lundi 29 mai 2017

Tranche de vie (18)

Tout en mangeant son repas, ma puce contemple notre balcon arrière, qu'on voit très bien à travers la porte-patio. Soudain, elle pointe le doigt.

Puce - Regarde maman! Y'a plein d'étoiles d'araignées!

Je suis la direction indiquée. En effet, des arachniques industrieuses ont tendu d'énormes toiles entre les barreaux de la rambarde.

Dialogue intérieur 1 : Awwwwhhhh, des étoiles d'araignées! Tellement cute comme mot d'enfant! En plus, c'est vrai que les toiles ont un peu une forme d'étoile.

Dialogue intérieur 2 : Merde, ça veut dire que mon balcon grouille d'araignées. Beurk, je déteste ces bibittes-là depuis le jour où y'en a une grosse qui s'est prise dans mes cheveux. Je ne sors plus de l'été!

Puce - On peut aller les voir tantôt?

Dialogue intérieur 3 : Misère! Bon, j'veux pas qu'elle soit aussi peureuse que moi plus tard, alors j'vais bien m'attacher les cheveux, mettre des vêtements couvrant, parce qu'à la seule pensée de pattes d'araignée sur ma peau nue je veux hurler, pis on ira.

Moi - Bien sûr ma chérie.

Qu'est-ce qu'on ferait pas pour nos enfants, hein?

Constatation après la sortie d'observation des araignées : ma fille aime les araignées parce qu'elle a compris que les araignées mangent les mouches.

Et elle a une peur bleue des mouches!

O.o

(Quand y'a des gens qui me demandent ce qu'être maman m'apporte en tant qu'écrivaine, cette anecdote est un bon exemple : avant d'avoir ma fille, je n'aurais jamais pensé qu'un enfant pouvait avoir peur des mouches... mais adorer faire semblant d'être poursuivie par un monstre!)

vendredi 26 mai 2017

Scène de bureau (42)

Je viens de passer deux grosses journées à rédiger une communication interne pour un organisme qui comprend le mot "du Québec" dans son nom (j'vous en dit pas plus : mes clients corporatifs ont droit à leur anonymat). C'était un contrat pas facile, parce qu'il fallait être à la fois informatif et léger, mais je pense m'en être bien acquittée. En tout cas, c'est ce que me dit ma cliente par courriel, avant d'insister pour qu'on se parle au téléphone...

Cliente, au bout du fil - C'est super le texte! C'est clair et j'ai ri!

Moi - Merci!

Cliente - Y'aurait juste deux ou trois petites choses à changer.

Moi - Bien sûr, dis-moi.

Cliente - Vois-tu, on a engagé une correctrice pour toutes nos communications à grand tirage. C'est tout nouveau. Elle est avec moi en ce moment, je te mets sur les haut-parleurs. Elle s'appelle Réviseure, dis-lui salut!

Dialogue intérieur : Oh oh. Il y a réviseur et réviseur. Quelle genre de bibitte ont-ils engagé?

Moi - C'est une bonne idée ça, d'engager une pro pour la correction. Salut Réviseure!

Réviseure, d'une voix lointaine - Salut!

Cliente - Elle nous suggère quelques corrections dans ton texte.

Moi - Pas de problème, lesquelles?

Cliente, d'un ton trop mesuré pour être totalement honnête - Quelques coquilles et fautes d'accord et puis... Ben elle voudrait que tu enlèves deux anglicismes.

Moi - Ah? J'en ai mis? Ça se peut, hein, ça se glisse partout. C'est quoi?

Cliente, après s'être raclé la gorge- Fin de semaine et per diem.

Moi, m'étouffant presque de rire - Pardon?

Cliente, peu à peu gagnée par mon hilarité - Fin de semaine et per diem seraient des angli... Ok, non, je ne peux même pas prononcer cette phrase-là. Désolée, Réviseure. On est les Trucs Muches du Québec après tout.

Réviseure, d'une voix lointaine - Oui, mais non, mais weekend et allocation journalière sont...

Je me peux pu tellement je ris. Pauvre réviseure ne sait pas que sa nouvelle patronne a un parti pris pour la langue d'usage.

Moi, les larmes aux yeux - Alors, vous voulez que je fasse les corrections?

Dans un roman, je refuserais catégoriquement, mais pour un texte corporatif qui ne portera même pas mon nom, pourquoi pas?

