vendredi 22 avril 2011

Enfin sortie des jardins de la lune!

En sautant de blogue en blogue, je suis tombée quelque part où on parlait du livre "Gardens of the Moon" (Les jardins de la lune), premier livre de la série "The Malazan Book of the Fallen" (Le livre malazéen des trépassés, si je me souviens bien de la traduction) de Steven Erikson, un auteur canadien de fantasy. On décrivait la série comme une fresque en dix volumes d'une ampleur inimaginable, écrire par un anthropologue et archéologue qui a créé un univers entier d'une incroyable originalité.

Bon, si ça vient de votre blogue, dites-moi le pas! Parce que la critique, en plus du titre fort intéressant de la série, m'a poussée à me procurer le livre.

Et le lire fut une pénible entreprise!

Pour ce qui est de l'ampleur de la fresque, je vais croire le critique sur parole : dans les 600 pages de ce premier volume, on nous présente au moins 30 personnages, 3 continents, 10 dieux, autant de races et trois ou quatre époques surperposées via des légendes, des on-dit et des bouts de poème. S'il doit y avoir 9 suites, j'ai effectivement pas les capacités nécessaires pour imaginer le résultat final. J'ai déjà trouvé indigeste les listes de personnages, de concept et de lieux présentés dans le premier volume!

Pour le reste... qu'un anthropologue et archéologue mette en scène des personnages qui ont supposément vécu des centaines de milliers d'années (pas centaine, ni millier, mais les deux accolés, vous avez bien lu) sans les doter de personnalité plus décalées et d'un peu plus de sagesse, ça me dépasse.

Quant à l'originalité, on repassera : j'avais l'impression de lire le résultat d'une collision entre les mauvais bouts du Seigneur des anneaux (les poèmes) et le concept de la Trilogie des avatars, de la série Royaumes oubliés de TSR (les joueurs de Donjons et Dragons comprendront). Découverte que j'ai fait par la suite : Erikson avait d'abord développé son univers en tant que monde dans lequel se déroulait ses parties de jeux de rôles. Ah, voilà qui explique bien des choses! Aucune positive par contre.

Le style d'écriture n'était pas non plus particulièrement agréable. Il était surchargé d'interminables descriptions de lieux et de paysages, mais il manquait presque complètement de détails permettant de visualiser les personnages. De toute façon, il est visible que l'auteur a essayé d'écrire une histoire dans laquelle les personnages ne constituent pas le point focal. En effet, de la façon dont le récit est découpé, il nous est quasiment impossible de nous attacher à l'un ou à l'autre : il y en a trop, ils sont mal définis et ils ne partagent pratiquement jamais leurs pensées avec le lecteur. Malheureusement, il a complètement échoué à créer un autre fil conducteur qui aurait pu me donner envie de continuer à lire cette série.

Je me suis péniblement frayée un chemin à travers ces 600 pages, par acquis de conscience. Mais il n'est pas question que j'achète l'un des bouquins suivants.

Étant donné la règle voulant que le premier 10% d'un texte constitue l'introduction, on pourrait me dire que ce premier livre, sur une série de dix, n'était que la mise en place du récit et qu'il est normal que l'action démarre plutôt dans les livres suivants. Ce à quoi je répondrai que si un auteur n'arrive pas à m'intéresser en 600 pages, c'est probablement qu'il n'y réussira jamais!

Bref, la vie est trop courte, lisez autre chose que Le livre malazéen des trépassés. Même si c'est un bon titre.

(Lecture 2011 #15)

13 commentaires:

ClaudeL a dit…

Je peux comprendre, je suis en train de lire La canicule des pauvres et même si le style est vif, très jeune (eh que je manque affreusement de vocabulaire, je ne trouve pas les mots précis), je trouve qu'il y a trop de personnages et on ne s'attache à aucun.
Contente dans ce temps-là de l'avoir fait venir à la bibliothèque.
Pourtant, même le volumineux et complexe Seigneur des anneaux m'avait accrochée.

ClaudeL a dit…

Ah! oui et puis merci de l'abondance de tes billets. Je suis rendue que chaque matin, j'ai hâte de voir si tu en as un nouveau. Ailleurs, y compris chez moi, ça bouge pas souvent.
Tu es comme mon journal du matin, je te lis en déjeunant.

richard tremblay a dit…

Ouille.

Gen a dit…

@ClaudeL : Hum, moi qui voulait m'attaquer à la Canicule prochainement, tu viens de me décourager solide! lol! Je vais attendre.

Pour les billets, y'a pas de quoi! ;) Moi mon journal du matin, c'est de lire vos commentaires! hihihihi

@Richard : Ouaip, ouille. À fuir!

Le Mercenaire a dit…

«une fresque en dix volumes d'une ampleur inimaginable, écrite par un anthropologue et archéologue» Non mais rien de mois. Déjà là, pour moi, ça part très mal.
Tu possèdes une très bonne conscience de lectrice pour t'être imposée ce calvaire jusqu'à la fin.

