lundi 31 mars 2014

Les osties de silences

Après plusieurs années à regarder presqu'exclusivement des séries télé américaines, mon chéri et moi avons décidé de goûter un peu aux produits locaux ces derniers temps. Comme je venais de lire plusieurs bonnes critiques sur la série Série Noire, on a décidé de l'essayer. Après tout, ça se présente bien : l'histoire met en scène deux scénaristes qui ont écrit une série télé poche et se font maintenant commander une suite. Beaucoup de rires en perspective.

Hum... Ptêt pas finalement.

On a vu juste le premier épisode. Ça a tout pris pour le finir. Si les personnages avaient été deux écrivains sympathiques qui tirent le diable par la queue et décident de faire mauvaise fortune bon cœur et d'assumer leur succès même s'ils n'aiment pas le projet (qu'ils auraient accepté pour remplir leur frigo), ben ça aurait pu être drôle. En l'occurrence, les deux personnages sont des intellos snobs et sans talents (mais avec des beaux appartements), qui décident qu'en expérimentant des situations dangereuses, ils vont être capables d'écrire une meilleure série. Pénible.

En plus, l'épisode était affligé de tous les défauts des séries québécoises qui nous ont convaincus, il y a quelques années, de "passer à l'ennemi" et d'écouter des téléséries américaines.

Première problème : les dialogues. Ou plutôt, les osties de silence dans les dialogues! Ou alors les répétitions à l'identique d'un échange, en forme d'obstinage ou de dialogue de sourd, qui ne cessent que lorsque l'un des interlocuteurs cède. Deux effets, je suppose, destinés à refléter le naturel et le réel. Sauf qu'on regarde la télé pour se distraire, pas pour entendre exactement le genre d'échanges qu'on croise déjà dans notre vie quotidienne. Tant qu'à écouter une conversation naturelle, avec silences et répétitions, on a tous une grande tante ou une grand-mère qu'on pourrait appeler! Les silences dans un dialogue ne sont de mise que lorsque le langage non verbal d'un personnage permet de compléter ses propos. Or, comme tous les dialogues des séries télé sont écrits "points sur les i, barres sur les t" sans aucune subtilité ou sous-entendu, il ne reste rien à compléter. On a compris, merci.

Deuxième problème : le vide. Les épisodes sont pleins de vide. Dès qu'une séquence est supposée être un peu émotive, on nous fait de lents travellings sur le décor ou le personnage. Idem si jamais on pense avoir quelque chose d'impressionnant à montrer. Ça remplit le temps à peu de frais, je suppose, mais ça nous emmerde. Il y a autant de vide dans les séries américaines, mais un effort de montage lui insuffle un peu de rythme.

Troisième problème : les ressorts narratifs cheap. La blonde de l'un qui le trompe (sans blague, en huit saisons de How I Met Your Mother, il y a une seule histoire de tromperie, alors qu'on en retrouve une par semaine dans n'importe quelle série québécoise... nos scénaristes sont vraiment pas capable d'imaginer un autre genre de problème de couple?). L'agression en pleine rue, sans que personne ne crie à l'aide. Le gars mou qui refuse quelque chose pour le faire ensuite, ce qui est censé nous surprendre, mais ne nous surprend pas du tout, parce qu'on l'a trop vu. On est vraiment pas capables de faire mieux?

Quatrième problème : le jeu. On a des comédiens fantastiques au Québec. Pis on en a des vraiment poches. Mais comme on braque souvent une caméra à deux pouces du nez du comédien talentueux (ce qui nous pousse à remarquer que ses larmes sont ptêt un peu fake ou qu'il a du poil dans le nez), pis qu'on donne des répliques sans subtilité à tout le monde, ben il s'opère un espèce de nivellement par le bas. Tout le monde sort mal. 

Bref, on a abandonné la série, avec un petit pincement au cœur (on est des défenseurs de littérature québécoise, pourquoi est-ce qu'on arrive pas à aimer la télé québécoise?). On a glissé les DVD d'Omertà, saison 1, dans le lecteur. Et on a poussé un soupir de soulagement. Coudonc, il s'est déjà fait de la bonne télé chez nous.

Qu'est-ce qui s'est passé depuis?

