mardi 22 décembre 2009

Joyeux Noël païen!

Bon, histoire de maintenir la tradition amorcée avec l'Halloween, voilà un petit résumé, pour ceux que ça intéresse, sur l'histoire de Noël. (Mais qu'est-ce que je vais bien pouvoir vous raconter l'an prochain à ces mêmes dates?)

La célébration d'une grande fête à la fin décembre ne date pas du christianisme. En effet, plusieurs peuples antiques, dont les Celtes et les orientaux adorateurs de Mythra, tenaient une fête aux environs du solstice d'hiver (autour du 21 décembre) pour célébrer le retour du soleil après la nuit la plus longue de l'année. C'était donc une fête de la naissance et de la renaissance, une célébration de la lumière et de la vie.

Comme avec d'autres fêtes païenne, la date sera récupérée plus tard (au 4e siècle en fait) par les Chrétiens qui décidèrent d'en profiter pour fêter la naissance du Christ (ce qui permettait de suggérer, mine de rien, que le fils de Dieu remplaçait les anciennes divinités solaires). Fait amusant : en même temps que la fête les Chrétiens récupéreront une erreur commise par un astronome romain, qui avait fixé tous les débuts de saison à des dates décalées de deux ou trois jours. Ils voulaient fêter Noël le jour du solstice d'hiver, où les adeptes de Mythra fêtaient déjà le Sol Invictus ou "soleil invaincu", mais se sont retrouvés à célébrer deux à trois jours en retard. :p

Ces jours-ci, je trouve très amusant de lire un peu partout que Noël a été récupéré par notre société moderne et vidé de son contenu chrétien, car c'est plutôt la christianisation de Noël qui l'a, pendant un temps, dépouillé de son contenu païen et festif. Si on exclut la crèche, la plupart des symboles que l'on associe à un Noël chrétien sont en effet des symboles purement païens.

Le Père Noël, premièrement, est souvent vu soit comme une invention de Coca-cola, soit comme une récupération d'un saint chrétien, mais si vous le regardez attentivement, vous remarquerez qu'il a une binette qui fait pas mal penser à celle de ses lutins. Il y a d'ailleurs un courant de mythologues qui assimilent le Père Noël aux fées et au Petit Peuple des traditions celtiques. Ces êtres surnaturels étaient connus pour donner des bénédictions et des cadeaux à ceux qui leur faisaient des dons de nourriture, particulièrement du lait dont ils étaient friands.

Les décorations de verdure (conifère, gui et houx) sont également un symbole païen, hérité de tous nos ancêtres nordiques (celtes, germains, vikings) qui craignaient de ne jamais voir revenir l'été. Les conifères, le gui et le houx restant verts même au coeur de l'hiver, ils étaient considérés comme des symboles de vie et d'espoir. Dans l'Antiquité, on décorait cependant des arbres vivants. On ne les coupait pas pour les mettre dans les demeures.

Cependant, il est possible que la coutume de l'arbre coupé viennent de la confusion entre l'habitude de décorer un arbre vivant et la tradition de la bûche de Noël. En effet, à l'origine, chez les Celtes et les Germains, la bûche n'était pas un gâteau, mais bien une bûche véritable, qu'on décorait avec soin et qu'on faisait brûler le soir de Noël. On en interprétait les crépitements de façon à prédire l'avenir de la communauté. La flambée devant durer toute la nuit, il n'était pas rare que la bûche en question soit en fait un arbre tout entier.

Finalement, les échanges de cadeaux, quant à eux, ne sont pas non plus une invention des marchands modernes. Pensez-y : les peuples anciens, après avoir passé trois saisons à trimer dans les champs, se retrouvaient, l'hiver venus, calfeutrés dans leurs demeures. C'était donc le moment pour eux de se livrer à l'artisanat (histoire de s'occuper et de ne pas laisser s'échauffer les esprits oisifs). C'est donc l'hiver qu'on échangeait des vêtements fraîchement tissés contre des pots tous neufs ou des outils patiemment façonnés. De plus l'abondance de la récolte récente permettait de préparer des petites douceurs sucrées et de bons plats bien gras, destinés à augmenter les réserves de tous et de les aider à passer à travers les grands froids. Comme les feux de cuisine servaient également de source de chauffage, personne ne se plaignait si le plat du jour devait cuire pendant des heures.

Morale de cette histoire? Si vous désirez évacuer toute connotation chrétienne de votre Noël (pour des raisons personnelles ou d'accommodements raisonnables), notez bien que vous n'avez qu'à ne pas laisser grelotter un bébé sous votre sapin et à vous dispenser de la messe de minuit.

Ajoutez plutôt quelques miniatures de maisons enneigées et reprenez une part de tourtière! :)

(Par contre, côté musique, si vous ne voulez pas entendre parler de Dieu, d'ange ou du Christ, vous allez être plus embêtés...)

4 commentaires:

Isabelle a dit…

Très intéressant!

Gen a dit…

Merci. J'ai une petite poussée d'analyse anthropo-historique aux approches des différentes fêtes :p

J'adore retrouver les origines des symboles et rituels.

Alexandre Babeanu a dit…

Tu as peut-être déjà vu le film "Zeitgeist", mais si ce n'est pas le cas, je recommande, ici: http://video.google.com/videoplay?docid=-594683847743189197#

La première partie de ce film relate la récupération Chrétienne de ces anciennes croyances paiennes, et en particulier de Noel. Très interessant...

Gen a dit…

Mon principal problème avec ce film est qu'il analyse tout dans une perspective marxiste-léniniste où les mythes auraient été créés pour contrôler les peuples.

Les preuves historiques et les études anthropologiques montrent plutôt que l'Humain crée ses mythes pour expliquer son univers, puis qu'il est arrivé que ces inventions soient récupérées par des gens voulant diriger des populations. Le christianisme est un peu une exception, étant donné qu'il s'est rapidement établi comme système raisonné et qu'il a été adopté relativement tôt par le gouvernement en place.

Faut donc prendre le film avec une poche de sel (le grain ne suffisant pas), mais quand on sait dans quel perspective ça a été fait, on peut effectivement en apprécier l'érudtion :)