mardi 12 octobre 2010

Deuxième vie

Mon prof d'histoire de la médecine, alors que j'étais en dernière année de bac, a commencé son cours en faisant lever toute la classe. On était une centaine. Ensuite, il nous a ordonné :
- Ceux qui sont nés prématurés, par le siège ou par césarienne ou qui sont des jumeaux, assoyez-vous.
- Ceux qui ont eu une greffe ou un cancer, assoyez-vous.
- Ceux qui ont eu une pneumonie, assis.
- Les femmes qui ont accouché prématurément, par le siège ou par césarienne, assises.
- Les maigrichons là, assis.
- Les allergiques mortels, assis.
... et ça a continué longtemps. Au final, si vous aviez eu besoin dans votre vie de passer une journée à l'hôpital, il vous demandait de vous asseoir. Même chose si vous aviez eu des crises d'asthme nécessitant des pompes. Ou des antibiotiques par intraveineuses. Ou des antibiotiques tout court pour plus que dix jours (dix jours et moins, le prof appelait ça "de la médication par précaution").

Bref, à la fin, il y avait à peine une vingtaine de personnes encore debout. J'en faisais partie. Le prof nous a alors lancé :
- Ok, vous autres, même avant la médecine moderne, vous auriez-eu des bonnes chances de survivre. Y'en a juste la moitié qui seraient morts d'une épidémie ou une autre. Il serait resté quoi? 10% de la classe? J'ai du monde solide cette année!

J'étais assez fière, je dois dire, de réaliser que je faisais partie des "solides". Pour une historienne, savoir qu'on aurait pu survivre à une autre époque que la nôtre, c'est toujours sympathique. Ok, le prof n'avait pas pris en compte les vaccins qu'on avait et qui nous avaient protégés contre bien des maladies jadis mortelles, mais il avait aussi exagéré les risques de certaines infections et blessures. Au final, je m'étais dit que ça compensait. Que je ne devais pas ma vie aux avancées de la médecine. Quand on sait comment elles sont réalisées (la plupart du temps par pur hasard), y'a de quoi se sentir rassuré!

Hé bien, ce sentiment de sécurité et de satisfaction est terminé. Depuis ma grossesse ectopique, je dois la vie à la médecine moderne et à son hasardeux progrès. Il y a moins de 100 ans, je serais tout simplement morte au bout de mon sang.

Alors, me voilà dans ma deuxième vie. Curieuse pensée. Qui pourrait être paralysante... Si je n'avais pas l'intention de mordre dans cette nouvelle vie à belles dents, comme dans la précédente! ;)

Ça a aucun rapport, mais tsé des fois je reçois des commentaires avec des mois de retard sur un billet, commentaires qui n'apporte rien à la discussion ou qui, pire, répète exactement le discours contre lequel je réagissais, sans apporter aucun argument solide... Ben dans ce temps-là, je les flush! lololol

Pis inquiétez-vous pas : c'est pas des commentaires qui viennent d'aucun d'entre vous! Plutôt des inconnus qui s'amusent à jouer les trolls! ;)

17 commentaires:

ClaudeL a dit…

Ma mère qui a 86 ans et vit depuis deux ans dans un CHSLD a dit une phrase à une fête de famille. Elle nous disait souvent: "les enfants ne nous appartiennent pas, ils nous sont prêtés", mais là, devant les 4 petits bébés, ses arrière petits-enfants, qui gazouillaient dans le salon: "vous savez que nous mettons au monde des morts!" Ça m'a fait froid dans le dos. Elle n'avait jamais parlé de la sorte. Bon, ok, c'est qu'elle doit commencer penser à la mort en titi, mais moi, qui suis sa fille, je me suis sentie un peu moins vivante. Au retour, je me disais, non, pas tout de suite. Oui la mort fait partie de la vie, mais je pense à la vie d'abord.