Cliente - Non, j'voulais juste que Réviseure ait ta réaction en direct. On va s'arranger!

Moi - Bonne fin de journée à toutes les deux! Bon courage, Réviseure!

Désavantage du travail à la maison : j'aurais aimé voir la tête de la pauvre fille.

Avantage : j'aurais ptêt pas ri autant si je l'avais eue en face de moi. Là j'ai rigolé toute seule pendant le reste de la journée. (Pis après je suis tombée sur un statut Facebouette de L'Insolente Linguiste qui riait de la même affaire! Soit c'est de la synchronicité, soit elle connaît Réviseure!)

mercredi 24 mai 2017

La maladie mentale, c'est pas fantastique

Voilà deux livres que je lis et qui se réclament d'une étiquette "fantastique".

Or, après les avoir refermés, je dois constater que cette étiquette est fausse. Il n'y a pas de fantastique dans ces histoires. Tous les éléments étranges ou hors de l'ordinaire s'expliquent par la maladie mentale d'un personnage, qui fausse ses perceptions.

Et on est pas dans certaines (excellentes) histoires d'Ariane Gélinas (ou de Lovecraft ou d'autres) mettant en scène un personnage déjà fragile qui dérape complètement quand un élément surnaturel survient. Non, dans ces romans, pour tous les gens entourant le personnage malade, rien de fantastique n'arrive. Ils ne voient qu'un malade, manipulé par ses visions, ses illusions, ses tourments. L'auteur prend la peine d'écrire quelques chapitres finaux pour nous le confirmer : tout s'est passé dans la tête du personnage.

Je trouve ça infiniment triste comme situation.

Triste en tant que lectrice de fantastique qui se fait spolier en découvrant, à la fin d'un bon roman, que tous les éléments intéressants n'existaient pas. (C'est la version "psychiatrique" de la chute "ce n'était qu'un rêve" qu'on déteste tous passionnément).

Mais triste aussi en tant que personne qui a vu de près des cas de maladie mentale. La maladie mentale, c'est pas fantastique. C'est pas du fantastique.

C'est réel.

Alors si vous ne l'utilisez pas dans le cadre d'une vraie histoire de genre, mettez-la donc dans le bon rayon et sous la bonne étiquette!

...

Bon, cette montée de lait ayant été faite, je vous signale qu'un petit bonus vient de s'ajouter pour les participants de la prévente des Six Brumes : au cours de l'année 2017, vous aurez droit en exclusivité à l'une de mes nouvelles inédites.

Il s'agit d'un texte de fantasy humoristique, un genre d'hommage à Terry Pratchett décédé cette année-là, qui a vu le jour en atelier. La consigne était de prendre notre histoire et de changer l'une des caractéristiques principales du personne central. Un homme devenait femme, un vieux devenait jeune et mon épée intelligente devenait... Bah, participez à la prévente et vous verrez bien! ;)

vendredi 19 mai 2017

Prévente 2017 - Le Cirque des Monstres déploie son chapiteau!

La prévente 2017 des Six Brumes bat son plein. Déjà, les premiers objectifs sont atteints : les livres pourront être imprimés (hourra!) et Horrificorama sera même illustré et doté d'une préface par Patrick Sénécal (youpi!).

À partir de maintenant, chaque dollar récolté durant la prévente participera à la stabilité financière des Six Brumes (yeah!), au paiement des auteurs (joie!) et à l'obtention de quelques bonis pour les participants (c'est à votre tour de vous exclamer, parce que je manque d'interjection là!), notamment des affichettes tirées des couvertures des livres.

Si vous voulez un avant-goût d'Horrificorama, des extraits des textes ont été publiés ici par les Six Brumes (avertissement : je m'abstiendrais de les lire en mangeant...)

Isa, quant à elle, nous jase sur son blogue de la genèse du projet Écrire et publier au Québec. Ainsi que de la genèse d'Horrificorama. (Si 2017 a été l'année où je sortais de ma zone de confort, ça a aussi été l'année où les projets d'Isa voyaient le jour!)

Et il paraît que la République du Centaure fera une annonce me concernant au début de la semaine prochaine. Je ne vous en dit pas plus, mais je vous invite à aller lire la première partie du feuilleton steampunk de Christian Sauvé. Ça n'a pas de rapport avec moi, mais ça promet!

