vendredi 5 novembre 2010

Le danger d'écrire des suites

Un billet de Benoit m'a fait réfléchir. Quand j'ai commencé à écrire, j'écrivais des récits qui se suivaient les uns les autres. J'avais bâti un univers, des personnages et chaque histoire se construisait sur les assises de la précédente. Je rêvais du jour où je publierais l'ensemble de mon oeuvre!

Et un jour, j'ai réalisé que ça ne fonctionnait pas. Entre le premier récit et le dernier, trop de temps avait passé. Non seulement ma technique d'écriture avait changé et s'était raffinée (ce qui m'aurait forcée à tout réécrire du début), mais les faiblesses de mon univers commençaient à m'apparaître. Les concepts étaient bancals, la psychologie des personnages étaient convenue, l'enchaînement des événements n'avait rien de surprenant, la mythologie était déjà vue mille fois. Bref, ma toile de fond craquait de partout.

Après avoir fait ce constat, j'ai enterré la série de récits dans un répertoire intitulé "Vieux cossins" et je suis passée à autre chose. 

Depuis, j'ai presque toujours résisté à la tentation d'écrire des suites à mes projets. Parfois, je me permets de réutiliser quelques personnages d'un récit à l'autre, en filigrane, mais en prenant bien soin de préserver l'indépendance des divers textes. Comme ça, si l'un d'eux se révèle mauvais, il ne condamnera pas tous les suivants. En un mot comme en cent : comme ça, j'évite d'écrire "pour rien".

Sauf que même en étant consciente des risques et des dangers, je ne suis pas complètement arrivée à éliminer les suites. Depuis le début du Nanowrimo, je travaille à poursuivre le projet commencé lors du Nanowrimo de l'an dernier. Projet dont le début n'a pourtant pas été accepté pour publication. C'est peut-être pourri. Un éditeur me dirait peut-être de ne pas perdre mon temps avec ça...

Bref, je prends un risque. Ou peut-être n'en est-ce pas un? Vous en dites quoi?

14 commentaires:

Pat a dit…

Je suis mal placé pour te conseiller!

Je n'ai fait que ça, écrire des suites. Et pour l'instant je préserve encore mes jolies illusions et je trouve que ce que j'ai entre les mains est génial ;)

Par contre, j'ai ralenti un peu la fuite en avant. Au lieu de forcer le quatrième tome, je m'efforce maintenant d'améliorer le premier.

Mathieu Fortin m'a un peu donné la frousse au Salon du Livre de l'Estrie quand il m'a dit qu'il a jeté aux oubliettes le trois quarts de ce qu'il avait de préparé pour sa série Entité.

M'enfin, on verra bien :)

Gen a dit…

@Pat : Je pensais à toi aussi en écrivant. Je te trouve courageux d'avoir poursuivi ton histoire si loin sans savoir si le tome I serait un jour accepté.

En même temps... si tu écris ta série en entier, ensuite ce sera peut-être plus facile de la caser... quitte à la ré-écrire au complet avant. (Ce que je ne souhaite à personne!)

Carl a dit…

Je te comprends, mon premier roman (que j'ai écrit ado) était le premier tome d'une saga infinie. Je n'ai pas encore mis au poubelle le projet...
Malgré tout, on se fait parfois demander des suites. Beaucoup de monde veulent la suite de L'Aquilon. Je compte bien la faire, même si ce n'était pas mon intention au début. La structure narrative sera totalement différente et les personnages seront repris d'une façon à ce que ceux qui n'ont pas lu L'Aquilon vivent une expérience complète sans avoir l'impression qu'il manque une partie du texte. Je pense que ça revient un peu à ce que tu disais. Je ne sais pas si c'est clair, je suis peut-être trop de bonne heure sur les commentaires...

Benoit Bourdeau a dit…

Ce qui m'a convaincu de continuer mon récit, c'est l'expérience acquise pendant ce travail. Je suis déjà rendu à 25 pages!

Mon premier roman est toujours en attente. Le refus "positif" que j'ai reçu m'expliquait que les dialogues étaient captivants et crédibles, le récit ancré dans l'actualité et l'intrigue bien ficelée à la manière des séries hollywoodiennes, mais que certains critères ne répondaient pas à la ligne directrice donnée à la série.

Comme tu l'as si bien dis, je risque de la ré-écrire au complet. J'aurais au moins une idée globale de ce que je souhaite faire.

François Bélisle a dit…

Après 8 huit sur les planches, l'acceptation de mon premier Moufettes était la réalisation d'un rêve. J'aurais arrêté d'écrire là. J'y étais parvenu.
Puis quelqu'un me pose une question toute simple: «Est-ce que tu as commencé à écrire la suite?»
Là, je me suis senti tout drôle. Euh, une suite?
Avant de me lancer dans M2, j'ai été obligé d'admettre les défauts du premier volume.
Puis M3 a suivi à partir d'un début de manuscrit donné par une amie. Surtout que j'ai réalisé que dans M2, j'avais donné une petite soeur à Stéphanie.
Tout ça pour dire que je n'ai, pour ma part, fait aucune planification. La preuve en est que je ne peux dire s'il y aura un M4. J'ai un plan (qui devait être initialement M3) dans les cartons. La seule chose que j'ai fait, délibérément dans le troisième volume pour faire vivre ce plan, est que Larry a décidé de quitter Dorbourg.
J'ai une autre idée pour les ados, qui pourrait très bien faire l'objet d'une série. Mais je le vois comme une unité de lieu, avec des personnages qui reviennent. Des histoires qui se tiennent toute seule cependant.

