Au Pays des Mères, quelque part sur une Terre dévastée du futur en train de se remettre lentement, les hommes sont très rares. Seules les Captes des Familles les Mères font leur enfantes avec les Mâles. Les autres femmes doivent utiliser une forme hasardeuse d'insémination artificielle.
Lisbeï et Tula ne s'en soucient pas trop : filles de la Mère de Béthély, elles grandissent ensemble, soeurs et amies. Mais Liseï se révèle stérile ; ne pouvant être la Mère comme elle en avait rêvé, elle doit quitter Béthély, et Tula.
Devenue «exploratrice», elle accomplira un autre de ses rêves : découvrir les secrets du lointain passé du Pays des Mères. Mais certains rêves sont difficiles à vivre...
J'avais lu pour la première fois "Chroniques du Pays des Mères" d'Élisabeth Vonarburg quand j'avais quatorze ou quinze ans et je l'avais adoré. Pourtant, à l'époque, une bonne partie des thématiques du roman m'avait complètement échappé. Cependant, ce bouquin a beaucoup de rythme et de souffle. Le personnage de Lisbeï est complexe, torturé et il s'insère dans un arrière-monde très mystérieux : la société du Pays des Mères, une structure étrange, à la fois jeune et ancienne, engoncée dans des tabous dont elle ne se rappelle plus l'origine, mais qu'elle n'ose pas transgresser. Le lecteur vieillit avec Lisbeï et découvre à travers ses yeux le Pays des Mères, ses croyances et ses légendes.
En revisitant dernièrement le Pays des Mères avec mes yeux de femme adulte (et de femme connaissant des difficultés à concevoir son premier enfant), j'ai remarqué les aspects plus philosophiques du roman : l'éternelle interrogation d'Élisabeth à propos des genres, bien sûr, mais également une réflexion sur le passé, la foi, la légende, ainsi qu'une représentation du désir de survie de la race humaine dans ce qu'il peut avoir de plus maladif et excessif.
À l'époque de ma première lecture, ce roman m'avait laissé l'impression d'une histoire féministe, du récit d'un monde où l'on se passait très bien des hommes. Or, à la relecture, il m'apparaît au contraire comme un récit empreint d'une grande tendresse et d'une grande affection envers les hommes, que les tabous de la société du Pays des Mères relèguent au rang de reproducteur et qu'on soupçonne toujours d'être des sources de violence, alors qu'au fond, on le sent au fil des chapitres, la quasi-disparition des mâles n'a pas du tout éradiqué la violence.
Toutefois, ce qui m'a le plus impressionnée lors de mon retour au Pays des Mères, ce n'est ni l'aspect philosophique du roman, ni sa relation aux genres. Non, ce qui m'a frappée, c'est la façon qu'a eu la Grande Dame (et le surnom est parfaitement mérité) de déconstruire sa propre oeuvre (Le Silence de la Cité) pour en faire la matière des contes et légendes du Pays des Mères.
Élisabeth n'est pas la première à utiliser l'un de ses romans comme arrière-plan mythologique pour un récit subséquent. Cependant, dans ces cas-là, les écrivains tombent souvent dans le péché de la mythologie trop claire, trop organisée (j'y reviendrai dans un prochain billet). Or, il n'y a rien de tel chez Élisabeth. Même après avoir lu "Le Silence de la Cité", à certains moments on se demande comment les faits qui y sont racontés ont pu être détournés au point de devenir la base de la foi du Pays des Mères. Et pourtant, le tout fonctionne et présente même une logique typiquement religieuse.
Bref, si vous avez envie d'un bouquin de science-fantasy à la fois intelligent et divertissant, "Chroniques du Pays des Mères" est à lire. Et si vous êtes un écrivain qui a envie d'apprendre quelques trucs, je vous suggère fortement de vous procurer "Le Silence de la Cité" en prime et de lire les deux volumes en conjonction. Y'a beaucoup de matière à réflexion là-dedans!
(Lecture 2011 #44)
mercredi 2 novembre 2011
mardi 1 novembre 2011
Le Silence de la Cité d'Élisabeth Vonarburg
Plus de trois siècles se sont écoulés depuis les catastrophes climatiques de la fin du second millénaire et les héritiers de la civilisation détruite, de plus en plus rares et de plus en plus désaxés, vivent dans une Cité souterraine avec leurs doubles technologiques. Dernière enfant de cette Cité, Élisa est une petite fille aux capacités physiques étonnantes ; fruit des expériences génétiques de Paul, elle annonce une humanité résolument nouvelle. Mais Élisa saura-t-elle se libérer du passé qui l'a littéralement modelée? Et qu'en sera-t-il des hommes qui, hors les Cités, ont survécu à la barbarerie et aux mutations de toutes sortes ?