Si ce que vous découvrez avec tous ces liens vous enchante et/ou vous intrigue, n'oubliez pas de contribuer à la prévente!

Ces beaux projets carburent à la passion, mais cette devise n'est pas encore acceptée dans les épiceries! (c'est pas faute d'avoir essayé...) :p

mercredi 17 mai 2017

Parlons d'appropriation culturelle

Au Boréal, les mots "appropriation culturelle" ont été prononcés comme ça, en passant, au détour d'une table-ronde, mais la question est rapidement devenue "Peut-on écrire au sujet d'autres cultures que la nôtre?"

Question qui a évidemment reçue un "oui" unanime. Aucun auteur (surtout pas un auteur de SFF) ne veut limiter son imaginaire à sa réalité de Blanc francophone éduqué vivant au 21e siècle!

La semaine suivante, une "bombe" portant sur le même sujet a explosé dans le milieu littéraire canadien-anglais. Dans un numéro spécial d'une revue, numéro portant sur les auteurs autochones, l'éditeur a nié l'existence du problème de "l'appropriation culturelle", disant qu'écrire au sujet des autres cultures, ça devrait se mériter un prix. Qu'on devrait inventer le "Prix de l'appropriation culturelle".

Hum... Parlez-moi d'un éditeur qui aurait dû demander à quelqu'un de l'éditer! Il a dû remettre sa démission.

Pourquoi? Parce que, comme nous l'avons un peu fait au Boréal, il a mélangé deux problèmes.

L'appropriation culturelle, ce n'est pas le fait pour un auteur X appartenant à une culture Y d'écrire au sujet d'une culture Z. Ça, c'est un "emprunt culturel" ou, tout simplement, de la liberté artistique et de l'ouverture aux autres.

L'appropriation culturelle, c'est quand l'auteur X provient d'une culture Y qui a colonisé, dominé et écrasé la culture Z et que, dans son oeuvre, l'auteur X emprunte des éléments à la culture Z en les caricaturant, les dénaturant, en niant leur provenance ou en méprisant leur culture originale.

Donc...

Un Québécois qui, après des recherches minutieuses, écrit une histoire d'un Indien qui immigre à Montréal pour enseigner le yoga et ouvrir un resto de poutine, en un genre de Mange, prie, aime inversé = pas de problème. (Le Québec n'a jamais colonisé l'Inde).

Une Québécoise qui, après des recherches minutieuses, écrit une série de roman sur la réalité des adolescents au Japon en l'an 1550 = pas de problème non plus (et même un prix remis par l'ambassade du Japon... mais d'où est-ce que je tire cet exemple, hein? ;)

Un Québécois qui, sans trop faire de recherches, écrit l'histoire d'un Amérindien ivrogne qui s'arrange pour exploiter le système gouvernemental et porte des plumes pour aller à l'épicerie = gros problème (cliché réducteur et méprisant, par un descendant des oppresseurs originaux).

Et un Québécois qui, après des recherches minutieuses, écrit l'histoire d'une jeune Amérindienne qui, surmontant les problèmes sociaux vécus sur sa réserve, s'installe à Montréal pour étudier et devenir enquêteuse de la SQ = ... euh...

Voyez-vous, c'est avec ce troisième exemple qu'on touche au côté épineux de la notion d'appropriation culturelle. Personnellement, je n'y verrais pas de problème et, même, pour peu que le roman soit bien fait dans ce sens, j'aurais tendance à saluer l'intention de l'auteur de mettre en lumière la réalité difficile des Amérindiens et de s'éloigner des clichés les concernant. Cependant, certains chantre de l'appropriation culturelle pourraient lui en vouloir en disant qu'il parle à la place d'une minorité historiquement muselée ou qu'il exploite leur misère et leur histoire et leur culture pour faire de l'argent (enfin, dans la mesure où l'écrivain fait de l'argent...).

Je comprends en partie la critique, mais en même temps, elle me semble faire fi d'une tendance en sociologie des médias (observée autour de la montée d'Obama en politique) : le fait qu'en donnant de la place à un groupe social dans des fictions, on finit par habituer le public à leur présence dans la réalité. Donc, plus on dépeint avec respect et positivisme un groupe social victimisé et dévalorisé, plus on a des chances de l'aider à améliorer son sort. On ne serait donc pas en train de prendre la place de quelqu'un et de l'empêcher de parler, mais plutôt de lui tendre la main pour qu'il monte sur l'estrade et prenne le micro... (Je ne sais pas pour vous, mais moi quand je lis des nouvelles horribles et déprimantes et peu diffusées, j'ai tendance à penser "Je devrais écrire un roman là-dessus pour attirer l'attention des gens").