(ah! oui, je ne sais pas si je serais restée debout à ton cours: je suis née par les pieds, ça aurait-tu compté?! hihi)

Gen a dit…

@ClaudeL : Parfaitement d'accord : faut penser à la vie d'abord. Sauf que... des fois je me dis qu'il faut arrêter de vivre comme si on avait tout le temps du monde devant nous. C'est peut-être ça que ta mère voulait dire.

Ces jours-ci, je me gâte. J'suis incapable d'endurer un pantalon à cause des sutures, alors je porte des robes. Et même la jolie robe "que je voulais garder pour Noël en espérant avoir perdu 10 livres d'ici là pour qu'elle tombe mieux"!

(Sans vouloir en rajouter sur ton "grand âge", je suppose que ta mère a accouché à la maison avec une sage-femme, non? Ma mère a 53 ans et c'est ça qui s'est produit... Alors tu peux rester debout ;)

ClaudeL a dit…

Oh! mon Dieu, si ma mère t'entendait! Quand même on n'était pas au 19e siècle! Et mes parents demeuraient dans une grande ville. Non, pas du tout, mon frère et moi sommes nés, à deux ans d'intervalle, à l'hôpital Saint-Luc de Montréal. Ma mère endormie de bord en bord et elle ne comprend pas comment les jeunes peuvent vouloir souffrir pour accoucher "naturel". Et les mères demeuraient une semaine àpital dans ce temps-là.

ClaudeL a dit…

Ça me fait bien bizarre de savoir que ta mère est plus jeune que moi! (Elle ne tient pas un blogue?) Tu es née où pour que ta mère connaisse sage-femme et accouchement à la maison?

Gen a dit…

@ClaudeL : Heu moi je suis née au Québec, bien gentiment à l'hôpital... Ah, je spécifie (c'était pas clair) ma GRAND-MÈRE, qui a 88 ans, a accouché de ma mère (qui en a 53) à la maison. Ils vivaient sur la Rive-Sud (St-Lambert) l'hôpital était loin (Charles-Lemoyne était pas bâti semble-t-il) et ma grand-maman en était à son quatrième accouchement, facque elle a fait ça chez elle comme les trois premiers.

Et non, ma maman tient pas un blogue. Elle souffre de séquelles d'un ACV assez sévère. Elle arrive à lire le journal.

Karuna a dit…

Imagine, y'en a qui ont deux, trois, quatre nouvelles vies. Chaque fois, une autre renaissance. Triple bouh pour ceux qui ne l'apprécient même pas.
Beau billet, Gen. Il nous rappelle la chance extraordinaire qu'on a d'être ne vie, avec, en prime, la médecine comme arme.

Annie Bacon a dit…

Vers 17 ans, j'ai eut une grosse passe "médiévale". Mon frère m'a alors expliqué que, avec mes 90 livres mouillées, j'y serais probablement morte à la première disette.
oups!
Vive l'air moderne, donc!
Je m'assoies avec le reste de la classe!

Gen a dit…

@Karuna : Je comprendrai jamais ceux qui n'apprécient pas ces petites renaissances-là. Ma convalescence me permet d'en savourer chaque instant. Les feuilles magnifiques. Le goût réconfortant d'une soupe bien chaude. Le sourire de mon chum. :)

@Annie : En effet, t'aurais pas survécu longtemps! hihihihi Surtout au Moyen Âge ;) J'suis pas nécessairement prête à dire "vivre le monde moderne" pour autant, mais disons "un triple hourra pour la médecine quand le système de santé marche!" ;p

M a dit…

ah, ça, c'est mon genre de faire un commentaire avec des mois de retard, et en plus, de n'être par pertinent!

Question médicine, y'a aussi les lunettes, les plombages, les caries, les dents de sagesse, les orthèses, les prothèses, les becs de lièvre, les doigts palmés et un paquet d'autres trucs qui sont des bienfaits trop souvent oubliés de la médecine!

