vendredi 23 juin 2017

Les temps changent

Aux dix-huitième, dix-neuvième et même au début du vingtième siècle, la personne qui se laissait aller à boire en compagnie d'inconnus courrait le risque de découvrir, le lendemain matin, qu'elle s'était enrôlée dans l'armée ou sur un navire marchant et venait de perdre le contrôle de sa prochaine année de vie (ou plus, hein, parce que la mortalité dans ces boulots-là était élevée).

De nos jours, après une soirée de Boréal légèrement arrosée en compagnie d'Alain Ducharme, vous pourriez vous découvrir en charge de la programmation du prochain congrès et perdre le contrôle de votre prochaine année de vie.

Heureusement, on me dit que le taux de mortalité est négligeable. :p

Profitez bien de la St-Jean!

Mais buvez prudemment!

mercredi 21 juin 2017

Meuhnon, y'a pas de recul

J'ai souvent dit (et encore plus souvent pensé) que la génération qui suit la mienne (disons ceux nés après 1990) sont plus "genrés" que les gens de mon âge. C'est sans doute la génération qui gueule le plus fort au sujet de la culture du viol, de l'égalité des sexes et tout le tintouin, mais en même temps, ce sont les femmes les moins à l'aise avec leur corps que j'ai vues, toujours préoccupées par leur image, par le jugement des autres, gênées de sacrer une bonne gifle (verbale ou réelle) au malotru qui se permet de leur pogner une fesse, rouges tomates lorsqu'elles doivent demander une serviette sanitaire à une collègue.

Plusieurs personnes m'ont dit que, meuhnon, je me faisais des idées. Que les filles de ma génération étaient juste tellement habituées au sexisme ambiant qu'elles ne le remarquaient pas.

Ah bon. Pourtant, j'ai pas l'impression d'avoir grandi avec beaucoup de sexisme. Petite fille, je lisais des bandes dessinées (créées dans les années 1970) de Yoko Tsuno et Valérian et Laureline (série qui s'appelait juste Valérian à l'époque, mais je l'avais même pas remarqué, parce que Laureline bottait des culs autant sinon plus que le héros éponyme! d'ailleurs, la série a été rebaptisée en 2007). Ces bandes dessinées mettaient en scène des filles à la fois féminines et badass, qui savaient user de charme et d'astuce autant que de force.

D'accord, d'un point de vue mathématique, il n'y avait pas encore énormément de personnages féminins dans les produits culturels. Cependant, ceux qui existaient déplaçaient de l'air. Et personne ne m'ayant dit que je n'avais pas le droit de m'identifier à un personnage masculin (après tout, je portais quasiment le même linge et j'avais les mêmes jouets que mes amis-pas-de-e), les héros masculins des autres bandes dessinées ne me posaient pas problème. Dans ma tête, je pouvais très bien taper sur des Romains en compagnie d'Astérix ou découvrir l'Ouest avec Lucky Luke.

En grandissant, je suis tombées sur les romans d'Élisabeth Vonarburg, d'Ursula Le Guin, de Marion Zimmer Bradley... et voilà, mon éducation aux genres (dans le sens féminin ou masculin, quoique dans le sens littéraire aussi) était faite. À un point où mon chum, quand on a commencé à sortir ensemble, a dû me ramener vers des positions plus égalitaristes et moins axées sur la supériorité féminine.

Valérian et Laureline vient d'être adapté au cinéma. Sous le titre Valérian.

Meuhnon, y'a pas de recul.

À quand "Vic et Pol", avec Yoko Tsuno comme personnage secondaire?

lundi 19 juin 2017

L'instant présent et le travail autonome

Avant d'essayer de vivre de ma plume (ou, enfin, d'avoir uniquement l'écriture comme revenu), j'avais encore une vision un peu bucolique de la vie d'écrivain.

Certes, je savais que je ne passerais pas mes journées à écrire en sirotant du café et du thé.

Je savais que je devrais aussi me livrer à beaucoup de recherches, accomplir une montagne de tâches ménagères (parce que je n'arrive pas à dresser mon linge pour qu'il se lave tout seul), m'entraîner, sortir pour donner des conférences, des ateliers, des animations, participer à des salons du livre ou des congrès, rédiger des textes de non fiction pour divers clients...

