jeudi 9 juin 2011

Prudence élémentaire (je dis des gros mots)

Si un policier disait que pour réduire les chances de se faire voler, il faut éviter de montrer qu'on trimballe une palette de cash dans notre portefeuille, tout le monde approuverait. Ça nous paraîtrait de la prudence élémentaire. Parce qu'il y a des lois qui interdisent le vol. Mais il y a également des prédateurs qui n'en ont rien à foutre des lois et qui sont à l'affût de proies.

De la même manière, tout le monde verrouille sa voiture. Une voiture déverouillée sera toujours une proie plus facile et alléchante qu'une voiture verrouillée. Si vous oubliez de barrer vos portes pis qu'on vous vole votre char, la police va quand même poursuivre le voleur. Vous allez ptêt vous sentir un peu con, mais la justice va suivre son cours et vous appuyer. Si vous barrez votre char, ça se peut qu'on vous le vole pareil. Mais vous pourrez vous dire que vous avez tout fait pour l'éviter.

Malheureusement, en Ontario, un policier n'a pas parlé de prudence élémentaire par rapport à des voitures ou à des portefeuilles. Le pauvre a osé parler de la Femme. Il a dit à une assemblée de femmes que si elles voulaient décourager les agressions, elles devaient éviter de s'habiller en salope si elles devaient marcher seule le soir à la sortie des bars.

Pauvre gars.

Son rappel d'une consigne de prudence élémentaire (en termes peu élégants, mais clairs) a déclenché des "marches de salopes" (slut walk au Canada anglais) :  des défilés de filles qui revendiquent le droit de s'habiller comme elles le veulent sans se faire agresser. Selon les images que j'ai vu, le look "pute de rue de bas étage" et "danseuse sur poteau" prédominait lors des défilés.

On accuse le policier de verser dans le préjugé machiste voulant que les victimes d'agression sexuelle l'ont cherché. De rajouter au malheur des femmes victimes d'agression en les faisant se sentir coupables.

Là, franchement, je pense que la protection à outrance de la Femme, ça fait, simonac!

Oui, en principe, une femme devrait pouvoir se promener toute nue dans la rue pis les gars ne devraient la toucher et la regarder qu'avec sa permission (ça vaut aussi pour les gars qui voudraient se balader à poils). Mais la réalité, c'est pas ça.

Dans la réalité, une fille seule en jupe courte et en talons hyper hauts à 3h du matin dans une ruelle sombre, c'est une proie plus alléchante pour un prédateur éventuel que la même fille en jeans et en running (en grande partie tant qu'à moi parce que c'est plus facile de s'enfuir en cas de problème si on porte des running). Ça ne justifie pas l'agression si agression il y a. Ça ne rend pas la fille coupable de son malheur. Le gars qui l'agresse est encore un violeur pis un salaud. Mais crisse, on peut-tu oser dire qu'elle s'est mise dans une situation risquée? Ni plus, ni moins que l'étourdi qui oublie de barrer sa porte de char.

C'est moi qui écrit de la fiction, mais des fois quand je lis les journaux, j'me dis qu'il y a pas mal de gens qui vivent dans un monde imaginaire!

23 commentaires:

ClaudeL a dit…

Bon, petite montée de lait ce matin? Puisque tu n'écoutes pas les nouvelles et moi pas tellement moins que toi, qu'est-ce qui t'as mis dans tous tes états?

ClaudeL a dit…

"et moi pas tellement plus que toi" peut-être!

Prospéryne a dit…

Hum, pas tout à fait d'accord avec toi Gen. La fille qui porte un jeans et des running, si elle se promène tête basse et en longeant les murs peut tout autant attirer un violeur parce que le viol, c'est pas une question de sexe, mais de pouvoir et que les victimes qui ont peur en partant sont beaucoup plus attirante que les filles qui se promènent en mini-jupe et talons hauts en regardant autour d'elles comme si elles dominaient le monde. Morale de cette histoire: habillez-vous comme vous voulez, mais de grâce, quand vous sortez du bar, allez-y avec des amies...