Ceux qui ont assité à des Congrès Boréal ont probablement entendu Élisabeth Vonarburg parler de l'écriture du "Silence dans la Cité" (publié d'abord chez Denoël, puis ré-édité par Alire). Et surtout de la scène-clef où, alors que plusieurs personnages sont rassemblés, un meurtre se produit. Scène-clef pour laquelle Élisabeth avait envisagé toutes les combinaisons possibles, croyait-elle, et avait dû laisser le texte reposer pendant quelques jours avant que la solution lui saute aux yeux (il y avait une possibilité qu'elle n'avait pas considérée et qui, à la lecture, nous semble pourtant comme la seule issue possible).
C'est donc pour tirer au clair cette histoire de scène-clef et de dilemne d'écrivain que j'ai acheté le roman et que je me suis plongée dans sa lecture. C'est le premier roman d'Élisabeth, alors il n'a pas tout à fait le souffle ou la poésie qu'on rencontrera par la suite dans l'oeuvre de la Grande Dame, mais ses thèmes fétiches y sont déjà.
Son personnage principal, Élisa, est le fruit d'une expérience et accepte de porter le fardeau auquel ont l'a destinée dès sa conception. Cependant, ses propres enfants, fruits également de manipulations génétiques, se poseront davantage de question. De plus, dans ce monde frappé par un virus où il naît beaucoup moins d'hommes que de femmes, la question des genres et de leur définition occupe une grande place dans le récit... et trouve une résolution pour le moins étonnante.
Quant à la fameuse scène-clef, j'ai eu une surprise en la lisant : j'ai réalisé qu'il s'agissait en fait des événements qui allaient servir de toile de fond à une autre oeuvre d'Élisabeth Vonarburg : "Chroniques du pays des mères". L'ayant lu des années plus tôt, en l'empruntant à la bibliothèque, je me suis empressée de l'acheter afin de le lire à nouveau...
(Lecture 2011 #43)
Ceux qui ont assité à des Congrès Boréal ont probablement entendu Élisabeth Vonarburg parler de l'écriture du "Silence dans la Cité" (publié d'abord chez Denoël, puis ré-édité par Alire). Et surtout de la scène-clef où, alors que plusieurs personnages sont rassemblés, un meurtre se produit. Scène-clef pour laquelle Élisabeth avait envisagé toutes les combinaisons possibles, croyait-elle, et avait dû laisser le texte reposer pendant quelques jours avant que la solution lui saute aux yeux (il y avait une possibilité qu'elle n'avait pas considérée et qui, à la lecture, nous semble pourtant comme la seule issue possible).
C'est donc pour tirer au clair cette histoire de scène-clef et de dilemne d'écrivain que j'ai acheté le roman et que je me suis plongée dans sa lecture. C'est le premier roman d'Élisabeth, alors il n'a pas tout à fait le souffle ou la poésie qu'on rencontrera par la suite dans l'oeuvre de la Grande Dame, mais ses thèmes fétiches y sont déjà.
Son personnage principal, Élisa, est le fruit d'une expérience et accepte de porter le fardeau auquel ont l'a destinée dès sa conception. Cependant, ses propres enfants, fruits également de manipulations génétiques, se poseront davantage de question. De plus, dans ce monde frappé par un virus où il naît beaucoup moins d'hommes que de femmes, la question des genres et de leur définition occupe une grande place dans le récit... et trouve une résolution pour le moins étonnante.
Quant à la fameuse scène-clef, j'ai eu une surprise en la lisant : j'ai réalisé qu'il s'agissait en fait des événements qui allaient servir de toile de fond à une autre oeuvre d'Élisabeth Vonarburg : "Chroniques du pays des mères". L'ayant lu des années plus tôt, en l'empruntant à la bibliothèque, je me suis empressée de l'acheter afin de le lire à nouveau...
(Lecture 2011 #43)
lundi 31 octobre 2011
L'Halloween un lundi
L'Halloween ne devrait jamais tomber un autre jour qu'un vendredi, vous pensez pas?