Toutefois, ce n'est pas toujours perçu ainsi. Et certaines communautés se méfient des mains tendues. En fait, même mon premier exemple, celui avec l'Indien, pourrait être mal perçu par certaines personnes, car si les Québécois n'ont pas exploité l'Inde, les Blancs l'ont fait, l'Occident l'a fait...

Personnellement, je ne sais pas trop où je me situe dans cette zone grise et épineuse. Je comprends que certains créateurs issus de communautés culturelles pourraient prendre ombrage d'un roman de ma plume qui parlerait de leur culture si mes écrits recevaient plus d'attention que les leurs (on est tellement dans l'hypothétique ici que c'est quasiment de la SF!). Cela dit, je ne pense pas que je doive, parce que je suis une hétérosexuelle Blanche occidentale cisgenre de classe moyenne m'empêcher d'explorer d'autres réalités que la mienne (si je ne peux pas donner une voix à ceux qui n'en ont pas, ça me donne quoi d'être éduquée et privilégiée?!?) Je pense que l'important c'est toutefois, lorsqu'on met en scène des cultures qui ne sont pas la nôtre, de se documenter le mieux possible et de faire preuve de respect.

Oh et de ne pas nier l'existence de l'appropriation culturelle et de l'insulte ressentie par certaines personnes! En cas de problème, on s'excuse, on demande ce qu'on a écrit d'inexact et on rectifie le tir la prochaine fois!

Enfin, c'est la voie que je me propose de suivre. Et vous, connaissiez-vous ce phénomène d'appropriation culturelle? Si non, il y avait un article dans La Presse hier qui résume l'affaire canadienne-anglaise et les différents concepts. Qu'est-ce que vous en pensez? Est-ce que ça remet vos écrits en question? Est-ce que, dorénavant, vous hésiterez à vous inspirer d'une mythologie étrangère ou d'une culture peu connue pour nourrir vos imaginaires?

lundi 15 mai 2017

Ma mère était...

En ces lendemains de fête des mères, je vois beaucoup de statuts Facebook et de billets de blogue où les gens écrivent des lettres d'amour à leurs mères. Vantent leurs mérites, leurs sacrifices, leur amour inconditionnel.

Chaque fois, j'ai un malaise. Parce que je ne pourrais pas écrire ce genre de texte. En partie parce que ma mère n'est plus là pour les lire. Mais en partie parce que je ne reconnais pas ma mère dans ces portraits.

Ma mère était une femme magnifique. Preuve à l'appui :

Photo prise en février 2007, lors de mon mariage. Elle avait 51 ans. 

C'était une vraie rousse, avec la peau de lait qui va avec. Elle était grande, avec un petit buste, le nez long et droit, ainsi que de magnifique yeux noirs qui contrastaient avec son teint pâle. Si je devais la décrire en un seul mot, ce serait "racée", élégante.

Et pourtant, elle se détestait.

Je ne me souviens pas d'elle autrement que mince, mais elle ne l'était jamais assez à son goût. Alors elle s'imposait une interminable série de régimes et d'exercice, puis se regardait dans le miroir en soupirant de découragement, les mains sur sa petite bedaine basse qui ne voulait pas disparaître. Elle s'est payée une liposuccion parce que sa culotte de cheval la dérangeait encore plus que sa bedaine. Après, elle n'était toujours pas satisfaite de sa silhouette, trouvant que la disparition de son surplus de cuisse faisait ressortir ses hanches trop larges.

En voyant la photo ci-dessus, elle s'était plainte de ses dents croches et jaunes. De ses rides.

Elle était toujours malheureuse. Ne se sentait jamais assez belle, assez instruite, assez performante, assez riche, assez indépendante, assez soutenue, assez aimée. Elle n'était pas parfaite et ne l'acceptait pas. Elle a fait deux dépressions, pris des médicaments, suivi des thérapies.

Elle nous mettait beaucoup de pression à ma sœur et à moi pour qu'on soit mieux qu'elle. Plus belles, plus instruites, plus indépendantes, plus performantes. Régimes, discours interminables sur l'importance des études et de ne pas dépendre d'un homme pour vivre (et ce, même avant qu'elle et mon père divorcent), mises en garde au sujet du fardeau de la maternité, etc.

