mercredi 22 février 2017

J'suis pas une pro de l'animation scolaire

Malgré mon aisance à parler devant un groupe, je dois me rendre à l'évidence : j'suis pas une pro de l'animation scolaire. J'me débrouille, j'arrive à garder les élèves réveillés, mais j'ai de la misère à transformer une rencontre en ventes.

Voyez-vous, la semaine dernière, je me suis retrouvée à donner des animations scolaires en même temps que deux vraies pros de la chose. Heureusement, qu'on ne rencontrait pas les mêmes classes les unes après les autres, mon égo n'y aurait pas survécu!

Parce que j'ai vu la différence dans nos talents respectifs lorsque, après les animations, les élèves sont passés dans la salle de vente.

Devant les tables de mes deux collègues, il y avait de longues files de jeunes lecteurs qui serraient leur bouquin fraîchement acheté et trépignaient en attendant leur dédicace.

Devant la mienne, il y avait un petit groupe d'élèves qui me bombardaient de question, mais qui étaient supposément tous fauchés.

Note à moi-même : parler davantage de mes livres durant les animations (les vendre, quoi!)

Seconde note à moi-même : trouver des admirateurs riches.

Troisième note à moi-même : essayer prochainement d'espionner ces pros de l'animation et de leur piquer leurs trucs! :p

lundi 20 février 2017

Décision éditoriale

Mardi passé, ce n'était pas un jour de garderie pour ma puce. Or, toute la semaine précédente, la garderie (décorée de coeurs et de cupidons) l'avait préparée à la St-Valentin qui s'en venait. Je ne voulais donc pas passer la fête sous silence. Même si, vous me connaissez, la St-Valentin, bof...

En cherchant une activité thématique amusante à faire, j'ai eu l'idée de décorer des biscuits. J'ai donc passé mon lundi soir à préparer des biscuits roses en forme de cœur et du glaçage encore plus rose...

Arrivée ici dans mon histoire, je dois prendre une décision éditoriale...

Est-ce que je vais simplement vous dire que ma puce a adoré son activité, qu'elle a participé comme une championne en écoutant toute les consignes et vous mettre une photo des biscuits décorés et de la face toute fière de mon petit bout de cuisinière? Ce serait une belle histoire à partager ensuite sur Facebook et une mise en candidature assurée au titre de "mère de l'année"...

Ou est-ce que je vais plutôt vous raconter, avec ironie et autodérision, que ça m'a un peu découragée de passer ma soirée du lundi à préparer une activité qui a duré seulement 30 minutes le mardi matin? Que le glaçage était trop ferme pour que ma puce arrive à presser la poire correctement alors c'est moi qui m'en suit chargé, tandis qu'elle se contentait de diriger le filet de glaçage là où elle le voulait sur les biscuits? Que j'ai eu à gérer ensuite une cocotte en méchant rush de sucre (parce qu'elle avait mangé des retailles de biscuits), tellement qu'il lui a fallu deux heures pour s'endormir au moment de sa sieste? Ce serait une bonne base pour postuler au titre de "Mère indigne"...

Ou alors, je pourrais simplement partager ce que cette activité m'a appris : quand tu as deux ans et demi, te faire dire que tu vas aider à décorer des biscuits ou à faire le souper, c'est déjà une activité spéciale. Que ta participation se limite à pousser la main de maman dans la bonne direction ou à couper deux cubes de tofu avec un couteau à beurre, c'est pas important.

Ouais, je pense que je vais y aller pour la troisième option! ;) Quand je fais une activité avec ma puce, je me dis toujours que j'ai une obligation de moyens (essayer l'activité), jamais de résultats (la terminer et/ou que le produit final soit pareil comme la photo dont je me suis inspirée!). Ça enlève beaucoup de stress et ça augmente le plaisir! :)

Coudonc, ptêt que je devrais commencer à me dire ça au sujet de toutes mes activités...

vendredi 17 février 2017

Changement de point de vue

Demain, à l'Amère à Boire, aura lieu le lancement du numéro 46 de la revue Brins d'Éternité, dans laquelle je publie une nouvelle "La comorte de la Dame de Lumière".

Pour la petite histoire, cette nouvelle a été écrite durant le premier atelier que j'ai donné, en 2015. J'avais demandé à mes participants d'écrire une nouvelle d'environ 1000 mots, sur le thème "incident à la frontière". Et en bonne animatrice d'atelier, je m'étais pliée à mes propres règles et j'avais produit un texte moi aussi.

À l'époque, ma puce avait tout juste un an et c'était la première fois depuis sa naissance que j'écrivais pendant une journée entière. J'ai été très satisfaite du résultat, même si le format très court condamnait le texte à dormir dans mes fonds de tiroir. Je l'ai quand même envoyé à Solaris, mais il a été, sans surprise, refusé.