Gen a dit…

@ClaudeL : Trop d'articles de journaux sur le sujet.

@Prospéryne : Oui, mais comparons des pommes avec des pommes. Attitude conquérante et en jeans vs attitude conquérante et en talons de 4 pouces. Qui est le plus à risque? Idem pour l'attitude "je rase les murs".

Gen a dit…

L'habillement n'est qu'un facteur parmi d'autres, mais arrêtons de nous cacher la tête dans le sable : c'en est un.

Joe_G a dit…

Voir si un prédateur sexuel peu mal interpretter un pantalon moulan disant "slut" sur le derrière un piercing 69!

Reste que je suis d'accord pour qu'on monte le comptes de taxes de toutes les citoyennes canadiennes pour avoir 5 policiers dans chaque coin mal éclairer du pays.

Gen a dit…

@Joe : lol! Mon point était plutôt que je ne comprends pas pourquoi le policier se fait fustiguer.

Une femme libre a dit…

Je trouve ces habillages de pute comme forme de protestation déplacés et de mauvais goût. L'habillement vulgaire dans la vie quotidienne, je n'aime pas non plus.

Mais ce qu'on reproche à ce policier, c'est d'avoir laissé supposer que l'habillement puisse avoir quoi que ce soit à voir avec l'agression sexuelle d'une femme. Et vous semblez abonder dans son sens, Gen.

C'est pourtant tout à fait faux. Le prédateur se cherche une victime à dominer, pas une proie séduisante. Il s'en fout bien de l'habillement, il veut écraser, salir et en retire de la jouissance. Toute femme peut faire l'affaire. Et toute femme peut devenir victime, qu'elle soit en minijupe, en jogging ou en tchador. Penser autrement est méconnaître le fonctionnement déviant du prédateur sexuel.

Alamo a dit…

Le problème c'est qu'il a dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas... C'est pas éthique et encore moins lors d'une assemblée féminine.

C'est comme allez dire qu'on fait partie du Klu Klux Klan lors d'une messe Gospel dans une église à pré-dominance "noir". ;)

Mais je suis d'accord, les filles peuvent pas s'habiller super sexy et après reprocher qu'on les regarde. Je suis pas fais en bois et si une fille porte un décolleter bien le "réflexe occulaire" masculin embarque et bifurque vers sa poitrine quelque seconde et je pense que c'est correcte comme ça et c'est pareil pour moi, le nombre de filles que j'ai "pogner" à me yeutés les fesses ou pire encore, l'entre-jambe (si si, sérieusement!!). La sexualité fait partie de la vie courante en 2011. La différence c'est qu'on vit en société et que dans tout, il y a des pommes pourris qui font moisir le reste du panier, des désaxés y en a partout et bien des fois ça peut les faires "péter une coche" et allez de l'avant pour passer à l'acte qui les obsèdes. C'est pas correcte, mais des malades, y en a partout et ils cherchent pas tous de l'aide...

M'enfin, je comprends ta montée de lait! ;)

Gen a dit…

@Femme libre : Toute femme PEUT faire l'affaire, mais oui, selon ce que moi j'ai lu, l'habillement sexy PEUT jouer un rôle en mettant le feu à une pulsion dormante.

Et le policier n'a même pas laissé supposé que l'habillement pouvait jouer un rôle. Il a simplement dit qu'il était prudent, si on devait marcher seule tard le soir, d'éviter d'attirer l'attention en s'habillant comme une salope! On parle de prudence. D'un facteur pouvant minimiser les risques. Pas de garantie. Ma maman m'a appris la même chose quand j'avais 14 ans.

Mais le policier, lui, n'avait pas le droit de dire ça : c'est un hommme. Égalité des sexes mon oeil.