C'est trop étrange de commencer la semaine avec cette fête-là...
Se faire accueillir au bureau par un gardien de sécurité portant un costume de Cerbère, se déguiser, manger trop de sucre, passer sa soirée terré dans son sous-sol toutes lumières éteintes une fois qu'on a épuisé sa provision de bonbons... Tout ça, c'est pas des activités normales pour un début de semaine!
Après ça, qui aura envie d'enfiler des vêtements ordinaires et de passer une journéenormale plate demain?
Peut-être qu'on pourrait s'arranger pour que, dans les cas où l'Halloween tombe un lundi, la fête doive durer toute la semaine?
Je récolte les votes d'appui ci-dessous! ;)
Et bonne Halloween!
C'est trop étrange de commencer la semaine avec cette fête-là...
Se faire accueillir au bureau par un gardien de sécurité portant un costume de Cerbère, se déguiser, manger trop de sucre, passer sa soirée terré dans son sous-sol toutes lumières éteintes une fois qu'on a épuisé sa provision de bonbons... Tout ça, c'est pas des activités normales pour un début de semaine!
Après ça, qui aura envie d'enfiler des vêtements ordinaires et de passer une journée
Peut-être qu'on pourrait s'arranger pour que, dans les cas où l'Halloween tombe un lundi, la fête doive durer toute la semaine?
Je récolte les votes d'appui ci-dessous! ;)
Et bonne Halloween!
vendredi 28 octobre 2011
Recommandation aux auteurs - Ajout
Puisque c'est la semaine où je me prends pour une sommité du milieu littéraire et où je vous ensevelis sous des conseils d'origine douteuse, j'ajouterais une recommandation aux auteurs qui viennent de publier ou qui vont publier prochainement...
Vous savez, ces quelques copies gratuites que l'éditeur vous a fournies? (En tout cas, c'est dans la plupart des contrats semble-t-il...) Ne les donnez pas toutes! (Et, surtout, ne les vendez pas étourdiment après avoir écoulé tous vos exemplaires achetés à rabais).
Parce que quand vous allez commencer à faire des demandes de bourse, vous allez souvent vous retrouver à devoir envoyer 2, 3 ou même 5 (!!!) exemplaires de votre oeuvre à un conseil, comité ou jury. Ils promettent généralement de les retourner, mais ils ne vous garantissent pas dans quel état et, à ce que je peux juger jusqu'à maintenant, les délais sont longs. (Les vétérans qui traînent parfois par ici pourront peut-être nous dire si le "retour des pièces justificatives" est un mythe ou pas...)
Bref, si vous comptez faire des demandes de bourse et que vous ne voulez pas vous retrouver à devoir commander encore et encore des exemplaires à votre éditeur, prévoyez vos affaires et gardez-vous une dizaine d'exemplaires sous la main.
Oh pis faites provision de méga-grandes enveloppes matelassées!
Addendum
Au cas où mon éditeur s'inquièterait : oui, il me reste assez de Hanaken, mais lors de la demande de bourse précédente, je m'étais retrouvée le bec à l'eau.
Re-Addendum
Hé! Hanaken est officiellement une recommandation Archambault dans sa circulaire jouets-jeux! :)
Vous savez, ces quelques copies gratuites que l'éditeur vous a fournies? (En tout cas, c'est dans la plupart des contrats semble-t-il...) Ne les donnez pas toutes! (Et, surtout, ne les vendez pas étourdiment après avoir écoulé tous vos exemplaires achetés à rabais).
Parce que quand vous allez commencer à faire des demandes de bourse, vous allez souvent vous retrouver à devoir envoyer 2, 3 ou même 5 (!!!) exemplaires de votre oeuvre à un conseil, comité ou jury. Ils promettent généralement de les retourner, mais ils ne vous garantissent pas dans quel état et, à ce que je peux juger jusqu'à maintenant, les délais sont longs. (Les vétérans qui traînent parfois par ici pourront peut-être nous dire si le "retour des pièces justificatives" est un mythe ou pas...)
Bref, si vous comptez faire des demandes de bourse et que vous ne voulez pas vous retrouver à devoir commander encore et encore des exemplaires à votre éditeur, prévoyez vos affaires et gardez-vous une dizaine d'exemplaires sous la main.
Oh pis faites provision de méga-grandes enveloppes matelassées!