Mais je crois que je n'avais pas mesuré à quel point je serais continuellement en train de me projeter dans le futur! Qu'il me serait normal, en cette fin de juin, de jongler avec mon horaire du mois d'octobre prochain pour donner à deux écoles différentes des disponibilités pour des animations qui n'entrent en conflit ni entre elles, ni avec les jours de garderie de ma puce et/ou la disponibilité d'une éventuelle gardienne. Le tout, en sachant qu'il est bien possible, une fois septembre venu, que ces animations tombent à l'eau si le prof a changé de poste ou si la direction a changé d'idée ou si la commission scolaire n'obtient pas la subvention.

Qu'il m'arriverait, lors d'une semaine particulièrement chargée de juin (la semaine passée) de devoir terminer la lecture de deux services de presse, de trois romans pour un jury et du manuscrit d'une amie, tout en m'occupant de ma puce, donnant une animation scolaire et rencontrant un directeur littéraire. Tout ça, parce que je n'avais pas vraiment réalisé, en acceptant les divers projets, que toutes les dates de tombée surviendraient quasiment en même temps.

Ouf!

Les salariés qui ont le luxe de ne pas planifier plus loin que la fin de semaine suivante ne se rendent pas compte à quel point ils peuvent vivre dans le présent! :p

lundi 12 juin 2017

Pause et avance rapide

Blogue en pause pour la semaine, parce que ma vie semble sur "avance rapide" pis je sais plus où me garrocher.

Profitez de la pause pour participer à la prévente des Six Brumes si c'est pas déjà fait. (En passant, Jean Pettigrew, l'éditeur de Alire, fera la préface du manuel "Écrire et publier au Québec". Mettons qu'Isa, Carl et moi somme plus que ravis de voir que notre projet s'est mérité l'approbation d'un homme qui travaille depuis des décennies à créer un milieu dynamique pour les littératures de genre au Québec!)

Profitez-en aussi pour lire le feuilleton steampunk de Christian Sauvé, Pax Victoriana, sur la République du Centaure. Ça vaut le détour! (Enfin un auteur de steampunk qui a compris qu'on ne peut pas représenter l'époque victorienne si on essaie de gommer les classes sociales et les autres clivages sociaux-économiques si importants à l'époque!)

vendredi 9 juin 2017

Tranche de vie (19)

Ma fille est à une époque de sa vie où son âge et ses capacités cognitives semblent varier du tout au tout en l'espace de cinq minutes.

Par exemple, ce matin, après s'être assise toute seule sur son siège rehausseur, elle m'a dit :

Elle - Maman, je voudrais des céréales s'il-vous-plaît.

Moi - Bien sûr ma puce.

Je commence à préparer le bol de céréales, tandis qu'elle énumère, en pointant un doigt différent à chaque élément qu'elle mentionne :

Elle - Avec du lait, des céréales carrées, des raisins secs...

Et soudain, sans transition :

Elle - WAAAAAAAAAAAAAAAAHHHH!

Je me retourne brusquement en direction du hurlement. Ma fille est rouge tomate et continue de crier. De grosses larmes coulent sur ses joues.

Elle - WAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHH!

Je me précipite vers elle.

Moi - As-tu bobo ma puce? T'es-tu mordue? Qu'est-ce qui se passe? Pourquoi tu cries?

Elle - WAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHH!

Moi - Dis-moi ce qui se passe, sinon je peux pas t'aider. Utilise tes mots, ma chouette.

Elle- LAAAAAAAAAAAAAIIIIIT!

Ah, je commence enfin à comprendre ce qui se passe.

Moi - Tu veux du lait?

Elle - OUIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII!

Moi - Est-ce que tu peux le demander poliment sans crier?

Elle - WAAAAAaahh... *snif, snif* Du lait s'il-vous-plaît maman.