Je pensais que l'aventure de "La comorte de la Dame de Lumière" se terminerait là, jusqu'à ce que j'en discute avec Guillaume Voisine et qu'il m'invite à soumettre quand même ce petit bout de texte.

Il a aimé sa lecture, mais m'a indiqué un gros problème : pour que le texte fonctionne dans cette version elliptique et hyper condensée, je devais changer de point de vue. L'écrire dans l'optique du personnage le moins informé (le soldat) et non pas du plus informé (la comorte éponyme). J'ai convenu sur le champ qu'il avait parfaitement raison! (et que j'aurais dû m'en apercevoir moi-même!)

Sauf que... hé, changer le point de vue du texte, ça signifiait le réécrire de zéro. Je n'avais pas nécessairement envie de...

Oh, attendez, le texte ne faisait que 1000 mots. Justement parce que, dans l'optique de l'atelier, je l'avais voulu court et facile à retravailler. Voilà qui adonnait bien!

J'ai donc retroussé mes manches et réécrit ma nouvelle. (Ça m'a pris un après-midi) J'ai adoré l'exercice, auquel je ne m'étais pas livrée depuis quelques années. Au cours de cette réécriture, j'ai éliminé certaines ellipses et enrichi mon arrière-monde en l'explicitant un peu. La version finale du texte approche donc les 2000 mots.

Et j'en suis vraiment fière! Il a une ambiance un peu mélancolique qui rappelle "Les Maisons d'Éternité". C'est un registre que je ne travaille pas souvent et je m'étonne moi-même quand ça m'arrive! hihihihi!

Vous viendrez m'en jaser quand vous l'aurez lu! ;)

mercredi 15 février 2017

Plein de bonnes nouvelles!

Je suis invitée au prochain Congrès Boréal!

J'ai plein d'animations scolaires prévues dans les prochains mois!

Ma pile de livres à lire pour les jurys littéraires diminue!

Je publie dans le prochain Brins d'Éternité (et je viens de me rendre compte que ça faisait 3 ans que je n'avais pas publié là! C'est impardonnable! Je m'étais ennuyée!). Le lancement est samedi, mais je n'y serai pas, parce que...

Je suis l'invitée d'un petit salon du livre! (un jour ce sera à celui de Montréal, un jour... ;)

Le collectif L'amour au coeur de la vie a eu une belle couverture de presse!

Je vais recevoir l'argent de mon prix Canada-Japon à la fin du mois!

Mes projets avancent!

Pis c'est mercredi! La puce (et son rush de sucre post-St-Valentin) est à la garderie et je déjeune tranquillement.

Mmmmmm, un bagel pis un café chauds! :)

lundi 13 février 2017

Le subjectif et l'objectif

Dans le domaine de la cuisine, un plat se catégorise selon deux critères : le subjectif (ce qu'il goûte) et l'objectif (sa valeur nutritionnelle).

Par exemple, il est clair, d'un point de vue factuel et objectif, que la bouffe de chez McDo ou de la Belle Province est pas ce qu'il y a de mieux pour notre santé. Mais d'un point de vue subjectif, il y a des gens qui ne peuvent pas s'en passer! (Et j'avoue avoir moi-même un faible pour les hotdogs steamé all dressed... auquel je succombe environ une fois par an.)

De la même manière, d'un point nutritionnel, un sauté de tofu agrémenté de chou kale et de poivrons rouges, avec un accompagnement de quinoa, c'est dur à battre. Y'a des gens (dont mon chum et moi) qui vont s'en régaler. D'autres personnes vont en manger à l'occasion, par principe, mais ce sera quasiment une punition.

Entre ces deux extrêmes, il y a tout un spectre, du plus savoureux au plus fade, du plus nutritif au plus dommageable, en passant par la bouffe réconfort de grand-maman, sur laquelle on préfère ne pas réfléchir trop longtemps, occupés à s'en bourrer la panse.

En littérature, c'est la même chose. Une œuvre s'apprécie d'un point de vue objectif (la technique narrative, la construction, le vocabulaire, la solidité de l'arrière-monde, la présence de clichés) et subjectif (le style, l'impression d'originalité, la sympathie pour les personnages, le plaisir qu'on prend à la lecture).

Certaines personnes ont de la facilité à passer par-dessus les pires défauts objectifs (soit parce qu'elles ne les voient pas ou parce qu'elles s'en fichent) pour se laisser porter par l'histoire et l'apprécier subjectivement. (De la même manière, y'a des gens qui trippent sur le bacon frit, mais moi, juste à y penser, j'ai mal au cœur!)