Addendum
Au cas où mon éditeur s'inquièterait : oui, il me reste assez de Hanaken, mais lors de la demande de bourse précédente, je m'étais retrouvée le bec à l'eau.
Re-Addendum
Hé! Hanaken est officiellement une recommandation Archambault dans sa circulaire jouets-jeux! :)
jeudi 27 octobre 2011
Où j'en suis?
Calcul rapide : depuis le 30 septembre, je n'ai pas eu une seule semaine normale. Pas une!
Ce fut d'abord le Salon du Saguenay, puis le départ pour la France, puis les mauvaises nouvelles, puis un retour au boulot qui m'a donné tout juste le temps de désensevelir mon bureau et de doucher l'enthousiasme de tous ceux qui me demandaient comment mon voyage s'était déroulé, puis les funérailles...
J'ai un ti-peu hâte que ça finisse. À partir de la semaine prochaine, je reprends le métro-boulot-dodo (rajouter un bus avant, un entraînement après et c'est presque ça) et, pour la première fois de ma vie, ce sera avec plaisir.
Peut-être qu'avec un peu de stabilité dans mon horaire, je vais réussir à me remettre à écrire sérieusement.
Parce que j'ai écris, vous en faites pas : j'ai pris des tonnes de notes, j'ai jeté mes trippes sur le papier, j'ai accumulé du matériel pour les années à venir, je me suis défoulée un brin, mais les projets, eux, ont pas avancé le yâbe!
Bon, c'est pas tout à fait vrai : je viens de livrer une nouvelle version du Chasseur. Et le premier jet du premier chapitre de Hanaken II a été effectué en fin de semaine (ben quoi, faut commencer quelque part). Mais bon, c'est pas exactement des avancées extraordinaires. Et les dates de tombée se rapprochent (Hanaken II devra être présentable à la Grande Dame à la fin de mars au plus tard!). Et j'aurai des nouvelles à retravailler prochainement!
Bref, où j'en suis? Euh... Dans le jus?
Ce fut d'abord le Salon du Saguenay, puis le départ pour la France, puis les mauvaises nouvelles, puis un retour au boulot qui m'a donné tout juste le temps de désensevelir mon bureau et de doucher l'enthousiasme de tous ceux qui me demandaient comment mon voyage s'était déroulé, puis les funérailles...
J'ai un ti-peu hâte que ça finisse. À partir de la semaine prochaine, je reprends le métro-boulot-dodo (rajouter un bus avant, un entraînement après et c'est presque ça) et, pour la première fois de ma vie, ce sera avec plaisir.
Peut-être qu'avec un peu de stabilité dans mon horaire, je vais réussir à me remettre à écrire sérieusement.
Parce que j'ai écris, vous en faites pas : j'ai pris des tonnes de notes, j'ai jeté mes trippes sur le papier, j'ai accumulé du matériel pour les années à venir, je me suis défoulée un brin, mais les projets, eux, ont pas avancé le yâbe!
Bon, c'est pas tout à fait vrai : je viens de livrer une nouvelle version du Chasseur. Et le premier jet du premier chapitre de Hanaken II a été effectué en fin de semaine (ben quoi, faut commencer quelque part). Mais bon, c'est pas exactement des avancées extraordinaires. Et les dates de tombée se rapprochent (Hanaken II devra être présentable à la Grande Dame à la fin de mars au plus tard!). Et j'aurai des nouvelles à retravailler prochainement!
Bref, où j'en suis? Euh... Dans le jus?
mercredi 26 octobre 2011
L'art d'harponner le client
Ok, alors à la demande générale (de ClaudeL), voici un petit billet issu de ma longue (toux embarrassée ici) expérience (de deux salons) sur l'art d'harponner un client. (Les techniques, je tiens à le préciser, me viennent surtout des vétérans que j'ai eu la chance d'espionner d'observer de près).
Étape 1 : Le contact visuel
C'est tentant, quand on est assis en arrière d'une table de livres avec rien à faire, de jaser avec l'auteur désoeuvré à côté de nous, de lire un livre amené pour l'occasion, de jouer sur son cellulaire ou d'écrire. Mais, à ce que j'ai remarqué, il ne faut pas!