@Alamo : Effectivement : tu es un gars normal, une fille est habillée sexy, tu risques de regarder. Mais tu contrôles tes pulsions et même si ça t'allume, ça en reste là. Chez certains désaxés qui ne contrôlent pas leurs pulsions, ça peut aller plus loin. En public, de jour ou de soir avec un groupe d'amis, c'est pas grave : quelqu'un va s'occuper du désaxé. Seul, le soir, c'est un problème.

Se traîner des jeans et des ballerines dans un sac et enfiler le tout dans la toilette du bar à la fin de la soirée avant de rentrer chez soi à pieds, c'est pas compliqué : je l'ai déjà fait. Et si ça peut réduire les risques, de 0,0001%, ben c'est déjà ça.

Alamo a dit…

Anyway, le premier gars qui va essayer de te violer risque d'en manger une tabarnak et d'avoir la surprise de sa vie! ;)

Jeans ou non.

Gen a dit…

@Alamo : On est nettement plus à l'aise et efficace en autodéfense si on porte des souliers plats et des vêtements qui ne restreignent pas les mouvements.

Isabelle Simard a dit…

Je suis totalement d'accord avec toi. Le policier qui était venu nous voir au travail pour la journée de la femme nous avait fait un discours semblable et nous avait passé un vidéo très explicite sur le sujet. Si on les écoutait on aurait tous une bouteille de poivre de cayenne et personne ne sortirait la nuit tombée... pour notre sécurité.

Isabelle Simard a dit…

oups... on aurait toutes

Gen a dit…

@Isabelle : Lol! Disons qu'il faut décider pour soi ce que sont les précautions qu'on est prêtes à prendre et celles qu'on est pas prêtes à prendre.

Mais il faut pas en vouloir en policier qui nous les explique!!!

Isabelle Lauzon a dit…

Ah ben! Moi, je reste chez nous le soir à partir d'aujourd'hui! Ben trop dangereux... Je ne m'habillerais jamais comme une salope, ben trop matante pour ça, mais il y a des fous partout... ;)

Je suis bien d'accord avec ton point, Gen : Merde, arrêtez de capoter quand quelqu'un dit tout haut ce que tout le monde considère comme une évidence! Ouais, un policier a osé dire que s'habiller en salope, ce n'était pas une bonne idée quand on est seule dehors le soir. C'est vrai, non? Mais non, faut pas dire ça, ce n'est pas politiquement correct...

Maudite société hypocrite! Ces notions là, c'est la base. Désolée, mais une femme qui s'habille de façon provocante attire le regard. Non, le violeur n'a pas d'excuse et ce n'est pas de la faute de la femme s'il a sauté sa coche. Mais bon, prudence est mère de sûreté...

Je vous le dis, mesdames : on s'enferme chez nous le soir, couvre-feu à partir de 19 h! Ne prenons pas de chances... ;)

Gen a dit…

@Isa : lol! Soit vous vous enfermez, soit je vous donne des cours d'autodéfense et dans dix ans vous devriez être assez bonnes pour ne plus courir trop de risque...

Avec un peu de chance, vous seriez même capable de désarmer un itinérant sans tirer une dizaine de balles... oups... ça c'est un autre sujet... ;)

Isabelle Lauzon a dit…

LOL! Dans 10 ans! T'es généreuse! On est mieux de faire ça vite, je vais être encore moins en forme dans 10 ans... et plus vieille! ;)

Une femme libre a dit…

"l'habillement PEUT jouer un rôle en mettant le feu à une pulsion dormante."

C'est quoi cette histoire de "pulsion dormante"? Les hommes normaux ont des pulsions actives et une jolie fille légèrement habillée peut provoquer le désir, bien sûr. Mais on ne parle pas de désir ici, on parle d'agression. Un homme qui prend une femme de force, qui la contraint, qui la domine.

C'est avoir une bien mauvaise opinion des hommes que de penser qu'ils ne puissent pas contrôler leurs désirs et que toute pulsion "dormante" (?) puisse devenir une agression.

