homosexualité (surtout des sportifs que personne oserait traiter ouvertement de "fif"), cela rendrait la vie plus facile à la jeune génération.

Par contre, comme Boisvert, je sais que s'afficher n'est pas facile pour les homosexuels et que tous n'ont pas la personnalité leur permettant de le supporter. Ma petite soeur a été capable d'assumer le fait qu'elle aimait les femmes et de le vivre ouvertement, mais il lui a fallu des années pour y arriver (et une famille très ouverte d'esprit, qui avait deviné depuis longtemps). Et lorsque les parents de sa copine actuelle l'ont rejetée, elle s'est sentie à nouveau comme une adolescente à qui l'ont crie des noms...

Alors, dites-moi, d'après vous, les personnalités publiques ont-elles un devoir moral d'afficher leur orientation sexuelle? Davantage de modèles homosexuels aideraient-ils vraiment les gens à mieux accepter ce genre de différence? Ou est-ce qu'ils permettraient seulement aux jeunes homosexuels de mieux vivre avec eux-mêmes? Ce qui pourrait déjà constituer un grand pas en avant...

mercredi 2 novembre 2011

Chroniques du Pays des Mères d'Élisabeth Vonarburg

Au Pays des Mères, quelque part sur une Terre dévastée du futur en train de se remettre lentement, les hommes sont très rares. Seules les Captes des Familles ­ les Mères font leur enfantes avec les Mâles. Les autres femmes doivent utiliser une forme hasardeuse d'insémination artificielle.

Lisbeï et Tula ne s'en soucient pas trop : filles de la Mère de Béthély, elles grandissent ensemble, soeurs et amies. Mais Liseï se révèle stérile ; ne pouvant être la Mère comme elle en avait rêvé, elle doit quitter Béthély, et Tula.

Devenue «exploratrice», elle accomplira un autre de ses rêves : découvrir les secrets du lointain passé du Pays des Mères. Mais certains rêves sont difficiles à vivre...

J'avais lu pour la première fois "Chroniques du Pays des Mères" d'Élisabeth Vonarburg quand j'avais quatorze ou quinze ans et je l'avais adoré. Pourtant, à l'époque, une bonne partie des thématiques du roman m'avait complètement échappé. Cependant, ce bouquin a beaucoup de rythme et de souffle. Le personnage de Lisbeï est complexe, torturé et il s'insère dans un arrière-monde très mystérieux : la société du Pays des Mères, une structure étrange, à la fois jeune et ancienne, engoncée dans des tabous dont elle ne se rappelle plus l'origine, mais qu'elle n'ose pas transgresser. Le lecteur vieillit avec Lisbeï et découvre à travers ses yeux le Pays des Mères, ses croyances et ses légendes.

En revisitant dernièrement le Pays des Mères avec mes yeux de femme adulte (et de femme connaissant des difficultés à concevoir son premier enfant), j'ai remarqué les aspects plus philosophiques du roman : l'éternelle interrogation d'Élisabeth à propos des genres, bien sûr, mais également une réflexion sur le passé, la foi, la légende, ainsi qu'une représentation du désir de survie de la race humaine dans ce qu'il peut avoir de plus maladif et excessif.

À l'époque de ma première lecture, ce roman m'avait laissé l'impression d'une histoire féministe, du récit d'un monde où l'on se passait très bien des hommes. Or, à la relecture, il m'apparaît au contraire comme un récit empreint d'une grande tendresse et d'une grande affection envers les hommes, que les tabous de la société du Pays des Mères relèguent au rang de reproducteur et qu'on soupçonne toujours d'être des sources de violence, alors qu'au fond, on le sent au fil des chapitres, la quasi-disparition des mâles n'a pas du tout éradiqué la violence.

Toutefois, ce qui m'a le plus impressionnée lors de mon retour au Pays des Mères, ce n'est ni l'aspect philosophique du roman, ni sa relation aux genres. Non, ce qui m'a frappée, c'est la façon qu'a eu la Grande Dame (et le surnom est parfaitement mérité) de déconstruire sa propre oeuvre (Le Silence de la Cité) pour en faire la matière des contes et légendes du Pays des Mères.