D'autres personnes (ça m'inclut) seront agacées par les maladresses techniques et leur appréciation subjective d'une œuvre sera largement tributaire de ses qualités objectives. (Traduction : si le narrateur est mal maîtrisé, ça se peut que je dépasse pas le premier 10% du récit.)

Parmi ces pointilleux, certains deviendront si sévères qu'ils finiront par se tourner presque exclusivement vers des œuvres subjectivement un peu pénibles à lire, sous prétexte qu'elles sont "bien faites". (Imaginez, y'a des gens qui ne mettent même pas de sauce dans leur sauté tofu/kale/poivron!)

L'idéal, selon moi, c'est de viser, en terme de qualités objectives et subjectives d'un texte, l'équivalent de la bouffe de grand-maman : faut mettre assez de légumes pour que personne ne remarque qu'ils ont cuit dans la graisse de rôti et il faut que ce soit assez goûteux pour qu'on n'ait pas le temps de s'interroger sur la composition exacte de la recette.

Un bon exemple de cette écriture qui s'avale toute seule, c'est Georges R. R. Martin. On s'en fout qu'il utilise trop d'incises et multiplie les personnages, on veut juste savoir quel Stark va mourir dans le prochain tome!!! ;)

Bon, maintenant, on peut s'obstiner sur le fait que les critères objectifs, en littérature, ne sont pas si objectifs que ça, mais il y a quand même des règles de base. Pis en nutrition aussi, on change souvent d'idée, alors... :p

vendredi 10 février 2017

Le dit du Musè (23)

Mardi, ma puce, qui mouche et tousse depuis quelques jours, m'a accidentellement mis les doigts dans les yeux.

Mercredi, je me suis réveillée avec un orgelet.

Et comme toujours chez moi, ça a dégénéré en conjonctivite. Une bonne grosse infection qui me rend l'œil rouge et enflé, avec larmoiements pis toute.

Mon chum, découvrant cette vision peu ragoûtante - T'aurais dû écrire des livres de pirates!

Moi - Hein?!?

Lui - Ben oui, comme ça tu pourrais mettre un eye patch pour le salon du livre. Parce que là, ouiche, c'est pas beau tu suite!

Ouais, parce que là faut que je fasse un salon amanchée de même! Mautadine...

mercredi 8 février 2017

Scène de salon du livre (8)

Une écrivaine, coincée derrière une minuscule table dans un coin d'un kiosque où pullulent les livres pour enfants sur les chats et le hockey, tente d'avoir l'air sympathique et de repérer dans la foule des lecteurs potentiels pour ses sanglantes histoires de samouraïs.

Un jeune ado à casquette s'approche :

Ado à casquette : Est-ce que je pourrais avoir un signet?

Écrivaine (qui a décidé d'emprunter la stratégie d'une amie) : Bien sûr! Sais-tu de quoi parle mon roman? C'est l'histoire...

Et elle débite son laïus tout en signant l'endos du bout de carton, dont l'ado s'empare avidement. Il le fait disparaître dans son sac, d'où dépassent déjà de nombreux autres signets, et s'éloigne sans un regard pour les livres placés sur la table.

Une jeune fille aux lunettes rouges surgit alors devant l'écrivaine.

Lunettes rouges : Est-ce que je pourrais avoir un signet?

Écrivaine : Bien sûr! Sais-tu de quoi parle mes romans? C'est l'histoire...

Re-laïus, re-signature, re-disparition du signet. Re-absence de vente.

Apparition d'un autre jeune ado, aux cheveux hérissés.

Hérisson : Hé! C'est vous qui écrivez des livres sur les samouraïs?

Écrivaine (avec un sourire format géant étampé dans la face) : Oui!!!

Hérisson : Est-ce que je pourrais avoir un signet?

Écrivaine : Bien sûr! Attends, je te le signe...

L'ado aux allures de hérisson s'éloigne, signet fièrement brandi. L'écrivaine le suit des yeux, espérant qu'il montrera son trophée à ses parents, qui viendront ensuite acheter discrètement le livre qui a séduit leur ado...

Mais non. Hérisson rejoint plutôt Casquette et Lunettes rouges, les deux précédents quémandeurs de signet.

Casquette (s'exclamant à voix trop forte) - Hein? Déjà? Comment t'as fait?

Hérisson (très fier de lui) - J'ai fait comme si je savais de quoi ses livres parlaient!

Et les trois éclatent de rire.

Une adolescente aux jeans troués apparaît alors dans le champ de vision de l'écrivaine, la distrayant de ses envies de meurtre.

Genoux à l'air - Est-ce que c'est vous qui écrivez des histoires de samouraïs?

Écrivaine (marmonnant entre ses mâchoires serrées) - Pas si c'est pour avoir des signets.