18 commentaires:

Annie Bacon a dit…

Je vais devoir, pour une rare fois, être en complet désaccord avec toi! Je suis également passé à l'ennemi depuis bien longtemps, avec quelques rares incartades en séries québécoises (Grande Ourse et la première saison des invincibles), et je suis une fan complète de Série Noire! Le scénario me surprend à chaque épisode, alors que je me retrouve complètement incapable de deviner de quel côté l'histoire tournera (une rareté pour moi qui suit toujours en train d'anticiper les suites), et je préfère grandement ce réalisme conversationnel rempli de silence à toutes l'habituel sur-jeux d'acteur présent dans toutes les autres séries. Très honnêtement, Série Noire, absolument digne de HBO!

Nomadesse a dit…

Je n'écoute pas beaucoup la télé, alors mon éventail de séries à te conseiller est très petit, mais avec Série noire, vous êtes quand même allés dans la série de répertoire là! C'est comme on demandait à quelqu'un qui s'initie aux films québécois de commencer avec Maelström...

Dans ce qui passe présentement, vous avez pensé à Unité 9? Il semble que c'est même meilleur que Orange is the new Black. Évidemment, ce n'est pas pour rire, mais bon...

Dans le rire, Les Invincibles étaient pas mal du tout.

Dans un autre style (plus court), Un sur 2 nous fait bien rire, c'est mignon, rafraîchissant et les personnages sont attachants. Mais on s'entend que ce n'est pas de grosses aventures... Les beaux malaises fut également l'occasion de nombreux rires et, étonnamment, d'un nombre considérable de réflexions...

Le reste québécois que j'écoute:
- Les gars des vues: vraiment cool de voir des bandes annonces de films commerciaux avec des gens d'ici
- Découverte, la Semaine verte, la Facture: j'adore être informée avec de belles images. ;)

Valérie

Gen a dit…

@Annie : Après réflexion, j'pense que c'est le genre d'humour de la série qui, en plus du reste, ne me revient pas du tout. Et y'a une marge entre le sur-jeu et les silences qui s'étirent...

@Nomadesse : On a vu Unité 9 et 19-2. Dans le premier cas, il y avait des bons moments, mais le problème du sur-jeu en gros plan et des ressorts narratifs cheap pour étirer la sauce était présent. Et 19-2, c'est l'exemple parfait de la série qui aurait pu être en plein dans nos cordes... à condition de la passer au fast-foward.

Cela dit, on est très difficiles côté séries américaines aussi. C'est pas pour rien que je cite souvent "The Wire" en exemple : on cherche encore un équivalent.

Dans le genre humoristique, on aimait bien "Un gars une fille" dans le temps et on s'est bidonné avec la première saison de "L'amour a ses raisons".

Frederic Raymond a dit…

Je me suis tapée les onze épisodes de Série Noire en deux semaines. C'est du jamais vu pour moi. J'ai même pas fait ça avec Dr Who! Sans blague, le plaisir croit avec l'usage et ça vaut la peine d'aller un peu plus loin dans la série, parce que ce ne sont pas des épisodes anecdotiques, mais bien un monstre narratif qui se créé au fil des épisodes. Ça m'a pris quelques épisode savant d'être convaincu qu'on ne tomberait pas dans le facile, mais au contraire c'est vraiment bien fait.

Mais j'avoie quand même qu'il y a pas mal de silence...

Nomadesse a dit…

Il paraît que le 19-2 canadien est plus resserré.

Oh oui! Un gars une fille! On l'a apporté avec nous au Japon et on l'écoutait le matin, avec nos toasts au beurre de pinottes!
Et pour L'amour a ses raisons... C'était mémorable! :)

Gen a dit…

Tu vois, 19-2, en plus resserré, ça aurait été parfait.

Et pour la série, je corrige, c'était "Le cœur a ses raisons"... mais ça restait excellent! ;) (Pour Un gars une fille, on ne peut toujours pas passer devant un antiquaire sans que mon chum dise "Tiens, des vieilles cochonneries" ;)

Gen a dit…

Coudonc, je vais ptêt réessayer, mais je dois dire que j'ai été très déçue de voir que la série plongeait dans l'absurde (le gars qui se met en bedaine dans une ruelle en plein hiver pour attaquer l'un des scénariste à coup de nunchaku) au lieu de rester dans le réalisme.

myr_heille a dit…

Moi j'adore Rumeurs et La vie, la vie. Le dialogue de Rumeurs est vraiment bien fait. Mais sinon, c'est vrai que y'a beaucoup de silence dans la télé québécoise. Souvent, en plus, c'est comme un silence qu'on entendrait pas dans la vie, avec quasiment des bruits de plateau de tournage trop tranquille, c'est weird.