Y'a pas à dire, ça met de l'action dans une matinée! O.o

mercredi 7 juin 2017

Carpe diem, fleurs de cerisier, YOLO et autre zen

Quand, dans une animation scolaire portant sur la série Hanaken, on me demande ce qui m'a tant attirée dans la culture japonaise, je suis toujours un peu embêtée, car la réponse est triple :

Petite fille, ce sont les magnifiques kimonos qui me faisaient baver d'envie.

Adolescente, les arts martiaux et le concept de pouvoir me défendre moi-même m'a séduite.

Mais maintenant que je suis adulte, c'est plutôt la philosophie, l'art de vivre des samouraïs qui me touche profondément.

(Notons ici que dans tous les cas, ma passion pour le Japon est ressentie principalement envers leur civilisation ancienne. Le Japon moderne a ses bons côtés, mais sa société est plutôt aliénante.)

J'aime le fait que les samouraïs, en tant que groupe sinon en tant qu'individu, savaient que leur vie était aussi fragile qu'une fleur de cerisier. Ils ne se le cachaient pas, ne jouaient pas à cache-cache avec la mort. Ils regardaient en face la menace du trépas et vivaient chaque jour en sachant qu'il pouvait s'agir du dernier.

Il y a une nuance importante à saisir ici. De nos jours, on voit plusieurs personnes, sous prétexte de YOLO (You live only once) vivre comme s'il n'y avait pas de lendemain, pas de conséquence à l'endettement et aux excès en tout genre.

Les samouraïs ne vivaient pas chaque jour comme si c'était le dernier. Ils vivaient chaque jour comme s'il pouvait être le dernier. La possibilité de demain, de l'an prochain ou même du vieil âge n'était pas oubliée, mais leur philosophie les poussait à profiter de chaque instant, de chaque petit bonheur, au cas où il n'y en aurait plus d'autres. Leur quotidien étaient tissé de courts instants de contemplation.

En cela, ils se rapprochent des anciens Romains et de leur "carpe diem, quam minima credulum postero" (qu'on traduit souvent en français comme "saisis l'instant présent sans croire au lendemain", mais qui serait mieux traduit par "saisis le jour présent et fais une confiance minimale au futur"). Tiens donc, la civilisation romaine, mon autre passion historique!

Quand j'explique mes raisons philosophiques aux adolescents, ils me regardent souvent avec des grands yeux confus. Ils sont à l'âge où ils vivent naturellement le moment présent avec intensité. J'espère juste que certains d'entre eux retiendront mes paroles et que, plus tard, quand la course folle de la vie menacera de les emporter dans le tourbillon où on passe la journée à attendre les pauses, la semaine à attendre la fin de semaine, l'année à attendre les vacances, la jeunesse à attendre l'âge adulte et la vie adulte à planifier la retraite, ils se souviendront de l'auteure bizarre qui est venue leur parler un jour.

Et qui leur a raconté que, des fois, c'était important de s'arrêter pendant une minute, de prendre conscience d'un moment agréable (fut-il une première gorgée de café chaud, l'accolade d'une personne qu'on aime ou le parfum des fleurs), d'un coup que ce soit le dernier.

lundi 5 juin 2017

Retour sur mes réflexions mode (3)

Jusqu'à ce que je devienne prof au secondaire (et donc que je passe 8 heures par jour debout dans des souliers de "madame"), mes achats de souliers "propres" s'étaient toujours effectués de la manière suivante :

Étape 1 : Constater que mes souliers étaient vraiment pu regardables, même après un bon cirage.

Étape 2 : Trouver un modèle semblable à celui que j'avais déjà, au plus bas prix possible, et l'acheter.

Cette méthode a connu un renouveau le jour où, après avoir fini une journée d'enseignement en boitant, une collègue m'a expliqué que dans le domaine de la godasse, cheap voulait toujours dire moins confortable. Que ça ne valait pas la peine de payer un millier de dollars pour des chaussures, mais qu'une couple de centaines, investis dans une bonne marque comme Hush Puppies, Clarks ou Ecco, feraient une immense différence.