Luc Dagenais a dit…

@Gen: Si tu veux La canicule, je peux te prêter mon exemplaire. Quant à moi, je ne l'ai pas terminé.

Gen a dit…

@Le Mercenaire : Ben tu sais, pour l'historienne que je suis un anthropologue et archéologue c'est quasiment un collègue, alors ça m'a intéressée. Et je suis toujours une lectrice consciencieuse : sinon, j'aurais pas le droit moral de bitcher autant! lolol!

@Luc : Ouin... Enfin, tu m'apporteras ça quand on ira dîner! :)

Le Mercenaire a dit…

Je comprends pourquoi ç'a piqué ta curiosité. Aussi, en lisant ta note, j'attendais que tu sortes l'exemple de Tolkien - qui d'après moi, est un excellent cas de contamination abusive d'un domaine des sciences humaines dans une création littéraire. Même si une formation d'anthropologue permet de complexifier certains aspects d'un univers fictif, c'est pas suffisant pour faire tenir le mélange. Ça donne une belle grosse culbute impressionnante, mais un roman bien plat. D'après moi, c'est le talon d'Achille de nombreux romans de Fantasy. L'univers est coloré, complexe, fourni, riche en folklore mais ça se transforme bien vite en show de boucane dans lequel s'étouffent le récit et ses personnages.
J'ai comme l'impression que les RPGs de table ou vidéo prennent de plus en plus le relais de cette forme de fiction.

Gen a dit…

@Le Mercenaire : Tu vois, de mon point de vue de fille de sciences humaines, au contraire, la plupart des gigantesques univers de fantasy ne se tiennent absolument pas. Et quand ils se tiennent, comme tu le soulignes, souvent les romans eux-mêmes ne mènent à rien. Il faut les deux aspects : une cohérence anthropo-socio-linguisto-historique ET des ressorts narratifs.

Sinon, oui, on se retrouve avec la recette qui est utilisée dans les jeux de rôle et les jeux vidéos : "faison du tourisme dans ce monde si fantastique".

Alamo a dit…

Pour l'avoir lu à moitié avant de l'abandonner, je te comprends parfaitement... Lire un texte où seulement l'auteur semble savoir de quoi il parle, n'est généralement pas un bon signe... J'veux dire, j'ai rien contre l'apprentissage de l'histoire, de l'univers et des personnages par la démonstration, mais caliss quand y en a pleins et que c'est des non-dits et des Dieux qui complotent et blah blah blah... J'veux dire... borinnnnngggg!

Bref, j'suis retourner à GRRM et Jordan, au moins, j'y prends mon pied! :)

Gen a dit…

@Alamo : En effet, on se tanne des phrases de type "Et alors, le mage comprit." Suivi d'une fin de chapitre. Compris quoi!?!? J'veux savoir moi aussi!!!

Vivement le prochain GRRM.

Alexandre Babeanu a dit…

Ah, tiens j'avais manqué ce billet... De mon côté, j'en avais pensé ça: http://alexbabeanu.blogspot.com/2011/01/de-la-fantasyie-dans-nos-lectures.html (peut-être est-ce là ta référence?).

Et bien moi j'aime cette série. Je suis en train de lire le tome 4, même. Mais en anglais. Je le souligne encore, car je trouve que la Fantasy est souvent mal traduite. J'aime en fait beaucoup l'écriture de Erikson,il manie la langue de Shakespeare à la perfection, et même si ses personnages ne sont pas aussi approffondis que ceux de GRRM, ils sont quand même complexes. C'est de la Fantasy pour adultes, les personnages ont tous déjà pas mal roulé leur bosse, ce sont des survivants, plus ou moins brisés, des vétérans. Le ton est forcément différent de toutes Fantasys qui mettent en scène de jeunes tous motivés et qui veulent prouver leur valeur (y compris GRRM).

Le seul truc qui me fatigue en fait dans ce cycle, au tome 4 sur 10, c'est qu'il s'agit toujours de raconter une guerre ou une bataille. On passe N pages à préparer l'affrontement, et puis la guerre dure M pages (avec M>N et M tendant vers l'infini), et finalement on conclut rapidement.

Je pense que je m'arrêterais à ce tome-ci, mais je ne regrette pas ma lecture pour l'instant.

C'est sans doute une de ces oeuvres extrêmes qu'on adore ou déteste.

Gen a dit…

@Alex : Je l'ai lue en anglais (quand je donne un titre en anglais, habituellement c'est parce que je l'ai lu/vu dans cette langue). Mais je déteste les batailles interminables (comme tu le soulignes) ET le fait que oui, les personnages ont roulé leur bosse, ce qui les rend intéressants, mais que leur histoire nous est donnée au compte-goutte.