Un ACV massif l'a frappée à 52 ans. Six mois après la photo ci-dessus. Elle a survécu, mais elle n'a jamais été la même ensuite. Si elle ne s'acceptait pas avant, vous pouvez deviner qu'après, ce fut catastrophique. Elle est décédée accidentellement 4 ans plus tard, mais elle avait perdu le goût de vivre depuis longtemps.

Il y a des jours où je me demande si elle l'avait déjà eu.

Sa maladie, puis sa mort m'ont secouée. Pas immédiatement, outre la peine normale d'un tel deuil, mais peu à peu. J'étais entrée moi aussi dans la course à la performance. Je mettais des vêtements chics, des bijoux et du maquillage pour aller travailler. Je pensais à la chirurgie plastique pour régler quelques défauts. Je voulais tout faire moi-même dans tous les domaines et je pestais lorsque ça ne fonctionnait pas. Je n'avais pas bien performé comme enseignante au secondaire, mais je refusais l'idée de finir mes jours derrière un bureau de secrétaire juridique ou de crever de faim en tant qu'artiste...

Puis je me suis rendue compte de ce qui se passait. J'étais en train de me rendre malheureuse. Toute seule, sans raison.

J'ai décidé de renverser le courant. D'accepter d'être moi. De me trouver belle, malgré ma dent croche et de mes autres défauts que vous voyez ou pas. De me trouver performante et indépendante, même si, techniquement, je ne gagne pas ma vie. De demander de l'aide au lieu d'attendre qu'on m'en propose.

C'est un long processus. Il y a parfois des rechutes. Parce que je ne suis pas parfaite. Mais je fais de mon mieux.

Pour ma fille. Pour qu'elle puisse un jour écrire à quel point sa mère est une femme magnifique et aimante.

C'est dur d'aimer les autres lorsqu'on ne s'aime pas soi-même.

Moi je t'aimais très fort, maman. Bonne fête des mères.

vendredi 12 mai 2017

Cervelle d'écrivain (9)

Ma cervelle d'écrivain est un drôle d'endroit qui abrite, en plus du subconscient, des souvenirs, des émotions et du Moi conscient rationnel qui tient les commandes, une Muse qui s'ingénie à foutre le bordel. Comme l'autre jour...

Muse - Bon matin, Gen! Sais-tu quoi? J'ai une super idée pour une histoire policière!

Moi conscient rationnel - Ok, je vais la noter, mais je te préviens : tu m'as déjà donné deux romans policiers complets, alors le temps que j'arrive à écrire ta nouvelle idée, ça va être long.

Muse - Oh, mais c'est pas un roman celle-là, c'est une nouvelle.

Moi - Ah ah! Elle est bonne. Je ne fais plus de nouvelle policière : y'a plus de revue pour les publier.

Muse - Pas grave, tu vas vouloir l'écrire dès que je te l'aurai dite.

Moi - C'est ça, c'est ça.

Muse - J'en suis sûre.

Moi - Écoute, c'est pas que t'es pas intéressante, mais des idées géniales, t'en as deux par semaine. Alors c'est pas comme si je manquais de boulot.

Muse - Tu veux parier?

Moi - Si je veux parier que je saurai résister à la tentation d'écrire une nouvelle qui n'a aucun espoir de mise en marché au lieu des romans sur lesquels je travaille déjà? Bien sûr, qu'est-ce qu'on parie?

Muse - Une seconde nouvelle.

Moi - Grmmmpfff... Bon, ok, pourquoi pas. De toute manière, tu vas perdre. Alors, c'est quoi ton idée?

Muse - C'est (explication de l'idée).

Moi (ravi par l'idée, mais fâché d'avoir perdu) - Merde!

Muse (satisfaite) - Je te l'avais dit.

Moi - Alors je te dois deux nouvelles, c'est ça? Celle-là et une autre? Le truc de SF je suppose?

Muse - Ouais.

Moi (faisant contre mauvaise fortune bon cœur) - Ok, donne-moi le temps de terminer mon projet en cours et je m'y mets.

Muse - Yé! J'aime ça quand je gagne contre toi. Et, d'ailleurs, ça me donne une autre idée (explication de l'autre idée).