Genoux à l'air - Pardon?

Écrivaine - Oh, rien. Oui, mes livres parlent de samouraïs. Dans celui-ci...

* * *

LA SUITE? BIENTÔT, DANS UN SALON DU LIVRE PRÈS DE CHEZ VOUS!

Enfin, si vous habitez Longueuil, parce que j'y sera vendredi, de 12h à 15h30! ;)

lundi 6 février 2017

Tranche de vie (17)

En décembre dernier, peu après l'annonce officielle de mon prix Canada-Japon, ma municipalité m'a contactée. Ils organisaient un salon du livre la fin de semaine du 18 février et voulaient savoir si j'étais intéressée à participer.

Évidemment, j'ai dit oui. (Surtout que la présidente d'honneur est Kim Thuy pis que j'ai trippé sur son premier livre).

Je ne risquais rien, me disais-je, car on venait de m'informer que la remise officielle du prix Canada-Japon se ferait "dans le bout du mois de mars".

Mi-janvier, Brins d'éternité a annoncé que le lancement du prochain numéro, dans lequel je publie, se ferait le 18 février. Merde! Je ne pourrai pas y être.

Deux semaines plus tard, soit la dernière semaine de janvier, les responsables du prix Canada-Japon m'ont écrit pour me demander si je pouvais me déplacer à Ottawa pour la remise le... 18 février!

Hum... Vais-je annuler une invitation dans un salon (et des animations), invitation motivée par la réception d'un prix, pour aller chercher ledit prix?

Non.

On m'a dit "D'accord, mais alors la remise se fera sans doute seulement au début juin".

Dites, au point où j'en suis (ça fait plus de six mois qu'on m'a promis 10 000$!), c'est pas un mois ou deux qui va changer quelque chose.

Ah, la joie du travail autonome! C'est moi ou tout arrive toujours en même temps?

mercredi 1 février 2017

La religion sereine

Le billet de lundi, écrit depuis des semaines, s'est retrouvé en ligne avant que j'apprenne ce qui s'était passé à Québec. Résultat : timing fouaireux pour jaser de développement de personnage mettons.

Le billet d'aujourd'hui a été écrit depuis des semaines. Parce que des fois ma défunte grand-maman et sa philosophie de vie si simple me manque. Et aujourd'hui, alors que je boucle ma valise en vue d'une visite à Québec, me semble qu'elle manque aussi au monde entier.

Voyez-vous, ma grand-maman avait la foi. Une foi pure et lumineuse, que j’ai toujours trouvée contagieuse (même si ça ne m'a pas empêchée de devenir une athée ou, à tout le moins, une déiste agnostique). Je ne sais pas trop comment ça a commencé, mais je me souviens que quand j’étais petite, pendant des années je suis allée à l’église avec elle à tous les dimanches.

Et puis, un jour, le prêtre, pendant son sermon, a parlé du mariage et du divorce. Je comprenais pas tout, mais j’étais restée avec l’impression que l’église catholique aimait pas les divorcés. Sauf que déjà, à cette époque, je connaissais quelques divorcés, certains dans ma propre famille, et j’avais bien vu que, dans leur cas, mettre fin à leur mariage avait été une bonne solution.

Après la messe, j’avais demandé à grand-maman si c’était correct d’être divorcé.

– Les divorcés, c’est du monde comme tout le monde! qu’elle m’avait répondu.

– Mais grand-maman, que j’avais dit, le prêtre, il a dit...

À ce moment-là, elle avait levé un de ses doigts un peu croche pour m’interrompre. Elle m’avait regardée en baissant la tête pour bien m’encadrer dans le haut de ses lunettes à double-foyer, elle avait sourit et elle avait pointé vers le haut.

– Moi je m’arrange avec le petit Jésus, m’avait-elle dit.

C’est à partir de ce moment-là que j’ai remarqué que ma grand-maman répétait souvent la même phrase.
 
Telle femme préférait les femmes aux hommes.
 
– Pis ça? C’est du monde comme tout le monde!

Un tel et une telle avaient des enfants sans être mariés.

– Pis ça? C’est du monde comme tout le monde!

Sa voisine, à la résidence, n’était pas catholique.

– Pis ça? C’est du monde comme tout le monde!

Au fil des ans, et des anecdotes du genre, j’ai compris que, de toute la religion catholique, grand-maman n’avait retenu qu’une phrase dite par son "petit Jésus" : Aimez-vous les uns les autres. Et elle a vécu en accord avec cette phrase-là, en aimant tous ceux qui croisaient sa route, parce que c’était "toute du monde comme tout le monde".
 
Ces jours-ci, j'aimerais ça que, justement, tout le monde pense comme elle.