mercredi 8 juillet 2009

Les lieux communs du fantastique

Je suis tout près de terminer la lecture de "Légendes" un recueil de nouvelles, présenté par Robert Silverberg, d'auteurs de fantastique connus, tels que Stephen King, Ursula LeGuin et Georges R.R. Martin et plusieurs autres.

Je suis un amateur de fantastique et, sans en avoir lu autant que Geneviève, la plupart des récits de fantastique... j'allais dire "me dégoûtent" mais le terme exact serait probablement "m'irritent" quoique le premier terme laisse entendre à quel point je peux être irrité.

On voit beaucoup plus de fantastique depuis que les récits de JK Rowlings ont remis le genre en lumière. Mais trouver un récit fantastique de qualité, qui sort des lieux communs, c'est difficile.

Maintenant, lorsque je choisis un livre de fantastique, je survole le résumé et je n'essaye même pas de le lire si je vois un des concepts suivants: enfant héros, héros élu ("chosen one"), héroïne qui doit se montrer meilleure que les hommes, magie réservée à l'usage d'un seul sexe, méchants laids et héros beaux, prophétie, sauver le monde, le bien contre le mal, la lumière contre les ténèbres, érotisme/sexe/osé, un ennemi tout puissant ne-devant-pas-être-nommé, un monde magique caché près du nôtre et j'en passe. Si je vois un de ces termes, je sais déjà ce qui va se passer dans l'histoire et je sais que ça va être mauvais. D'ailleurs, j'ai tendance aussi à rejeter les livres écrits par des écrivaines car je trouve qu'elles ont plus tendance à tomber dans ces cas que les écrivains. En passant aussi, je trouve qu'on sent trop souvent le sexe de l'auteur dans le texte, mais ça c'est un autre débât.

Il me semble que le récit tombe toujours dans le féminisme (femme contre hommes, femmes magiciennes contre hommes brutaux), le livre pour enfant (avec enfant héros) ou même le conte (bien contre mal, prophétie, etc).

Est-ce que c'est si difficile de faire une histoire de fantastique sérieuse? Parlez-moi d'un récit sombre, trouble, où le bien et le mal ne sont pas définis clairement, avec des zones grises, où les héros, même investis de pouvoirs surnaturels, demeurent fondamentalement humains et mortels, où les enfants ont la place qu'ils occupent dans notre monde, c'est-à-dire qu'ils ont peu ou pas d'impact sur les choses qui les entourent, où le destin d'un être est entre ses mains sans qu'une prophétie bidon lui indique le chemin à suivre, où le monde n'est pas sur le point d'être détruit à tout instant, où l'objectif des héros concerne autant leur intérêt immédiat que le bien commun, où les ennemis sont terribles mais humains eux-aussi.

D'ailleurs, pourquoi ne pas nommer un ennemi? C'est complètement illogique. Donner un nom à un ennemi le rend réel, saisissable, définissable et donc rend possible la victoire contre lui. Ne pas nommer un ennemi, c'est lui créer une aura de terreur et de mystère. Il faut un auteur relativement faible pour ne pas arriver à créer un ennemi terrible sans user de cet artifice. Bon bon, je m'emporte.

Tous ces récits simplistes et faciles sont au niveau mental d'histoires pour enfants où le bien l'emporte toujours, où les enfants sont les héros, ce qui les fait rêver et les sécurise.

Ouais, bon, mais moi je suis un adulte qui veut être diverti, qui veut être surpris et emporté par un récit. Qui veut de quoi à se mettre sous la dent. Je veux quelque chose de concret, pas être sécurisé.

Bref, je cherche du bon fantastique et j'en trouve pas. Par contre, j'en ai déjà lu:

-Le Cycle de la Tour Sombre, de Stephen King, à qui j'aurais donné la palme de l'originalité pour son western fantastique s'il n'était pas américain.

-Terremer, de Ursula LeGuin, pour un monde original, une magie spéciale et une ambiance contemplative et un brin philosophique très réussie.