Moi (exaspéré) - Ah non! Là, t'es gentille, pis celle-là t'en fais un billet de blogue, d'accord? De toute manière, l'écrivain qui s'obstine avec lui-même, ça fait longtemps que c'est plus original!

;)

mercredi 10 mai 2017

Comment savoir si vous êtes perdus

À la suite d'une conversation sur Facebook avec des amis (et de la fin de semaine passée à Québec), j'ai eu l'idée de ce petit guide :

Comment savoir si vous êtes perdus en quelques questions faciles

1- Suis-je avec vous?

Oui? Ouille, ça part mal : je me perds très souvent.

Non? Vous n'êtes probablement pas perdus. L'expérience a démontré que 99% de la population se perd moins souvent que moi.

2- Est-ce que je sers de guide?

Oui? Oh oh... (Mais à quoi avez-vous pensé?)

Non? Tout va bien alors, mais soyez gentils : assurez-vous que je demeure avec le groupe, sinon je ne vous retrouverai sans doute jamais.

2- Sommes-nous au centre-ville de Montréal, dans le Montréal sous-terrain ou dans l'une des trois villes de la Rive-Sud où j'ai vécu?

Oui? Si nous sommes perdus, ça devrait être seulement temporaire, parce que je connais ces coins-là suffisamment pour me retrouver. Par contre, ne vous attendez pas à prendre le chemin le plus court. (Comme peuvent en témoigner toutes personnes non munies d'un GPS ayant proposé de me reconduire chez moi.)

Non? Là, ça va mal.

3- Est-ce que j'ai un plan dans les mains?

Oui? Il y a encore de l'espoir. Pour des raisons de survie, j'ai appris à lire un plan.

Non? Commencez à essayer de repérer un passant, un poste de police, un commerce ou tout autre manière de demander votre chemin.

4- Est-ce que je viens de dire "me semble que c'est par là"?

Oui? Vous êtes perdus.

Non? C'est parce qu'on est rendus à Oz, Narnia, Fillory ou autres dimensions apparentées!

lundi 8 mai 2017

Boréal 2017 ou l'art de mettre la pédale douce

Jeudi matin, tout en faisant mes valises, j'ai préparé mon itinéraire pour le Boréal. J'avais tellement d'activités, disséminées entre deux lieux (le monastère des Augustines et la Maison de la littérature, deux superbes établissements), que je voulais être sûre de ne rien oublier.

Et là, ça m'a frappée : il y en avait trop.

Mon horaire d'activités obligatoires étaient tellement chargé que je n'aurais pas le temps d'assister à des tables-rondes données par d'autres, de jaser avec des amis, d'aller manger tranquillement (ni même de manger tout court certains jours!), bref, de me ressourcer et de m'inspirer. En plus, je venais de passer une semaine difficile côté sommeil (car ma puce a donné sa suce au Roi Lapin et l'a cherchée souvent au milieu de la nuit lorsqu'un cauchemar ou un bruit la réveillait), alors je manquais déjà d'énergie.

Par les années passées, j'ai toujours quitté le congrès avec des nouvelles idées et une pulsion créatrice renouvelée. Mais là, je regardais mon horaire et je sentais que je finirais le congrès vidée, ayant passé mon temps en représentation plutôt qu'en réception.

Évidemment, vu mon statut d'invitée, il était hors de question que j'annule mes participations à des tables-rondes ou au maltraitement de texte. Après tout, je devais contribuer à l'animation du congrès! (Même si, étant donné ma performance médiocre au maltraitement de texte, j'aurais ptêt pu m'absenter finalement! lol!)

Par contre, rien ne m'empêchait de mettre la pédale douce du côté des classes de maître et du marathon d'écriture. J'éliminais une source de revenu potentielle (le marathon), mais je retrouvais ma flexibilité d'horaire et ma tranquillité d'esprit.

C'est donc ce que j'ai fait. Tout en riant un peu de moi-même : surcharger un horaire sous prétexte de gagner un peu plus d'argent, c'est un comportement de carriériste ça, pas celui d'une écrivaine qui a lâché son boulot alimentaire pour s'occuper de sa fille et de son écriture! :p

Suite à cette décision, j'ai passé une excellente fin de semaine. J'ai pu jaser (beaucoup) avec des amis précieux que je ne vois pas souvent ou, à tout le moins, les saluer (et baver d'envie devant les corsets colorés d'Ariane!). J'ai survécu aux redoutables cadres de porte du monastère (en fait, j'ai pas compris de quoi les gens se plaignaient, faut croire que ça m'a passé au-dessus de la tête :p ) et j'ai livré ma seconde performance de conte à vie (devant Éric Gauthier, parce que, hé, j'allais quand même pas me donner ça facile).