Gen a dit…

@M : lol! J'ai pas remarqué pour les commentaires en retard et/ou non pertinents! ;) Celui que j'ai reçu et qui m'a fait écrire mon post-scriptum était limite insultant en prime.

Dans ce cours d'histoire de la médecine, j'avais appris que becs de lièvre et doigts palmés étaient opérés dans l'Antiquité. De même, on y utilisait plusieurs prothèses et orthèses rudimentaires (et même des fauteuils roulants!!!). De toute façon, on s'entend, ce sont des choses qui améliorent la qualité de vie, mais qui ne sont pas nécessairement essentielles à la survie dans un monde où la dyssenterie et la grippe peuvent vous tuer.

Les Anciens avaient de très bonnes connaissances sur la prévention des maladies (exercices réguliers, alimentation saine, buvez pas de l'eau pure, mettez de l'alcool dedans pour tuer les "mauvaises effluves" aka "microbes"). Ils connaissaient aussi les propriétés de l'alcool, du miel, des fromages fermentés (péniciline) pour prévenir l'infection. Fort, hein? (Ok, ne pensons pas à tout ce qu'ils ont dû essayer et qui marchait pas...)

Au Moyen Âge, on a perdu la majorité de ces connaissances-là. La simple technique de la suture était devenue hasardeuse.

La santé dentaire, quant à elle, était légèrement meilleure avant la Révolution industrielle que celle qu'on connaît de nos jours étant donné que l'alimentation était moins sucrée et comprenait moins d'amidons. Par contre, c'est vrai qu'on ne pouvait rien faire pour les caries. Les dents trop douloureuses étaient arrachées... et on était donc bien contents de voir arriver les dents de sagesse, qui avaient toute la place pour pousser! (Ils nous auraient trouvé ben fous de vouloir les enlever!!!)

Carl a dit…

Eh bien, je fais peut-être partie de ceux qui commentent trop tard sans lire les autres commentaires, alors tu m'excuseras si je suis celui qui t'a insultée!
Il arrive qu'on saute plusieurs semaines à cause d'un contrat ou d'un truc du genre, alors on fait moins attention aux dates...
Tout ça pour dire qu'à moins que la crise d'appendice n'existait pas jadis, je ne serais plus là moi non plus.

Vive les Grecs (ceux de l'Antiquité, en tout cas, parce que je n'en connais pas vraiment aujourd'hui...).

Et merci pour cette tranche d'histoire amusante.

Gen a dit…

@Carl : Non, non, t'en fais pas. Celui qui m'a écrit n'est pas un habitué. Juste un frustré! :p

Hé oui, malheureusement, la crise d'appendicite existait. Ça devait être une façon assez atroce de mourir d'ailleurs!!

Vincent a dit…

Ah! On dirait que ça t'as fait réfléchir mon commentaire sur le début de ta deuxième vie. :) Je suis content, ça m'a tout l'air d'une réflexion positive. :)

Gen a dit…

@Vince : En effet, ça m'a rappelé mon cours d'histoire de la médecine :) Et oui, c'est positif, évidemment. Comment cela pourrait-il ne pas l'être? ;p

Petite libellule a dit…

Maigrichonne et migraineuse, je n'aurais pas fait long feu... ou j'aurais eu une vie bien moche!! Hé hé...

Bonne deuxième vie! ;-)

Gen a dit…

@Petite libellule : Qui sait, tu aurais peut-être eu moins de migraine dans le temps. La vie était quand même moins stressante ;) Et y'a des maigrichons qui sont fait solides ;)

Lily a dit…

Bon rétablissement ! Oui je crois aussi que passer près de la mort permet de prendre de plein fouet toute l'importance de la vie. Le plus difficile, c'est de ne pas se laisser de nouveau emporter par le tourbillon des choses à faire et savoir prendre des temps d'arrêt pour soi.
Petite contribution d'une accidentée de la route en février sans grosses conséquences (ouf) mais avec un gros trou de mémoire.