mercredi 30 janvier 2013

Interpréter le cinéma muet de l'existence

J'aime les terminus d'autobus.

J'aime aussi lire ou écrire dans des cafés.

Et j'haïs, pas, de temps à autres, me retrouver dans un bar ou une autre fête alcoolisée, avec un groupe de gens que je connais peu.

Dans les trois cas, ça me permet de me livrer à un de mes jeux préférés : regarder les gens agir, sans entendre leurs paroles, et tenter de deviner leurs pensées, de leur inventer des motivations. Appelons ça "interpréter le cinéma muet de l'existence".

Un gars embrasse distraitement sa blonde alors qu'elle monte dans le bus. Sitôt les portes du bus refermées, il saute sur son cellulaire. Qui appelle-t-il? Sa maîtresse?

Une fille entre dans un café avec une valise, l'air de fulminer. D'où arrive-t-elle? Où va-t-elle? Vient-elle de quitter son chum? D'arriver en ville pour découvrir que la job promise n'existe pas? Attend-t-elle quelqu'un qui est en retard?

Un couple danse, les gestes crispés. Ils se parlent à travers des sourires exagérés. Sans doute une dispute qu'ils tentent de dissimuler. Pourquoi? Plus tard, une autre fille s'approche du gars, en roulant exagérément des hanches. Comment l'accueille-t-il? Avec un sourire? Est-elle l'objet de la dispute? Le couple vit-il ses derniers moments? Et s'il la repousse ou l'ignore, qu'est-ce que ça signifie?

J'aime constater qu'on peut en apprendre beaucoup sur les gens en les observant comme ça, à leur insu. Que les gestes, les soupirs, les regards, sont parfois plus éloquents que les paroles. Qu'ils peuvent même révéler des vérités sur lesquelles la personne s'illusionne. L'attirance d'une femme pour un homme, l'envie de quitter les lieux, etc...

Pour essayer de reproduire ce phénomène, pour donner suite à mon jeu préféré, j'essaie souvent, dans mes textes, de décrire la réaction physique d'un personnage plutôt que d'étaler en toute lettre son dialogue intérieur. C'est difficile de rendre ça éloquent pour le lecteur, mais quand ça marche, je crois que l'impression donnée est d'autant plus forte.

Et vous, mettez-vous, de temps à autre, des mots sur le "cinéma muet" que vous percevez autour de vous? Si oui, quel est votre endroit préféré pour vous livrer à cet exercice? (Histoire que je puisse essayer vos points d'observation! ;)

10 commentaires:

Hélène a dit…

C'est vrai qu'on fait ça tout le temps! Mais à mon insu, c'est dans la cour d'école que je le fais le plus souvent. Je regarde par la fenêtre lors de la récréation pour suivre ma fille des yeux et je vois souvent des jeunes en train de se tirailler. Je m'insurge en croyant au taxage mais invariablement, ils je découvre qu'ils s'amusent. Les apparences sont trompeuses et il faut observer assez longtemps avant de tirer des conclusions. Bon billet!

Prospéryne a dit…

Je vais commencer à me méfier si tu m'observes attentivement dans un lancement de Brins toi... :P

Pascale Raud a dit…

Pour moi, le meilleur poste d'observation, c'est le bus et le traversier... tandis que les gens n'ont rien d'autre à faire que d'attendre d'être rendus à destination... on en apprend beaucoup :-)

Gen a dit…

@Hélène : Ah oui, une cour d'école, ça doit être le fun à observer! :) Tu me fais penser qu'il y a un parc non loin de chez moi, je pourrais m'y poster! ;)

@Prospéryne : Héhéhéhé! ;)

@Pascale : En effet, les bus (pas de traversier par chez moi), c'est aussi un bon lieu d'observation. Mais un moment donné, me semble que ça manque de renouvellement.

Isabelle Lauzon a dit…

Les files d'attente... Ça en dit beaucoup sur le niveau de patience des gens et leur tempérament!

Les centres d'achats. Tu peux découvrir pas mal d'affaires sur le monde rien qu'en les regardant magasiner!

Depuis que j'écris, je dirais que je me livre encore plus qu'avant à ce genre d'exercice d'observation... Pour ramasser du matériel! ;)

Gen a dit…

@Isa : Ah oui, les files d'attente, c'est génial! :)

Pour les centres d'achat, tiens, ça fait longtemps que je n'y suis pas allée. (Pas envie de dépenser des sous, même si toute ma garde-robe est à refaire! lol!) L'observation pourrait être une bonne motivation pour y remettre les pieds! :p

Une femme libre a dit…

Je suis depuis toujours semble-t-il obnubilée par le poids, celui qu'on prend, celui qu'on perd, alors j'observe les gens (discrètement, très discrètement) à travers leur panier d'épicerie. Ce gros monsieur qui se prend un sandwich tout fait et un sac de chip avec une bouteille de vin cheap, je l'imagine solitaire et affalé devant la télévision avec son triste butin. Mais j'ai tout faux! Il mange peut-être rapidement et boit quelques verres avant de se rendre au salon de massage érotique où de jeunes beautés de 20 ans s'occuperont laborieusement de son corps corpulent et fatigué. Ou bien, il donnera le sandwich et les chips à sa fille de 15 ans qui passera encore la soirée seule et se prendra un verre de vin ou deux ou trois afin de cacher son alcoolisme à sa nouvelle conquête Réseau-contact avec laquelle il partagera un repas raffiné au restaurant.

Gen a dit…

@Femme libre : Hihihihi! J'aime bien vos scénarios! :) Je vais porter une plus grande attention aux paniers d'épicerie qui m'entourent la prochaine fois que je ferai les courses!

Comme quoi y'a pas juste les écrivains qui imaginent des vies à leurs prochains! ;)

Une femme libre a dit…

Mais j'écris... dans mon blogue! (il est réouvert).

Gen a dit…

Ah ah! Il fallait prévenir! ;)