vendredi 13 avril 2018

Allégorie ou métaphore

Récemment, après avoir terminé de lire The City and the City de China Miéville (et avoir senti mes neurones pétiller de plaisir devant ce roman follement génial que j'aurais donc dû lire depuis des années et que je recommande à tout le monde!!!), je suis tombée sur un entretien avec l'auteur où il expliquait que The City and The City est une métaphore, mais pas une allégorie.


Sur le coup, je suis restée un peu perplexe. Surtout que ça fait des mois que j'explique la SF et le fantastique en atelier en utilisant indifféremment les deux termes. Après tout, les deux veulent dire grosso modo la même chose et parlent d'une figuration du réel... Quelle distinction Miéville impliquait-il?

J'ai continué à lire l'entretien et l'auteur s'est expliqué.

Pour lui, si un roman est allégorique, cela signifie qu'il y a une clef de lecture, UNE vérité, cachée délibérément par l'auteur, qui explique tout. (Mais alors, ajoute-t-il, pourquoi ne pas l'écrire directement? Un mot vient, en réponse, à mon esprit d'historienne : censure.)

La métaphore, continue Miéville est plus large, moins claire, elle laisse part à plus d'inconscient et de créativité. Elle peut avoir plusieurs inspirations et supporte donc plusieurs clefs de lecture.

J'ai trouvé la distinction très intéressante. L'avantage que j'ai tout de suite vue à la métaphore, définie ainsi, c'est qu'elle a le potentiel de toucher davantage de lecteurs, qui pourront y projeter un peu de leur vécu et de leurs préoccupations. L'allégorie, quant à elle, risque de tomber rapidement dans le roman à message, désuet dès que la clef de lecture n'est plus d'actualité ou inintéressant dès qu'elle est déchiffrée.

D'ailleurs, en y repensant, la transparence de la clef de lecture de certains romans allégoriques rencontrés au cours des ans a souvent expliqué mon désintérêt. Le texte n'arrivait pas à me dépayser ou à provoquer l'émerveillement, car je voyais le jupon de l'actualité dépasser entre les mots!

Bon, dorénavant, je vais expliquer la SF et le fantastique comme des métaphores, en évitant soigneusement le terme "allégorie" (ou, en tout cas, en expliquant bien la différence entre les deux).

Et vous, qu'est-ce que vous pensez de cette distinction? Elle est porteuse de réflexions ou pas?

8 commentaires:

Claude Lamarche a dit…

Des fois, je me sens nulle, mais nulle!
Je dois avoir un petit bout de cerveau défectueux.
J'ai rien compris.
Et comme je n'ai pas lu The city... (même pas en français, s'il existe), je n'ai pas d'exemple de référence.
Joue encore au prof svp et trouve-moi un exemple de chaque terme.

Gen a dit…

@Claudel : J'étais peut-être pas claire... Disons que j'écris une histoire avec un roi tyranique et fous... Mais que dans le fond, dans ma tête, le roi est Trump et que, une fois que tu le sais, tout le reste de l'histoire devient claire : le pays ennemi est la Syrie, les baguettes magiques que les gens veulent interdire, ce sont des armes à feu, etc. Ce serait une allégorie.

Mettons que dans la même histoire, le roi se met à visiter d'autres pays en portant des costumes traditionnels un peu déplacés... Ah tiens, tout d'un coup, le roi n'est plus seulement Trump, c'est aussi Justin Trudeau. Si l'histoire parle aussi d'interdire le port de la couronne aux gardes royaux, là je parle aussi de nos débats de société à nous. J'ai plus d'une source d'inspiration (Canada et USA), il n'y a pas qu'une seule clef de lecture, mon roi devient donc plutôt une métaphore du pouvoir politique.

Est-ce que c'est plus clair comme ça?

Daniel Sernine a dit…

L'édition française garde le titre anglais?

Claude Lamarche a dit…

Ce n'est pas toi qui n'était pas claire, c'est moi qui ai de la difficulté avec des notions théoriques... abstraites. Si on me dit c'est quoi une comparaison sans donner d'exemple, j'ai de la difficulté.
Déjà avec tes exemples, c'est beaucoup mieux. Merci.
J'ai cherché aussi un peu dans les sites de stylistique, il y est beaucoup question de personnification.
Reste maintenant de très nombreux exercices à faire pour écrire une ou deux métaphores dans un texte.

Gen a dit…

@Daniel : Eh oui. Ce qui explique pourquoi je l'ai lu en version originale (je me méfiais de la traduction). L'image vient de Google, pas de mon bouquin réel. :p

@Claudel : L'idée en fait, c'est que le texte lui-même devienne une métaphore. Par exemple, dans The City and The City, Miéville utilise l'idée de deux villes enchevêtrées qui partagent le même espace réel, mais en s'ignorant soigneusement, pour parler des préjugés, des systèmes de propagande, etc. Son livre est à la fois une métaphore de certains systèmes soviétiques, mais aussi du racisme, de l'ignorance délibérée qu'on peut avoir de certains problèmes, etc.

Nomadesse a dit…

Le livre, mais aussi la théorie allégorie/métaphore, m'intéresse! Merci bien pour la réflexion.

Mathieu a dit…

Je suis pas mal d'accord avec la distinction que fait Miéville (auteur que j'adore aussi : as-tu lu Perdido Street station, au fait ? :) )

J'ai l'impression qu'on parle davantage d'allégorie lorsqu'il y a une intention de l'auteur de "faire passer un message" sans trop en avoir l'air (dans le meilleur des cas). Et ça se fait souvent de pair avec la satire. Par exemple, ce qu'Orwell a fait avec La ferme aux animaux, une allégorie satirique du totalitarisme, etc.

Gen a dit…

@Nomadesse : Je dois dire que la réflexion est d'autant plus intéressante après avoir lu la superbe métaphore qu'est ce livre!

@Mathieu : Oui, j'ai lu Perdido Street Station, ainsi que les Scarifiés et Celui qui dénombrait les hommes. Mais The City and The City va rester mon préféré je crois. Les autres étaient bons, mais très touffus et longs. Ici, c'était plus intense et ramassé... soit davantage dans mes goûts! :)

En effet, l'allégorie est souvent liée au message et/ou à la satire. Le problème, c'est que n'est pas Orwell qui veut et que l'allégorie peut vite tourner en roman qui n'a pas d'autre intérêt que son message... et dans ce cas-là (sauf si on vit sous un régime totalitaire à la censure facile), je suis un peu d'accord avec Miéville, pourquoi faire un roman et pas un essai?