Laissez plutôt votre regard errer sur la foule. Observez les gens qui passent devant vous. Souriez rêveusement, ça vous donnera l'air aimable et facile d'approche (même si vous êtes mentalement en train d'écrire une histoire où le gamin bruyant qui tripote tous les livres de ses mains sales est assassiné par un signet empoisonné tendu par une vieille écrivaine au nez crochu). Attirer visuellement l'attention sur vous (par un costume, le plus souvent) peu être utile avec un certain public, mais prenez garde à ne pas en faire trop : ce qui marche avec les jeunes enfants pourra faire fuir les ados et inversement. Alors adaptez-vous à votre public. Pour Hanaken, comme il est "pour tous", j'ai opté pour la tunique d'inspiration asiatique dans les mêmes couleurs que la couverture.
Sans en avoir l'air, suivez le regard des gens. N'apostrophez pas les gens qui vous regardent distraitement, vous ou votre livre, c'est une perte de temps (et ça vous donnera l'air d'un perroquet). Cherchez plutôt la lueur d'intérêt dans les yeux des passants. Le meilleur regard est celui qui se pose sur votre livre, s'attarde, puis remonte sur vous. Le regard qui vous prend directement pour objet n'est pas mauvais non plus, même si l'intérêt manifesté n'est peut-être pas uniquement littéraire.
Bon, une fois que vous croyez avoir remarqué un regard intéressé, tentez de le croisez, décochez lui votre plus beau sourire et enchaînez avec...
Étape 2 - La question-harpon
Après six jours de salon, mon expérience personnelle m'a démontré que le meilleur harpon à lecteurs est une question. "Aimez-vous les nouvelles policières?" marchait très bien pour les Alibis. "Un petit voyage au pays des samouraïs?" faisait merveille pour Hanaken.
Vous voulez une question-harpon intriguante, mais, surtout, reliée à votre livre. Vous voulez que cette seule question permette au badaud de savoir si ce que vous avez à offrir est pour lui ou pas. Si c'est pas pour lui, vous voulez qu'il vous réponde "non", parce que vous économiserez tous les deux du temps. Si cette question intrigue le passant, qu'il a envie d'y répondre par l'affirmative, vous aurez souvent un indice physique de cet intérêt renouvelé (la personne ralentira sa marche, s'avancera d'un pas vers votre table, vous répondra, sourira, etc). Ce sera alors le moment de déballer la...
Étape 3 - Phrase-résumé
Trouvez moyen de résumer votre roman en une seule phrase, quitte à ce que ce soit un raccourci qui laisse plusieurs nuances dans l'ombre. Ainsi, Hanaken c'est "L'histoire de deux jeunes samouraïs qui ont perdu leurs parents et qui vont devoir survivre à la guerre qui se prépare." Après avoir énoncé votre phrase-résumé, observez la personne qui se tient devant vous. Est-ce qu'elle a l'air intéressée? Est-ce qu'elle a pris le livre dans ses mains? Est-ce qu'elle a posé un doigt surpris sur un détail de l'illutration de couverture? Est-ce qu'elle vous demande tout de go à quel public s'adresse le livre? Si oui, c'est le moment d'entamer...
Étape 4 - Le développement concentrique
Exploitez l'attention de la personne et ce que vous pouvez deviner d'elle, puis répondez à ses interrogations en spécifiant et en développant votre phrase-résumé. Dans le cas d'Hanaken, si la personne semble intéressée par la phrase-résumé, je lui parle ensuite de ce qu'est un samouraï. Puis, aux filles, j'explique que les femmes aussi étaient samouraï. Aux garçons, j'insiste sur l'aspect du devoir guerrier. Aux adultes, je précise que le livre est "pour tous", qu'il y a des passages flous que les enfants ne saisiront pas, mais que j'ai écrit pour les plus vieux. À tous, j'introduis le pourquoi du comment de la mort des parents. La dureté de ce monde guerrier dans lequel les deux enfants doivent faire leur place. La pression familiale avec laquelle ils devront composer. Etc.
Je fais les ajouts peu à peu, en les greffant à ma phrase-résumé. C'est pour ça que je parle de développement concentrique : le résumé est là d'abord, au centre, puis je le précise, je présente peu à peu l'univers du roman, en allongeant les phrases et en ajoutant des détails, tant que la personne m'accorde son attention, mais en faisant des pauses fréquentes pour laisser mon vis-à-vis poser une question, manifester son intérêt ou son ennui.