Quand une femme dit non, même toute nue dans un lit après un cunnilingus désiré et alors que son partenaire s'apprête à la pénétrer, le non est valable. C'est ce que j'ai enseigné à mon fils. C'est ce que vous devriez enseigner aux vôtres. Une femme peut toujours changer d'idée, à tout moment. Un homme aussi.

Ce qui est également véhiculé dans la marche des sluts, c'est qu'une pute aussi a le droit au respect, tous les êtres humains y ont droit, sans exception.

Gen a dit…

@Femme libre : Pour la notion de "pulsion dormante", je parlais évidemment d'une pulsion criminelle et non d'une vulgaire pulsion sexuelle. Je vous suggère de lire quelque livre de criminologie, vous verrez qu'on y explique assez bien la logique des agresseurs, qui oui, veulent dominer et détruire, mais dont le passage à l'acte est souvent déclenché par un élément extérieur qui met le feu aux pulsions criminelles jusque là contrôlées. Et dans la longue liste des éléments extérieurs possibles, l'habillement occupe une place malheureusement importante.

Et oui, en théorie, un "non" d'une fille est valable jusqu'à la dernière seconde. Sauf que, je suis désolée, mais dans la situation (extrême) que vous donnez en exemple, si on est en présente d'adultes expérimentés (et non d'ados dont c'est la première fois) moi j'aurais du mal à jeter la pierre au gars qui outrepasserait ce "non".

Justement parce que je connais très bien les hommes, que j'ai une haute opinion d'eux et que je les aime et les respecte dans ce qu'ils sont.

Comme vous dites, tous les êtres humains ont droit au respect. Hommes compris. Et la situation que vous décrivez, c'est de l'irrespect pur et total.

Une femme libre a dit…

Ils sont quoi? Des bêtes incapables d'aller soulager leur érection dans la salle de bain? Un non c'est un non. À respecter. Pénétrer une femme contre sa volonté, c'est un viol. Point. Contre la loi.

Alexandre Babeanu a dit…

Il me semble que cette "slut walk" est exactement l'antithèse de ces délires fanatico-islamistes qui réduisent la Femme à l'escavage. Le fait de pouvoir s'habiller comme on veut est, il me semble, une liberté fondamentale, c'est pourquoi j'étais complètement en faveur de la "slut walk". Ce mouvement est un cri pour la liberté d'être ce qu'on veut, quand on veut.

On est libre de prendre des risques, et je suis d'accord que ces tenues peuvent déclencher de basses pulsions chez les faibles d'esprit, mais arrêtons de fustiger ces femmes qui se sentent libres et bien dans le corps! Ce n'est pas de leur faute si des tarés se comportent comme des DSK !

Encore une fois, il s'agit ici de liberté. Si une femme veut s'habiller en tenue courte, à elle d'être assez mature pour jauger les risques, mais arrêtons de la culpabiliser. Le seul coupable, c'est le violeur.

(Le raisonnement est le même pour tout autre comportement risqué: les drogues, le saut en parachute, la moto, les arts martiaux mixtes, etc etc etc. S'habiller en tenue courte pour une femme me semble d'ailleurs moins risqué que nombre d'autres activités de plein air "saines")

Gen a dit…

Je suis tout à fait pour le droit de s’habiller comme on veut. Et que le seul coupable d’un viol, c’est le violeur. Mais, tu le dis toi-même : certains comportements ont leur part de risque. Il ne faut pas, pour éviter tout sentiment de culpabilité aux femmes, demander aux policiers d’arrêter de répandre un message de prudence et d’appeler un chat un chat. Chacun peut prendre les risques qui lui plaisent, mais connaissance de cause.

C’est comme si je me présentais à l’hôpital avec des doigts cassés suite à un combat d’arts martiaux et que j’engueulais le médecin qui me fait remarquer que je suis ptêt un peu frêle pour ce genre de sport et que c’est un genre de blessure qui risquait de survenir!

Je suis libre de faire ce que je veux. On est libre de me faire remarquer que c'est risqué.

Ce qui m'a vraiment posé problème dans cette histoire, c'est la réaction aux propos du policier.