Hum... À ce moment-là, les seuls souliers que j'acceptais de payer plus que cinquante dollars, c'étaient mes espadrilles. Qui, tiens donc, étaient aussi mes seuls souliers qui ne me faisaient jamais mal aux pieds. Mais je n'avais pas le droit de les porter pour enseigner (maudit code vestimentaire!).

Forte des conseils de ma collègue, et de mon salaire de prof, je m'étais donc acheté rapidement une paire de sandales à talon haut Hush Puppies et des ballerines Ecco.

Les Hush Puppies ont rendu l'âme l'été dernier, à mon grand regret, après neuf ans de loyaux services. Les ballerines me servent encore fidèlement.

J'ai retenu la leçon. À présent, je n'hésite plus à payer un peu cher pour mes souliers. Après tout, je sais que cela leur assure qualité, confort et durabilité.

Enfin, la plupart du temps. Parce qu'on peut aussi tomber sur une marque réputée pour son nom, par un effet de mode.

C'est ce qui m'est arrivée l'an dernier. Je me suis achetée des bottillons à talons hauts Steve Madden, séduite par leur apparence classique (qui se marie très bien à ma garde-robe "capsule") et leur cuir de qualité... Ben aujourd'hui mes orteils, couverts d'ampoules, vous font dire que ce sont des souliers faits pour être regardés, pas pour marcher!!!

Maudite mode!

Le pire : j'ai pas vraiment le budget pour les remplacer... mais croyez-moi, au premier chèque inattendu qui rentre, ils vont prendre le bord!

vendredi 2 juin 2017

Certains écrivains se piègent-ils eux-mêmes?

Ma démarche artistique est centrée sur le conflit.

Le conflit d'un personnage avec un autre.

D'une communauté avec une autre.

D'un personnage avec lui-même.

Quand j'ai une idée d'histoire, je cherche où est le potentiel conflictuel dans mon idée et, voilà, je suis lancée!

Les conflits peuvent se résoudre de plusieurs façons : affrontement, négociation, compromission, abdication...

Bref, j'ai l'impression que je tiens une source d'inspiration assez riche. Parce que tous les types de personnage, dans tous les genres de récit, à toutes les époques peuvent tôt ou tard entrer en conflit. (Et s'ils ne le peuvent pas, ça constitue un conflit entre les attentes d'un lecteur au sujet de la nature humaine et l'univers du récit! :)

Mais dernièrement, je lis certains auteurs et je m'interroge... Est-ce que je suis simplement chanceuse d'avoir le cerveau qui s'illumine grâce à un thème aussi large que le conflit?

Parce que ces temps-ci (remarquez, j'suis ptêt juste pas chanceuse), il me semble que certains des mes auteurs préférés, des gens pourtant très talentueux (non, je ne les nommerai pas et non, c'est pas juste des Québécois), semblent tourner en rond. Leur nouveau roman contient le même genre de personnage que leur roman précédent, la même ambiance, quasiment la même structure narrative... Quand il s'agit d'une série de romans, passe encore (quoiqu'un moment donné je me tanne, car je ne suis pas imperméable aux clichés), mais quand on tente de nous faire croire qu'il s'agit d'un nouveau personnage, dans un nouvel univers, mais qu'au fond c'est la même histoire, là je décroche.

Cette semaine, au moment de refermer un livre terminé de peine et de misère, juste avant de me jurer de ne pas relire une histoire de cet auteur avant au moins 10 ans, j'ai eu un moment de doute.

Et si ces auteurs, que j'ai longtemps eu le réflexe de soupçonner de paresse, étaient piégés dans leur démarche artistique? Obligés d'écrire ce genre d'histoire, parce que c'est tout ce qui leur vient à l'esprit, tout ce qui leur met le feu aux neurones?

Est-ce que vous pensez que c'est possible? Que certains écrivains peuvent se piéger eux-mêmes dans leur source d'inspiration et leur démarche artistique? Qu'ils se retrouvent capable d'introduire des nuances dans leurs histoires, mais jamais de vrai renouvellement? Ou alors ils se copient volontairement eux-mêmes, persuadés d'avoir trouvé le bon filon? (Et en ignorant que le propre des filons, c'est de s'épuiser un jour ou l'autre?)