Élisabeth n'est pas la première à utiliser l'un de ses romans comme arrière-plan mythologique pour un récit subséquent. Cependant, dans ces cas-là, les écrivains tombent souvent dans le péché de la mythologie trop claire, trop organisée (j'y reviendrai dans un prochain billet). Or, il n'y a rien de tel chez Élisabeth. Même après avoir lu "Le Silence de la Cité", à certains moments on se demande comment les faits qui y sont racontés ont pu être détournés au point de devenir la base de la foi du Pays des Mères. Et pourtant, le tout fonctionne et présente même une logique typiquement religieuse.

Bref, si vous avez envie d'un bouquin de science-fantasy à la fois intelligent et divertissant, "Chroniques du Pays des Mères" est à lire. Et si vous êtes un écrivain qui a envie d'apprendre quelques trucs, je vous suggère fortement de vous procurer "Le Silence de la Cité" en prime et de lire les deux volumes en conjonction. Y'a beaucoup de matière à réflexion là-dedans!

(Lecture 2011 #44)

mardi 1 novembre 2011

Le Silence de la Cité d'Élisabeth Vonarburg

Plus de trois siècles se sont écoulés depuis les catastrophes climatiques de la fin du second millénaire et les héritiers de la civilisation détruite, de plus en plus rares et de plus en plus désaxés, vivent dans une Cité souterraine avec leurs doubles technologiques. Dernière enfant de cette Cité, Élisa est une petite fille aux capacités physiques étonnantes ; fruit des expériences génétiques de Paul, elle annonce une humanité résolument nouvelle. Mais Élisa saura-t-elle se libérer du passé qui l'a littéralement modelée? Et qu'en sera-t-il des hommes qui, hors les Cités, ont survécu à la barbarerie et aux mutations de toutes sortes ?
 
Ceux qui ont assité à des Congrès Boréal ont probablement entendu Élisabeth Vonarburg parler de l'écriture du "Silence dans la Cité" (publié d'abord chez Denoël, puis ré-édité par Alire). Et surtout de la scène-clef où, alors que plusieurs personnages sont rassemblés, un meurtre se produit. Scène-clef pour laquelle Élisabeth avait envisagé toutes les combinaisons possibles, croyait-elle, et avait dû laisser le texte reposer pendant quelques jours avant que la solution lui saute aux yeux (il y avait une possibilité qu'elle n'avait pas considérée et qui, à la lecture, nous semble pourtant comme la seule issue possible).
 
C'est donc pour tirer au clair cette histoire de scène-clef et de dilemne d'écrivain que j'ai acheté le roman et que je me suis plongée dans sa lecture. C'est le premier roman d'Élisabeth, alors il n'a pas tout à fait le souffle ou la poésie qu'on rencontrera par la suite dans l'oeuvre de la Grande Dame, mais ses thèmes fétiches y sont déjà. 
 
Son personnage principal, Élisa, est le fruit d'une expérience et accepte de porter le fardeau auquel ont l'a destinée dès sa conception. Cependant, ses propres enfants, fruits également de manipulations génétiques, se poseront davantage de question. De plus, dans ce monde frappé par un virus où il naît beaucoup moins d'hommes que de femmes, la question des genres et de leur définition occupe une grande place dans le récit... et trouve une résolution pour le moins étonnante.
 
Quant à la fameuse scène-clef, j'ai eu une surprise en la lisant : j'ai réalisé qu'il s'agissait en fait des événements qui allaient servir de toile de fond à une autre oeuvre d'Élisabeth Vonarburg : "Chroniques du pays des mères". L'ayant lu des années plus tôt, en l'empruntant à la bibliothèque, je me suis empressée de l'acheter afin de le lire à nouveau...
 
(Lecture 2011 #43)