mardi 21 décembre 2010

Une bonne idée n'est pas nécessairement exploitable

Je viens de lire cet article où on parle du dernier essai de Pierre Bayard. L'essayiste, connu pour ses théorisations créatives (lire : parfois franchement farfelues), propose, comme piste de réflexion, de changer l'auteur des livres.

En effet, souligne-t-il, on juge souvent une oeuvre en rapport avec son auteur : on tente de deviner ce qui a été inspiré par la vie de l'auteur, on remarque les endroits où il glisse ses opinions dans la bouche des personnages, on est plus tolérant envers les auteurs connus, etc... À preuve : quand on ne sait pas qui se cache sous un nom de plume, on cherche en mautadine!

Un exemple de la théorie de Bayard : Comment interpréterait-on l'Odyssée si Homère avait été une femme? Que croirait-on comprendre de l'auteur?

Je trouve la piste de réflexion pleine de bon sens et potentiellement génératrice de bien des nouvelles idées... Mais là, tout de suite, je saurais pas trop comment l'exploiter! hihihihi!

Des suggestions?

7 commentaires:

Daniel Sernine a dit…

Fascinante théorie, Gen.
Imaginons, par exemple, Les chevaliers d'émeraude écrit par une auteure de talent... :O)

Gen a dit…

@Daniel : lol! ;) Ou par quelqu'un qui s'est déjà illustré dans le milieu SFFQ... on pourrait trouver des qualités aux premiers tomes... ;p

ClaudeL a dit…

Hier, en lisant le billet de Venise sur le livre de Michel Jean, je pensais justement à cet article. Je ne parviens pas à détacher ce nom de son visage à J.E. et je ne le vois pas en auteur. Faire abstraction de l'auteur, on devrait toujours pourtant. J'ai toujours dit que dans les Salons du livre, je ne ferai pas la file pour rencontrer un auteur, ce ne sont pas les auteurs qui m'intéressent. À moins qu'ils me parlent de leur livre, comme aux Correspondances d'Eastman.
Et contrairement aux tableaux pour lesquels je reconnais souvent les artistes-créateurs, j'aurais bien du mal à deviner l'auteur rien qu'à lire les cinquante premières pages d'un livre si son nom n'était pas sur le dessus du roman. Bel exercice à faire.

Gen a dit…

@ClaudeL : J'aime bien rencontrer les auteurs après avoir lu quelques unes de leurs oeuvres. Ça confronte mon imaginaire et la réalité (et c'est souvent très drôle, parce que j'ai beaucoup d'imagination! lol!)

Et y'a des auteurs que je reconnaîtrais après 50 pages. Mais pas tous, je dois l'admettre.

Alexandre Babeanu a dit…

On prend une oeuvre connue d'un auteur classique (ex.: Victor Hugo), on renomme l'oeuvre, on change le nom de l'auteur, et on envoie à des maisons d'édition pour publication. Résultat, recallé!

http://www.suite101.fr/content/ledition-labsurde-et-beau-defi-a3181

Le nom change effectivement tout!

Carl a dit…

Gen, si tu savais ! En littérature, il y a trois cours de 45 heures qui portent différents noms et qui se penchent sur cet épineux sujet. Parmi ces théoriciens (Sainte-Beuve était celui qui analysait l'oeuvre uniquement par la biographie de l'auteur). La proposition de Bayard n'est pas nouvelle et c'est vrai que c'est un très bon exercice à faire. Si ce n'était de Sernine, par exemple, jamais je n'aurais cru que Marius Mars était tu-sais-qui. Pourtant, trois pages d'Aude ou de Camille Deslauriers et je sais déjà qui est l'auteure. Cela dit, le propre d'un auteur populaire (Fisher le dit continuellement), c'est de ne pas être unique en son style. Alors bonne chance pour reconnaître Vargas de Mankell (sinon par les personnages récurrents ou les intrigues).
Stephen King lui-même, pour tester ces manuscrits, a une fois changé son nom sur des titres déjà publiés... et ils ont été refusés.
Si ma mémoire est bonne, c'est dans L'art du roman que Milan Kundera disait justement que les auteurs devraient publier chacun de leur livre sous un nom différent. Ainsi, les auteurs qui auraient du succès le mériteraient vraiment. Reste le problème des entrevues et des remises de prix. Personne ne veut recommencer l'épisode "Romain Gary/Émile Ajar". Pour mémoire, il a reçu deux fois le Goncourt, ce qui est illégal.
En tout cas, je vous promets que, si je deviens trop célèbre, je publierai sous différents noms !

Gen a dit…

@Alex : Avec l'oeuvre connue d'un auteur classique vient cependant le problème de l'aspect "daté" ou "temporel" de l'oeuvre. Hugo, c'est bien, mais pour notre sensibilité 21e siècle, c'est lourd et verbieux.

@Carl : J'ai toujours trouvé intéressants les rapprochements entre le vécu de l'auteur et son oeuvre, mais il y a des cas où c'est trop présent.

Hum... pour ce qui est de reconnaître Vargas de Mankell... l'exercice est vicié : seul Mankell est traduit. Et disons qu'on compare deux traductions (mettons Connely et Mankell), je suis pas sûre qu'on en arriverait à la conclusion qu'ils n'ont pas leurs styles propres (je continue à croire que les auteurs qui ont des succès internationaux comme ça ont une certaine voix). Ils sont moins marqués par contre.

Pour Gary/Ajar, c'était volontaire cette illégalité si je me souviens bien, non?

Et oui, peut-être que la seule façon pour nous d'exploiter cette idée, c'est que si on commence à être connu, faudra essayer de publier sous un nom de plume, histoire de se donner des leçons d'humilité! ;)

(lol! Curieuse considération considérant l'état de nos carrières, mais bon...)