-Une fêlure au flanc du monde, de Éric Gauthier parce que c'est original et surtout, il brise le lieu commun du méchant ne devant pas être nommé et j'ai adoré ce coup de maître.

-La peau blanche, de Joël Champetier, parce que le fantastique de ce récit m'a pris complètement par surprise. L'histoire était criante de vérité et tout à coup, tout dérape.

J'en oublie peut-être, mais rien d'autre ne me vient à l'esprit pour le moment. Vous voyez comme c'est peu... D'accord, je suis reconnu pour être critique et difficile...

Je vous déconseille généralement le recueil de nouvelles "Légendes". Hormis la très bonne nouvelle de Georges RR Martin, qui m'a beaucoup surpris puisque je n'ai pas aimé son cycle du Trône de Fer. (C'était trop dilué, trop d'enfants, mais un excellent monde).

D'ailleurs, c'est un appel à tous, si vous avez du bon fanstastique à me conseiller, allez-y. Et si le récit que vous me conseillez entre dans un des concepts nommés ci-haut, expliquez-moi ce qui le rend bon quand même.
:)

10 commentaires:

Gen a dit…

Pfff! Entk, avant d'arriver à écrire du fantastique à ton goût, j'ai tout un contrat! lol!

Alexandre Babeanu a dit…

OUuu la la ... Y tellement de choses a dire que je sais meme pas par ou commencer...

Ce que je lis ci-dessus me rapelle l'argumentaire d'un pote a moi (qui blogue pas, lui). Et je rapelle donc ceci. C'est peut-etre dur a croire (en tout ca il semble que ce soit dur a croire pour certains), mais les auteurs ecrivent pour un marche specifique. Et Oui! Donc une oeuvre jeunesse est faite pour le marche de la jeunesse. Une oeuvre adulte, bin pour le marche adulte, du coup.

Les auteurs ont leurs marches en tete quand il ecrivent. Si si.

Ainsi donc deplorer les heros/enfants est, a mon sens, hors sujet car ces oeuvres sont destines a la jeunesse, pas a nous, public adulte. Et pour les jeunes, oui, ils sont le centre du monde, c'est normal qu'ils puissent eux aussi se mettre a rever en se mettant dans la peau de heros, non? Je cite en exemple la serie animee 'Avatar, the last Air Bender', pour les enfants, avec des heros enfants qui sauvent le monde. Je la trouve excellentissime. Vous avez vu? Ca devrait vous plaire, c'est plein d'arts martiaux et tres realiste (base sur des styles existants).

Les oeuvres adultes font exactement la meme chose, si 99.99% de l'humanite est inconnue et n'appartient pas a la categorie "surhomme", les livres (fantastiques ou autres) nous projettent quant-a eux dans des vies extraordinaires plus ou moins realistes.

C'est normal, c'est le but de la litterature de genre: l'evasion, faire rever les gens, et parfois aussi souligner des problemes de societe (mais la on s'egare).

Ainsi donc, dire que "Star Wars, episode 1" (celui avec Jar Jar Bings) est nul a cause des "enfantillages", c'est ignorer le fait qu'on n'est sans doute pas la bonne cible, c'est un film pour les enfants. On notera d'ailleurs l'evolution de la cible entre les episodes 1 et 3, on passe de l'enfant a l'adulte (episode 1 - 1999, episode 3- 2005 : 6 ans, les enfants qui ont vu le 1 sont devenus grands!), et donc des enfantillages font place aux problemes plus complexes (parente interdite, cote obscur, etc etc). Ah, la, on critique moins l'episode 3 n'est-ce pas?

Donc cantonnons nous a la litterature adulte, et laissons a nos cheres tetes blondes le droit d'avoir leurs heros aussi.

Donc moi je conseille 1 livre pour adulte, qui devrait plaire a Gen egalement a cause du cote polar noir, mais un polar noir fantastique tres original: "Angel of Darkness" de Charles de Lint (je ne sais pas si c'est traduit en Francais cela dit)...