Aujourd'hui, je me sens revigorée, prête à entamer 22 projets à la fois!

Par contre, je pense que j'ai oublié ma voix à Québec. Si quelqu'un la retrouve, prière de me la rapporter! :p

vendredi 5 mai 2017

Le Chasseur a un nouveau nom!

Dans ma novella Le Chasseur, je racontais l'aventure d'un champion d'arts martiaux mixtes devenu aveugle, Hugues "Le Chasseur" Dussault.. en prenant le point de "vue" de l'aveugle pour la narration (exercice de style qui m'a donné bien des maux de tête!).

Eh bien, je dois admettre que je me suis trompée de nom. Le Chasseur, comme le démontre cet article paru dans La Presse, aurait dû s'appeler Yves Tougas.

C'est fascinant d'inventer quelque chose de toutes pièces en extrapolant à partir de notre compréhension de la réalité (je ne voyais pas pourquoi le fait de ne pas voir empêcherait un combattant professionnel de continuer à pratiquer sa discipline) et de découvrir qu'on a vu juste! :)

Par contre, le vrai Chasseur est encore plus fort que le mien : il a appris à se battre APRÈS être devenu aveugle.

PS : Si jamais vous avez pas lu Le Chasseur, il en reste des copies en vente et on l'a même en format électronique.

PPS : Je suis dans le bus en direction de Québec, alors à lundi!

mercredi 3 mai 2017

Prévente 2017 et autres nouvelles

La prévente 2017 des éditions des Six Brumes est lancée!

Elle compte quatre ouvrages cette année, outre la République du Centaure (notre webzine mensuel), c'est à dire : le roman réaliste par fragment Vivre de l'auteure Jeanne Lessard (roman gagnant du concours "Sors de ta bulle" qui permet à certains jeunes des écoles secondaires de la région de Sherbrooke de vivre une première expérience d'écriture et d'accompagnement professionnel), le roman de science-fiction érotique La Ruche de Michèle Laframboise (aussi connue comme la Savante Folle), ainsi que deux ouvrages auxquels j'ai participé, Écrire et publier au Québec - les littératures de l'imaginaire coécrit avec Isa et Carl (donc je vous ai déjà abondamment parlé), ainsi que Horrificorama, un recueil comptant 15 nouvelles d'horreur en tout genre, écrites par 15 auteurs dont les noms vous seront familiers si vous fréquentez ce blogue une fois ou deux par an! :p

Je vous ai peu parlé d'Horrificorama, car le projet, piloté par Pierre-Alexandre Bonin, est resté longtemps en chantier. Ce n'était pas évident de coordonner 15 auteurs différents, ni de s'assurer que tous les types d'horreur seraient couverts dans le recueil! Mais je crois que c'est réussi. Personnellement, je me suis donné le défi de revisiter une créature des histoires d'horreur classiques et de travailler plutôt dans le registre de l'ambiance angoissante que de l'horreur pure. Vous me donnerez vos impressions quand vous l'aurez lue, car je sortais, encore une fois, de ma zone de confort!

(Coudonc, c'est mon thème cette année... Entk, entre le recueil d'histoires d'amour et le recueil d'histoires d'horreur, si jamais quelqu'un me dit qu'il ne m'a pas lue parce que je ne pratique pas "son genre de littérature", je pourrai lui dire qu'il est de mauvaise foi! lololol!)

À part ça, mon éditrice vient de m'apprendre que Hanaken I devrait être réimprimé sous peu! :) Pas pire pour un livre publié en 2011! :D (Et qui a mystérieusement disparu du site de Prologue, qui nous assure que c'est un bug et qu'ils en ont toujours en stock). J'suis toute heureuse : ce sera ma première réimpression! :) *insérez ici un smiley qui fait une danse de la joie*

Vendredi, je pars pour Québec et le congrès Boréal, auquel je participerai pour la première fois en tant qu'invitée! *autre smiley tout heureux qui fait des steppettes* Comme je me suis inscrite à deux classes de maître, que je participe au maltraitement de textes, que j'anime deux activités le dimanche, puis que j'irai au marathon d'écriture, je crois que j'aurai mon horaire de congrès le plus chargé à ce jour! (Ok, c'est pas dur, d'habitude je passe 50% du congrès à jaser dans les couloirs... :p )