Pat a dit…

@Gen
Suis naïf et têtu, voilà l'explication ;)

De plus, l'écriture des deux autres m'a fait faire des bonds de géants. Une expérience en or. Il fallait que je continue d'écrire pour m'améliorer. Et c'était cette histoire qui ne me quittait pas. C'est ce que j'avais envie d'écrire.

Mais j'y crois, en mes trucs. J'vais y mettre le temps qu'il faut, mais vous le lirez un jour ;)

Frédéric Raymond a dit…

Ça dépend de ce dans quoi on veut investir. J'aimerais beaucoup écrire une suite à mon roman de science-fantasy, mais, même si je pense parfois à l'intrigue de la première, deuxième, troisième suite, je vais attendre que ce livre soit accepté pour publication avant de m'y mettre sérieusement. Le coût d'option me semble trop lourd. De même, je pourrais très bien écrire une suite à ma romance gore...

Guillaume Voisine a dit…

Il y a aussi un danger à ne pas écrire des suites d'avance, non? (Avant d'aller plus loin, je dois dire que je suis d'accord avec pas mal tous les points déjà mentionnés. Mais...)

On le voit avec certains auteurs, qui ont clairement mis plusieurs années à peaufiner le premier titre (ou les quelques premiers) d'un série, puis, surpris par le succès, ont dû passer beaucoup moins de temps sur les suivants, avec de regrettables résultats au niveau de la qualité...

Gen a dit…

@Carl : En effet, des fois des gens veulent des suites. Je crois que c'est bon signe. Mais ça signifie que le premier projet a été accepté ;)

@Benoit : L'expérience acquise est toujours précieuse, t'as tout à fait raison! :) Surtout quand on sait qu'il y a des points très positifs dans le début du projet.

@François : Il m'est arrivé exactement la même chose! Après avoir lu "Deux sabres", voilà mon éditeur qui me dit "Et ensuite?" Heu... ensuite... attends minute-là, ensuite... Et puis l'éclair de génie. Ok, ensuite... ÇA! :) Me reste plus qu'à affiner le plan et l'écrire...

Gen a dit…

@Pat : Tu as raison d'y croire, je pense. :)Surtout si après les tomes II et III tu as appris et décidé de retravailler le débuté... et que le début te plaît toujours! :) (Moi, comme je disais, je m'étais aperçue que ça ne me disait plus rien)

@Fred : Je me sens de la même façon que toi pour certains projets : oui, une suite serait possible, mais elles ne "m'habitent" pas assez pour que je prenne le risque. Le projet du Nano, par contre, fallait que je me le sorte de la tête.

@Guillaume : Les suites botchées sont effectivement un danger. Mais est-ce vraiment parce qu'elles n'étaient pas prévues? Ou parce qu'une fois qu'il a connu le succès, l'écrivain s'en fout? S'il n'avait pas retravaillé sérieusement des manuscrits déjà écrits, n'aurait-on pas le même résultat?

Isabelle Simard a dit…

Je suis moi aussi pour les suites. Je joue prudente par contre. Il y a selon moi des personnages qui ne peuvent juste pas disparaître, qui restent en nous et mérite de vivre. J'y vais alors avec des histoires indépendantes les unes des autres. Je n'ai pas encore eu une seule acceptation de mes textes, mais ceux qui m'ont lu me demande :" Et Pascal, il lui arrive quoi?"; "Molly? Tu nous fais une suite?" Et? Et? Et?

Et bien, si ces quelques dizaines de personnes qui lisent bien de grands auteurs ont accroché sur mes historiettes et me demande une suite, je suis qui pour leur refuser? Je leur fais des suites qui n'en sont pas au sens propre car je joue beaucoup sur la ligne du temps et de l'espace. Alors si le premier est refusé, c'est pas grave, le second n'y est pas attaché par le nombril.

Gen a dit…

@Isabelle : Je crois moi aussi que ça reste l'approche la plus sécuritaire. Ça permet de profiter du développement de personnage que les suites impliquent et de tirer parti de l'amélioration de notre écriture sans avoir à retravailler aussitôt le volet précédents.

Alamo a dit…

Guillaume apporte un excellent point. Il y a aussi le rapport de temps qui s'écoule entre l'écriture du premier tome et l'écriture du dernier. Je pense par exemple à The Wheel of Time de Robert Jordan (écrit sur près de 20 ans...), faut quand même le faire.

Mais l'idée de suites écrites de façon successive, d'un bloc comme s'il s'agissait d'un seul tome est plutôt séduisant et disons le, moins difficile (je crois) pour l'auteur, puisqu'il baigne carrément dans l'histoire.

Imaginé si vous ne pouviez faire un "retcon" à votre histoire parce qu'elle est publiée depuis 10 ans... ;)

Bref, il y a, je crois autant d'avantages que de désavantages à la situation... ;)

Pour ma part, j'ai flirté avec l'idée de suite, ou plutôt d'un même univers partagé (qui me plaît davantage).

Gen a dit…

@Alamo : C'est sûr que dans un monde idéal, toute série est écrite d'un bloc, par un écrivain qui a du métier et dont la plume ne varie pas d'un iota entre le tome I et le dernier.

Mais bon, dans un monde idéal, y'aurait pas de pollution, les lois du marché réguleraient l'économie, etc...