Je ne lis pas vraiment de Fantasy moyen-ageuse, a cause d'une allergie aux dragons, et aux elfes post-LordOfTheRings-iens. C'est peut dire aussi de mon allergie aux vampires... Enfin, autre debat... Donc de mon cote je n'ai pas de meilleurs conseils dans ce genre que ceux listes dans le post. En esperant que ca aide...

Gen a dit…

Merci pour la suggestion. Angel of Darkness ne semble pas avoir été traduit, mais c'est pas ça qui nous arrête! (Ah, l'avantage du bilinguisme... :)
C'est sûr que les livres sont écrits pour un certain public... sauf que je crois qu'on doit la postérité du Seigneur des Anneaux, justement, au fait qu'il touchait plus d'un public en même temps.
Je m'explique : enfant, j'adorais les hobbits. Ils étaient drôles, petits et démunis, comme moi. Mais Aragorn était là pour les aider. En vieillissant, ce sont les personnages d'Aragorn, d'Eowyn et de Gandalf qui m'ont plus intéressée. C'est eux que je devenais dans mes rêveries... et en vieillissant davantage, je me suis mise à remarquer tous les défauts de la trilogie, mais ça c'est une autre histoire! ;)
De nos jours, me semble que les livres visent justement trop visiblement un certain "marché". Et le marché du fantastique semble être les préadolescents et leurs parents qui n'aiment pas trop le fantastique, mais qui en liront si ça ne s'éloigne pas trop de notre réalité et que les bons gagnent.
Donc, ce que Vincent déplore ici, c'est qu'il ne s'écrive pas assez de fantastique pour adulte. Et il souligne au passage que "pour adulte" ne veut pas dire seulement "guerre des sexes et scènes de baise".
Pour ce qui est de ton allergie au fantastique Moyenâgeux post-Tolkien et aux vampires, on la comprend parfaitement. Et pourquoi? Parce que, justement, ces deux genres se sont faits envahir par le fast-food littéraire prévu pour un marché précis.
(D'ailleurs, pourquoi le fantastique "magique" se retrouve-t-il si souvent dans une ambiance médiévale? Mais bon, autre débat...)
Par contre, je crois que, contrairement à toi, on espère encore trouver des auteurs qui arriveront à révolutionner ces deux thèmes qui, après tout, restent porteur de bien des possibilités. ;)
Et si on se plaint moins fort de Star Wars III que de Star Wars I, c'est que Lucas s'est tellement planté que ça vaut pas la peine d'en parler! :p

Vincent a dit…

En fait, je n'ai aucunement de la difficulté à croire que les auteurs ciblent des marchés pour leurs écrits, c'est logique, leur but reste de vendre leurs bouquins. En effet, Gen comprends très bien ma pensée: je ne trouve pas de bon fantastique pour adultes.

Je vais jeter un coup d'oeil à 'Avatar, the last Air Bender', parce que tu as piqué ma curiosité, mais j'ai peur pour 2 choses:
1- Pour enfant
2- Arts martiaux
Je suis très "sensibles" aux combats d'art martiaux. Et il ne faut pas oublier que style connus et réel n'est pas synonyme de style sérieux et efficace. Ça mériterait un autre article ça. Les arts martiaux dans les films sont là pour être spectaculaires et non pas efficaces. Et ça me fait décrocher tout le temps...

Je t'en donnerai des nouvelles et pour Angel of Darkness aussi.

Oh, à propos de Star Wars 3? Je pense qu'on en parle pas tout simplement parce que lorsque Star Wars 1 est sorti, tout le monde avait des attentes élevées et ont été déçus par le film. ("déçu", un bel euphémisme) Le 2è et le 3è films étaient tous aussi mauvais que le premier, mais personne n'avait d'attentes, donc ça n'a surpris personne. Si le 3è film avait été bon en comparaison des deux autres, on en aurait entendu plus parler, car ça aurait été une surprise!