Alors si vous voulez qu'on s'y voit, écrivez-moi, on s'organisera quelque chose. Parce que je vous préviens tout de suite : ne me cherchez pas le dimanche lors de la remise des prix. Dans le plus grand respect de ma tradition personnelle lorsque les congrès se tiennent à Québec, je vais avoir filé à l'anglaise avant le début de la cérémonie de clôture, histoire d'accrocher le bus de 14h30 et d'être chez moi assez tôt pour embrasser ma puce avant de la mettre au lit. (Pourquoi cet empressement? Ben, de un, je vais m'être ennuyée de ma famille, et, de deux, trois jours sans maman, pour ma petite puce de même pas trois ans, c'est déjà pas mal long, alors je vais éviter de lui donner l'impression que ça s'étire sur encore plus longtemps!)

lundi 1 mai 2017

Le masculin est le nouveau neutre

Tandis que je cogitais pour écrire le dernier billet (mais qu'il n'était pas écrit et donc qu'on ne m'avait pas encore proposé la "règle de proximité" qui, tant qu'à moi, règle 90% des vexations actuelles du français), tandis que je cogitais, donc, sur la supposé nécessité de la création d'un nouveau genre neutre en français, j'en ai jasé à mon chum.

Celui-ci en appliquant sa logique de programmeur (quand on doit changer quelque chose d'établi, on essaie de réduire au maximum les impacts sur les manières de faire existantes, en réutilisant les structures en place) m'a proposé l'option suivante :

Puisque le masculin est déjà entré (plus ou moins volontairement) dans l'usage comme option neutre par défaut, pourquoi ne pas rebaptiser ce masculin en "neutre" et créer un genre exclusivement masculin, à réserver pour les occasions où on veut bien marquer le genre d'une personne ou d'un animal?

On aurait en prime l'avantage de faire disparaître tout l'héritage misogyne des textes antérieur à l'époque de l'égalité des sexes : une fois les locuteurs habitués à ce nouveau masculin, ils verraient les usages de l'ancien masculin comme une neutralité englobant les deux sexes et ne permettant pas de présupposé une majorité masculine ou féminine dans aucun métier, groupe social, etc.

(Cette partie fait dresser les cheveux de l'historienne en passant, mais bon...)

L'idée de mon chéri m'ayant inspirée, j'ai décidé de réfléchir un peu à la forme que ce nouveau masculin pourrait prendre.

Le e et le a étant souvent des lettres associées au féminin, et le i de il devant une marque du neutre, j'ai élu le o comme lettre sonore signalant le nouveau genre masculin et le h comme lettre muette.

Vous vous demandez ce que je veux dire par là? Disons qu'avec mon nouveau genre, les déclinaisons donneraient :

il est confus
elle est confuse
ollo est confuso
ils sont confus
elles sont confuses
ollos sont confusos

il est tombé
elle est tombée
ollo est tombéh
ils sont tombés
elles sont tombées
ollos sont tombéhs

De même, pour les déterminants et les noms, on obtiendrait :

mon, ma, mo, mes
son, sa, so, ses
le, la, lo, les
un, une, uno

auteur, auteure, auteuro
acteur, actrice, actro
chanteur, chanteuse, chantro (ou chanteuro, mais c'est laitte...)
poète, poétesse, poèto
étudiant, étudiante, étudianto

petit, petite, petiot (tsé, ça existe déjà, réutilisons)
grand, grande, grando
beau, belle, bel (qui deviendra sans doute bello avec le temps...)

Nos années d'entraînement à utiliser l'ancien masculin en tant que neutre devraient nous aider à ne marquer le genre des mots qu'en cas de nécessité (et donc éviter de parsemer le langage de "o" étranges).

Et on ne lira plus des syntaxes pointées et des parenthèses inutiles sur les blogues militants et les journaux féministes! (Enfin, à condition que les féministes ne considèrent pas que ce nouveau masculin est une autre victoire injuste des hommes...)

Pis avant que vous en parliez : non, j'ai pas réfléchi à tout ça juste pour le plaisir et, oui, je compte utiliser ce nouveau masculin dans une nouvelle! :p