Soyez attentif à votre client potentiel, parlez-lui, demandez-lui ce qu'il aime et souhaitez-lui une bonne journée s'il décide de partir sans avoir acheté. Qui sait, il pourrait recommander votre bouquin à quelqu'un d'autre ou même changer d'idée et revenir plus tard.
Personnellement, je n'essaie pas de vendre mon livre à tout prix quand je comprends qu'il ne convient pas à la personne devant moi. À date, je fais de la présence en salon un exercice fort stimulant d'écoute de l'autre. Il faut en faire un jeu, je crois, et s'en amuser. Apprendre à jauger les lecteurs, essayer de deviner leurs goûts et leur personnalité à leurs vêtements, leur attitude. Ça pourra toujours servir dans un prochain roman! :)
Alors, qu'est-ce que vous en pensez de ma technique? Je raconte n'importe quoi ou ça vous semble logique? Avez-vous des éléments à ajouter?
Étape 1 : Le contact visuel
C'est tentant, quand on est assis en arrière d'une table de livres avec rien à faire, de jaser avec l'auteur désoeuvré à côté de nous, de lire un livre amené pour l'occasion, de jouer sur son cellulaire ou d'écrire. Mais, à ce que j'ai remarqué, il ne faut pas!
Laissez plutôt votre regard errer sur la foule. Observez les gens qui passent devant vous. Souriez rêveusement, ça vous donnera l'air aimable et facile d'approche (même si vous êtes mentalement en train d'écrire une histoire où le gamin bruyant qui tripote tous les livres de ses mains sales est assassiné par un signet empoisonné tendu par une vieille écrivaine au nez crochu). Attirer visuellement l'attention sur vous (par un costume, le plus souvent) peu être utile avec un certain public, mais prenez garde à ne pas en faire trop : ce qui marche avec les jeunes enfants pourra faire fuir les ados et inversement. Alors adaptez-vous à votre public. Pour Hanaken, comme il est "pour tous", j'ai opté pour la tunique d'inspiration asiatique dans les mêmes couleurs que la couverture.
Sans en avoir l'air, suivez le regard des gens. N'apostrophez pas les gens qui vous regardent distraitement, vous ou votre livre, c'est une perte de temps (et ça vous donnera l'air d'un perroquet). Cherchez plutôt la lueur d'intérêt dans les yeux des passants. Le meilleur regard est celui qui se pose sur votre livre, s'attarde, puis remonte sur vous. Le regard qui vous prend directement pour objet n'est pas mauvais non plus, même si l'intérêt manifesté n'est peut-être pas uniquement littéraire.
Bon, une fois que vous croyez avoir remarqué un regard intéressé, tentez de le croisez, décochez lui votre plus beau sourire et enchaînez avec...
Étape 2 - La question-harpon
Après six jours de salon, mon expérience personnelle m'a démontré que le meilleur harpon à lecteurs est une question. "Aimez-vous les nouvelles policières?" marchait très bien pour les Alibis. "Un petit voyage au pays des samouraïs?" faisait merveille pour Hanaken.
Vous voulez une question-harpon intriguante, mais, surtout, reliée à votre livre. Vous voulez que cette seule question permette au badaud de savoir si ce que vous avez à offrir est pour lui ou pas. Si c'est pas pour lui, vous voulez qu'il vous réponde "non", parce que vous économiserez tous les deux du temps. Si cette question intrigue le passant, qu'il a envie d'y répondre par l'affirmative, vous aurez souvent un indice physique de cet intérêt renouvelé (la personne ralentira sa marche, s'avancera d'un pas vers votre table, vous répondra, sourira, etc). Ce sera alors le moment de déballer la...
Étape 3 - Phrase-résumé
Trouvez moyen de résumer votre roman en une seule phrase, quitte à ce que ce soit un raccourci qui laisse plusieurs nuances dans l'ombre. Ainsi, Hanaken c'est "L'histoire de deux jeunes samouraïs qui ont perdu leurs parents et qui vont devoir survivre à la guerre qui se prépare." Après avoir énoncé votre phrase-résumé, observez la personne qui se tient devant vous. Est-ce qu'elle a l'air intéressée? Est-ce qu'elle a pris le livre dans ses mains? Est-ce qu'elle a posé un doigt surpris sur un détail de l'illutration de couverture? Est-ce qu'elle vous demande tout de go à quel public s'adresse le livre? Si oui, c'est le moment d'entamer...