À quel point le 3è film était mauvais? Je crois que j'ai juste besoin de rappeler la finale du film: Darth Vador finalement assemblé, prêt à faire régner la terreur dans la galaxie et qui nous sort un pathétique "NOOOOO !". Pitoyable. À vomir...

Gen a dit…

Alex, pour "Avatar" voir mon post d'aujourd'hui "Y'a arts martiaux et arts martiaux" ;) Tu vas comprendre le problème.

Alexandre Babeanu a dit…

Oui, Avatar, c'est carrement l'ecole Chinoise, donc. C'est du cinema pour enfant, c'est fait pour faire rever, voire Kung Fu Panda aussi... Dans Avatar il y a meme un episode ou ils font du yoga chaud (que je pratique), et les positions sont correctes!

Toujours dans Avatar (qui decidemment me plait bien! Dame, regression??), a part les arts martiaux, on y voit un melange interessant de magie (le controle des elements) et de themes 'Steampunk', le tout a la sauce asiatique, certes. Un melange qui donne une "Fantasy" tres interessante et originale je trouve.

Ah oui, malheureux, j'oubliais, ou ai-je la tete?? En fantasy, il FAUT lire China Mievielle : "Perdido Street Station" et "The Scar". Ca c'est de la bonne fantasy qu'on a qualifiee de "strange fiction" tellement on sait plus la definir... Commencez par Perdido Street Station...

Gen a dit…

Le steampunk est effectivement une évolution intéressante du cyberpunk.
Malheureusement, le courant "strange fiction" se résume trop souvent à : mettons de la technologie, de la magie et des extra-terrestres ensembles et essayons de faire tenir le tout. Des fois ça marche, mais souvent on voit les coutures (ou carrément les boulons!) :p
Cela dit, je vais mettre Mievielle sur ma liste de truc à lire : les résumés semblent bien et on ne demande qu'à être surpris. :)
Merci pour les suggestions Alex! Tu vas sans doute apprendre bientôt ce qu'on en a pensé ;)

Et pour Avatar : je fais du yoga moi aussi (c'est excellent pour la posture et la détente). En fait, je n'ai des problèmes avec le courant chinois que lorsqu'il se prétend efficace en combat... ce qui risque d'arriver dans un dessin animé d'action où on le mêle avec la magie. Disons qu'on garde la suggestion sous le coude pour le jour où on aura des enfants avec qui écouter ça.

Frédéric Raymond a dit…

Question très intéressante. Dans ta liste de romans un peu plus sombres, tu inclus plusieurs oeuvres qui pourraient être considérées comme de l'horreur. La peau blanche, évidemment, et aussi à mon avis Une félure au flanc du monde (même si certains pourraient le qualifier de fantasy urbaine). Peut-être que ce qu'il faudrait c'est revoir la notion de genre littéraire et aller fouiller dans des recoins moins exploités des mélanges de genres. Comme quand des auteurs d'horreurs se mettent au fantasy ou à la SF. Par exemple, les romans de fantasy de Douglas Clegg (La série du Vampyricon et le roman Mordred) sont, malgré leurs failles, des romans de fantasy très sombres qui sortent de l'ordinaire.

Gen a dit…

Bienvenue Frédéric!
La suggestion est notée. Et oui, effectivement, le mélange des genres est sans doute l'avenue à exploiter. Parce que pour le fantasy "pur" (à la Tolkien), on commence à se demander s'il arrivera à se renouveler (voir mon post à ce sujet).

Frédéric Raymond a dit…

Le problème avec le fantasy pur, c'est que si c'est trop différent, les puriste diront que ce n'est pas du vrai fantasy; on ne s'en sort jamais avec les étiquettes. Je ne peux pas trop juger par contre, car je lis peu de fantasy à part le grand T, Grrrrrr Martin, un peu de Kay et, à l'occasion, le coupable roman D&D. Heureusement, malgré la tonne de cliché en littérature d'horreur, il n'est pas difficile de trouver dans ce genre des auteurs qui sortent des sentiers battus. Ouf !