lundi 14 mars 2016

Les éditeurs ne sont pas des parasites

L'équipe d'Enquêtes a dénoncé des éditeurs qui abusent de leurs auteurs, en leur demandant de payer pour publier (tandis qu'ils encaissent des subventions destinées à compenser le risque financier qu'ils n'ont pas pris!) ou en ne leur versant pas leurs droits d'auteur.

C'est parfait, il fallait que quelqu'un dénonce ces exploiteurs!

Malheureusement, je trouve que ce qu'on lit le plus sur les réseaux sociaux depuis ce reportage, c'est un rejet en bloc des éditeurs. Un mépris de leur travail. Ce qui revient le plus souvent? Qu'à l'heure du livre électronique, les auteurs devraient s'autopublier sur les plate-forme web et laisser mourir les éditeurs, ces "parasites" et "exploiteurs".

Or, les éditeurs ne sont pas des parasites.

L'éditeur, c'est l'investisseur du milieu du livre. C'est celui qui avance l'argent pour que l'auteur puisse améliorer son livre (et sa manière d'écrire) grâce à la direction littéraire et à la révision, qu'il puisse le doter d'une présentation visuelle intéressante, l'imprimer (ou le mettre en vente sur la plate-forme web de l'éditeur) et bénéficier d'un minimum de publicité. Sans leurs éditeurs, les auteurs ne seraient pas aussi bons, leurs livres ne seraient pas aussi achevés.

Tous les éditeurs ne sont pas aussi bons, aussi motivés, aussi impliqués... mais ils font presque tous le minimum sans lequel les auteurs n'atteindraient jamais un niveau professionnel.

Et l'autopublication en format électronique, c'est peut-être payant pour quelques exceptions, mais la plupart des auteurs ne vendent qu'une poignée d'exemplaires. Pourquoi? Parce que la majorité des lecteurs vont acheter quelques titres, trouver que ce qu'ils ont acheté c'est d'la marde (et les chances sont fortes : la majorité des livres électroniques autopubliés sont bourrés de fautes et n'ont pas été retravaillé!) et abandonner la plate-forme au profit d'une autre... Gageons que lorsqu'ils trouveront enfin des produits de qualité, ils seront le fruit d'un processus éditorial!

La preuve que l'autopublication en format électronique ne nourrit pas son écrivain : on entend parler ces dernières années de best-seller publiés en format papier après qu'un éditeur ait repéré le travail autopublié de l'auteur (le plus connu étant Fifty Shades of Grey...). Tiens, tiens... C'est drôle, mais on ne parle pas de livres imprimés qui deviendraient subitement de gros succès APRÈS avoir été publiés en format électronique...

Je vous laisse méditer là-dessus. Pour ma part, je vais retourner écrire, histoire de rencontrer les délais fixés par mes éditeurs! ;)

10 commentaires:

Prospéryne a dit…

Je dois avouer mal comprendre ton avant-dernier paragraphe... :/

Dominic Bellavance a dit…

Tu as malheureusement raison, en ce qui concerne les livres autopubliés en français. Un très grand nombre d'auteurs font mauvaise presse pour l'entièreté de la communauté, et ça affecte ceux qui s'efforcent de produire des livres de qualité (catégorie dont j'espère faire partie).

Cela dit, depuis que je suis un "hybride" (certains livres chez des éditeurs, certains produits de façon indépendante), je ne voudrais plus revenir en arrière. Chaque voie a ses avantages et ses inconvénients, mais je ne crois pas qu'en 2016, on puisse encore être dichotomiques devant ces réalités. Certes, le livre "indé" est beaucoup moins développé dans le monde francophone qu'anglo (en anglais, la qualité est souvent au rendez-vous si on connait les bons auteurs). Il suffirait que les indépendants d'ici acceptent de se professionnaliser et de s'entourer des bonnes personnes. Mais comme tu le dis, la plupart empruntent cette voie uniquement parce que ça n'a pas marché du côté des éditeurs professionnels; ils veulent à tout prix vendre leur livres. Ça donne ce que ça donne :(

Gen a dit…

@Prospéryne : J'avoue que c'est pas clair, je vais réécrire! :p

@Dominic : Mais même du côté anglo, tu le dis : il faut connaître les bons auteurs (ne les connaissant pas, j'ai déjà acheté de la grosse merde par inadvertance). Et, souvent, ces bons auteurs-là ont dû connaître des éditeurs à un moment de leur processus, non? Toi même tu publies en indépendant maintenant, mais tu sais ce que c'est qu'un processus éditorial, tu vas chercher un regard extérieur sur ton oeuvre en cas de besoin.

Je pense que la publication "indie" va connaître un essort le jour où des plate-forme vont offrir/exiger que les livres qu'ils vendent subissent une direction littéraire. Parce qu'on ne peut pas laisser cette responsabilité-là dans les mains des auteurs qui, comme tu le soulignes, veulent souvent juste vendre leur livre.

Shadow_x99 a dit…

Éditeur, utile? Sûrement! Je vais prendre ta parole, car je suis pas écrivain, et je n'ai certainement pas le talent pour le devenir. (Il faut jamais dire jamais... Mais je suis programmeur, alors écrire un livre sur la prog, OK... Mais écrire un roman. Bwa hahahah !)