Mais c'est sûr que si ta barre à franchir c'est The Wire, tu vas avoir de la misère à trouver l'équivalent ;)

Gen a dit…

@myr_heille : Lol! En effet, non seulement y'a des silences, mais en plus ils sont vraiment... silencieux! lol!

Pis bon, j'suis surtout une fan de films moi (les séries interminables, je ne les aime ni en livre, ni à la télé), alors ouais, The Wire, c'est pas mal le plus qui m'a accrochée pour le plus longtemps. C'est donc cette qualité-là que je recherche.

Guillaume Voisine a dit…

Quand tu parles des silences dans les téléromans québécois, ça me fait surtout penser à Minuit le soir, où j'avais trouvé que ça marchait très bien. Pas vu Série Noire, par contre.

Gen a dit…

@Guillaume : Ah oui, tiens, dans Minuit le soir, ça marchait, parce que, justement, les dialogues étaient souvent elliptiques (les personnages, en gars assez réalistes, ne se disaient pas tout, mais sous-entendaient beaucoup). Cela dit, me suis tannée au cours de la deuxième saison.

Anne-Marie Bouthillier a dit…

Dès le premier épisode de Série Noire, j'ai été accrochée. Je me suis dit «enfin!» Il ne faut pas oublier que c'est de l'humour noir, pas du tout le même genre que «un gars une fille». Et Série Noire n'est pas ce qui s'appelle couramment «une série humoristique», je dirais plutôt sarcastique. Rien à voir avec le pré-mâché américain. Les acteurs sont au contraire formidable, criant de vérité...tu vois, je m'y suis attachée, à cette série incroyable ;) Ce que j'aime particulièrement, c'est justement les dialogues, le sens de répartie des personnages. Côté silences, je ne les ai même pas remarqué, donc ça marche bien pour moi... Mais comme on dit, ça prend un public pour tout :)

Gen a dit…

@Anne-Marie : Je sais que ça se voulait sarcastique et, normalement, je suis un bon public pour le sarcasme (et encore davantage pour l'humour noir). Mais je ne suis pas arrivée à accrocher aux personnages. J'espère que celui qui avait sauté dans la piscine s'y noierait! :p

myr_heille a dit…

Haha c'est là qu'on diffère, je suis pas capable d'écouter un film! Je trouve ça trop long et en même temps y'a souvent pas assez de temps pour développer les personnages à mon goût.

François Bélisle a dit…

Je penche du côté d'Annie et Frédéric. Il ne faut surtout pas juger au premier épisode. Juste une question de goût. J'en mange ( Tout comme je suis un fan fini de Minuit le soir...) Mais bon, c'est une question de goùt disais-je...

Une femme libre a dit…

J'ai pas accroché aux premiers épisodes de "Série Noire" mais je suis contente d'avoir persévéré. Pas facile comme série télé. Les héros sont des anti héros justement, alors normal que par bout on les déteste. Ce soir, c'est la dernière et semblerait qu'on va tout comprendre les enchevêtrements des derniers épisodes, qui a tué le mort et tout et tout. Bref, j'ai hâte et je trouve que c'est super bien joué. Marginal,original, peu commun, pas toujours facile à suivre mais plein de qualités également.

Gen a dit…

@François : Coudonc, le vote semble unanime : faudra que j'essaie un épisode de plus.

@Femme libre : Attention, "anti-héros" ne veut pas dire "héros antipathique". (Le meilleur exemple est Gaston Lagaffe) Mais bon, comme je disais, le vote semble unanime, je vais donc réessayer! ;)

Une femme libre a dit…

Exact, il y a des anti-héros sympathiques aussi. Moi, je me suis attachée aux anti-héros de Série Noire même si je ne les trouvais pas sympathiques au départ! Et les personnages féminins de la série sont pour le moins surprenants et intéressants!