Étape 4 - Le développement concentrique
Exploitez l'attention de la personne et ce que vous pouvez deviner d'elle, puis répondez à ses interrogations en spécifiant et en développant votre phrase-résumé. Dans le cas d'Hanaken, si la personne semble intéressée par la phrase-résumé, je lui parle ensuite de ce qu'est un samouraï. Puis, aux filles, j'explique que les femmes aussi étaient samouraï. Aux garçons, j'insiste sur l'aspect du devoir guerrier. Aux adultes, je précise que le livre est "pour tous", qu'il y a des passages flous que les enfants ne saisiront pas, mais que j'ai écrit pour les plus vieux. À tous, j'introduis le pourquoi du comment de la mort des parents. La dureté de ce monde guerrier dans lequel les deux enfants doivent faire leur place. La pression familiale avec laquelle ils devront composer. Etc.
Je fais les ajouts peu à peu, en les greffant à ma phrase-résumé. C'est pour ça que je parle de développement concentrique : le résumé est là d'abord, au centre, puis je le précise, je présente peu à peu l'univers du roman, en allongeant les phrases et en ajoutant des détails, tant que la personne m'accorde son attention, mais en faisant des pauses fréquentes pour laisser mon vis-à-vis poser une question, manifester son intérêt ou son ennui.
Soyez attentif à votre client potentiel, parlez-lui, demandez-lui ce qu'il aime et souhaitez-lui une bonne journée s'il décide de partir sans avoir acheté. Qui sait, il pourrait recommander votre bouquin à quelqu'un d'autre ou même changer d'idée et revenir plus tard.
Personnellement, je n'essaie pas de vendre mon livre à tout prix quand je comprends qu'il ne convient pas à la personne devant moi. À date, je fais de la présence en salon un exercice fort stimulant d'écoute de l'autre. Il faut en faire un jeu, je crois, et s'en amuser. Apprendre à jauger les lecteurs, essayer de deviner leurs goûts et leur personnalité à leurs vêtements, leur attitude. Ça pourra toujours servir dans un prochain roman! :)
Alors, qu'est-ce que vous en pensez de ma technique? Je raconte n'importe quoi ou ça vous semble logique? Avez-vous des éléments à ajouter?
mardi 25 octobre 2011
Le vieux couple et la citrouille
C’est le matin. Il fait noir. On roule sur la 132. Sur l’une des voies, on remarque des morceaux de citrouille. Une discussion un peu décousue s’ensuit, où mon chum se met à me relater un article qu’il a lu et qui parlait d’un cultivateur qui a gagné un prix pour la plus belle citrouille et le prix pour la plus grosse citrouille. Il me décrit le processus pour faire grossir rapidement une citrouille et le procédé, étonnamment plus simple, pour créer des citrouilles parfaites. Il mentionne aussi que les citrouilles format géant ne sont pas très belles, ni très bonnes à manger et que c’est donc du gaspillage ce genre de compétition.
J’écoute avec intérêt (on sait jamais quand un renseignement du genre pourra être utile dans une histoire). Quand il a fini, j’énonce l’inquiétude qui me tenaille depuis un petit moment : « J’espère que les jeunes qui l’ont lancée du haut de la passerelle piétonne ont fait attention pour qu’il y ait personne dessous! ».
Mon chum de lever un sourcil étonné. « Y’avait une passerelle piétonne? ». J’approuve. Il soupire. « Ça c’est bien nous deux. Moi je discute de l'origine des citrouilles, de comment elles grandissent, d’où elles vont… Et toi tout ce que tu te demandes c’est : Qui a tué la citrouille? ».
Trop vrai pour ne pas être drôle! ;)
J’écoute avec intérêt (on sait jamais quand un renseignement du genre pourra être utile dans une histoire). Quand il a fini, j’énonce l’inquiétude qui me tenaille depuis un petit moment : « J’espère que les jeunes qui l’ont lancée du haut de la passerelle piétonne ont fait attention pour qu’il y ait personne dessous! ».
Mon chum de lever un sourcil étonné. « Y’avait une passerelle piétonne? ». J’approuve. Il soupire. « Ça c’est bien nous deux. Moi je discute de l'origine des citrouilles, de comment elles grandissent, d’où elles vont… Et toi tout ce que tu te demandes c’est : Qui a tué la citrouille? ».
Trop vrai pour ne pas être drôle! ;)
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