Cependant, un truc que je trouve très plate, c'est que bien souvent, je ne sais d'ou exactement (l'éditeur? l'auteur? who knows?), les auteurs ne publient que bien peu souvent leurs oeuvres en format électroniques. Je sais que c'est le fun le papier, ca sent bon, c'est tellement plus intime/personnel, mais ca prend de la place!

Trimbaler une brique de 900 pages dans le métro de Montréal, je l'ai fait, pis ça me faisait "chier" (En plus de maganer le livre en question), c'est pour ça qu'en tant que consommateur, je favorise maintenant les livres en format numérique, c'est beaucoup plus pratique pour moi de lire sur mon téléphone que de trimbaler des gros livres.

J'ai d'ailleurs racheter mes best-of en format numérique, et j'ai fait don des copie papier à des personnes dans le besoins... Résultat: 4 grosse bibliothèques ben pleine qui sont devenu vide du jour au lendemain, et donc, une pièce de moins nécessaire dans la maison pour entreposer tout ça!

Unknown a dit…

En fait, ce que je constate de ce phénomène, c'est d'une part une extension du sentiment d'anti-intellectualisme qui s'attaquait auparavant à l'université et aux études dites "non-rentables" (sciences sociales, philosophie, études littéraires, études médiévales, histoire, name it) et à d'autres sphères du savoir et qui se tourne maintenant vers les éditeurs. Ironiquement, cette impression de parasitisme découle d'une méconnaissance totale du processus d'édition. D'autre part, c'est un prolongement de l'individualisme à tout vent qui prend de plus en plus d'ampleur. Tout le monde devrait avoir le droit d'être publié, en autant qu'ils ont quelque chose à dire, peu importe la qualité ou la pertinence de leurs propos...

Et si les éditeurs conventionnels refusent leurs manuscrits, ce n'est qu'en raison d'un aveuglement et d'une incompréhension de leur immense talent. Ce sont TOUS des J. K. Rowling en puissance qui sont simplement incompris. De là l'autopublication et/ou la publication en numérique.

Ce qui a ensuite pour effet pervers que des auteurs talentueux (coucou Dominic!) qui veulent explorer l'édition numérique en utilisant leur bagage dans l'édition papier se retrouvent noyés dans une mer de cochonnerie numérique...

Pour ma part, je me suis toujours promis que si je ne parvenais pas à trouver un éditeur, j'abandonnais ou je retravaillais le texte, mais que jamais au grand jamais je n'irais vers l'autopublication...

Gen a dit…

@shadow : Publier en format électronique ne veut pas dire "publier sans éditeur", c'était d'ailleurs l'objet de mon billet. La plupart des éditeurs publient désormais leurs livres dans les deux formats (papier et numérique), alors tu peux (et tu l'as fait) acheter le format qui te plaît. Mais dans les deux formats, l'éditeur a joué son rôle avant la publication, c'est-à-dire qu'il a aidé l'auteur à corriger son manuscrit. Sinon, je gage que tu n'aurais pas terminé la brique de 900 pages...

@Unknown : Excellente réflexion et on se rejoint sur la conclusion : moi aussi je m'étais promis de ne jamais m'autopublier. Je voulais obtenir le sceau d'approbation d'un éditeur. À présent, je pourrais être tentée par un processus hybride comme celui de Dominic, mais je n'ose pas, pour la raison que tu soulignes : si on a l'impression que nos livres papiers sont noyés dans la masse des publications, les livres électroniques c'est tellement pire!!! Je sais pas comment font Dominic et Carl et les autres pour ne pas se taper une dépression en voyant les merdes publiées à côté de leurs textes! :(

Dominic Bellavance a dit…

@Gen : En fait, si tu présentes un livres de façon professionnelle en numérique, la plupart des lecteurs ne feront même pas la différence entre un livre d'éditeur et un livre indépendant. Mais si ton livre, c'est de la merde, tu te fais démolir assez rapidement dans les "ratings" sur Amazon, iBooks et Kobo (et tant mieux!). De là l'importance de ne pas sauter les étapes cruciales comme la révision et la direction littéraire. Et dans ce cas-ci, c'est très important d'avoir une couverture d'allure professionnelle qui ne crie pas "JE SUIS AUTOÉDITÉ!"...

Gen a dit…

@Dominic : Ma confiance dans les rating est assez faible, entre les spambots qui font monter ou descendre un produit et les fans-finis-amis-de-la-famille qui mettent des cinq étoiles partout... mais oui, ils finissent par signaler les bons produits. Le problème, c'est qu'il faut que des gens aient acheté et lu et pris le temps de faire des commentaires... Remarque, c'est la même affaire avec les livres papiers ! ;)

Oui, j'ai déjà noté l'importance de la couverture pour les romans numériques. Cela dit, y'a des romans d'éditeur qui ont un problème de ce côté-là! lol! ;)

Shadow_x99 a dit…

Exact, l'éditeur est là pareille. C'est juste que je me demande ce qui causerait qu'un livre ne se retrouve pas en format numérique. Il me semble que se de "couper" d'une partie du marché n'est pas logique si on souhaite en vivre...

Gen a dit…

@shadow : Ce que j'ai entendu le plus souvent : la peur du piratage. Et l'impression qu'ont certains éditeurs que les ventes ne seraient pas au rendez-vous. Mais c'est en train de changer. Bientôt, tous les livres québécois seront disponibles dans les deux formats.